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29 décembre 2009

la courbe de tes yeux

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La courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur,
Un rond de danse et de douceur,
Auréole du temps, berceau nocturne et sûr,
Et si je ne sais plus tout ce que j'ai vécu
C'est que tes yeux ne m'ont pas toujours vu.

Feuilles de jour et mousse de rosée,
Roseaux du vent, sourires parfumés,
Ailes couvrant le monde de lumière,
Bateaux chargés du ciel et de la mer,
Chasseurs des bruits et sources des couleurs,

Parfums éclos d'une couvée d'aurores
Qui gît toujours sur la paille de astres,
Comme le jour dépend de l'innocence
Le monde entier dépend de tes yeux purs
Et tout mon sang coule dans leurs regards.


Paul Eluard, La courbe de tes yeux

illustration : Max Ernst, La vierge corrigeant l'enfant Jésus devant trois témoins: André Breton, Paul Eluard et le peintre
(1926)
Huile sur toile - 196 x 130 cm

(le tout étant dû à St-Loup, au goût toujours aussi bien affûté...)

28 décembre 2009

l'estime de soi

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Ce sera un lundi sans psy, confiseurs obligent. Mon frère et sa famille sont repartis hier de notre maison du Lot. Tout est calme. La bruine dehors. Le tic-tac de la grande horloge du salon. L'occasion de revenir sur ma dernière séance.

C'était mardi, en fait, un contre-temps lié à ce petit accrochage. Je lui avais parlé de l'état paradoxal de sérénité dans lequel je me trouvais, à l'heure de la séance, alors que je venais encore de traverser une série de trois-quatre jours tempétueux, dans l'attente déçue et l'obsession malsaine.

Il me laissait décrire quelques unes de ces manifestations, puis me dit : "Au fond, pourriez-vous me dire pourquoi vous l'aimez de cette façon ? Diriez-vous que c'est, comment dire, par pur amour ?" Je bafouillais une réponse, oui, enfin non..., en fait si... Je crois que je lui dis que, sa situation avait beau ne pas être enviable, j'aurais aimé être lui, voilà, c'est ça.

"Est-ce qu'au fond, vous ne voudriez pas plutôt être aimé de la même façon ? Est-ce que ce n'est pas cette façon d'aimer, que vous poursuivez ?"

Je restais un peu suspendu, je repensais à des hommes qui m'avaient aimé sans que je comprenne vraiment pourquoi, qui me l'avaient montré, mais dont je n'avais pas su accepter l'amour. Je m'apprêtais à lui dire que non, qu'aimé je l'avais été, que j'en étais certain.

"Je voudrais aller plus loin : est-ce qu'au fond, vous ne voudriez pas pouvoir vous aimer de cette façon-là ?"

La question m'était étrange. Je me la suis répétée. Une, deux fois. M'aimer moi-même... En quelques secondes, ce fut comme une lame qui s'enfonçait dans mon gosier. Vouloir, pouvoir m'aimer... Une baudruche s'est mise à y gonfler à toute vitesse, à crever et à déverser des tonnes de larmes.

M'aimer... m'accepter, me donner de l'amour, pourquoi donc avais-je si mal en laissant résonner ces questions dans ma tête ? Pour la première fois je fondais là, sur ce divan. Incapable de me retenir. Une fois, j'avais écourté la séance. Pour ne pas craquer sans doute, car il m'avait touché. Plusieurs fois, il m'avait reproché de ne pas laisser s'écouler mes idées selon leur libre cours, ou mes émotions. Soulignant mon incapacité à perdre le contrôle.

Après un moment, me reprenant, je lui dit une idée qui m'avait traversé la tête quand, quelques jours plus tôt, mon frère avait évoqué l'anorexie de sa fille en me rapportant ce que son psy en avait dit : qu'elle était intelligente, qu'elle résistait étonnamment. Y avait-il quelque chose d'héréditaires dans ces stratégies ? les barrières mentales qui empêchent la spontanéïté, le lâcher-prise, sont-elles génétiques ?

"Génétiques, comme vous y allez !... mais que ce soit un trait familial, assurément, c'est fort probable". Nous en parlions, alors que la muraille venait d'être percée. Alors que je prenais conscience brutalement de ce que je me traînais de moi une image hideuse, et que les constructions de ma vie, toutes, ce blog, tiens ! étaient de simples paravents derrrière lesquels je n'avais de cesse que de dissimuler cette absence totale d'estime de moi.

Si la difficile traversée dans laquelle est engagée ma nièce lui permettait, plus précocément, de gérer ça mieux, de se retrouver et de s'accepter sans fard, au bout de son tunnel il y aurait peut-être de jolis prés verts.

