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07 janvier 2010

le temps des ballets

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Sans doute est-ce lié à Noël et à sa magie, mais je me suis découvert un nouveau goût : pour les ballets, cette fois.

Lors de ma dernière queue matinale pour acheter des places à l'Opéra Bastille, le 18 décembre, j'avais eu la chance que quatre places se libèrent pour le lendemain, presque sous mes yeux, pour le spectacle de Casse-Noisette pourtant annoncé comme complet à toutes les représentations. J'ai ainsi eu le bonheur de partager avec Igor, Bougrenette et ma copine Véronique (Véro, si tu passes par là...) deux heures de féérie totale, le samedi d'avant Noël : un spectacle plein de fantaisie, aux décors changeants. Quant à la musique, connue pour l'essentiel, variée, extrêmement subtile, comme cette danse arabe qui nous a tous scotchés : du grand Tchaïkovsky ! (Bon, Véro s'est bien assoupie un temps  sur la ravissante danse des flocons de neige, mais je jure que Tchaïkowsky n'y est pour rien)

Il y avait eu ensuite la grande soirée des ballets russes à l'Opéra Garnier, le 22 décembre, retransmise en direct dans plusieurs salles de cinéma. J'aurais tant voulu qu'un prince charmant - aux yeux bridés par exemple - me kidnappât et m'y emmenât de sa monture métropolitaine !... Mais que nenni, personne ne m'y avait invité, et là, il n'y avait plus la moindre petite place lorsque je me présentai au guichet.

Heureusement, France 3 eut l'excellente idée de le mettre à son programme du Nouvel an. Devant un reste de fois gras et de saumon fumé, nous nous sommes pressés autour de l'écran plat, le prince compris, pour déguster les couleurs burlesques du Petrouchka de Stravinsky, puis la cambrure taurine du Tricorne de De Falla dans un décor dépouillé et grandiose dessiné par Picasso. Ce spectacle avait une ampleur apres_midi_d_un_faune_01.jpgrétrospective qui ravivait ce premier quart du XXè siècle qui vit la danse basculer du classique vers ses premiers ferments contemporains. La chorégraphie tendre, intrigante et délicate de Nijinsky sur le Prélude à l'après-midi d'un Faune, de Debussy, clôturait la représentation, en nous laissant tous bouche bée devant tant de beauté. Dieu, que j'aurais voulu y être !

Je me suis rattrappé avant-hier soir, toujours à l'opéra Garnier, et de quelle manière ! Le Béjart Ballet Lausanne, dirigé par Gilles Roman, présentait quatre chorégraphies rares, 15 ans après le dernier passage du Ballet à Paris, sur quatre pièces de musique contemporaine. Et là, j'avais réussi à acquérir les deux dernières places disponibles, histoire de forcer la main, mais gentiment, à un prince charmant de circonstance qui saurait rentrer dans son rôle. A 7 euros l'unité, on pouvait craindre le pire : "visibilité limitée", était-il inscrit sur les billets. Mais de cette petite loge isolée du cinquième étage, au dessus du poulailler et juste sous la voûte céleste de l'Opéra, en se penchant vers la rambarde, on y avait une vue parfaite et imprenable, et toute l'intimité qui sied aux contes de fées.

Ce qui est bien avec Béjart, c'est que sa danse fait tellement corps avec la musique, qu'elle en révèle toute la charpente. Là où Bartok ou Webern semblent produire une partition totalement destructurée, les figures chorégraphiques soutiennent l'écoute et son ossature devient perceptible, presque évidente.

Sonate à trois, inspirée du Huis-clos de Jean-Paul Sartre, sur la sonate pour deux pianos et percussions de Béla Bartok, nous plongeait d'emblée dans une tension haletante. Je n'aurais sans doute pas reconnu de la même manière, sans le jeu brutal de confrontations et de fusions des trois danseurs, que piano et percussions avaient pareille parenté. Évidemment, le piano est un instrument percussif, ai-je dit à mon ami, essuyant son rire moqueur. Semblables et dissemblables, unis et opposés, magnétisés ou révulsés. Deux danseuses en robe, rouge ou verte, un danseur en noir, trois chaises, et une porte qui apparaît à la fin, s'ouvre sur un rayon de lumière extraterrestre, repousse l'homme en noir vers les deux femmes qui l'avaient chassé, et les renvoie chacun aux trois arrêtes de leur scène.

Les cinq mouvements du quatuor à corde de Webern Opus V mettait en scène un couple en blanc qui se déchirait comme des violons à l'harmonie mystèrieuse d'une infinie délicatesse.

