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30 avril 2010

nous sommes tous des Grecs victimes du capitalisme

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"Il ne faut pas laisser les Grecs seuls !", c'est le cri qu'a lancé Olivier Autissier sur son blog hier, constatant qu'au nom de l'état d'asphyxie où est rendu leur pays, du fait du libéralisme, l'Europe et le FMI s'apprêtaient à leur imposer une cure d'austérité sans pareil. Demain, si on les laisse faire, ce sera peut-être nous, ce pourrait d'ailleurs être nous, et il y en a ras-le bol qu'on sacrifie les peuples, les gens simples, sur l'autel d'un système à sauvegarder à tout prix.

Il invite à signer la pétition lancée par le journal "l'Humanité", alors en cette veille de journée des travailleurs, je la relaie avec plaisir, et je t'invite à en faire autant.

D'ailleurs, demain, je descends dans la rue manifester, si le concept n'est pas trop galvaudé. Faire cortège, être vu, avec des milliers d'autres, pour dire j'existe, nous existons. Et à l'âge qui est désormais le mien, c'est les retraites qui vont le plus me mobiliser. La campagne du gouvernement sur le sujet me dégoute, elle fait passer pour pertes et profit les gains de productivité engrangés ces vingt-cinq dernières années, qui donnent à l'argument sur l'allongement de l'espérence de vie un goût de pipi de chat. Elle méprise tous les seniors déjà privés d'emploi, pour qui la promesse d'un allongement de la durée de cotisation n'a pour effet que de les priver de leur maigre retraite à taux plein. Donc de les apauvrir. De nous apauvrir. Bientôt, il n'y aura plus que les golden boy qui partiront avec une retraite à taux plein. Dans leurs parachutes dorés...

Allons donc ! Oui, dans la rue demain. En solidarité avec les Grecs, et pour une certaine idée du développement humain...

29 avril 2010

acte gratuit

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J'ai donc crevé, il y a huit jours. Prenant mon courage à deux mains - t'en souviens-tu ? - une vraie témérité, devrais-je dire, en pleine mission de transport d'instrument pour mon ami malade qui n'avait pas besoin de ça pour stresser - j'ai sorti la roue de secours du coffre, actionné le cric avec sang froid, et changé la roue en deux temps trois mouvements. L'instrument fut transféré, la répétition eut lieu aussi normalement que possible, restait à faire réparer le pneu et j'allais m'en remettre au garage Renault-Minute le plus proche de mon travail.

Comme la fois précédente, le garagiste ne pouvait pas me prendre dans la minute. J'allais lui suggérer de changer le nom de son service quand il eut une idée de génie : mais si vous voulez, laissez-moi votre roue, vous n'aurez qu'à passer la récupérer dans l'après-midi.

L'après-midi, tu parles, je la laissais filer sans même m'en rendre compte, suspendu à mon téléphone, pressé par mes collègues de relire ceci, ou cela, "tu pourras me recevoir quelques minutes, Oh!, s'il-te-plaît ?" Bref, quand je me suis souvenu de ma roue, le garage était fermé depuis belle-lurette, ça allait donc être pour le lendemain.

Le lendemain... Un tout petit créneau en milieu de matinée, j'ai sauté dans la voiture, me suis rendu au garage, la bouche en cœur, la roue était prête, évidemment, posée dans un coin de l'atelier.

- "Tenez, vous n'avez qu'à la prendre.

- Et, euh !... Je ressors mon cric pour la remettre moi-même, c'est ça ?

- Ah mais là, c'est qu'on a pas le temps, si vous voulez que je vous la remette, repassez dans l'après-midi".

Je pense qu'à ce moment-là, mon rictus a pris une forme assez caractéristique, relevant plus de la bouche enfarinée que de la bouche en coeur, mais qui ne l'a toutefois pas ému. Je me décidais donc pour revenir l'après-midi, puis réservait à cette résolution le même sort qu'à celle de la veille. Même causes, même effets. En pire. Je restais donc sans ma roue un soir de plus.

