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07 février 2010

Daniel le Grand

1906 Le Christ apaisant la tempete.jpg

Je suis allé pour la première fois samedi soir à la Salle Pleyel à Paris. Au nom mythique, à l'acoustique de légende, c'est un lieu que je ne m'étais encore jamais autorisé, comme s'il s'était agi d'un espace sacro-saint, interdit aux mélomanes usurpés de mon espèce.

Mais Joël, un des participants au groupe des prosélytes lyriques que j'ai rencontré quelques fois au détour d'une queue devant l'opéra Bastille, avait une place qu'il ne pouvait honorer - et pour cause, il est actuellement en voyage en Inde, sa destination-passion - et qu'il m'a revendue pour la moitié de son prix.

Le concert, c'était au piano et sous la maestria de Daniel Barenboïm, le 1er et le 4ème concerto de Beethoven (ci-dessous un extrait du 4ème concerto, avec comme samedi, le Staatskapelle de Berlin), et dans une configuration symphonique, les Cinq pièces opus 16 de Schoenberg.

La place était une arrière-scène, c'est à dire que je n'étais ni dans la salle, ni sur un balcon, mais derrière les musiciens, regardant l'orchestre par l'arrière, et faisant face à la salle. Faisant face surtout au Chef.

De surcroit, c'était un premier rang, presque au milieu. J'aurais pu de ma main caresser la joue d'un contrebassiste ou tapoter sur le crâne du xylophoniste. Cette situation est un peu étrange. Il paraît qu'on y perd un peu de qualité sonore, les instruments de l'arrière, cuivres et percussions pouvant écraser les cordes ou faire écran au piano. Mais franchement, entre la proximité avec l'orchestre et l'acoustique exceptionnelle de la salle, je ne crois pas avoir souffert d'un son altéré.

daniel_barenboim.jpgEt puis surtout, avoir le chef face à soi, Daniel Barenboïm himself en train de diriger l'orchestre, c'était une magnifique expérience. De là, aucune de ses mimiques ne t'échappe, tu crois même qu'elles te sont adressées. De derrière son piano, il lance des signaux, invitant d'un mouvement à plat de sa main à la retenue, ou enveloppant d'un arrondi du bras l'ensemble du corps orchestral pour accompagner un crescendo tribal, ou le retirant d'un coup dans le creux de son poing pour installer un court silence et placer son propre jeu au piano, c'est alors du menton, presque des paupières qu'il dirige les cordes, envoie la clarinette ou lance les cuivres.

Plus d'un siècle sépare Schoenberg de Beethoven. On passe de l'ordre presque impérial, militaire ou mélodieux, ouvert à l'émotion, au désordre rebelle, industrieux, et parfois impitoyable, entre impressionnisme et expressionnisme. La deuxième pièce s'ouvre par le solo déchirant d'un violoncelle. La troisième m'a embrumé, avant qu'un "récitatif obligé", et pour le coup coloré, ne vienne conclure une "péripétie" tonique.

Le hasard de mes sorties me fait, pour la deuxième fois, rapprocher dans ces chroniques un concert d'une exposition. J'avais été, jeudi soir, pour la nocturne du Musée d'Orsay, à l'exposition James Ensor, ce peintre belge du début du XXè siècle, qui récusait ses influences impressionnistes. Et je suis bien obligé de dire combien j'ai trouvé leurs palettes semblables, jusque dans les flous ou leurs transcendances mystiques. Je viens pourtant de voir, sur le site du Musée d'Orsay, que c'est à György Ligeti et à Mauricio Kagel qu'il s'identifiait le plus.

Était-ce à cause de Barenboïm, à cause du public éclairé de Pleyel ? Il y eut une longue standing ovation, telle que je n'en ai vue ni à l'opéra Bastille ni au Théâtre des Champs-Élysées.

Commentaires

Chaque mélomane a sa salle préférée, et les publics restent souvent fidèles à "leur" salle. Les gens de Bastille ou du TCE ou de Pleyel ne sont pas les mêmes. Pour ma part je ne suis pas très fan de l'accoustique de Pleyel. Elle est d'une clarté incroyable, et le moindre papier qui tombe sur le parquet résonne dans toute la salle. J'avoue par contre n'avoir jamais testé ta place, l'idée de voir le chef d'orchestre diriger est invitante, mais avoir un son dirigé vers l'avant quand on est derrière l'émetteur du son et qu'on ne le reçoit qu'en retour ne m'a pas encore tenté. (mais c'est surtout gênant pour la voix et les instruments à vent, avec un piano ouvert c'est peut-être supportable?)

Écrit par : Patrick Antoine | 07 février 2010

Te lire, en écoutant Beethoven, rêver déjà de l'expo Ensor, voilà un véritable régal pour un dimanche tout de suite devenu spécial! Merci!

Écrit par : St Loup | 07 février 2010

Ohhhh, sans doute mon chef d'orchestre le plus chéri ... merci ...

Écrit par : M. | 07 février 2010

Je sais que c'est pas beau mais je suis jalouse !

Écrit par : feekabossee | 08 février 2010

Je suis très heureuse pour toi, et tu partages si bien...

Écrit par : Fauvette | 08 février 2010

-> Patrick Antoine -> Le piano était ouvert face à nous, aucun instrument pouvait faire écran. Quant aux cuivres et aux percu, ils étaient juste contre le mur derrière eux, un peu en dessous de nous, et le son était renvoyé vers l'avant, je n'ai donc pas vraiment senti d'effet d'écran. Moi en tout cas j'ai aimé cette salle...
-> St Loup -> Ton séjour promet de ne pas être pauvre. Mais attention, Ensor, il te faudra aller le voir à Bruxelles, l'Expo vient de se finir à Orsay...
-> M. -> Oui, c'est un sacré chef, un grand charisme, il est assez bluffant. Je suis content de l'avoir vu ;
-> feekabossee -> La jalousie n'est pas toujours un vilain défaut... Si c'est pour du Beethoven !
-> Fauvette -> Merci. J'aimerais un jour me retrouver à l'opéra pour une représentation avec toi.

Écrit par : Oh!91 | 08 février 2010

Les commentaires sont fermés.