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30 janvier 2010

de la relativité en général

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La piscine des Halles, à Paris, a le mérite de bien organiser ses lignes d'eau : "battements", "palmes et plaquettes", "dos et crawl rapide", "quatre-nages rapide", "quatre-nages lent", etc. Deux bémols toutefois à ce constat : quand les cours de natation rassemblent plus de quinze personnes le samedi matin, ils mobilisent deux lignes à eux tout seul. Et les "battements", "palmes et plaquettes", "dos et crawl rapide" rassemblés dans une même ligne, ça fait de gros bouillons, et toi, pauvre petit vermicelle perdu là dedans, tu n'en mènes pas large.

L'autre réserve, c'est qu'il est laissé à la libre appréciation de chacun de se considérer comme un "rapide" ou comme un "lent". Et là, il y aurait beaucoup à dire, dans le registre psychosociologique, même si le contexte est connu : on est tous le lent de quelqu'un. C'est la loi de la relativité.

Mon observation de ce samedi matin m'amène à cette première conclusion : dans la ligne des "lents" se rassemblent en fait deux catégories : les modestes, qui vont aussi vite que les autres mais n'osent se l'avouer, et les malins : car en effet, on comptait 15 personnes dans la ligne "rapide", et seulement huit dans la ligne "lent". Et crois-en mon expérience, mieux vaut se traîner deux poids morts, conscients de l'être, dans une ligne de huit, que dix mûlets qui se prennent pour des pur sang dans une ligne de quinze.

Dans la ligne des "rapide", on trouve donc des présomptueux, des aigris de leurs prouesses passées, et surtout un bon paquet de "rien à foutre", des qui pensent que les plus rapides s'arrangeront toujours, que mieux vaut se prémunir d'un plus lent que soi. Ceux-la, en général, sont des emmerdeurs jusqu'au galbe du talon. Tu as beau les devancer ostensiblement en bout de ligne, le leur signifier d'une gentille caresse au mollet, ils vont te faire un demi-tour à ta barbe, en toute hâte pour s'engager avant toi coûte que coûte, te laissant à tes emmerdements. Ceux-la, en général, nagent presque au milieu de la ligne, leur brasse est de préférence très ample des jambes et des bras, genre non seulement je t'emmerde, mais en plus je t'emmerde, et si jamais tu t'essayes à un dépassement vont considérer que tu leur manques évidemment de respect. J'écris tout cela au masculin, mais n'y voit aucune exemption pour la gent féminine, largement représentée dans cette catégorie...!

Je me suis donc résolu à aller finir ma séance chez les "lent". Accessoirement, je me suis fait gentiment engueuler par un monsieur de 73 ans, qui avait été plusieurs fois heurté au cours de sa séance par des nageurs de dos sans égard pour lui, et qui me le fit payer à moi : "mais enfin, vous voyez bien que vous nagez beaucoup plus vite, pourquoi n'allez-vous pas à côté ?" La bonne blague !

Ben oui, on est aussi toujours le rapide de quelqu'un. Relativité toujours. Et je ne crois pas qu'il faille demander au chef de bassin, qui a déjà fait l'effort de hiérarchiser ses lignes, comme beaucoup pourraient s'en inspirer à Paris, d'assigner en plus les nageurs en fonction des performances constatées.

En sortant, dans le sous-sol des Halles couvert d'affiches, proclamant son statut de temple de la consommation, soldes phénoménales jusqu'à moins 70%, derrière un pylône, accroupi, un monsieur mangeait avec une petite cueillère dans une boîte de conserve à moitié cachée dans un cabas. On y distinguait "Royal Canin".

Cette vision m'a hanté toute la journée, et j'avais déjà honte du billet que j'allais écrire sur les lignes d'eau et leur usage. Relativité, décidément... de nos petites misères du quotidien.

Commentaires

Y a-t-il une icone pour "chapeau" ?
A défaut,

Écrit par : manu | 30 janvier 2010

Je comprends que tu sois hante. Cette Annee je trouve qu'il y a plus de misère. Quelle honte.

Écrit par : Fauvette | 30 janvier 2010

HO non ... pas de la boîte à chien !

Mais quelle misère !
J'en ai des hauts le coeur.

Écrit par : feekabossee | 31 janvier 2010

La misère;
La semaine dernière en l'hôtel de ville de chez moi, une soirée d'hommage" à Haïti était organisée;
Etaient présentes, la pagode, la mosquée, la synagogue, la cathédrale et le temple.
Chacun dit ce qu'il avait à dire de ses œuvres etc...
Et tout le monde se retrouva au buffet toujours parfait en ce lieu...
Moi aussi, avec le rouge au front de honte.

Écrit par : mume | 31 janvier 2010

Je me demandais où tu voulais en venir avec tes histoires de longueurs à n'en plus finir et me doutai bien au fur et à mesure que la chute serait dure...
Me suis pas trompé
biz

Écrit par : corto74 | 31 janvier 2010

C'est terrible quand l'on se prend de plein fouet certaines réalités.

Écrit par : Bougrenette | 01 février 2010

-> manu -> y'a des fois, t'as raison de préférer le rugby !
-> Fauvette -> ET puis c'est pas demain que ça va s'arrêter, y'en a pas mal sur le fil du rasoir, tout juste prêts à basculer ;
-> feekabossee -> Désolé pour la nausée. J'en ai gardé le goût toute une journée ;
-> mume -> Ouais, en même temps, heureusement que la vie ne s'arrête pas partout, et qu'on trouve encore un peu de convivialité, autour d'un buffet même si c'est avec quelques fonds publics, qu'importe !
-> corto74 -> Bah ! Au départ, j'avais bien prévu de n'écrire que sur les lignes, je n'avais pas prévu pareille sortie ;
-> Bougrenette -> De plein fouet, c'est le mot...

Écrit par : Oh!91 | 01 février 2010

Les commentaires sont fermés.