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05 avril 2010

au lait de la tendresse paternelle

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Lundi. Pâques se poursuit à sa façon, langoureux. La séance chez mon psy est reportée. Lundi dernier, pour la deuxième fois en un an, il s'est passée une chose assez violente. Je ne sais même plus comment les choses ont commencé. Ah! si, il était question d'un film, vu la veille à la télé : Les témoins, d'André Téchiné. Il est rare que France 2 diffuse un film où une homosexualité explicite a droit de citer dans un grand film d'auteur en prime-time. Il y faut une bonne cause, une caution morale : le Sidaction arrive opportunément chaque année.

Je passe sur le sujet du film : les premières heures de l'apparition du Sida et les premiers balbutiements de la recherche. Et du combat. Une plongée assez réussie dans les années 80-90. Je disais au toubib qu'une idée m'avait traversé l'esprit en voyant une scène, où Julie Depardieu expliquait comment s'était déroulée sa naissance, le contexte de l'accouchement, terrible, et le fait qu'elle n'avait pas été une enfant désirée.

En fait, chaque fois que j'entends évoquer un accouchement difficile, où l'on parle de souffrances, et de dangers, je ne peux m'empêcher de penser immédiatement à ce que je sais de ma propre naissance. Maman en parle souvent, comme un plaidoyer. Mon frère et moi sommes nés à la clinique des Bluets à Paris. On l'appelait la clinique des métallos. Elle fut la première à mettre en place l'accouchement sans douleur. Selon u93a.jpgne méthode mise au point en Union soviétique : l'accouchement psychoprophylactique. Inlassablement, face à toutes les incrédulités de la terre, maman affirme et explique que ni pour moi, ni même pour mon frère aîné, son premier enfant, elle n'a ressenti la moindre souffrance. Rien. Toute sa préparation l'avait conditionnée à abandonner l'idée que l'on donne naissance dans la douleur, à déconstruire ses représentations morales et culturelles, à accompagner son corps dans son ressenti, à éprouver la naissance, oui, mais sans se résoudre à ce qu'il s'agisse de douleur. Elle est belle, maman, quand elle en parle. Les anesthésies péridurales n'existaient pas, alors, et puis la santé disposait de moyens humains pour des temps de préparation et un accompagnement conséquents. Je crois que les Bluets restent une belle clinique pour les accouchements, mais la psychoprophylaxie a disparu...

Voilà sur les conditions de ma naissance. Restait la question du désir. C'est curieux que j'en parle, parce que je n'ai jamais douté être un enfant désiré. Mais à la façon dont ce fut évoqué dans le film, j'ai senti que la question m'effleurait, l'espace d'une micro-seconde. J'ai même soudain réalisé que ça pouvait être quelque chose d'important, avoir été désiré ou apparaître inopinément. Alors je me suis mis à l'évoquer avec mon psy. J'ai parlé d'un trouble, comme d'une absence. D'aussi loin que remontent mes souvenirs, j'ai été entouré d'amour. C'est-à-dire que je me suis senti aimé, et j'ai senti que l'on s'aimait autour de moi. A commencer par mes parents entre eux. Mes parents se sont évertués à construire autour de nous un univers d'harmonie. Il y avait place au combat - de classe, de préférence -, à la revendication, à la révolte, même. Mais pas au désamour. Ils s'étaient rencontrés, ils s'étaient aimés - bon, ça avait été un peu compliqué qu'ils se l'avouent, mais les épreuves avaient apporté la clarté -, ils avaient désiré des enfants et étaient désormais engagés dans la vie comme ils l'étaient dans leur foyer. Il y avait toutefois un hic. Quelque chose qui ne collait pas. La vie ne peut pas être aussi limpide, ça se saurait. Comme une chose occultée. Oserais-je dire un non-dit ? Et là, il me faut m'interroger sur l'au-delà de ma capacité de mémoire. Il ne se peut pas que les choses se soient passées aussi bien. Papa sortait de prison et était forcément avide de liberté et de grand air. Maman s'était battue pour l'attendre, pour le soutenir, pour le libérer et était avide de lui. Il ne se peut pas qu'il n'y ait pas eu violence, dans cette situation. Il fallait que l'un des deux renonce. Il y a forcément eu conflit - ouvert, ou en mode frustration - mais un tel frottement ne pouvait pas ne pas faire des étincelles.