Le surlendemain, hier donc, je pris le taureau par les cornes, dès son réveil, au taureau, et me présentai au garage à 7h30 le matin. Cette fois, il n'y couperait pas ! Bon, 7h30, c'est l'ouverture de l'Accueil carrosserie. Renault-Minute, c'est 8h. A 8h, mon garagiste adoré me dit "Ah! mais c'est qu'on n'a pas d'air avant 8h30, à l'ouverture de l'atelier là-haut, c'est chez eux qu'il est, le compresseur"... Et d'ajouter en voyant ma mine se déconfire et mes yeux s'injecter : "on leur a dit, pourtant, de nous mettre un bouton ici"... Même rictus que la veille, même résultat.

Je choisissais de stationner au milieu de leurs pattes, de jouer au citadin encombrant, ils allaient voir à quel compresseur je me chauffe, moi ! Finalement, à 8h10, l'air vint.

En trois minutes chrono, il souleva la voiture, déboulonna la roue de secours, replaça la roue d'origine, avec ses magnifiques jantes en aluminium, alla même jusqu'à ranger lui même la roue de secours dans le coffre, à son emplacement dédié.

Puis au moment de payer, il me dit - et là je dois te prévenir que c'est bien de mon garagiste que je te parle, pas du percussionniste du RSO, à la gueule d'ange et à la chemise lila ouverte jusqu'au sternum, qui captiva mon regard lors des concerts de ce week-end, ni même de mon boucher de village : "Non, c'est bon pour cette fois, vous êtes un bon client chez nous, non ?"

Et là d'un coup, toutes mes convictions sur les garagistes, forgées durant vingt-sept ans de pratique automobile, se sont effondrées comme un château de carte.

23:45 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : roues, crevaison, garagiste

27 avril 2010

la deuxième saison

 

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Le 27 avril, l'an dernier, était un lundi. Au matin, j'avais accompagné l'objet de mes chagrins répétés à l'aéroport, je m'étais posé dans un petit café, pour un petit déjeuner copieux, puis j'étais allé sonner à sa porte. Déjà allégé d'avoir simplement osé prendre ce rendez-vous. Il m'avait reçu chaleureusement, m'avait offert son meilleur fauteuil. Au début, j'avais été timide. C'est de mon chagrin, que je lui avais d'abord parlé, de mon incapacité à le dépasser, de ma peur de voir s'installer en moi la tristesse, et sa copine la dépression. Je lui avais dit ensuite que je n'avais qu'une crainte : qu'il me suggère comme porte de sortie de rompre ma liaison, fut-elle douloureuse. Puis j'avais parlé de moi. Évoqué l'impression que j'avais d'avoir continuellement une dette à régler. Il m'avait écouté, m'avait posé quelques questions, peu, son regard était profond, je le soutenais, je m'y réfugiais peut-être, son écoute n'était pas de la compassion, déjà ses yeux devenaient miroir, je ne savais pas encore qu'à la fin de l'été suivant, il me proposerait d'opter pour un divan afin de m'affranchir du poids de son regard, et de se soulager du mien.
Notre premier entretien avait duré une heure. Il me prit 60 euros. Il m'expliqua que nos prochaines séances dureraient une demi heure, qu'il ne me ferait pas de feuilles de maladie, ne décelant en moi aucune pathologie.

La machine était enclenchée. Elle tourne depuis un an, grève mon budget, bouleverse mes priorités, je ne sais plus bien à quoi me servent ces rituels, mais je ne vois pas davantage à quoi me servirait de les interrompre.

Alors lundi, j'y retournerai. Je commencerai ma saison 2 avec lui.

26 avril 2010

l'âge de raison du RSO

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Ce week-end était encore placé sous le signe du soleil. Nous voilà donc passés d'un hiver tardif à un été précoce, sans autre forme de printemps, et sur la terre dure et sèche de mon petit lopin, la pelouse ensemencée il y a de cela deux semaines, pour raccord, a bien du mal à prendre. Une pluie fine, une simple bruine, sous ce soleil aguichant, n'aurait pas été malvenue.

Note qu'il n'y a eu besoin d'aucune giboulée, ce week-end, pour que les arcs-en-ciel resplendissent. Juste un peu de talent, de la besogne, et des partis-pris artistiques courageux et assumés. Le Rainbow Symphony Orchestra tenait à l'Oratoire du Louvre ses deux concerts de printemps et, comme à l'accoutumée, s'attachait à faire découvrir, derrière une gourmandise alléchante, deux œuvres presque méconnues.

