Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

16 janvier 2010

Mario, mon premier tarasbulba

brutos9032_Aaron.jpg

Les bus ne circulent toujours pas à Budapest, aucune négociation ne se profile. La BKV (la RATP du cru) se prévaut même de 50 millions de forints d'économies réalisées (environ 200.000 €), en pétrole et en salaires, sans s'être même préoccupée d'une éventuelle indemnisation des usagers...

Mais le soleil brille encore, ce matin, et un joli week-end se dessine.

J'étais seul encore hier matin dans ma ligne d'eau. J'ai poussé l'avantage en m'offrant une thématique : le papillon. Le papillon est une nage dure, son apprentissage m'a été difficile, j'ai souvent failli tout abandonner. Épuisement excessif, mal de dos, sentiment de mouliner dans le vide. Il m'a fallu déceler petit à petit les ondulations positives pour parvenir à atteindre le relâchement qu'il faut et trouver la bonne ondulation, le bon appui, et dissiper le sentiment d'impuissance. C'est la nage impériale. Mais sa pratique est risquée. L'idéal, c'est comme hier : la ligne pour toi. La surface était lisse, tu pouvais ramener tes mains vers l'avant au plus près de l'eau, sans que des remous ne viennent freiner ton mouvement. Tu pouvais t'installer au centre, te laisser guider par le large bandeau noir du fond, sans craindre de heurter quelqu'un.

La veille au Király, Mario m'avait dit : "Nage autant que tu peux".

Ah, la veille ! Nous étions arrivés en même temps devant l'entrée. J'étais seul, il était avec un ami. Ils parlaient en hongrois. Ni l'un ni l'autre ne me regardaient. Des deux, c'est l'autre qui m'attirait. Une fois dans les bains, ils restaient ensemble, sans sembler prêter attention alentour, j'ai même pensé qu'ils n'étaient peut-être pas gays. Je me suis concentré sur un jeune homme à la peau mate, qui ne paraissait pas insensible à ma présence. Nous nous déplacions d'un espace à un autre, il s'arrangeait pour laisser son sexe paraître à ma vue, puis à l'arrivée d'intrus, nous bougions. Il n'est jamais facile de savoir si un départ est une invitation à poursuivre plus au calme, ou l'expression d'une lassitude. Cette part d'indécryptable est sans doute ce qui rend ce jeu excitant. A un moment, je l'ai perdu, puis lorsque je l'ai revu, l'autre, l'ami de Mario, lui avait mis le grappin dessus. C'était mort, mais c'est la loi du genre !

Pendant quelques minutes, il ne s'est plus rien passé. Il était tôt encore, et l'assistance était clairsemée, la moyenne d'âge devait se situer entre cinquante et soixante ans. J'attendais. Je m'impatientais. Je trouvais le temps long. A un moment, alors qu'il n'était pas loin de moi, dans le grand bain, Mario a pris une pause équivoque, s'étirant dans l'eau et laissant son pagne flotter. Je me suis demandé s'il ne cherchait pas à me séduire. Il était pourtant loin d'être à mon goût : plus que rondouillard, gros. Musculature épaisse. Mais grand : 1m 86. Le crâne rasé de trois jours, un petit bouc. Le tarasbulba typique, brutal et tendre, pour reprendre la terminologie de mon ami Laurent à qui il est arrivé de fréquenter ces lieux. Je n'ai pas remarqué une seul fois qu'il m'avait regardé. Plus tard, il me dira qu'en entrant dans le bain, j'avais été le seul pourtant par lequel il avait espéré être embrassé. La première fois que sa jambe a touché la mienne, il s'est esquivé et excusé. Ce gars ne me plaisait vraiment pas. Peut-être avais-je espéré me rapprocher du couple nouvellement formé en l'embobinant lui. J'ai donc tenté une approche. Très en profondeur, par les petits orteils. Il n'a pas bougé. Nous étions l'un et l'autre affalés, le dos sur les escaliers du bassin. J'ai posé mon pied sur le sien. Il ne bougeait toujours pas. Je me suis alors retourné sur le ventre, de façon à laisser mon bras gauche lui toucher la jambe, et peu à peu la remonter jusque sous son pagne.

Il m'a parlé le premier, en me tendant une main ferme : "Je suis Mario, et toi ?" Je me suis présenté à mon tour, il m'a demandé si je parlais l'anglais, et notre conversation a démarré.

Il parlait un anglais parfait. Son visage était rond, et son sourire jovial. Il m'a tout de suite expliqué qu'il ne savait pas bien où il en était avec sa sexualité. Marié depuis quatre ans, père d'un petit garçon de deux an et demi qui fait sa fierté, il aime les femmes, enfin, il croit, mais il est attiré par les garçons. Il n'a pas vraiment eu d'expérience avec les hommes. Si une, une fois, il y a deux ans, avec l'un de ses meilleurs amis, à qui il avait parlé de ce problème, et qui lui avait répondu que lui aussi ressentait la même chose. D'ailleurs, il me dira plus tard que parmi les six de ses meilleurs amis à qui il pouvait parler de ces choses là, cinq lui avaient dit se trouver dans le même cas.

Devant moi, il était donc très ému, et c'est ainsi qu'il m'expliquait avoir du mal à bander.

Il venait de la frontière roumaine. Il vivait côté Hongrie, et travaillait en Roumanie. Sa famille était roumaine. Enfin, hongroise de Roumanie.