Un autre duo jouait avec un clarinettiste sur une musique de Pierre Boulez. Une partition assez ludique, Dialogue de l'ombre double, et des APO0305007.jpgfigures toujours sensibles, amples ou intimes, accordées ou désaccordées, mais toujours en étrange concordance avec la musique.

Après l'entracte, le Marteau sans maître - Boulez, encore, mais dans une forme orchestrale plus riche - constitua véritablement le clou du spectacle. Une chorégraphie claire et dépouillée mettant en scène six danseurs et une danseuse, parfois manipulés par d'obscurs prêtres noirs encagoulés, toujours en arrière plan, là mais effacés, tapis mais pesants, parfaitement identifiables, me fit remarquer mon ami, aux personnages que l'on appelle les kurokos dans cette forme épique du Kurogo.jpgthéâtre traditionnel japonais Kabuki.

Les danseurs du ballet Béjart sont d'évidence tous issus d'une solide formation classique. Jeunes et beaux, athlétiques, d'une parfaite maîtrise technique et artistique, ils offrent un spectacle incroyable. J'aimerais tellement savoir en parler, dire la surprise et l'émotion que créent les tableaux, les uns après les autres, leur enchaînement, l'alternance des mouvements d'ensemble et des ruptures d'équilibre. On est avec eux sur le fil, en danger, suspendus, et toujours une arabesque vient nous cueillir par surprise.

Le rideau se baisse et on en redemande. Béjart fut un roi. Et je me souviens que j'ai aimé, moi aussi, un danseur.

Commentaires

je t'ai déjà dit que je n'accrochais pas à l'Opéra... en revanche un dimanche après midi il y a quelques années je suis allé voir le ballet de l'opéra Garnier et ça a été un enchantement.....
et dans un autre ordre d'idée, je conseille d'aller voir la tombe de Noureev au cimetière orthodoxe de Ste geneviève des bois (91), elle est étonnante....

Écrit par : Francis | 07 janvier 2010

Comment ça tu es chez toi ? : -) bah moi j'ai fini par arriver, mais aucune idée pour ce soir. Ceci dit, j'aime beaucoup cette note sur les ballets, ça donne envie, follement. Bisous

Écrit par : Bougrenette | 07 janvier 2010

Béjart c'était juste un génie, un peu tyran, mais un vrai génie.
Quel chance tu as de voir de si beaux spectacles quand même, je suis grave jalouse !

Écrit par : feekabossee | 07 janvier 2010

Garnier a été entièrement rénové, ce doit être d'autant plus plaisant d'y voir de beaux spectacles ; il faudrait que je me décide à y aller.

Écrit par : deef | 07 janvier 2010

-> Francis -> Magnifique, la tombe de Noureev : elle mérite un billet, tiens !
-> Bougrenette -> Une journée coincé à la maison, ben oui, et sans regret. L'après midi, avec ce manteau de neige et le rayon de soleil était sublime, mais partir sur Paris demeurait épique...
-> feekabossee -> Les génies sont tous un peu tyran, non ?
-> deef -> Je ne connaissais pas bien Garnier, c'est très beau, en effet. Mais c'est encore à Bastille que la visibilité est la meilleure. Vas-y un jour, tu ne le regretteras pas, il doit bien y avoir dans la programmation quelque chose où tu trouveras ton compte !

Écrit par : Oh!91 | 08 janvier 2010

Je me suis régalé de tes derniers billets et je me suis arrété là, sur mon favori, pour te laisser mon bonjour. Merci d'avoir partagé cette expérience!

Écrit par : St Loup | 08 janvier 2010

-> St Loup -> Bah ! C'est difficile d'être à la hauteur de la beauté et de l'émotion ressenties. C'est impossible, je crois. Il y a un auteur, lu il y a longtemps - il est presque de chez toi, tiens - Alejo Carpentier, qui savait bien écrire sur la danse (je pense à "la danse sacrale" qui m'avait marqué profondément, à mes vingt ans...).

Écrit par : Oh!91 | 09 janvier 2010

Bien sûr, on rêve d'être Roland Barthes ou Michel Foucault chaque fois que on écrit un essai...

Écrit par : St Loup | 10 janvier 2010

-> St Loup -> Oups ! Je ne rêve pas aussi haut, heureusement ! Les réveils seraient morels...

Écrit par : Oh!91 | 11 janvier 2010

Les commentaires sont fermés.