C'est d'ailleurs ce que j'apprécie, avec le Rainbow Symphony Orchestra : ne pas s'en tenir à un répertoire aguicheur, mais inviter à autre chose, demeurer exigent. Les musiciens, amateurs pour la plupart, ont plaisir et fierté à jouer des partitions habituellement réservées à des ensembles aguerris de niveau professionnel, et ça se voit. Force est de constater que leur chef, John Dawkins, les contient et les mène à de belles réussites musicales et techniques.

Le RSO a donc sept ans. S'il n'a pas fait oratoire comble, l'Église réformée du Louvre a bien rempli les deux tiers de ses bancs, en moyenne sur les deux représentations. Sa performance aurait mérité davantage. J'en suis content malgré tout, parce que des soubresauts récents et quelques défections douloureuses l'avaient fragilisé, au niveau des cordes surtout, mais aussi de la confiance, et l'on pouvait craindre une perte d'enthousiasme ou de concentration. Il n'en a rien été et je dois dire, moi qui le suis maintenant depuis deux ans, qu'il a offert au contraire, ce week-end, le plus beau des concerts auquel j'ai eu l'occasion d'assister. Il a gardé toutes ses couleurs, et elles resplendissaient, chatoyantes, sous la haute voûte du temple.

Ma mère l'Oye, de Ravel, ouvrait le bal. John et l'orchestre nous ont offert une petite intro-pédago, pour permettre à l'auditoire d'apprécier les thèmes musicaux, le son des instruments, les phrases clé, et de comprendre les ressorts illustratifs de Ravel.

Le gros morceau, c'était le Concerto pour clarinette de Aaron Copland, mélodieux dans sa première partie, technique et enlevé en seconde partie, à la lisière du jazz, enjoué, sautillant. L'interprétation qu'en a faite le RSO a été bluffante, surtout samedi soir. Tout était raccord. Le clarinettiste, Matthew Hunt, démarche dégingandée et regard de grand timide, contact simple et souriant, a offert une interprétation magistrale, indomptable, dépourvue d'imperfections. Bel hommage à cet orchestre qui a mis tant de cœur à l'accompagner et s'en est sorti avec grand mérite.

Je ne sais pas si c'est moi ou si c'est eux, mais c'est dimanche que la 5ème Symphonie de Vaughan Williams m'est apparue la mrainbow-dec-30-06-2-cc-lulup.jpgieux accomplie. Avec ses enflements, ses dissonances, sa mélodie qui se cherche, tâtonne dans la brume, s'éveille à l'appel des cors, triomphe et s'éteint dans la paix. Avec ses couleurs dépolies, ses contours celtiques, c'était un joli contrepoint à un programme modeste et riche.

Le Rainbow Symphony Orchestra a atteint l'âge de raison, mais il m'a fait l'impression de signer son acte de (re)naissance. Les 12 et 13 juin, il offrira des représentations gratuites à Ivry et Alfortville, dans le cadre du festival de l'Oh!, avec une sélection de pièces symphoniques dédiées à l'eau. Je crois que ça vaut le coup que tu leur réserves une visite.

Avec tout ça, je réalise que je ne t'ai même pas parlé de Messiaen par Boulez, le 12 avril dernier à Bastille, ni même de Siddharta, par l'étoile montante de la chorégraphie contemporaine, Prejlocaj. Je crois qu'il y a prescription, mais c'est dommage. Je t'assure que ces soirées auraient également mérité une chronique, même si je ne connais aucun violoncelliste dans l'orchestre national de l'Opéra de Paris.

24 avril 2010

les deux nuits

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"Personne ne veut de moi. Mais quand je suis là, on ne veut pas me perdre. Qui suis-je ?"

Je ne suis pas un homme de la nuit. Je suis plutôt quelqu'un de l'aube. La nuit que je côtoie, c'est celle du petit matin, au bord de l'extinction. Celle qui naît dans la torpeur et puis s'estompe, la bulle qui éclate dans l'aurore. Il m'arrive de rencontrer l'autre nuit, celle venue du soir, nourrie de crépuscules, celle qui s'étire à tout rompre, qui s'ensommeille autour d'un dernier verre, mais c'est rare. Il y faut ce goût nouveau pour l'opéra.

