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13 février 2010

l'arbre de la méridienne

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Il y a dix ans, nous entrions dans le futur : l'an 2.000, le troisième millénaire, tout ça tout ça. Visionnaire, ou tributaire des agences de communication, notre gouvernement avait eu une idée : faire planter des arbres le long d'une ligne imaginaire qui traverserait la France du Nord au Sud en passant par le centre de Paris. Un incroyable pique-nique avait été organisé, des kilomètres de nappes à carreaux avaient été distribués. Ça avait été un jour de pluie à Paris, les ardeurs en avaient été refroidies, mais bon, on avait fêté l'événement : sans doute n'avions-nous pas encore idée de la profondeur du gouffre qui se formerait devant nous pour ce nouveau siècle, même si nous étions dans le brouillard, déjà. Sarko perçait, mais nous ne voyions poindre que Chirac, les tours jumelles étaient encore debout, et les Talibans n'avaient pas encore démoli les Budhas géants, auxquels veillait l'UNESCO mieux qu'à la condition des femmes, Michelin licenciait mais l'État ne pouvait pas tout, des exigences écolos émergeaient, et quelques arbres plantés le long d'une ligne étaient censés suffire à les satisfaire.

As-tu déjà remarqué, quelque part, des vestiges de cette ligne verte ? Moi si. Près de la petite maison de village que j'ai achetée dans lnape7.JPGa grande banlieue parisienne, dès 2001, sur le bord d'une départementale que j'emprunte depuis chaque jour, deux jeunes arbrisseaux avaient été placés et, entre eux, une pancarte semblable à celles qui indiquent l'entrée dans une ville. On y lisait "la méridienne verte".

Aucun autre arbre en vue, depuis ce point. Encore moins de ligne marquée au sol. L'appartenance à cette méridienne devait fonctionner par sa seule charge symbolique, et cette composition arborée devenait, perdue là, son témoin isolé.

Les premières années, les saisons changeaient, mais ces petits arbres restaient désespérément nus, comme morts. La troisième année, on les voyait verdir au printemps, mais grâce à du lierre qui les avait envahis.

Une année, le lierre fut éradiqué, puis dans un des arbres, la sève se mit à circuler et le miracle se produisit : on arracha son jumeau mort-né, et notre coin de méridienne avait enfin son arbre.

Mais ce samedi, le long de cette route sur laquelle, en semaine, à pareille saison, je ne circule que de nuit, ce matin donc, où le jour me laissait voir enfin les belles étendues encore couvertes de neige, l'arbre était à terre. Une sortie de route, sans doute. Le verglas de cette semaine... Seule restait intacte la pancarte.

Il est peut-être temps de donner au vert plus qu'une ligne... C'est fragile, une ligne.

h4ill1304623d090uneartistechinoisecensureeaparism33500.jpgOu d'installer dans mon bout de campagne cette oeuvre de l'étudiante chinoise : "Gagner plus, travailler moins", si elle venait à être de nouveau censurée... On n'est plus rétif à l'art contemporain, le long de la méridienne...

Commentaires

Au-delà de toute polémique, et j'ai lu hier soir sur Le Monde que Frédéric Mitterrand avait demandé à ce que ce soit réaccroché, je suis surpris de lire partout le mot "œuvre". Franchement ! C'était juste très laid, à peu près autant que les bannières publicitaires accrochées au fronton de Beaubourg.
Et de me dire que l'art, si c'en est, se trouve dans une vilaine impasse.

Écrit par : Olivier Autissier | 14 février 2010

-> Olivier Autissier -> Tout se discute, Olivier, mais pas la liberté de création. J'ai cru comprendre que cette artiste - chinoise, ce qui n'est pas indifférent travaillait sur la notion de propagande. Elle a donc choisi de prendre un slogan connu, ressassé à l'envie, de le détourner, et d'employer les supports habituels de la communication événementielle. Tu peux trouver ça un peu conceptuel, mais c'est sa liberté d'artiste. Une fois n'est pas coutume, ce Frédéric Mitterrand aura réagi avec tact...

Écrit par : Oh!91 | 14 février 2010

De l'art contemporain ??? c'est comme du Boltanski, non ? Pas beau, sans vraiment d'intérêt sinon le buzz... c'est ça ou n'ais-je rien compris

biz

Écrit par : corto74 | 14 février 2010

-> corto74 -> Puis-je m'aventurer à penser que tu n'as rien compris ? Ou est-ce un peu court comme réponse ? Pour ma part, je dirais que ce n'est pas facile d'être artiste aujourd'hui, tant a déjà été inventé, et l'essence de l'art n'est-il pas de toujours inventer ?

Écrit par : Oh!91 | 14 février 2010

Avec cette liberté là, tout est alors permis même le pire.
Peu importe le thème de son travail, c'est juste de la typographie en grand format. Word fait la même chose. Enfin, soyons raisonnables pour une fois et regardons les choses en face.

Écrit par : Olivier Autissier | 15 février 2010

-> Olivier Autissier -> Je persisite et je signe : tout est permis dans la liberté de création, la seule limite pouvant être, le cas échéant, les atteintes à la dignité humaine - mais conviens-en, on n'en est pas là. L'art véritable a une autre devoir : celui de n'être pas consensuel et de faire débattre. Nouvelle preuve qu'elle a plutôt pas mal réussi. Tiens, je crois que je vais faire un billet pour tenter de mettre les pieds dans le plat, autour de la notion de "geste" artistique

Écrit par : Oh!91 | 15 février 2010

L'essence de l art est peut etre de sans cesse inventer. Le pb c'est qu'on appelle tout et n importe quoi Art. Les drapeaux de cette femme ne sont en rien de l'art. Comme dit Autissier de la typo en grand format. Appelons cela une "performance" éphémère, mais certainement pas oeuvre ni art. D'ailleurs, dans quelques jours, qui se souviendra de ces drapeaux ?

Biz

Écrit par : corto74 | 15 février 2010

-> corto74 -> Appelle-ça performance, installation, ou ce que tu veux, mais l'art ne se juge pas aux procédés employés, ni aux supports de réalisation. Il se juge aussi à la démarche, à ce qu'il cherche à provoquer. En l'occurrence, personne n'a parlé d'une œuvre majeure, c'est la contribution d'une étudiante dans le cadre d'une exposition d'étudiants, appelée à rester sans grand impact n'eut été l'initiative débile d'autocensure du directeur de l'école... Quant à ce qu'elle a provoqué, son œuvre a mis dans le mile !

Écrit par : Oh!91 | 18 février 2010

Les commentaires sont fermés.