A la fin de la première guerre mondiale, l'Empire austro-hongrois fut démantelé par les puissances alliées, et la Hongrie fut dépecée. En 1920 furent signés à Versailles, dans le palais du petit Trianon, des accords qui dépossédaient la Hongrie des deux tiers de son territoire. La plupart de ses provinces, où vivaient différentes minorités nationales, furent données en cadeau à des pays voisins qui ne s'étaient pas trompé d'alliance : la Serbie, la Slovaquie, la Roumanie... Il ne fallait pas seulement gagner les guerres, il fallait humilier les perdants. La seconde guerre mondiale s'est en grande partie préparée lors de ces tractations sordides. Et aujourd'hui encore, le sort des minorités hongroises dans les pays voisins alimente le débat politique et exacerbe les discours nationalistes.

A 28 ans – mais on lui en aurait donné facilement sept de plus – Mario était loin de ces considérations. Videur dans une boîte de nuit, sa philosophie c'était que la vie était faite pour être heureuse. Il était végétarien depuis cinq ou six ans, et croyait en la réincarnation. Nous avons passé plus de trois heures ensemble. A parler. A nous toucher. A nous caresser. Quand il débandait, il proposait d'aller ailleurs, dans une eau plus froide, ou plus chaude, dans le bain de vapeur, sous la douche : "on verra bien ce qui se passera...": Il riait avec générosité.

Let's see !

Je lui parlais de mon histoire, de ma libération à 30 ans passés, de mon regret toutefois de ne pas avoir eu d'enfants. J'appréciais l'effort d'honnêteté dont il faisait preuve. Avec lui-même, avec ses amis. Et même avec sa femme, parce qu'il lui avait parlé de ses penchants. Il m'avait l'air suffisamment décomplexé pour avancer bien dans la vie.

Plus nous étions ensemble, et plus nous nous touchions. Je posais ma tête contre son pectoral, il était tendre et je me sentais frêle.

Plusieurs fois, il m'a dit qu'il était heureux de m'avoir rencontré, que c'était la meilleure chose qui pouvait lui arriver, qu'il n'en espérait pas tant en arrivant là, que c'est ce type d'expériences qu'il avait besoin de vivre pour savoir où il en était.

brutos9033_Aaron.jpgC'est dans un bain d'eau fraîche, finalement, qu'il m'a fait jouir. Je faisais une planche improbable, les jambes enlaçant sa taille, les pieds posés sur le bord du bassin derrière lui. Il s'est ensuite donné du mal mais voulait jouir dans la même eau et y a réussi.

En repartant, je remarquais que beaucoup de jeunes hommes étaient arrivés entre temps, et quelques trés beaux mecs. Mais je n'avais aucun regret de ce partage.

Maintenant c'est sûr, Budapest me rajeunit.

En sortant du Rudás, hier encore, après m'être rhabillé, je me regardais dans la petite glace de la cabine un bref instant. J'étais beau. Évidemment, avec une glace, dans une lumière tamisée, c'est facile. D'abord elle ne prend que le buste, moi ma meilleure pose. Je choisis d'instinct l'angle flatteur et d'instinct opte pour mon regard qui tue. La peau luisante, les traits relâchés, l'oeil sombre, la barbe de deux jours : comment ne pas me trouver irrésistible ? En toute honnêteté, je me serais donné trente ans, à peine mûrs.

Je n'ai pourtant pas flambé hier, à peine deux gars qui ont joué avec moi au chat et à la souris - dont un que je me suis ennuyé à masturber sans retour - pour me laisser repartir la queue entre les jambes. Dans ce bain Rudás que j'affectionne tant, par sa beauté et la majesté de ses voûtes, je continue sans doute à y poursuivre la même silhouette, fine, glabre, mate, le même regard noisette un peu désolé, les mêmes mouvements hésitants que j'y trouvais il y a déjà deux ans et demi, et qui toujours m'hypnotisent...

Mais dans le métro ensuite, j'ai été cerné par les regards de jeunes hommes qui venaient tous se perdre dans le mien. Pour être sûr que ce n'était pas à cause de ma chapska en polaire de l'équipe de France olympique à Salt Lake City, je l'ôtais. D'autres regards me pourchassaient encore.

Je te dis que Budapest me rajeunit.

Commentaires

Pas mal Budapest! Je suis content pour toi! ;-)

Écrit par : St Loup | 17 janvier 2010

Un cocktail à consommer sans modération
petite gorgée et chaque fois d'une belle émotion
J'avoue n'avoir jamais cherché à connaître ton âge
Peut être parce que ça n'existe pas la beauté de l'âme

Écrit par : Multi-sourires | 17 janvier 2010

-> St Loup ->Mon Budapest n'est pas mal en effet. Mais il y regne aussi un mal vivre, de plus en plus perceptible, sur lequel je m'attarde peu, parce que je profite pleinement de ces cinq jours de vacances, mais qu'il ne faut pas perdre de vue... On se voit bientot, alors ? Chic !
-> Multi-sourires -> Bah ! Tu ne m'en donnes pas trente, toi aussi ?

Écrit par : Oh!91 | 17 janvier 2010

31, au mieux.

Écrit par : manu | 17 janvier 2010

-> manu ->... et moi je connais un écrivain, rugbyman à ses heures, genre prof de lettres repenti, qui en paraît à peine 25

Écrit par : Oh!91 | 18 janvier 2010

Les commentaires sont fermés.