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05 janvier 2010

l'avenue du purgatoire

Rue_Cite.jpg

J'ai déjà écrit cette histoire, parce qu'elle me saute aux yeux chaque fois que je m'y retrouve. C'est un peu la version réelle - et pas comique du tout - de la blague sur la différence entre le tourisme et l'immigration.

Il est donc une rue à Paris, en plein centre, qui aurait du s'appeler l'avenue du purgatoire. A gauche, tourné vers le sud : la Cathédrale Notre-Dame de Paris, aux tours inondées à 11h d'un soleil d'hiver, au parvis envahi de touristes venus de tous les pays du monde. Le paradis. A droite, la préfecture, ses portillons sécurisés, ses barrières de police, les étrangers qui se pressent dès 8h, par -6° comme hier matin pour attendre leur tour, un petit sac à la main, ou une pochette pleine de papiers, et le cœur empli de stress avant d'affronter les autres queues, derrières les guichets celles-là, puis des fonctionnaires impatients aux mines fatiguées. L'enfer.

Depuis mars, où j'avais écrit ce billet sur la rue de la Cité, nous y sommes retournés déjà trois fois : en juin, en septembre, et en décembre. De rendez-vous en récépissés, valables trois mois, ils ont fini par lui donner un titre de séjour d'un an. Remis fin décembre, mais couvrant la période d'avril à avril. Un an sur le papier, quatre mois dans la réalité, tout ça pour le simple renouvellement ordinaire du titre de séjour ordinaire d'un type ordinaire, qui vit, travaille et paie ses impôts en France depuis bientôt sept ans. Avec comme une horloge, un balancier qui le renvoie toujours du même côté du purgatoire chaque trimestre. Quand une erreur administrative, ou plus prosaïquement le prétexte d'un changement de situation professionnelle, ne le fait pas basculer purement et simplement dans le chaudron de l'OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français).

J'ai beau le savoir, cette administration qui transforme en bétail ses sujets, en bourreaux ses agents et en abattoir son fonctionnement est la honte de notre république. Mais en plein débat sur l'identité nationale, je ne suis pas certain que la question pourra être posée.

Nous sommes ressortis sonnés des portes de l'enfer. On a eu beau mobiliser des parlementaires en pagaille, des maires et des maires normal_paris-sous-la-neige-05.jpgadjoints, des conseillers régionaux, généraux, même une ancienne ministre, invoquer la faute dont la Préfecture s'était rendue coupable il y a deux ans... l'attribution d'une carte de résident, qui sécuriserait pour dix ans sa situation administrative, se heurte au même flegme froid d'une administration sûre d'elle-même. Il faut encore attendre, une décision sera prise. Par qui, comment, sur quels critères ?...

Bon, il aurait aussi bien pu être Afghan et finir éconduit vers un pays en guerre, au fond !...

C'est peut-être pour cela, plus que pour récupérer la voiture au parking, que nous avons fait un détour par le paradis, contempler l'immaculée Cathédrale, avant de nous séparer. La déception au fond du regard, et du découragement dans les bras. Il attend, donc.

Commentaires

Et de tout coeur avec lui, nous attendons aussi. Courage.

Écrit par : Bougrenette | 05 janvier 2010

L'absurdité de l'administration. J ai connu une histoire similaire. Rien à faire, tout avait été déjà tenté et essayé. Puis, nous avons expliqué la situation à un monsieur de notre connaissance, ancien général tout plein d'étoiles sur les manches. Il nous a accompagné à la pref en grand uniforme de cérémonie avec toutes les médailles et tout et tout. Hop, une pirouette, un garde a vous et tout a été régularisé ! Enfin !
La morale de cette histoire, c'est le scandale de l'inégalité devant les comptoirs de l administration: vaut mieux etre bien habillé que normalement vétu ! alors imagine les "moins que rien" !
biz

Écrit par : corto74 | 05 janvier 2010

C'est toujours pas réglé ? Même avec un CDI ?

Écrit par : Olivier Autissier | 05 janvier 2010

Il a neigé,
je mesure ma chance,
car je suis au chaud,
et n'ai affaire qu'aux intempéries,
ça au moins, ça a du sens.

Foutus quotas,
formulaires,
guichets,
et pièces justificatives...

De bonnes et belles choses à ton ami.

πR

Écrit par : pi.air | 06 janvier 2010

-> Bougrenette -> Je sais, il sait que tu partages son attente. Merci pour lui ;
-> corto74 -> A l'absurdité de l'administration s'ajoutent des directives politiques qui conduisent à resserrer drastiquement les critères et à faire entonnoir. Ce que les beaux discours sur les politiques migratoires ne disent pas, ce sont ces quotidiens qui se fracassent sur des colonnes de stress inutile et vexatoire, qui accessoirement éliment en profondeur l'image de notre pays... Merci pour ton témoignage (c'est drôle, au bureau à côté du nôtre, il y avait une situation très semblable à celle que tu décris...) ;
-> Olivier Autissier -> Ce qui est réglé, c'est la carte de séjour, de ces cartes d'un an que l'on refile à la fin du 9è mois après une ribambelle de récépissés de trois mois, puis ça recommence. Une carte de dix ans stopperait net ce cercle infernal une fois pour toutes, et permettrait de regarder l'avenir un peu différemment ;
-> πR -> Merci pour lui. Il faut mesurer sa chance, et ne pas perdre du vue que nos libertés à tous se restreignent peu à peu, et que bien malin qui peut dire à quoi notre société ressemblera demain... J'espère que nous retrouverons tous bientôt le chemin des combats qui ont du sens.

Écrit par : Oh!91 | 06 janvier 2010

À croire que les gargouilles de l'avenue du purgatoire ont changé de côté, en condamnant à l'enfer ceux qui ne cherchent qu'à quitter le leur.

Écrit par : Gee Mee | 07 janvier 2010

-> Gee Mee -> C'est un peu ça, et je sais que tu mesures bien toute la détresse qui se cache derrière une scénographie juste cynique

Écrit par : Oh!91 | 08 janvier 2010

Les commentaires sont fermés.