Histoire de parler, et en résonance au film, j'ai dit à mon psy que peut-être c'est dans cette période-là qu'il faut rechercher ma propension à interpréter chaque silence comme un abandon. "Peut-être en effet", m'a-t-il dit. Maman devait être tendue vers le fait de réussir à se lier à mon père, et peut-être, à cette époque très spécifique n'étions-nous qu'accessoires, accidents ou arguments. Mais à cette époque seulement. Parce qu'autrement, dans mes souvenirs plus tardifs, il n'y a pas moyen de me remémorer quelque réserve, si ténue soit-elle, au fait d'avoir été un enfant désiré, puisqu'aimé.

J'étais donc là dans la spéculation totale. Presque le procès d'intention. Pourquoi échafauder des idées pareilles, alors que je n'avais été qu'aimé. La séance suivait son cours. Il me semble que tout ceci fut dit en quelques minutes à peine. "Ah! et puis... si, tant pis, je vous en parle. En fait j'ai eu, il y a quelques jours une idée soudaine, qui ne m'a traversé l'esprit qu'un très court instant." Je me lançais : "J'ai été aimé. Vraiment, j'ai été aimé... mais en fait..." J'hésitais. "Je n'arrive pas à me souvenir d'un geste tendre de mon père, d'un geste concret, je veux dire".

J'eus à peine le temps de finir cette phrase, que ma gorge s'est nouée, tout mon visage crispé, des torrents de larmes ont afflué à mes yeux, puis coulé vers mes oreilles, je n'avais pas la force de les essuyer. Allongé sur ce fichu divan, entre deux spasmes, j'arrivais juste à formuler quatre mots après quelques minutes. "Cette idée m'est insupportable".

Il m'a laissé pleurer longtemps. M'a juste glissé, à un moment où je semblais me calmer, "Qu'est-ce qui vous est insupportable exactement ?"

"Le fait que mon père puisse ne pas avoir été tendre, ou pouvoir simplement penser une chose pareille. Les deux, en fait".

Une fois calmé, retrouvant une capacité à m'exprimer, je commençais comme un inventaire. En vrac, j'évoquais une enfance où je n'avais manqué de rien, nos semaines de camping sauvage à quatre dans les vallées verdoyantes du Queyras, des Pyrénées ou des Cévennes. Notre présence tolérée dans les réunions. Pas de gestes tendres, peut-être, mais une vraie présence. Nous n'étions pas des enfants relégués.

A mesure que je parlais, j'en vins à formuler cette idée, que je dis finalement assez froidement, n'ayant plus de larme en moi : "j'ai été avec mon père, plus que mon père a été avec moi". Je me souvenais des "t'inquiète-pas, il y en a aura pour cinq minutes", qui devenaient une heure, des heures à attendre dans la voiture, ou dans un fauteuil à côté, qu'il finisse une discussion, un rendez-vous, une réunion... Papa était dans le grand combat pour un monde juste et humain, j'étais son spectateur émerveillé. Peut-être au fond n'ai-je orienté ma vie que dans le désir d'être dans ce combat-là comme une étoile à mon tour pour qu'il soit, lui, envers et contre tout, enfin, avec moi. Si c'est le cas, j'y ai amour paternel vervaco.jpgplutôt pas mal réussi. Quand adulte, je devenais responsable d'un grand syndicat étudiant, il n'avait en lui que de la fierté. Ma mère m'en rendait compte, plus qu'il ne la manifestait, mais d'une certaine façon j'avais gagné. Je n'en suis pas arrivé jusque là avec mon psy. Avec lui, j'évoquais plutôt la tendresse que j'éprouvais pour les jeunes pères que je voyais entourer d'affection leurs jeunes enfants, ma fascination pour leurs gestes maternels.

La séance était terminée. Avant qu'on ne se quitte, il m'a juste dit : "Vous savez, même si apparemment c'est la vôtre, materner, ce n'est pas la seule façon d'aimer".

