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14 février 2010

Bertrand (1) à ciel ouvert

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Il me faut donc te parler de Bertrand. Je l'avais laissé dans les couches profondes de mes souvenirs. De ceux que l'on enfouit pour qu'ils ne s'abîment pas dans d'abusives relectures, ou parce qu'ils ravivent les plaies d'une période difficile, intérieurement dramatique.

Il me faut t'en parler aujourd'hui à cause de ses tourments à lui, qui me hantent, de ses émois qui sont allés le réveiller, et parce que merde, on n'a qu'une vie ! C'est un peu ça, qu'il m'avait appris...

Il est celui qui m'a permis d'entrevoir une homosexualité décomplexée, assumée, à ciel ouvert, celui qui m'a rendu la transgression vertueuse. Il mettait pour la première fois dans ma main un signe d'égalité entre vérité et avenir, alors que je pensais devoir choisir l'une ou l'autre. C'est à lui que je dois l'élan de courage qui me permit, un jour de 1997, au début du printemps je crois et au pire de mon désespoir, de sortir de ma prison.

Alors, à lui, à mon filleul de blog, qui jongle avec la vérité et l'avenir et qui, du coup, est venu me tirer par la manche, je dois ce récit.

Je n'ai pas rencontré Bertrand dans des bains. Ni même dans un complexe naturiste, où j'avais commencé à rencontrer des hommes depuis presque un an - depuis l'été précédent, en fait, puisque Csaba avait été une rencontre de plage, enfin de strand.

J'avais connu les petits coups rapides dans des recoins obscurs, mes premiers touche-pipi sans mot échangé, les hommes emmenés à la maison dans la crainte des voisins, ceux suivis chez eux dans la peur du crime. J'avais connu des caractères tordus, des sentimentaux, des paresseux et des vaillants, des hommes qui se laissaient caresser comme s'ils t'honoraient de leur seul abandon, d'autres qui t'entouraient de mille et une attentions.

J'avais rencontré des Hongrois, des Irlandais, un Allemand et son compagnon américain qui m'initièrent au triolisme unisexe. J'avais eu mon premier béguin, mon premier flirt, ma première rupture, ah, Péter, qu'est-ce que tu m'en avais fait voir, entre ta mère qui ignorait tout mais chez qui tu vivais, ton régulier qui n'ignorait rien, mais à qui tu me cachais, et tes remords, tes hésitations ou ta lassitude - je n'en saurais jamais rien, sauf que tu voulus longtemps, ensuite, rester un ami proche.

Toutes ces liaisons, bip court ou bip long, étaient nées dans la moiteur des bains ou le hâle caniculaire. Dans des lieux qui devinrent pour moi dédiés à cet art de la rencontre, ou à la consommation sur place, lors de permissions hors de mon bagne pour croire à un autre possible.

Je vivais alors à Budapest, et ma relation avec ma compagne s'en trouvait, de fait, intermittente. Cette respiration nous convenait à tous les deux. Enfin, surtout à moi.

Pourtant, je crois que l'inconfort de ma double vie se nourrissait du sentiment que je n'appartenais plus au milieu des hétéros, j'avais cessé plongeon5.jpgd'être normal depuis que je touchais des hommes, mais je n'appartenais pas non plus au nouveau monde puisque je le côtoyais en secret. C'était assez étrange, d'ailleurs, parce que tous ces hommes que je croisais, avec plus ou moins d'intensité, je ne pouvais les imaginer qu'en paix avec eux-même : assumés et expérimentés. Ils avaient déjà un compagnon, ou sortaient d'une liaison, il y avait dans leurs chambres des effigies explicites, certains s'étaient bâti des intérieurs tout entiers tournés vers cet univers homoérotique, équipés de toutes sortes d'ustensiles idoines soigneusement rangés à proximité de leur lit et qui me troublaient plus qu'ils ne m'excitaient.

Peu à peu pourtant, avec ceux que j'eus la chance de fréquenter au delà du superficiel, je découvrais que cette intimité libérée cachait un certain malaise, et je percevais le grand secret dans lequel, en vérité, ils tenaient toutes les autres sphères de leur vie, familiale ou de travail. Je dirais aujourd'hui, sans l'avoir vraiment réalisé sur le moment, que par ce fait, l'image de l'homosexualité dans laquelle je baignais alors ne me permettait pas de m'y projeter heureux. J'y exultais puis m'y recroquevillais. Je croyais ne jamais trouver la sortie.

Il m'était devenu vital - et j'emploie ce mot au sens propre - qu'on m'ouvrît le ciel.

(la suite est là)

Commentaires

Je venais te lire, pour clore cette journée.
Je m'en trouve surpris et touché.

J'attends la suite avec impatience et ... grand besoin...

Tu ne me dois rien, tu sais...
Et pourtant,
tu me donnes tant ...

Écrit par : πR | 14 février 2010

-> πR -> Ben si, je te dois ce que je t'ai promis... Je suis de parole ! Mais t'inquiète, je n'écris pas par devoir. Moi aussi, sans doute, je le fais par besoin...

Écrit par : Oh!91 | 15 février 2010

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