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14 janvier 2010

plus fort que les éléments

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Tous les éléments coalisés n'auront donc pas réussi à m'empêcher de prendre mon premier bain chaud à Budapest. La neige était au rendez-vous, mais le taxi aussi. Ma carte bleue s'était bloquée au moment de le régler (trois fois un faux code, voilà ce que donnent les décollages matutinaux), mais j'en avais une autre. 50 % des vols étaient annulés, effet conjugué de la neige et de la grève du contrôle aérien, mais pas celui de Budapest. Promis à trois heures et demi de retard, nous aurons même bénéficié de l'annulation soudaine du Genève pour récupérer un appareil frais et dispo et réduire le retard à une heure et demie !... (et encore, à cause d'un passager égaré trois quarts d'heure dans les boutiques de l'aéroport  !). Même à Budapest nous attendait une grève des bus et des tramways !

Dès l'arrivée en terre magyare, le charme a opéré. Je plonge en exotisme mais me reconnais chez moi. Dans notre petit pied-à-terre (l'avantage d'avoir un jour ramené un compagnon de là-bas...), qui a un peu de mal à chauffer, la maman d'Igor qui nous y a précédés a préparé un snack.

Après quelques formalités, retrait d'espèce et achat des titres de transport, je pars seul arpenter les artères que je connais bien. Du plaisir à seulement humer cet air familier, vicié de poussières et de particules. Ciel bas, crépuscule précoce, quelques flocons isolés qui virevoltent. Des aggrégas humains qui se forment aux arrêts du tram. Rúdas ou Szecshény ? Je me rends vite au principe de réalité : s'il n'y a pas de bus, les  métros fonctionnent, ce sera donc Szecshény.

Ce n'est pas la foule des grands jours. Surtout des touristes, des Français en nombre. N'eussent-ils été mignons, je m'en serais détourné vite.

936_bains-szechenyi-hiver.jpgJe me souviens des vastes murs néo-classiques décrépis, aux ocres ravagés par un lierre qui l'automne rougeoyait à en donner le tournis. Le grand bain extérieur à 37° était comble, alors. De vieux messieurs, solitaires, provoquaient des mini jets d'eau entre leurs paumes, recherchant une perfection futile dans la cohérence et la longueur du faisceau qu'ils produisaient par compression de leurs mains.

A cette époque, côté hommes, les garçons de bain, tout de blanc vêtus, animaient de leurs voix gouailleuses les sous sols où l'on se déshabillait. Ce sont eux qui conservaient la clé des casiers. Il ne fallait pas se tromper : quand ils remettaient un jeton avec un numéro qu'ils avaient préalablement recopié sur la face interne de la porte, c'est bien du numéro du casier qu'il fallait se souvenir, pas du numéro de jeton, qui n'était qu'un témoin. Aujourd'hui, la sécurité est assurée par une clé magnétique. Il n'y a plus qu'un garçon de bain pour tout le bloc. Il s'ennuie à cent sous de l'heure, n'ayant plus de collègue à qui faire la conversation. Il vient parfois expliquer aux étrangers de passage comment introduire la carte magnétique pour verrouiller le casier. Ca l'occupe un peu. Celui d'hier soir était sec comme un haricot.

Les murs extérieurs ont été entièrement repeints. L'ensemble de la décoration intérieure est elle même à neuf. Les différents secteurs de l'établissement, y compris le sauna autrefois réservé aux hommes, où se nouaient des rencontres secrètes, on été rassemblés dans un seul et unique parcours, où l'on varie les températures, les profondeurs et les jeux sans se départir de son mailot de bain. Parmi de jeunes couples français, de brèves et inutiles querelles éclatent, sauna ou bain chaud ? La monnaie du choix.

C'est tout autant relaxant, mais il y manque un peu d'âme. Disons que j'ai connu ce lieu plus populaire et convivial. L'entrée n'y était pas alors à 12 euros. Il y avait aussi un passage protégé entre le bâtiment et le grand bain extérieur, chauffé. Il n'y est plus. L'ensemble a été stérilisé, il y a perdu aussi en confort. Paradoxe.

Dans la nuit froide, sous les projecteurs perçant les volutes de fumée, l'immersion, elle, demeure sans égal. Je me suis assis sur les escaliers, j'ai marché dans la longueur, j'ai regardé autour de moi et n'ai vu que des couples. Les beaux garçons finissaient tous par être rejoints par une femme (il y a une justice, dirons certaines !!...)