Putain, ça va bientôt faire un an et 2.000 euros que j'essaye de retrouver la paix intérieure. Je commence à peine à casser mes mûrs de soutènement. Tu crois que j'en ai encore pour combien de siècles ?

Commentaires

Je lis ce billet au retour de notre rencontre-restaurant.
Etrange. Très troublant.
Nous n'en avons jamais parlé, et tant de choses me semblent nous rapprocher : l'enfance de fils de "camarades", les heures à attendre ou à participer à la distribution de tracts ou à l'affichage, avec l'espoir secret que le père remarquerait notre admiration active... Avec une nuance de taille : tu ne doutes pas que ton père, tes parents t'aimaient, moi, j'avais peur de mon père et j'étais convaincu qu'il me reprochait d'exister...
Et pourtant ! Avec vingt ans d'avance il me semble que j'étais dans ton sillage ! (Je dis bien : j'ai l'impression de t'avoir suivi. De la relativité du temps...)
Un point où nous nous sommes écartés : lorsque toi tu as redoublé de militantisme convaincu de recevoir son admiration en retour, moi dans les mêmes âges je vivais 1968 et me libérais de mon père en remettant en cause la ligne du Parti...
« Nous n'étions pas des enfants relégués ». Je vois ce que tu veux dire. Ce sentiment de se sentir plus fort, parce que nous, nous « existions » aux yeux de nos parents, contrairement à tant d’autres gosses qui nous entouraient… En fait, nous existions, mais pas en tant qu’enfants. Pas en tant qu’êtres à accompagner dans leur construction. En tant que « progéniture » dont on est fier, parce que plutôt réussie, parce que c’est évident qu’elle prendra notre suite… A condition que, de quelques façon que ce soit, elle ne gêne pas leurs activités militantes, prioritaires, elles… J’ai toujours pensé que mon père ne m’aurait pas pardonné de louper une réunion importante à cause d’une quelconque varicelle. Ou, c’était évident, Maman se serait « sacrifiée » en me gardant pendant qu’il aurait assumé son rôle social, et ceci m’aurait été encore plus insupportable…
"Vous savez, même si apparemment c'est la vôtre, materner, ce n'est pas la seule façon d'aimer".
Waouuuhhh… J’en prends pour mon grade. Mais en fait, savoir être aimé, savoir que l’on aime, ceci nous suffirait-il réellement ? J’ai (tu, nous, avons) besoin de tendresse. De contact. De sensoriel. Du physique. L’amour intellectuel c’est bien. Oui, c’est bien. Mais…
Waouuuhhh… et justement je suis en plein dans cette réflexion en ce moment…

