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08 janvier 2010

l'ouvreur de l'opéra

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L'opéra a sa musique, ses voix, ses décors, ses danseurs étoile, il a ses fastes, ses ors, il a ses esthètes, ses aristocrates. On y voit aussi fleurir des émotions, parfois des bouleversements. Tous les arts y convergent. Mais l'opéra a aussi ses ouvreurs. Celui qui m'a remis, mardi soir, les deux petits dépliants programmes que je lui demandais, s'est laissé troubler par mon regard. J'avais un pull rouge à en V près du corps, un  ras-du-cou en petites perles de bois. Il avait un costume noir un poil trop grand pour lui. Et une barbe blonde naissante. L'insistance de son regard sur moi ne m'a pas échappé.

Avant le début de la représentation, en manque de kleenex, je suis à nouveau descendu de notre petite loge du 5ème où nous étions au calme pour lui demander où je pouvais trouver des toilettes. Il y en avait juste là, derrière cette porte. Mais, j'y pense, se souvenant que j'étais au 5ème niveau, vous en avez aussi là haut, des toilettes. Il a hésité un instant, regardé autour de lui, aucun spectateur ne sollicitait ses services, tenez, vous n'avez qu'à me suivre, je vais vous les montrer.

Nous avons emprunté ensemble un petit escalier de service, aux plâtres dépolis, puis il est entré depuis le pallier désert dans une alcôve où se trouvait à droite une porte qui ouvrait sur les toilettes. Il a hésité sur l'attitude à tenir, il sentait ma complicité mais restait prudent, il était en mission après tout. Il a laissé la porte se refermer derrière moi, sur le regard que je lui lançais en coin, mais pris de scrupule, du moins je le suppose, après quelques courtes secondes, est entré à nouveau.

J'étais hélas déjà en train de préparer ma sortie, ayant récupéré les deux grandes feuilles du sèche-main qui allaient me tenir lieu de mouchoirs en papier. Gêné de notre subit face à face, il a dissimulé son hésitation et a fait mine de vouloir se laver les mains. La situation ne comprenait que des évidences. Je connais par cœur cet état de trouble, et je m'en régale.

Mais j'étais engagé pour sortir, je n'avais pas de disponibilité de cœur ni d'esprit, un prince m'attendait dans une loge obscure, sous la voûte céleste, dans la promesse d'un spectacle grandiose.

La main tremblante et les grands yeux troublés de l'ouvreur, tels ceux d'un fantôme, m'ont suffi ce mardi.

Commentaires

c'est très beau comme tu nous racontes le désir ,
une scène de film , et dans les beaux décors de Garnier en plus !
valse hésitation dans laquelle on se retrouve . . .

Écrit par : gilles | 08 janvier 2010

Je connais tellement cet état,
je parle de celui de l'ouvreur.
L'hésitation,les tergiversations, l'excitation, la frustration.

Tout cela, bien dosé, peut être délicieux.
Oui, même la frustration qui construit les prochaines fois.

Récement (cette semaine en fait) je tergiversais comme d'habitude.
C'est alors que de précédentes frustrations se sont rappelées à moi
... libérant l'envie seule.

Alors j'ai cédé.
Et ce fut excellent.
La vie est belle quand on ressent.

tu sais quoi?
Je songe, commissure relevée, que ton goût pour l'opéra te mènera forcément encore et encore à Garnier... et de grands yeux troublés te remettront un nouveau programme, et cetera.

πR

Écrit par : pi.air | 08 janvier 2010

je ne peux pas résister...
avec l'ouvreur tu avais une ouverture ? et le charme opérât....Diable ! le rat devil...le rat des chants.... mais tu le chassâs... du balai !

Écrit par : Francis | 08 janvier 2010

Je m'insurge.
Totalement.
Alors voilà que tu nous fais rêver d'opéra, d'art, de lyrisme, de grandiose ; voilà que tu t'élèves au-dessus de nous, pauvres mortels, qui ne connaissons des ballets que ceux des voitures dans la rue ; voilà qu'en plus tu nous racontes le délicat d'une rencontre amoureuse et d'un sentiment qui passe outre les convenances ; voilà que tu nous fais rêver à...

Mais là où je m'insurge, c'est que ton ouvreur n'était pas rasé.
Carrément vulgaire, comme détail. Limite de la faute professionnelle.

Cette fois c'en est trop. Ca y est, c'est décidé, je ne lis plus ce blog.
Jusqu'au prochain billet.

des bises (et je me demande quand même si tes billets incitent davantage à découvrir les charmes du classique ou ceux des rencontres dans les toilettes).

Écrit par : manu | 08 janvier 2010

Tu es cruel et sans coeur ! Pauvre ouvreur qui se couchera sur une frustration injuste, lui qui n'attendait qu'un geste de ta part...
bises

Écrit par : corto74 | 08 janvier 2010

Ah, que c'est bon ces moments de desir!
L'echamge de regards.
Frustant en meme temps rassurant...

Écrit par : mume | 09 janvier 2010

-> gilles -> "valse hésitation"... joliment trouvé, merci ;
-> πR -> La vie est belle quand on s'y laisse glisser. Je t'envie d'être allé au bout de ton désir. Mais je retournerai à Garnier, c'est sûr, sans certitude, par contre, que la magie opère encore...
-> Francis -> Ça se confirme, tu as le goût du ballet (rat devil, j'aime bien) ;
-> manu -> c'est toute la différence entre les hôtes d'accueil à statut, employés par la maison mère, et les hôtes d'accueil précaires, recrutés par des agences privées, qui jamais n'auraient toléré une barbe naissante. Et pourtant, quel charme, dans les barbes naissantes !!... C'est bon, tu vas pouvoir revenir !
-> corto74-> Ma foi, s'il en a rêvé au moins cinq minutes avant de s'endormir, ce soir-là... ou si ça lui a donné l'envie de finir sa nuit au sauna...
-> mume -> frustrant et rassurant, joli cocktail !

Écrit par : Oh!91 | 09 janvier 2010

Les commentaires sont fermés.