Au centre, une baigneuse de marbre balance des jets d'eau chaude puissants, je m'y suis longuement massé le dos, la nuque et les omoplates. Je m'y suis presque adossé, et ai trouvé, légèrement à la renverse, le point d'équilibre où la force de l'eau et mon poids se sont rencontrés pour une pause improbable. J'éprouve la force de l'eau, la tête prise dans son fracas assourdissant, rien d'autre ne perce, puis je m'éloigne de ce tumulte, la ouate de vapeur me hâpe à nouveau et le bassin redevient docile.

A l'heure de la douche, j'ai officié comme distributeur de gel pour les étourdis, sauf deux Japonais qui, malgré mon insistance, se sont fait un devoir de se débrouiller avec ce que l'institution mettait à leur disposition - c'est à dire pas grand chose dans ce domaine. Ils se seront lavés à l'eau fraiche. Compliqués, les Japonais !

Voilà, le bain, c'est fait. Je suis donc officiellement à Budapest. Ce matin, pour que les retrouvailles soient totales, je me réconcilie avec les joies de ma piscine de prédilection pour de vraies longueurs sportives à ciel ouvert. Pourvu qu'il neige !

Commentaires

c'est génial:) la neige et l'eau des piscines, bains et autres réjouissances, j'aime beaucoup!
bon séjour!

Écrit par : if6 | 14 janvier 2010

bonnes vacances à Budapest ! et sois sage ;-)

Écrit par : madame de K | 14 janvier 2010

Si ce n'était mes obligations maternelles, je te jure que je me taperais l'incruste dans ton "chez vous" !
Nan mais c'est vrai ça ! Je suis là, à te lire et je sens toutes mes douleurs dues au déneigement des jours derniers, et je lis, eau chaude, massage, bains etc ...
C'pas humain !

Écrit par : feekabossee | 14 janvier 2010

Bon mais sinon, c'est vrai, bonnes vacances et NE sois pas trop sage ;-)

Écrit par : feekabossee | 14 janvier 2010

Argh, et moi qui me caille les fesses (du verbe cailler premier groupe) ici. Oh, comme vous me donnez envie. Le prochain, hein, pensez à moi...

Écrit par : Gicerilla | 14 janvier 2010

5.555ème commentaire ! oups !! il y en a ici qui l'aurait mérité plus que moi mais c'et le hasard... et puis sur le post précédent c'est pas mal...enfin si tu as trouvé des ...capotes !!!

Écrit par : Francis | 15 janvier 2010

10H30, au bureau,
j'envisage un quatrième café,
je t'ai lu en buvant le troisième.

Replonger dans les dossiers me rebute,
je suis ailleurs,
je songe aux bains chaud,
à l'exotisme.

Bingo.
j'ai la furieuse envie d'un hammam.

Prendre mon après midi?
Tentation ...

πR

Écrit par : pi.air | 15 janvier 2010

-> if6 -> Je confirme c'est génial !
-> madame de K -> Comment peux-tu penser que je pourrais ne pas être sage ?
-> feekabossee -> ... d'autant que ton incruste eut été du meilleur gout : Mais la vie est longue, et les obligations maternelles évoluent. Il y aura d'autres hivers. Quant à la sagesse, t'inquiete, je m'en suis forgé ma propre conception...
-> Gicerilla -> Mais dés celui-ci, j'ai pensé à vous. Pour qui me prenez-vous ?...
-> Francis -> Le tien n'est pas plus immérité. Il m'a conditionné la séance d'hier, tiens !
-> πR -> Prends ton aprés-midi, sans hésiter si tu le peux...! Et raconte nous TON hammam. S'il-te-plait.

Écrit par : Oh!91 | 15 janvier 2010

« Prends ton après midi, racontes nous TON hammam, s'il te plait » (...)

Tu sais, la culpabilité qui l'emporte sur l'envie ... et bien j'en suis là. Vendredi, je n'ai pas abandonné les dossiers à même le bureau, je n'ai pas cliqué sur « Arrêter », je n'ai pas suivi la tentation...
Du coup, ce matin ton « s'il te plait » m'achève.
Car oui, il me plairait de dire ce que j'ai coutume d'enfouir.
Ça m'attire même gravement si tu veux savoir...

Alors, certes, ça ne date pas de vendredi, mais voici tout de même ...

Mai 2009 :
Je franchi pour la première fois la limite du phantasme : le sas d'entrée d'un sauna gay. Comment dire? C'est un peu comme plonger de dix mètres, et moi, je suis juste le champion du monde du plat.Je ne sais pas bien comment, ce jour là, je suis parvenu à faire le pas qui me sépare du vide. Disons juste : parce que oh! hé! hein! ça suffit comme ça !!!