Écrit par : Boby | 05 avril 2010

On entend souvent 2 sons de cloches (expression choisie et de circonstance!). On répète, souvent inconsciemment mais des fois en le sachant, des traumas (positif ou négatif, j'entends par là un sentiment, un état d'être généré par l'histoire personnelle, une série d'évènements. Je ne sais pas si c'est la définition canonique, mais elle a le mérite d'être la mienne et que je te la donne, histoire que tu saches de quoi je parle) de l'enfance, de l'adolescence, de l'histoire qui nous a conduit à être ce qu'on est. L'autre son nous jetterait plutôt dans un rejet de ce trauma, histoire de montrer qu'on a pris conscience d'un état qui ne nous convient pas et de lacunes qu'on essaie de combler. Dans les 2 cas, pour moi, si on n'a pas résolu cette opposition, alors on est resté dans l'adolescence. Oh, je veux te rassurer, on vit très bien sa vie d'adulte tout en restant dans son adolescence. Je me demande simplement quand ça arrivera, comment je serai. Des fois, mais rarement ça me fait peur! Car je me sens bien, et je n'ai pas vraiment envie d'en sortir
Mon père mon père, l'éternel absent de ma vie. Pourtant, je pense quand même qu'il était fier de moi, mais ne le montrait pas. J'en étais même arrivé à me dire qu'il avait honte de moi, qu'il "savait" pour moi. Un père doit forcément sentir ces choses là... Il m'a bien élevé, a parfaitement subvenu à mes besoins matériels, je n'ai aucun reproche à lui faire sur ce plan là. Il m'aimait, sans aucun doute, sinon, il n'aurait pas fait tous ces sacrifices. Mais il était absent... Tiens, une fois, il est venu me demander quelles études je faisais, car il parlait avec son frère qui venait de lui demander ce que je faisais... Pourtant, je préparais mon doctorat, c'est pas anodin, et surtout quand même pas difficile à retenir...
Je ne lui en veux pas, mais j'ai quand même des regrets, de ne pas avoir pu partager ma vie avec mon père. Depuis son décès, il y a 15 ans, j'ai aussi enterré tout espoir de communication et d'échange avec lui.
Je ne sais pas si je comble un manque, ou si je rejette un modèle, mais je fais ce que je pense être le mieux actuellement. Le résultats sera j'espère le même.
Tu m'as renvoyé à ce jour où je l'ai enterré, entouré des femmes de la famille, je suis devenu l'homme de la famille (ma mère me l'a dit exactement comme ça. Terrible, sachant ce que je savais ce qu'elle ne savait pas me concernant). J'ai pleuré ce jour là, mais je sais au fond de moi que ce n'est pas la disparition du père que j'ai pleuré, mais la disparition d'un espoir d'échange, de connivence, de compréhension.
J'ai arrêté de grandir à cette date là, du moins pas comme on grandit habituellement

Écrit par : buddy | 05 avril 2010

Aurions-nous tous été élevés de fait par les femmes ?
Pour moi la relation au père se noue dans la petite enfance. Après c'est trop tard.
Il était présent mais dans sa statue du commandeur face à un enfant tardif sans statut. Ai-je été été désiré ? Étais-je de lui ? Ces questions ont taraudé mon enfance et mon adolescence... Pour le désir, j'ai fini par demander. Quelle maladresse, comment auraient-ils pu répondre, avec le moule dans lequel ils ont été fondus. Pour l'hérédité, la ressemblance ne saurait tromper...
J'ai toujours eu l'impression que seule la réussite scolaire comptait, en fait il y avait bien plus pour lui. Mais le moule, toujours ce putain de moule qui tue toute expression vraie, tout échange. Si, j'oublie une lueur, une vraie, une fois, la première fois que je suis descendu dans la rue.
Quand j'avais 20 ans, mon père a fait quelque chose d'anodin pour un cercle familial, grave pour moi. Très grave. Il s'est tué dans mon cœur. Il n'a rien vu de ça, rien compris. Personne d'ailleurs. J'ai tout gardé pour moi et quelques amis. Le moule.
J'ai pris mon parti de tout ça, j'ai été, je suis l'enfant modèle. Tout va bien.
Aujourd'hui je les ai encore tous les deux. Il se fait très tard pour eux et il y a finalement beaucoup de tendresse. Mais rien ne se dira jamais. Ce sera toujours trop tard. Maintenant il n'y aurait pas assez de mémoire. Ça me fait toujours quelque chose qu'il soit arrivé jusque là avec toutes ses certitudes alors que d'autres que j'aimais tant, et qui m'ont plus construit que lui (du moins en apparence), sont partis.
Ce qui n'a pu se dire ne se serait sans doute jamais dit. C'est comme ça buddy, ne regrette rien. Mais, pour tous, ce qui est sûr c'est qu'ils nous ont aimés, à leur façon. Ce putain de moule.

Écrit par : estèf | 05 avril 2010

Ce soir il y avait sur France 5, la rediffusion du téléfilm "Princesse Marie", de Benoît Jacquot avec Catherine Deneuve, sur la rencontre de Freud et Marie Bonaparte.
Et juste après je lis ton article et je me dis qu'il était vraiment très fort ce Sigmund !
Alors même si c'est long et parfois très difficile il faut tenir... pour se découvrir au plus profond de soi pour mieux se reconstruire...
Courage tu es sur la bonne voie...

