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05 juin 2010

mutinerie à l'Opéra Bastille

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M'en voudrez-vous beaucoup si je vous dis un monde
Qui chante au fond de moi au bruit de l'océan

Ils sont une armée de galériens, mal famés pour la plupart, gueules de métèque, embarqués pour la survie dans un univers impitoyable. Peu importe le pavillon qu'ils servent, ils le servent. Certains depuis longtemps. D'autres, arrachés au Droits de l'homme pour rejoindre le combat, enrôlés de force à bord de l'Indomptable. Un parcours prémonitoire. Un choeur d'hommes en révolte, un choeur d'hommes en désir. Un monde aux tensions sourdes. C'est ainsi que l'Opéra-Bastille devint bataille navale. Avec Billy Budd, le Potemkine de Britten.

M'en voudrez-vous beaucoup si la révolte gronde
Dans ce nom que je dis au vent des quatre vents

Billy Budd. L'un de ceux-là se distingue. Brave et beau, fort et généreux, il est admiré de ses pairs autant que de ses supérieurs. Le capitaine du navire le prend sous son aile, tandis que son maître d'arme, John Claggart, le prend en grippe, jaloux de son aura, et ne se pardonnant pas d'être par sa faute livré au trouble et aux inclinaisons.

Ma mémoire chante en sourdine

Les conditions à bord sont dures, l'assaut se fait attendre. Nous sommes en 1897. L'esquive de la flottille française se joue de la patience des hommes. Et la brume. Et puis la Navy de sa Majesté a essuyé des mutineries et a besoin d'exemples.

Ils étaient des marins, ils étaient des guerriers
Et le cœur d'un marin au grand vent se burine

Claggart harcèle le gabier de misaine, l'espionne, le provoque, le manipule. Il veut convaincre le capitaine Edward Fairfax Vere que Billy complote. Las, les éphèbes qu'il lui envoie ne parviennent à soudoyer le vaillant guerrier. Corps et coeur incorruptibles, rien ne résiste au charme puissant du matelot. Sauf une chose, une petite chose qu'il porte en lui, invisible, son talon d'Achile : l'émotion le désarme. Au moment où, injustement mis en cause par Claggart, il a le plus besoin de son charisme pour dire sa vérité, il devient bègue. Impuissant. Comme arrêté pour lever la misaine par un mât trop court. Il sort alors de lui et frappe à mort son tortionnaire. Seul moyen d'expression encore à sa portée.

Le commandant Vere, convaincu malgré tout de la loyauté de Billy, n'a plus d'autre choix que de le laisser condamner à mort par une cour martiale.

Le crime se prépare et la mer est profonde
Que face aux révoltés montent les fusiliers

L'opéra se termine comme il avait commencé. C'est mon frère qu'on assassine.

Ils n'avaient pas tourné leurs carabines. Dans les bas-fonds de ses tourments, l'ex capitaine Vere, désormais sombre vieillard, se débat avec le souvenir du corps pendu, de ses ultimes convulsions. Avec ses démons, ceux de la mort qu'il a laissée donner en dépit de la justice, en dépit de l'amour.

Il te laisse toi avec le souvenir de cette beauté magnétique victime de sa fragilité émotive. Tu imagines les hommes qui l'adulaient, qui s'en étaient fait un mythe, demeurer dans l'incompréhension de cette futile faiblesse, tétanisés à leur tour par le poids du sort.

Un mois est passé depuis que je suis allé assister à la remarquable mise en scène de Billy Budd à Bastille, par Francesca Zambello. Le temps sans doute d'éprouver mes propres démons.

L'occasion m'en est donnée par ce nouvel assaut. Cette nouvelle révolte de gueules brûlées. Les mâtelots d'aujourd'hui relégués aux galères ALeqM5glRYLD7bHTi3i4h4q4q6Tb3u7VvA.jpgd'hier, privés de papiers en dépit du labeur, privés de reconnaissance en dépit de ce qu'on leur doit. La révolte gronde encore à la proue de l'Opéra-Bastille, mais cette fois, la mutinerie est avérée.

M'en voudrez-vous beaucoup si je vous dis un monde
Où l'on n'est pas toujours du côté du plus fort

Pour la première fois un ministre de la République - celui-là même qui d'un poste ministériel à l'autre s'est évertué à cantonner des dizaines de milliers d'hommes et de femmes, travailleurs pour la plupart dans des cales insalubres de la clandestinité - est condamné par la justice pour injure à caractère raciste.

Qu'est l'équipage du Droits de l'homme devenu ?

(photo d'illustration : Arthur Tress : Ascention of St-Billy)

Commentaires

C'est exprès que tu as choisi Le Figaro comme lien ???!!! (concernant la condamnation de B.H.) t'as lu les comms en dessous ? c'est gratiné !

Écrit par : madame de K | 06 juin 2010

Je ne connaissais pas l'histoire du naufrage des Droits de l'homme. Finalement, ils n'en finissent pas de couler. Et pourtant, "marin, tu ne tireras pas sur un autre marin".
Ce soir, avec toi, j'aime la marine...

Écrit par : estèf | 06 juin 2010

-> madame de K -> Ma foi, le Figaro fait bien partie de la grande presse quotidienne, non ? Mais j'avoue faire peu de cas des commentaires. Tu as raison sur le gratin. J'aurais du le sortir du four un peu avant !!
-> estéf -> ils n'en finissent pas de couler, comme tu dis... J'ai hésité d'ailleurs à filer plutôt la parabole avec un autre assaut naval, celui de Gaza... Il eut été dommage qu'au final nous ne pûmes ainsi aimer ensemble la marine, le temps d'un soir. Gaza, il me faudra y revenir plus tard...

Écrit par : Oh!91 | 06 juin 2010

et..qui en parle ? à l'heure (déjà) où chacun se prépare pour les présidentielles ou les primaires... ou je ne sais quoi... qui a un discours un peu humain parmi les "politiques".... je cherche je cherche..est ce bien nécessaire...

Écrit par : Francis | 08 juin 2010

-> Francis -> Eh bien nous, déjà ! Continuons, surtout !

Écrit par : Oh!91 | 09 juin 2010

Les commentaires sont fermés.