A l'entrée, ce que, les sites gays imagés qualifieraient de « pur bogosse » me souhaite la bienvenue. Il me taquine, il m’a vu hésiter dans la rue, ... et d'autres fois aussi. Il dit qu'il se demandait si j’allais oser, que j'ai bien fait, que je ne regretterais pas, que c'est treize euros (et oui, plus de trente ans). Il me tend une serviette, la clé d’un vestiaire et un sourire comme c'est pas permis.
Un sourire que j'emporte avec moi.
Et je découvre le sauna, le hammam, les salles de projection, le labyrinthe noir, les cabines, les pièces thématiques.
Tout ne me fait pas envie, et tout me décomplexe.
Dans la cohorte des corps beaux, secs, gras, multicolores, plus ou moins jeunes et usés, je me sens étonnement à l'aise. J'expérimente en cherchant celui-là qui s’isole avec deux autres. Je m'éloigne poliment des avances de celui-ci. Je mate. Je suis regardé. J'aime ça. Et puis, je ne tiens plus. Sans conviction, j'en teste un qui accepte. Il fera bien l'affaire. Autant pour moi. C'est rapide. C'est agréable. Ça faisait tellement longtemps. Un peu plus loin, un peu plus tard, je frôle volontairement un corps plus à mon goût, je prend le temps de sourire, de caresser, d'inviter. Il me prend par la main et me guide jusqu'à une cabine. C'est plus long, plus contrôlé, forcément. Je décolle.

Toutes ces années d'hétérosexualité prétendue font que l'apaisement est immense. Tout comme le sentiment coupable qui me taraude depuis ... c'est une autre histoire.

Septembre 2009 :
La satiété m'a tenu jusque là. Puis l’appétit a grandit, jusqu’à une fringale qui me pousse à réitérer ... Je suis déçu. Déjà, à l'accueil le sourire qui tue sa mère n'est pas là. Ce jour là, je ne plais pas à ceux qui me plaisent. Je me contente des bienfaits du hammam. C'est déjà bien.

Octobre 2009 :
Cette fois, ça s'annonce bien, je reconnais le sourire qui fait mouche, ainsi que tout ce qui est au dessous. Il profite des services de l'établissement comme n'importe quel client. Je le croise dans une grande salle de projection, où il entame une discussion avec un salopard que je jalouse en songeant qu'ils finiront par jouir ensemble ... Inaccessible. Même pas en rêve. Je m'éloigne.
Je dérive au gré des couloirs, il est là.
Je fait une pause près du bassin à remous, il se tient à distance mais à portée de mes yeux.
Ma chance?
J'entre dans une cabine.
Il m'emboite le pas, referme la porte sur nous.
M'offre à nouveau son fameux sourire, sa langue, sa peau ferme, sa bouche ...
Il est juste superbe, et à ma portée, alors ... je prends.
Nous restons les yeux dans les yeux, même après la petite mort. Je suis étonné.

Sur le chemin de la douche, il m'explique qu'il doit prendre son service, au bar. Il me propose de l'y rejoindre dans quelques minutes, histoire de m’offrir un verre et un numéro de téléphone.

Voilà.
Je n'y suis pas retourné depuis et j'en crève souvent, comme vendredi dernier.

∏R.

Écrit par : pi.air | 18 janvier 2010

-> πR -> Elle est belle, ton histoire. De son début à sa fin. Je ne sais pas pourquoi, dans cette lutte du désir et de la contrainte, de l'envie et de la culpabilité, je pressentais que tu n'irais pas au hammam cette fois. Je suis content tout de même de t'avoir donné par mon invitation, l'occasion de m'en - de nous en - dire un tout petit peu plus sur toi et ton parcours. Et sur là où tu en es. Combien j'y reconnais ma propre histoire... tu t'en doutes. Eh bien, tu sais au fond de toi qu'il te faudra tôt ou tard aller au bout de ce chemin. Moi je repense à toutes les sinuosités que j'ai empruntées avant d'y parvenir, aux idées sombres, mortifères qui m'ont longtemps accompagné. Et aussi aux rencontres, ou à la rencontre qui m'a finalement donné le courage de franchir le rubicon. Une fois passé de l'autre côté, tout m'était paru si simple. Mais avant cela... je sais combien les nœuds peuvent se faire, inextricables, dans la tête. Garde toujours en tête qu'il y a une sortie, et que tu la trouveras. Tôt ou tard. Parle-nous encore...

Écrit par : Oh!91 | 19 janvier 2010

Magnifique photo (comme beaucoup d'autres ici) ; c 'est de toi?
Gat

Écrit par : Gat | 19 février 2010

-> Gat -> Non. Comme le plus souvent ici, il s'agit d'une photo volée. Soigneusement choisie, mais volée...

Écrit par : Oh!91 | 20 février 2010

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