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22 mars 2010

la princesse hottentote

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C'était il y a deux cents ans. Ils l'avaient faite venir d'Afrique du sud pour en faire un phénomène de foire. La traite négrière avait été arrêtée trois ans auparavant par un décret royal, mais dans certains quartiers, de Londres ou d'ailleurs, on ne proscrivait pas l'exhibition : elle avait une petite taille, 1m51, et un postérieur d'exception, "ça oui, elle avait un gros cul", qui faisaient d'elle, assurément, le chaînon manquant en personne.

Après les montreurs de monstres d'outre-manche, ce furent les scientifiques et médecins français qui s'intéressèrent à elle, à cette preuve irréfutable de la supérirorité de la race blanche. Elle avait quitté les tréteaux pour les conférences universitaires, les sarcasmes grossiers et imbibés de la rue pour les sarcasmes doctes des paillasses. La France l'avait ensuite conservée jusqu'en... 1974 dans le formol de son musée de l'homme. Avant d'accepter d'en rendre la dépouille à l'Afrique.

Deux cents ans d'existence pour témoigner des humiliations coloniales.

Le théâtre de l'Athénée lui rend sa dignité de femme, dans une pièce de Suzan Lori-Parks, Vénus.

Le sujet était audacieux, la monstruosité du voyeurisme n'est pas facile à mettre en scène. Ni la morgue scientifique. Cristèle Alves Meira a fait le choix d'inverser les perspectives, de travestir les oppresseurs et d'enticher de burlesque les représentants de la morale ethnocentrée, dans des vidéos caricaturales ou des marionnettes géantes. Les scènes et les actes sont distribués dans des ordres aléatoires, sans que la chronologie en soit bouleversée.

C'est souvent drôle, toujours horrifiant, surtout quand des textes d'archive, tirés de la littérature, de la presse d'époque, des minutes de procédures judiciaires ou de précis scientifiques, viennent subitement raccourcir la distance que le jeu d'acteurs avait installé avec l'histoire.

A l'entracte, le public s'égaye, mais une partie revient vite en salle quand, rideau tiré, l'un des comédiens profite de cette semi confidentialité pour y lire le texte d'une conférence d'époque sur les organes génitaux de cette pauvre Vénus.

Des deux heures vingt, entracte compris, que dure le spectacle, on pourrait retirer dix à quinze minutes d'inutiles redondances, mais pas une de plus. Car à l'heure où - pire que les éructations - l'exaltation familiale des Le Pen vient à nouveau affliger nos écrans, on a grand besoin d'un théâtre qui ne fait pas semblant.

Cours-y si tu es à Paris. Vénus se joue jusqu'au 27 mars inclus. Et cette magnifique salle de l'Athénée n'y est hélas pas pleine.

Commentaires

Oué. Mais dix minutes de redondance, aussi profond et juste que soit le sujet, ça reste difficilement pardonnable. Surtout pour qu'on nous explique que les hommes, avant, étaient des cons. Des fois je me dis que le théâtre pourrait plutôt nous dire comment ne pas le redevenir.

Écrit par : manu | 23 mars 2010

-> manu -> Bah ! Le théâtre peut aussi redonner des bagages aux voyageurs que nous sommes. Un coup d'œil dans le rétro ne conduit pas forcément à la conclusion qu'on est beaucoup plus beau aujourd'hui. C'est pas mal de voir d'où l'on vient, comment s'est construit, nourri, notre regard ethno-centré, pour mieux tenter de le dépasser. Avec ou sans redondance.

Écrit par : Oh!91 | 27 mars 2010

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