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15 janvier 2010

55 minutes par moins 5, ligne 5

 

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J'ai renoué hier avec le plaisir de la glisse. Ma reprise avait été laborieuse, après le Noël à la campagne suivi d'un rhume inopportun. Je n'étais satisfait ni de l'énergie que j'y mettais, ni des sensations qui me venaient.

Le retour vers mes lignes préférées, et l'envie de nager à ciel ouvert, même par grand froid, m'ont donné l'occasion d'une salutaire réparation. Comme en réponse anticipée à Mario qui, plus tard dans la journée, aux bains Király, me dira : "continue à faire du sport, va nager autant que tu peux, le corps des hommes est fait pour bouger."

Ici, le bleu de l'eau est turquoise. Les volutes de vapeur s'élèvent moins haut qu'au Szechény, où le bain central est à 37°. Sans doute parce qu'en plein jour, la lumière des projecteurs ne vient pas les souligner, et aussi parce qu'à 26 ou 27 degrés, on est plus loin de l'ébulition.

Le court laps où, tout mouillé de la douche, tu quittes le bâtiment qui abrite les vestiaires pour t'approcher du bord du grand bassin, vêtu d'un simple maillot de bain, te rends la rentrée dans l'eau délectable. Le froid n'est pas vraiment mordant, comme lorsque tu rentres un pied dans un bac à glace. Il t'enveloppe ici progressivement, de la tête aux pieds, il t'enserre rapidement. Et la plongée te délivre.

Je suis rentré par le milieu, ligne 5. Au début, j'yétais seul, puis une dame âgée m'y a rejoint. Deux dans une ligne de cinquante mètres... les nageurs sauront apprécier ce que cela veut dire.

Parmi les sensation propres à la nage en plein air, quand il fait froid, les effets de transparence sont remarquables : en surface, ta vue troublée par le brouillard diffus ne te permet pas de voir au delà de quinze ou vingt mètres. Dès que tu plonges la tête, le trouble disparaît, les corps en expansion t'apparaissent net. Il y a aussi ce froid qui te claque à l'épaule à chaque mouvement de bras. Tu ne nages plus par défi, tu ne cherches plus à te dépasser, toi, tu luttes aussi contre cette sensation cinglante. Plus vite ta main replonge dans l'eau, plus vite elle vient éprouver le soulagement de l'eau. Ton crawl est démultiplié par ce combat. Tu jouis.

Avant-hier est tombé mon 5.555è commentaire. On le doit à Francis. Mais à quelques minutes près, ç'aurait pu être toi. Ou toi. Je dois à la vérité de dire que je n'ai toutefois pas nagé 5.555 mètres. Mais j'en ai quand même fait la moitié : 2.277,50. En 55 minutes. Dont 555 de brasse en 5 séquences. Les derniers 77 mètres 50, en régime de récupération, ont été approximatifs, mais ils m'ont permis d'ajouter 55 secondes à ma séance. L'hommage était rendu. Tiens, ça me rappelle ma dernière séance chez mon psy, où évoquant mon rapport au plaisir, j'en vins à remarquer que je dosais. Tout et toujours. Il faudra que je t'en reparle.

S'il ne faisait pas -5°, je te jures qu'on l'aurait cru.

Au petit matin, la grève des transports m'avait laissé devant une porte close, à l'Internet café. C'est après avoir nagé que j'ai pu poster le billet d'hier, pourtant bouclé avant 9h, reprenant les lettres à accent une à une par un savant copier-coller. Problème de compatibilité et de clavier.

Le soir, allant à l'Opéra acheter des billets pour une représentation de La flûte enchantée, dimanche, un Allemand a proposé de me revendre un billet pour Roméo et Juliette, le ballet de Prokofieff. Une bonne place, à 2 euros, dans le magnifique opéra de Budapest, presque la copie conforme de celui de Vienne. Pour la demi-heure suivante. Moi qui d'habitude fait la queue à cinq heure du matin devant Bastille pour des représentations deux mois plus tard !... Mais je n'avais pas les moyens de prévenir, et malgré l'insistance gratuite de ce jeune touriste, j'ai du renoncer.

Entre temps, j'étais allé aux bains Király, et j'avais rencontré Mario, mon premier Tarasbulba...

Commentaires

Juste un commentaire d'ordre vaguement littéraire : dans "Le monde selon Garp" de John Irving, Garp écrit une nouvelle sur un homme obsédé par la course à pied et le chiffre 5.
C'était la minute "Si, si, j'ai déjà lu un livre, même que je m'en souviens".
Lutte bien contre le froid.

Écrit par : manu | 15 janvier 2010

-> manu -> une petite référence littéraire n'est pas superflue... Surtout compte tenu de ce qui va suivre !
Autrement, j'ai remarqué que dans ma pratique de la nage, je comptais. Je compte toujours, je compare mes propres performences. 42-43 mouvements en crawl pour 50m, 21 ou 22 mouvements en papillon, 17 ou 18 en brasse. Si en crawl je descends sous les 40, alors je suis en forme, j'ai une bonne amplitude. Si je veux sprinter, je suis plutot à 47-48. Mais il y a toujours dans une séance un moment de grace, le temps d'une longueur, ou de deux. Quand j'allie amplitude et vitesse, quand je donne l'accélération sans perdre de la glisse et que je termine en 40 mouvements. C'est alors que je me sens puissant... Faudra que je m'intéresse a ce Monsieur Garp (bon, pour les accents, j'ai fait ce que j'ai pu ; j'ai déjá sauvé les apostrophes, alors !...)

Écrit par : Oh!91 | 16 janvier 2010

Ce plaisir , tout en sensation , m'était venu à Joséphine Baker en décembre, fin d'après midi. Nuit tombante , éclairage subaquatique avec, l espace d une demi-heure le privilège d'évoluer seul dans ma ligne ( l autre demi-heure nous étions 4 au plus ). Appliqué mais besogneux ( ! ) pourtant toujours réjoui de nager . ce jour là je comptais ( et oui si pour La Fontaine 'un lièvre en son gite songeait' pour nous 'un nageur en sa ligne comptait'..) et ne pensais à rien d'autre , simplement physiquement heureux d'évoluer dans cette eau chaude .

Maintenant, une escale à Budapest s'impose ..

C'eut été bien dommage pour toi , pour nous , que ce week-end ne se fasse pas . .

Écrit par : Gilles | 17 janvier 2010

-> Gilles -> En effet, si tu es capable de tels ressentis dans l'eau et dans la nage, alors l'escale hongroise s'impose en effet. Merci...

Écrit par : Oh!91 | 18 janvier 2010

Les commentaires sont fermés.