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15 mars 2010

sans lui

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Sans lui, je n'aurais pas été ce que je suis.

Bien sûr, il y avait les valeurs. Il y avait mon père, ce héros, qui avait payé de la prison l'engagement pour ses convictions. Il y avait ma mère, prête à tout donner pour un avenir meilleur. Il y avait nos distributions de tracts, de boîtes en boîtes, sur les épaules de l'un ou de l'autre, il y avait les grèves et les grandes manifs. Pour la paix. Pour les salaires. Pour la sécu. Pour l'école. Pour les retraites. Il y avait l'engagement syndical, dès l'entrée en fac. Il y avait l'amour parfait qui rôdait autour de moi. Il y avait la solidarité, inscrite comme au fronton de la maison et de notre quotidien. Il y avait tout cela et encore plein d'autres choses qui faisaient de moi un de ceux qui avaient "la chance d'avoir eu des parents communistes".

Mais sans lui, tout cela n'aurait été rien.

Lui, il apportait le lien. Il connectait l'amour à la politique. Il racontait à tous une histoire qui était la mienne. Mes parents cessaient d'être des mythes, parce qu'il les chantait et les reliait à des millions d'autres.

Avec lui, et les vers d'Aragon auxquels il m'initiait, je découvrais que la poésie ne s'arrêtait pas à la porte des rimes, qu'elle se nourrissait de la puissance allusive des mots, de leur vertu suggestive, et que le plus important était dans ce qu'elle ne disait pas, dans ce qu'elle gardait caché pour ne se livrer que dans une transe improbable, fulgurante, inattendue, à la vingtième lecture, à la quarantième écoute.

Enfant, je rêvais d'aimer comme il aimait sa Môme, de combattre pour la justice sous les traits de ses marins révoltés. Je me figurais le sens cataclysmique de la shoah dans sa nuit et son brouillard. Ado, il offrait aux plus grands poètes du monde, ignorés de la plupart des livres scolaires, de prendre pied dans mon imaginaire : federico Garcia Lorca, Pablo Neruda, Victor Jara... Jeune adulte, habillant l'amour de son mystère et le socialisme de sa part d'ingrate cruauté, il m'ouvrait les yeux au sens critique et m'habituait aux deuils. Dernièrement, plus loin dans mes habitudes et dans mes goûts, il m'accompagnait dans une appréhension plus grave du monde.

Il était la preuve de la fidélité.

Il était mon lien ultime à tout ce dont je viens.

00:05 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : jean ferrat

Commentaires

très bel hommage !

Écrit par : Gilles | 14 mars 2010

Comme toujours, tu as les mots pour bien dire ce que plusieurs d'entre nous ressentons. Par-delà l'Atlantique, les mots d'Aragon et de Ferrat parvenaient à nous faire vibrer au diapason de la beauté de l'amour et d'une société plus juste, même si ses racines communistes, elles, n'ont jamais eu beaucoup de résonance dans notre société ancrée dans le matérialisme. Il nous faisait voir au-delà. Et tu nous le montres. Merci.

Écrit par : Doréus | 15 mars 2010

Et dans ses yeux, tout l'amour, énorme.

Écrit par : Bougrenette | 15 mars 2010

on va être nombreux à écrire sur lui (et tant mieux..) mais il y a un an c'était Bashung... ça fait ch... ces anniversaires....

Écrit par : Francis | 15 mars 2010

Laisse moi recaser ici ce que je pubiais hier sur Slate:

"Grand fan (de droite dirons-nous) de Jean ferrat, je suis attéré par les récupérations faites autour de son décès. Cet article ne fait pas exception. Par exemple: "Histoire de donner un coup de pouce aux derniers communistes de la liste du Front de gauche".
Une promenade dans la blogosphère de gauche est saisissante de propos lénifiants et de tentatives de récupération politiques autour du personnage de Jean Ferrat.
Tout le monde sait que le chanteur était de sensibilité communiste, jamais encarté , moins prononcée par la suite. Et alors ? Il était un chanteur engagé, et alors ?
Depuis 30 ans, j'ai toujours pris ses chansons sans aller voir plus loin que le bout de mon nez: textes et musiques superbes, point barre.
C'est curieux de voir quand un artiste décède la meute se déchaîner en sympathies révélées telles Gabriel à la Vierge. Il y a 8 jours qui écoutait les chansons de Ferrat ? Il y a 3 jours qui se souciait de lui, pas grand monde, ses fans, peut-être mais pas tous ces politiques, journalistes et autres gens de gauche que je lis ou entends depuis 2 jours !

Cela faisait près de 15 ans qu'il ne parlait guère plus de politique, sans doute lassé, lui aussi !

Alors parlez de ses textes , de ses chansons, de son verbe mais n'allez pas cherchez midi à 14h, Ecouter devrait suffire ! "

Bises

Écrit par : corto74 | 15 mars 2010

Merci, Oliv.

Écrit par : Fauvette | 15 mars 2010

-> Gilles -> merci ;
-> Doréus -> C'est touchant de savoir que là-ba, si loin, il a aussi touché : comme quoi, la quête de justice et l'amour sont des valeurs universelles. Et la poésie transcende nos lectures de l'histoire ;
-> Francis -> Ben oui, c'est peut-être parce que nous vieillisons...
-> corto74 -> J'ai lu et relu ton commentaire (sur plusieurs blogs), et je dois dire ne pas bien comprendre parce que je n'ai pas perçu tellement de tentatives de "récupération". Il n'st pas "récupérable", Ferrat. Ou alors au contraire, qu'il le soit. Que chacun s'empare de ses valeurs, de ses choix, de son combat, de ses engagements, de sa vision du monde. Mais que chacun le fasse vraiment, et alors qu'avons-nous à craindre ? Quant à la politique, il en parlait, toujours et très bien, même depuis ces quinze dernières années. Mais sans la ramener aux jeux d'appareils, dont il était blazé, c'est vrai, et c'est tout à son honneur.
-> Fauvette -> merci à toi. Bises

Écrit par : Oh!91 | 16 mars 2010

Je ne connaissais pas ton blog. Ce billet m'a laissé pantois, c'est de moi que tu parles. De cette jeunesse où nous croyons à l'impossible et nous faisions tout pour garder la tête haute et être dignes de nos vieux.

Merci.

Écrit par : Papyjo | 16 mars 2010

Aimer à n'avoir que toi d'horizon...
Très touché par tes mots, mon blog c'est à toi aujourd'hui.

Écrit par : St Loup | 17 mars 2010

Aimer à perdre la raison
Les noctambules et la boisson
Sa môme qui n'est pas une starlette
Maria, une seule chair et deux êtres

Une mer où roulent des galets
une montagne qu'il est bon d'admirer
sans oublier l'homme à l'oreille coupé
Moi aussi j'avoue qu'il m'a marquée..

Écrit par : Multi-sourires | 17 mars 2010

-> Papyjo -> Je ne sais pas ce qui t'a emmené vers ce blog. Mais si c'est l'ami Jean, qu'il en soit remercié. Je suis content de parler de toi dans ce billet. Je sais que je parle de beaucoup d'autres, de qui ont aussi écrit par mail pour me dire que leur goût pour Ferrat avait quelque chose d'incongru, dans leur adolescence, mais qui en sont fier aujourd'hui. On essaiera de garder la tête haute, même sans lui, hein ? J'ai l'impression qu'il n'a jamais été autant nécessaire de croire en l'impossible... Merci de ton passage, et de ta marque...
-> St Loup -> "C'est si peu dire" que je suis fier d'être associé à ta note et à cette chanson. A l'amour et à l'horizon. Merci tant !
-> Multi-sourires -> ...et pour finir, les oiseaux déguisés...

Écrit par : Oh!91 | 17 mars 2010

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