Écrit par : Gaëtand'Oran | 05 avril 2010

J'ai été très attentive dans mes lectures de cette tendresse. Je crois que tu touches ici, une fois encore, quelque chose de très intime, et je note que tu as des échos qui vont dans le même sens. Ma conclusion surement très rapide, est qu'il me parait parfois bien incohérent ce retour sur le passé pour pouvoir vivre le présent, est il impossible de l'oublier pour avancer ? doit on se poser ainsi mille questions ? je suis perplexe, bon tu le sais le psy moi ça n'a pas fonctionné, et ici quand je te lis je sais plus ou moins pourquoi. Ce qui ne m'empêche en rien de t'aimer, et de t'embrasser aussi.

Écrit par : Bougrenette | 06 avril 2010

Que je n'ai moi-même qu'assez peu de souvenir de la tendresse de mon père, même si je ne doute pas aujourd'hui de son affection, n'a que peu d'importance. D'autres témoignages viennent enrichir ta note avec des perspectives intéressantes.

Par contre, pour briser cette chaîne infernale, on pourrait peut-être commencer par bien peser des propos comme, je te cite : « ... j'évoquais plutôt la tendresse que j'éprouvais pour les jeunes pères que je voyais entourer d'affection leurs jeunes enfants, ma fascination pour leurs gestes maternels. »

Cela pourrait laisser à croire que ces « gestes d'affection » seront à jamais « maternels »... Faut que je relise Badinter ;-)

Écrit par : Gee Mee | 06 avril 2010

As a father, he said,
I'll be guilty anyway
For not loving enough, for not being there,
For not being so close /
So closing than your mum,

and then, he said,
I was doing my best trying to become
The father you needed as a son,
The man they never showed to me

You were, he said,
The reason for all that
The hugging and the force,
The silence and the misunderstanding

You were the sun that rose
Everyday for me
Sending me with a smile
In the shades of my own.

...
Nous n'aurons jamais de père comme nous l'attendions, nous ne serons jamais les pères que nous voudrions être - ou alors, comme disait l'autre, des pères suffisamment bons.
Enfin, j'espère.

Écrit par : manu | 07 avril 2010

Bavard, j'ai commenté deux fois ; voulu m'en excuser par mail, mais ton adresse a disparu de ma boîte... iiiiik.
rebises

Écrit par : manu | 07 avril 2010

Marrant comme ce billet appelle les longs commentaires, tu as quand même l'art d'initier l'interactif toi.

Écrit par : feekabossee | 07 avril 2010

Vu l'âge qu'avaient mes parents (18 et 19 ans) je sais que je n'ai pas été désirée, mais ça m'a toujours été égal, là où je leur en veux, c'est de ne pas nous avoir assumés. Ils ont fait exactement ce qu'ils voulaient avec leur vie, et attendent maintenant qu'on soit dispos pour eux.
Avec mon frère on se dit toujours qu'on est les deux adultes de l'histoire, mais au moins on essaie d'être des parents aimants a défaut d'être les enfants dociles.
L'analyse, elle est bénéfique jusqu'à un certain stade. Après 18 mois à gamberger sur mon père, j'ai appris à me détacher mais ça ne me rend pas plus heureuse pour autant. Juste beaucoup moins malheureuse. Se détacher c'est déjà pas mal je trouve. Par moment je recommencerais bien, mais quand je sais ce qui m'attends, je me sauve en courant ... Au Secouuuuuuuuuuuuuuuurs ! ;-)

