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11 avril 2010

sur l'eau

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Puisqu'on en est à écrire sur l'eau, restons-y. Je vais te parler d'un texte magnifique. Ça fait longtemps que je voulais le faire, mais tu sais bien, moins les choses te sont futiles, plus tu as peur de les aborder, de les confronter à tes exigences. Les échéances en pâtissent.

Il s'agit d'un livre que m'a offert, au sortir de l'été dernier, un lecteur de ce blog. Un lecteur fidèle, arrivé là par les massacres de Gaza, apportant de l'intérieur des témoignages que je reproduisais, et qui nous suit désormais depuis l'autre côté de la Méditerranée, apportant parfois sa touche. Il se trouve que nous nous sommes découvert un autre petit bout d'histoire en commun, un petit bout de banlieue traversée par la Marne où il fait bon se promener, où jadis on se baignait, et où le nautisme connut des heures de gloire.

Le roman de H. M. van den Brink parle de nautisme, justement. Il s'intitule tout simplement "Sur l'eau".

Nous sommes avant la guerre, en Hollande. Une petite ville industrieuse de Province, ou un quartier d'Amsterdam. A sa manière déjà ravagé par la crise. La ville a ses cloisons, dans les conditions sociales, dans son organisation géographique, dans ses saisons, dans les têtes. Des castes qui ne se nomment pas au nom de la civilisation. Tout y semble figé. Comme l'eau qui dort.

Sur l'eau raconte l'amitié de deux adolescents. Une amitié silencieuse mais qu'importe, puisqu'elle n'aurait pu se dire.

C'est un club d'aviron. Une société d'aviron, pardon. Une paire est prise en main par un entraîneur en disgrâce. Anton, fils de pauvre, n'a rien à y faire sauf accomplir sa fascination pour l'eau et pour les corps musculeux qui la domptent. David, fils de riche dont on ne sait rien, sauf qu'il n'en serait sinon pas sociétaire, se laisse extraire de la jeunesse désinvolte de ses pairs pour basculer dans la besogne et la compétition. Leur destin les lie l'un à l'autre, sans calcul, sans préméditation. Condamnés à s'entendre, à se comprendre, à acquérir jusqu'à l'intuition de l'autre, jusqu'à se fondre l'un dans l'autre.

J'ai retrouvé dans Sur l'eau, dans le personnage d'Anton, à peu près tous mes stigmates.

9782070756537.gifLe sentiment d'usurpation, l'altruisme de celui qui a tout à prouver, une jouissance de l'effort répété, jouissance des séquences fugaces où l'on perçoit le palier franchi, la rude déception de la séance d'après où la sensation ne revient pas, la lutte pour marier puissance et synchronisation, comme l'on voudrait rapprocher les deux pôles opposés d'un aimant.

Il y a dans ce livre je crois les plus belles descriptions de l'eau qu'il m'ait été donné de lire. Une vision contemplative de l'eau, des souvenirs festifs, des réminiscences, des bruits, des lumières, des odeurs. L'évidence des corps qui s'y frottent.

Ils sont deux et ils ne sont qu'un. Ils sont deux et font plus que deux fois un. Livrés chacun à eux-même et soumis à l'autre. Empêchés de nuire l'un à l'autre. Interdits l'un et l'autre, en raison même de ce qu'ils sont, l'intrus et l'enfant chéri, d'apparaître comme le faible de l'autre. Leur connivence dite, la faiblesse, leur droit à la faiblesse y aurait place. Leur admiration tue, ils n'ont droit qu'à l'excellence.

Le récit de Van den Brink est écrit à hauteur d'eau. Les événements s'enchaînent au fil des jours et des préparations, et des émotions, et des sentiments, la perspective se dessine pas à pas, à coups d'avirons. Le contexte est majeur mais à peine dépoli. Il s'impose mais n'a pas de sens. Pas plus de sens que pour un ado de l'époque, plus soucieux de comprendre sa place dans la vie que celle de sa petite histoire dans la grande. Dans un présent ignorant des calamités à venir.

Et puis le rapport au corps y est emprunt de mystère. L'enfant chétif se façonne dans l'effort, devient adulte, fuit la ressemblance d'avec son père, se laisse gagner par la fascination d'un univers qu'il s'interdit pourtant, parce que plus qu'un autre il lui paraît réservé à l'autre rang, à ses amusements et à ses solidarités propres : celui des douches et des vapeurs d'après les entrainements. Il y accèdera finalement, dans la violence intime d'un cordon que l'on coupe - qui aurait pu être celle d'un coming out - à travers son lien singulier à David, mais la barrière de la pudeur demeurera inviolée, et la sensualité latente.

Voilà. Un beau texte, vraiment. Dépourvu de sophistication. Que j'ai pris grand plaisir à lire.

Je remercie mon ami d'y avoir pensé, flatteur, en me lisant moi parler de mes sensations aquatiques.

Commentaires

Pas de commentaires ici, car nous attendons tous l'ouverture du libraire pour acheter le bouquin. Ah, cher Olivier ne nous mets l'eau à la bouche comme ça un dimanche...

Écrit par : estèf | 12 avril 2010

-> estéf -> Alors, tu l'as trouvé en librairie ?

Écrit par : Oh!91 | 14 avril 2010

Pas encore, au prochain passage en ville... Ici on peut manger les poissons mais les librairies sont rares et moins achalandées. Faut choisir...

Écrit par : estèf | 14 avril 2010

-> estéf -> Vive les librairies en ligne ! A bientôt, oui, j'espère...

Écrit par : Oh!91 | 17 avril 2010

Les commentaires sont fermés.