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27 mars 2010

affaire de regards

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Ça y est, je ne vois plus le jour. Les jours n'ont pourtant jamais été aussi longs, ne se sont jamais étirés aussi vite, et ont rarement été aussi doux et lumineux que ces derniers temps. La semaine prochaine, je vais recommencer à prendre la route dans la nuit chaque matin, maudite heure d'été, et perdre définitivement de vue que nous sommes rentrés dans le printemps.

Au fond, tout est affaire de regard.

C'est comme ça chaque année : 22 mars, journée mondiale de l'eau, et pour moi, tout s'accélère. Professionnellement s'entend - des dossiers à rendre, des réunions tard le soir, des textes à écrire, à relire, des notes à pondre. Comme je n'ai rien lâché sur certaines choses auxquelles j'ai pris goût - en musique de préférence - je réalise que je me suis laissé aller, sans même m'en rendre compte, à un break non prémédité : putain, cinq jours loin des blogs ! Pardon.

Du coup, j'accumule des histoires à te raconter, ça déborde dans ma petite tête, mais je n'en ai pas le temps.

Tiens, jeudi : je marchais dans une rue de Créteil. En bas d'une cité. Un jeune, en tenue d'éboueur, combinaison verte et bandes fluorescentes, par dessus un petit haut de survête noir à capuche assez fashion. La peau d'ébène et un magnifique sourire à la Dessailly. Au milieu d'un trottoir, appuyé sur son balais : "Regarde-moi, j'ai jamais été aussi visible, non ?" Il parlait à un gars et une fille de son âge, des potes de cité, disons. Il a tourné sur lui-même comme dans un défilé de mode. Comme pour dissoudre une gêne et partager de la fierté. "Et ben j'te jure, y'a personne qui me voit. Personne. Toute la journée, personne. C'est comme si j'existais pas."

Je passais à côté d'un pas alerte au moment où il disait ça. Il a remarqué mon regard appuyé, qui s'amusait de ce qu'il entendait, comme l'exception qui confirmait la règle. Tout est affaire de regard.

Ou hier midi, tiens. Un petit mec bien foutu dans les douches de la piscine. Maillot boxer. Tout entier concentré sur lui-même. Timide, ou indifférent ? Je me désapais, m'installais juste à côté, me savonnais, sans insister sur les parties intimes, mais laissais transparaître un discret émoi. Pas un regard. Apparemment indifférent. Et puis une fois propre et rincé, il a repris du gel douche - gagné ! - Et s'est lavé à nouveau juste sous son maillot. Donc timide. Il a répété son rituel, puis encore. Finalement, il se mettra à oilp, mais toujours sans un coup d'œil apparent. Ça tombe bien, j'avais des humeurs à évacuer.

Tout est affaire de regard.

11:02 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (4)

Commentaires

Oserai-je dire à la face du monde ébahi et jaloux : en vrai tu es encore plus séduisant qu'en virtuel ;-)

Écrit par : madame de K | 28 mars 2010

-> madame de K -> Et voilà, c'est avec des commentaires comme ça, que je reçois ensuite des mails comme ça : http://entre2eaux.hautetfort.com/archive/2010/03/10/761f390c3e209b00b61cf2b85ed1553f.html !!!!!
Bon, merci en tout cas, je ne doute pas que c'est sincère. Et sans moins de sincérité, ça a été un grand bonheur et une grande fierté de faire ta connaissance et d'avoir, un instant, ton beau regard sur la vie entre mes mains...

Écrit par : Oh!91 | 28 mars 2010

Affaire de regards et d'humanité
Tu te souviens sans doute encore des regards des dames dites de service à la maternelle, attentives à nos gestes et à nos chutes. Mais plus tard, as-tu remarqué les regards de ceux qui, au collège puis au lycée, étaient attentifs à notre environnement matériel, et ramassaient nos papiers froissés, puis nos mégots et peut-être d'autres choses parfois plus intimes.
Comment apprenons-nous à diriger nos regards ?
Quand j'ai croisé les yeux de Pierre, serré sur la banquette de ce petit hôtel où il m'attendait, nous avons su aussitôt que nos messages ne nous avaient pas trompés. Aujourd'hui encore, alors que le désir l'a quitté, c'est ce regard qui me reste.
Au hammam, j'avais partagé un moment intense avec un bel inconnu. Une nouvelle étreinte sous la douche s'annonçait très agréable. Je l'ai abandonné : impossible de rencontrer son regard. Plus tard dans la nuit, nous nous somme croisés à nouveau, enfin, seuls nos corps se sont croisés. Comment peut-on avoir si peu d'humanité ?
Il était danois. C'est le regard qui nous a soudés. Face à face, les yeux dans les yeux, j'ai lu sa jouissance avant même que son membre ne s'exprime sous mes doigts. Plus tard sous la douche. Il s'est échappé quelques instants pour aller chercher une serviette. Il n'est jamais revenu. Était-il parti courir après le dernier métro ? J'ai attendu puis j'ai longtemps erré, désarmé...Des mois plus tard, je n'oublierai pas son regard.
Si jamais, Olivier, j'avais à réveiller ta belle endormie, pourrais-je pénétrer ton regard ?

Écrit par : estèf | 28 mars 2010

-> estéf -> Je crois que mon regard sait se rendre accessible. Peut-être même se livre-t-il trop, et me perd-il. Peut-on être victime de son propre regard ?

Écrit par : Oh!91 | 29 mars 2010

Les commentaires sont fermés.