Écrit par : feekabossee | 07 avril 2010

-> Boby -> En même temps, si militer c'était sans doute être dans le sillage de mes parents, ou perpétuer des valeurs, que je ne renie pas, je crois quand-même que si je me suis investi au niveau où je l'ai fait, c'est aussi pour échapper à d'autres questions, pour accrocher des choses à la paterne de l'utilité sociale, ou de l'utilité tout court, pour ne pas avoir à trop me regarder, ou encore plus prosaïquement pour gagner l'intérêt de gens que j'admirais, ou que j'aimais à mourir sans rien pouvoir faire de cet amour, parce que sans cela je me serai cru indigne d'intérêt. D'un point de vue conscient, mon père avait disparu, dans les âges de ma militance. Je réalise qu'il n'avait sans doute pas disparu de mon inconscient...
Et puis au fond, je ne regrette rien de ce que j'ai vécu, même de ces réunion interminables, parce que c'est là que j'ai puisé ou compris ce qu'était la générosité ;
-> buddy -> Les traumas, qu'on reproduit, ou qu'on pourchasse... C'est drôle, parce qu'objectivement, j'ai grandi dans un univers protégé et surprotégé. Il y avait un climat à la Dolto, on avait réfléchi autour de moi à ce qui était bien pour les enfants, et à ce qu'il fallait éviter, on ne m'a jamais éduqué par mégarde, mais en suivant des principes, et dans ces principes, l'amour et l'harmonie étaient en bonne place. Et puis 68 est passé par là et l'on avait l'Encyclopédie de la vie sexuelle à la maison (maudite encyclopédie, tiens, "grâce à qui" j'ai attendu 15 ans que mon homosexualité me passe...!!). J'en suis, dans mon analyse, non pas à rechercher de quelle négligence j'aurais pu être victime, mais de quelle réalité cachée sous des attitudes construites et réfléchies peuvent être apparues certaines de mes inhibitions : un rapport apparemment décomplexé à la sexualité, par exemple, mais qui dissimulait mal une pudeur plus authentique, etc. Putain, c'est vraiment un truc de luxe, que je m'offre là : je suis le mec aimé qui a toutes les preuves de l'amour qu'il a reçu mais qui cherche à se prouver à lui même que ce n'aurait été qu'un amour de circonstance, ou de convenance...!! Non, vraiment, je suis dingue ! Faut que je redevienne ado d'urgence !
-> estéf -> Ah, si les parents mesuraient parfois la portée de ce qu'ils disent dans un contexte de réunion familiale. C'est drôle, j'avais quinze ou seize ans, c'est une époque où l'on commençait à voir des garçons se mettre une boucle d'oreille. Souvent des homos, sans doute. Pas sûr. Au cours de cette discussion, dans notre petit patio, et devant tout le monde rassemblé, cherchant à faire un effet risible au milieu de la conversation joyeuse ou l'on s'émouvait de cette nouvelle mode, mon père m'a lancé "si tu portes un jour une boucle d'oreille, je te déshérite, mon fils !" J'ai ri avec les autres, mais cette phrase a longtemps, jusqu'à aujourd'hui, résonné à mes oreilles. Elle était totalement décalée avec la façon qu'il avait habituellement de communiquer avec nous, elle n'avait à voir qu'avec cette réunion de famille arrosée, mais je pense que j'en ai nourri mes réserves, et... je crosi qu'il ne serait pas mort il y a dix-huit ans, je n'aurais peut-être jamais fait mon coming out ;
-> Gaëtand'oran -> Ben comme tu vois, je m'accroche. J'ai des barrières solides en moi, qui offrent une résistance persistante, mais des fois, j'arrive à avancer. je crois aussi qu'il était assez fort, notre ami Sigmund, quoiqu'en dise Bougrenette !!!
-> Bougrenette -> Oublier le passé pour avancer ? Mais tu n'y penses pas. Je ne suis pas en train de ressasser une histoire ancienne et difficile qui m'empêche d'avancer. Mes souvenirs sont tous beaux. Il s'agit juste de comprendre où s'enracinent des comportement qui aujourd'hui me handicapent, des réactions qui aujourd'hui me pèsent, des obsessions infondées, des émotions... Dois-je renoncer à me poser ces questions et laisser mes obsessions, ma tristesse et la dépression finir de me ravager ? Et puis-je te dire que je suis à peu près convaincu qu'une partie de tes problèmes viennent sans doute de cette résistance que tu opposes, de cette carapace que tu verrouilles, et finalement du refus d'explorer dans ton inconscient ce qu'il recèle et qui a besoin de s'exprimer autrement ?...
-> Gee Mee -> Bah ! Il faut croire que c'est la lecture que je m'en suis faite, en tout cas. J'ai creusé hier encore ce sujet avec mon psy, et je confirme : la façon qu'a eu ma mère d'aimer mon père fonde à peu près exclusivement ma façon de concevoir le fait d'aimer... Je creuse, je creuse...
-> manu -> Crois-tu vraiment qu'il soit plus difficile d'être père, que d'être mère ? Que la société a bien codifié le rôle des unes, sans vraiment baliser celui des autres ? Depuis que je te suis, que je te lis, y compris dans ton regard de paternel, je me dis que douter, c'est déjà une des plus belles façons de l'être. Si j'avais du être père, moi, je crois que c'est un peu à ta façon que j'aurais voulu pouvoir l'être (aïe, merde ! il aurait fallu que je me mette au rugby !). J'en profite pour te remercier du lien, et pour supprimer ta redondance. Autrement, mon adresse mail apparaît sur le blog, en haut de la colonne de gauche, je crois ;
-> feekabossee -> et moi, un an déjà !... Je ne suis pas sûr de toujours avancer. Je pense que c'est même souvent inutile. Ça constitue un facteur de stress supplémentaire, la petite appréhension du vide, chaque lundi soir, autour de 19h...! Mais je continue. Je crois que ça m'aide à traverser les turbulences dépressives, sans forcément les atténuer.
Autrement, pour les longs commentaires, ben oui, c'est drôle... du coup, je ne peux pas y répondre en deux temps trois mouvements. Je dois me trouver deux heures de libre un soir de semaine, essayer de trouver deux trois bricoles un peu intelligentes à dire... pfff! C'est bien, les ami(e)s, mais ça donne du taf !!!
[entre parenthèse : merci à tous]