Je suis parti prendre place à 4h20 dans la queue de Bastille, ce vendredi matin. Rue Sedaine, toutes les bennes à ordure avaient été renversées à même l'asphalte. Pleines. Une autre façon de marquer sa nuit, sans doute, dans le dépit ou dans l'éclate. Expression d'un terrible chagrin qui n'avait plus où se noyer. Ultime démonstration de force d'un chef de bande au milieu des siens. Ou bras d'honneur d'un éboueur après avoir gagné au loto. La police était à pied d'œuvre, sans trop savoir s'il lui incombait de redresser les objets du délit, et de ramasser les sacs éventrés pour rétablir la circulation au plus vite, ou si elle devait faire appel à un service d'intervention d'urgence de la ville de Paris et garder les mains propres.

"Je ne sais pas, l'amour, non, une fille ?"

J'ai pris place au Falstaff, pour la tranche 5h - 6h. Habituellement, c'est le calme qui y règne à cette heure-ci. Les noctambules se comptent sur les doigts d'une main, derrière leur dernier cocktail. Ce vendredi, toutes les tables sont presque encore occupées. A cause des vacances, sans doute. Le garçon porte ici une colonne de bière, là une pizza fumante. C'est bon, de ce grand café de Bastille, j'ai une connexion WIFI, je vais pouvoir te raconter ma nuit. Des jeunes attendent l'heure du premier métro. D'autres envisagent de sauter dans un taxi.

"Je t'ai dit : personne ne veut de moi, comment peux-tu me dire l'amour ?"

J'ai récupéré le numéro 61. Je n'étais jamais arrivé si tôt, mais je n'avais jamais eu un si mauvais numéro. Seul Wagner fait ça, paraît-il. Le numéro 7 s'était présenté à 21h 30, je ne jouerai jamais dans cette cours-là.

"C'est matériel ? C'est un sentiment ?"

Un jeune black, jovial, apparemment seul, survête à capuche, sac à dos, s'est approché d'une table où la soirée s'effilochait, un gars et cinq filles, et a lancé sa charade. Que veut-il, au juste ?

"D'une certaine façon, c'est matériel, oui. Mais c'est aussi un état d'esprit."

A l'appel de six heures, nous sommes déjà 120 dans la queue. La nuit commence à s'évanouir. Le numéro 16 est absent. Comme d'habitude, pour la tranche 6h - 7h, j'opte pour le Flag café, de l'autre côté de la place. Le garçon se montre désagréable. "Débranchez votre ordinateur, ordre de la patronne, pas de ça chez nous !". Quand je referme la porte laissée ouverte par les livreurs de fûts, il la rouvre et me laisse livré aux courants d'air. "Jusqu'à la fin de la livraison, j'ai dit !" Par dessus le marché, il me facturera mon café 4 €, sous prétexte qu'il m'a porté un peu de lait avec. Lui, c'était la dernière fois.

"Allez, dis-nous !", "C'est Dieu ?" Le grand gaillard de la bande participe, mais on sent bien qu'il se demande ce que le blackos à la capuche et au sourire jovial vient chercher sur son terrain. "Je ne suis pas Dieu, non... mais j'ai un Dieu, parfois, c'est vrai."

A l'appel de 7h, les 200 sont dépassés, le 16 ne montre toujours pas le bout de son nez. Son compte est bon. On devine qu'il fera beau aujourd'hui.

Pour la tranche 7h - 8h, juste en face de l'Opéra, le café les Associés ouvre enfin, avec son patron matamore à la gueule plus grande que lui, tout droit sorti d'un film d'Ettore Scola, jamais avare en grande remise ou en petits cadeaux. Un bonheur toujours renouvelé que la halte chez celui-là.

"Bon, allez, lâche-la, ta valda !" "Je suis sûr que c'est un plan du genre : la semaine prochaine, même jour même heure, pour la réponse..." En dehors du grand gaillard, les filles dorment à moitié. "Alors ?"

La charade a déjà trouvé sa solution depuis longtemps au Falstaff. Le jeune homme jovial est reparti, pas peu fier de son effet. Il ne voulait rien d'autre qu'entrer en communication. Peut-être pour donner un sens à sa soirée. Les filles ont sauté dans un taxi. Le grand gaillard est rentré à pied à Daumesnil : "6 minutes en courant". Quel charlot, celui-là !

"Je suis la guerre."

je-meurs-comme-un-pays.jpgLa Walkyrie prend corps. A 8h, les trois cents sont dépassés. On ne fera pas de nouvelle tranche au café. Trop de monde, plus de ticket. La file se met en place, on ne bougera plus jusqu'à 9h30, chacun à sa place, selon son numéro d'ordre. L'armée des fous est en marche.

"Ben oui, la guerre. On ne veut pas l'avoir. Mais quand on l'a, on ne veut pas la perdre. Pas mal, non ?"

Le 16, banni, ne refera pas d'apparition. Là, dans l'attente statique, le froid me prend, d'abord par les mains, puis par les pieds, et l'encolure. Je lis Philippe Claudel, La petite fille de Monsieur Linh. Une suggestion de Saint-Loup. Je tiens le livre de la main droite, puis de la gauche, puis de la droite. J'abandonne, je range le livre et plonge mes deux mains dans les poches.

"Et puis le dieu de la guerre, tu vois bien !..." Il a rigolé et c'est là-dessus qu'il est parti.

Les conversations battent leur plein. Les sujets fusent. J'entends parler mise en scène, direction artistique, disques vinyl, ah!, écouter de l'opéra sur ses anciens vinyls !... Gamacé évoque ses baby-sitting du lundi, Gilda une Petite renarde rusée qui séduirait des novices. Je n'entends parler ni de niqab, ni de polygamie, ni d'excision, d'aucun de ces sujets à la mode politicienne qui disent que nous sommes la civilisation puisqu'ils sont la barbarie, que nous sommes la lumière puisqu'ils sont la nuit. Arrogante médiocrité. Y passe par contre les tarifs de l'opéra, "Il y a dix ans, la place du premier rang au deuxième balcon, vous voyez où je veux dire ? On pouvait l'avoir pour 100 francs. Maintenant regardez : 110 euros, c'est à dire 700 francs... vous vous rendez-compte ?" Je réalise que les places que je m'apprête à acheter vont me couter 200 francs l'une. La moitié de ma nuit à faire la queue pour des places bon-marché à 200 francs ! Je suis bien de cette armée... On ne s'en est pas vraiment rendu compte, mais en passant des francs à l'euro, nous ne changions pas de monnaie, nous ne changions pas de symbole, nous quittions un monde et commencions à accepter le décrochage et la misère, le deuxième monde.

"la guerre..."

A 9h30, les portes de l'Opéra ouvrent, je récupère mon numéro d'ordre officiel de la main d'une hôtesse, un peu stressée de tout ce monde, "quatre places par personnes, pas plus", je file chez mon ami malade partager un pain au chocolat, reviens pour 10h30, à l'ouverture des guichets. A 11h30, j'ai mes places, et celle de Traou, privée de vacances par le volcan islandais.

La Walkyrie est en marche. 5 heures de spectacle, 2 entractes. Pour nous, ce sera le 26 juin.

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La photo d'illustration est de Gilles Paveau, librement chapardée sur le café-photo. Merci à lui.

23 avril 2010

histoires de roues

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Crevé ! Pour la troisième fois en neuf mois... Il traîne de ces trucs, dans les rues d'Ile-de-France ! La première fois, c'était sur la route des vacances, l'été dernier, avec des compagnons qui me sont chers, dans le désordre Igor, Saiichi et Yo. Sur la nationale 20, un peu avant la tombée de la nuit, dans les confins de la région parisienne : il nous avait fallu déposer tous les bagages sur le côté, trouver comment fonctionnait le cric high-tech de la Mégane II, et puis une fois la chose faite, obtenir d'un café de routiers à côté qu'il m'ouvre l'accès à des toilettes, sans consommation, pour me dépouiller les mains des trois bons millimètres d'épaisseur de cambouis que j'avais ramassé dans l'opération. L'affaire s'était réglée en deux-temps trois-mouvements, et j'étais plutôt fier d'avoir fait mon homme au milieu de cette cour.