Écrit par : Oh!91 | 08 avril 2010

On te tient éveillé, comme ça...
je suis content!!!

Écrit par : buddy | 09 avril 2010

Tes réponses ici, ou là, sont un vrai plaisir, mais réponds quand tu peux, on sait que tu reviendras...
Sinon, c'est pour la même raison que toi que n'ai pas pu assumer ce que m'a fait découvrir un ami cher à 21 ans et que je tairai cela encore aujourd'hui.

Écrit par : estèf | 09 avril 2010

-> buddy -> On peut voir les choses comme ça... Mais t'inquiète ! Moi aussi je suis content comme ça.
-> estéf -> Tu n'as pas tellement besoin d'en parler, au fond... Je crois que je perçois bien, d'intuition ou d'expérience. Merci de ta patience...

Écrit par : Oh!91 | 11 avril 2010

Comprendre les enracinements oui ... tout au moins les faire remonter à la surface, parce qu'on les a au fond de nous ... Mais après je suis comme Bougrenette je crois, il me semble qu'un jour il faut se dire "ça y est, je peux marcher sans ma canne", et recommencer à avancer. Seul.

Écrit par : M. | 11 avril 2010

-> M. -> Un jour, je marcherai seul. J'en suis sûr. Je n'en suis pas loin. Mais pour l'instant, je ne crois pas être mal accompagné...

Écrit par : Oh!91 | 12 avril 2010

J'avais été troublé en lisant ce post il y a quelque jours.
Plus que ça même.
Je n'avais pas commenté parce que je trouvais inutile et répétitif de te dire une fois les similitudes...
Lors de mes séances, j'ai récemment aborder l'amour parental, tout en retenu, l'absence de souvenirs de tendresse, de chant, de bercement. J'en suis venu à ma façon d'être dans le couple, très protecteur, presque maternel. Ma difficulté aussi à me montre tendre.
... Voilà aujourd'hui, je veux te dire, avec un peu de retard que j'ai été secoué par ton histoire. Aujourd'hui encore en te relisant.

Écrit par : πR | 16 avril 2010

->πR -> On a le droit aussi de se laisser juste ébranler, ou pas, sans s'obliger à répondre, ou à commenter. D'ailleurs, n'as-tu pas longtemps fonctionné comme ça, en y trouvant ton compte d'émotions, d'excitations, avant de te lancer dans un premier com, puis dans un autre, puis d'aller ouvrir le livre de ta propre démarche ? Restons juste libres, et légers. Ça n'enlève rien à l'affection.
Il n'y a pas de rebond tardif...

Écrit par : Oh!91 | 17 avril 2010

Les commentaires sont fermés.