La roue avait été réparée dans un village du Quercy, dès le lendemain, pour à peine 17 euros.

La seconde fois, c'était le mois dernier. Avec ma nouvelle Mégane III (ben oui, quand je te dis que je suis fidèle...), presque flambant neuve. Le pneu s'était dégonflé suffisamment lentement pour que j'aie le temps de me rendre en roulant à l'atelier Renault-Minute de ma concession sans avoir à changer la roue. L'histoire avait déjà mal commencé - Renault-minute mon œil - "Ah ben là, mon cher monsieur, il faudrait nous la laisser au moins deux heures, on ne va pas pouvoir s'en occuper tout de suite". Retour au bureau à pied, puis une heure plus tard, coup de fil : "En fait, la vis s'est plantée sur le flanc, on ne va rien pouvoir faire, il faut changer tout le pneu. Et pi le vôtre, on l'a pas en stock, faudrait revenir dans 48 heures, le temps de le commander". Pfff ! Ca puait l'entourloupe. Pourtant, même diagnostic chez speedy. Avec ce petit complément : "En même temps, il vous faudra changer les deux hein, question d'équilibrage". Devis : 260 euros. Pour une vis chopée vraissemblablement lors d'un écart à gauche pour laisser passer des motos  sur l'autoroute... Il m'a fallu faire jouer de l'assurance et je m'en suis tiré, entre franchise et usure, pour "seulement" 127 euros...

Et maintenant, après la gauche, la droite ! Hier soir, en plein transport de violoncelle, ou plutôt, juste une demi-heure avant un transfert vers une répétition stratégique, pour dépanner mon ami - malade de surcroît. La tuile évitée de justesse, au prix du baptême du cric - qui, cette fois, n'y aura pas coupé - et d'une nouvelle couche de cambouis sur les mains. Quant au prix de la réparation, j'en saurai plus dans la journée. Je croise les doigts...

Tant que j'en parle, y'en a une quatrième, de roue, à laquelle je vais bientôt m'attaquer, avec l'aide du monsieur qui me consacre une demi-heure chaque semaine - prix fixe, dans ce cas-là : une roue qui me tire pourtant depuis quelques dizaines d'années, à qui j'avais pris l'habitude de me fier les yeux fermés, sur laquelle totue question m'eut été incongrue : cette espèce d'idéal parental où j'ai puisé des valeurs mais qui m'a privé de mes capacités de jugement, de personnalité, de spontanéïté. Avec celle-là, j'en suis juste à avoir repéré la crevaison et à m'être arrêté sur le bas côté. Quand je vais commencer à sortir le cric, je pressens qu'il va me falloir y mettre de la peine. Et quelques rustines n'y suffiront pas.

Je sens déjà des gouttes de sueur perler à mon front.

05:38 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (6)

21 avril 2010

les traînées blanches

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Les traînées blanches ont refait leur apparition dans le ciel azur. Ces derniers jours, on ne savait pas dire exactement quoi, mais il y avait dans l'air quelque chose de bizarre. Ce n'était pas vraiment le nuage, tout le monde en parlait mais il demeurait invisible. L'oeil se perdait, ne savait à quoi se raccrocher. Maintenant on sait, c'était ça, une pureté rare, interdite. On a réalisé ce dont la civilisation nous privait à jamais, sauf cataclysme volcanique : les vrais ciels bleus. Les riverains d'Orly ou de Roissy ont découvert que les jardins pouvaient aussi exister pour des barbecue et des apéros en plein air.

J'ai deux collègues qui ont renoncé à partir, l'une à Naples, l'autre à Madrid, qui prennent la situation avec philosophie. Elles ont engagé avec leur progéniture une réflexion pédagogique sur les vertus du retour à une certaine simplicité.

Finalement, mes copines Bougrenette et Fiso ont été bien inspirées de partir rejoindre la Roumanie en voiture. Le projet me paraissait fou, nonobstant que c'était une autre façon de découvrir l'Europe, ou de retourner sur des sentiers de souvenirs nostalgiques. Finalement, elles auront réussi leurs quinze jours de vacances, elles. Dire qu'elles sont encore à Budapest demain soir...

Moi j'ai payé un prix modeste aux entrailles de la terre et à ses fureurs : un concert au Théâtre des Champs-Elysées a été annulé, l'Orchestre des jeunes de Hamburg ayant été coincé à Lisbonnes. Je dois dire que le Théâtre a géré ça avec une efficacité imparable : annonce par mail et, dans la demi-heure, appel téléphonique précis, poli, respectueux. J'en ai été quitte pour la frustration d'un concerto pour violoncelle de Chostakocitch. Ça aurait été magistral, paraît-il...

Autrement, puisque la vie reprend, la mienne est bien remplie en ce moment. Un peu trop à mon goût. Et ce n'est pas parti pour se calmer. On pensera vacances plus tard, en ce qui me concerne. Ça s'appelle les devoirs de l'eau...

Mais je ne t'oublie pas, même si le pied est un peu relevé...

17 avril 2010

à terre la toute puissance

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J'étais ces deux jours à La Défense. Au milieu d'huiles, mais là n'est pas le sujet. En sortant de ma bouche de parking, j'étais cerné par une forêt de tours à donner le tournis. Prenant pied au milieu de nulle part, sur un parvis d'inhumanité totale, de gigantesques châteaux de verre s'étiraient vers le ciel, rivalisaient les uns avec les autres dans la hauteur, dans le monolithisme, dans la transparence, dans la geste architecturale, comme dirait l'autre (Tiens, il y avait Rolland Castro, parmi nous !). Bref, elles se la mesuraient.

Le ciel était clair. J'essayais, parmi ces sommets (je ne parle ni du maire de Neuilly, ni du sénateur-maire de Pavillon-sous-Bois), de trouver au bleu du ciel un air changé, une pointe d'obscurité, une opacité venue d'ailleurs, de détecter des fragments de ce nuage volcanique qui terrasse l'aviation civile plus sûrement qu'al-Qaida dans sa grande époque. Le nez à l'air, j'essayais de sentir une odeur, de percevoir la marque d'un changement, d'un cataclysme.

Mais je n'ai rien vu. Rien deviné en dépit d'un remarquable effort de persuasion pour trouver dans le bleu quelque brun et dans le clair une pointe d'obscur. Mon regard ne butait que sur des sommets avec ces mots, si familiers : Total, Areva, edf, gdf-suez, HSBC... Un poète sans doute y avait aussi glissé un Cœur-Défense. Qui doit dissimuler de plus terribles encore velléités.

Je dois dire que j'ai trouvé un peu jubilatoire de me trouver au milieu de ces symboles forts d'un pouvoir absolu, du pouvoir sur les hommes, du pouvoir sur la nature, du pouvoir sur le politique, même, au moment où un nuage invisible, déjà largement dispersé, clouait à terre notre toute puissance.

Après avoir décimé le gouvernement de tout un pays - et fut-il constitué de militaires, d'ultra-libéraux et d'homophobes notoires, je conçois la 467169_de-la-fumee-au-dessus-du-volcan-du-glacier-d-eyjafjallajokull-en-islande-le-14-avril-2010.jpgpuissance symbolique et émotive de l'épisode - voilà que notre aviation mondiale laisse Angela Merkel bloquée à Lisbonne, empêche - c'est encore à voir - Barack Obama de participer aux obsèques du président Lech Kaczynski, et prive de ses vacances la moitié des joyeuses classes moyennes de notre beau pays...

On peut en rire, ou en pleurer. Moi j'ai plutôt tendance à aimer ces rappels à l'ordre et à l'humilité, qui nous disent que si l'on peut un temps s'affranchir de dame nature, l'on ne peut s'en affranchir toujours, même quand on a une grosse bite, au risque de se mettre nous-même et pour longtemps gravement en péril. Un jour c'est sûr, dans dix ans ou dans cent ans, ou dans mille ans, les tours de La Défense finiront à terre, elles aussi, et quelques hommes auront ré-appris à cultiver des tomates-cerises dans des jardins partagés.