26 décembre 2009

l'absente

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Ça n'est pas très original, mais nous avons passé Noël en famille.

A mi chemin entre mon frère, ma mère et moi, nous avons conservé une maison familiale dans le Lot, et une de mes nièces avait insisté pour que nous nous y retrouvions tous ensemble cette année.

Le voyage en voiture nous a donné l'occasion, à Igor et moi, de revisiter quelques grands concertos : Beethoven, Tchaïkovsky, Bach... et pour finir le 2ème pour piano de Rachmaninoff, pour une arrivée dans la plus grande intensité romantique.

La journée du réveillon s'est passée pour l'essentiel dans la quête d'un sapin et aux fourneaux. Les filles se sont affairées à décorer l'arbre et à disposer la crèche. Avant le repas, la télé était allumée sur Arte, et les Lumières de la Ville, de Chaplin, ont constitué notre apéritif, de fous-rires et de quelques larmes à la fin. Joli conte de Noël en vérité. Puis huîtres, foie gras - pas aussi bien réussi que les autres années - saumon, et quelques desserts. On avait dit pas de cadeau, cette année. On est tous raides. Juste du symbolique, ou du fait maison. Tu parles ! L'arbre dégueulait de dizaines de paquets. Et si le symbolique avait des couleurs naturelles, des saveurs bio, on a bien ri avec Igor, en sentant les sels de bains à l'eucalyptus conditionnés par ma grande nièce. D'un simple snif et sans nous concerter, nous y avons reconnu l'odeur caractéristique des saunas... Pavlov nous a réveillés. Personne n'a compris ce qui nous amusait dans la couleur turquoise des granulés.

A la fin de la distribution, il restait ses paquets à elle, elle qui avait voulu que nous soyons tous ensemble, elle qui fera ses dix-huit ans au printemps et qui attendait de savoir quel grand voyage ses tontons allaient lui offrir ce Noël, comme ils l'avaient fait pour sa grande sœur deux ans plus tôt. Elle qui nous enchante chaque année de ses airs de violon qu'elle maîtrise de mieux en mieux... Oui mais voilà, elle n'était pas là. Rattrapée par la patrouille. Enfermée à l'hôpital. A l'isolement. Des feuilles de papier et un stylo vert pour tout compagnon, et la courbe de son poids pour décor.

C'est au printemps dernier que sont apparus les premiers signes inquiétants de son anorexie. La prise en charge par une cellule psycho-nutritionniste avant l'été n'y avait rien fait, ni même les vacances aux petits oignons mis au point par ses parents dans le sud de l'Italie. Lorsque je l'avais vue mi-septembre, à l'occasion de la fête de l'Huma, elle s'évertuait à décortiquer ses aliments, à les pressuriser sous ses couverts pour en extraire du gras avant d'en porter à la bouche des fourchetées de moineau, à dissimuler dans un sopalin des déchets fictifs. Elle avait au fond du regard une grande tristesse, elle était ailleurs même quand elle se montrait enthousiaste. Et si à l'heure du repas tout le monde faisait mine de ne pas y prêter attention, elle sentait le regard inquisiteur sur son assiette, et sous son crâne retentissait la grande oppression qui s'organisait autour d'elle.

Finalement, de petits progrès en grands reculs, il n'y a pas eu d'alternative à l'hospitalisation. Et depuis un mois, à l'isolement. Si j'ai bien compris, il faut qu'elle n'ait plus rien à quoi penser, si ce n'est sa prise de poids. Quand elle est seule avec son plat dans la chambre, plus phpThumb_generated_thumbnailjpg.jpgpersonne ne l'observe, plus personne ne juge son comportement, il n'y a plus l'oppression sourde de la présence familiale ou sociale, elle est seule maître. Elle mange pour prendre du poids, et une sortie est possible, ou elle minaude, elle recule, et elle demeure enfermée. Je ne suis pas psychiatre, mais si j'ai bien compris, cette forme d'enfermement physique, dans une chambre d'hôpital, vise à rendre possible une sortie. Car enfermée dans son monde, de toute façon elle l'est. Mais tant que cet enfermement n'est pas matérialisé, elle ne peut pas en concevoir l'issue, imaginer même qu'il y a une sortie. Dans cette chambre, la sortie est visible, tangible, à portée de main. Et la clé est dans son assiette.
On en guérit, en général, des anorexies de cet âge. C'est parfois un peu long, le choc est rude, mais on en guérit.

Évidemment, j'ai de la peine quand je pense à cette petite si mignonne, à sa fragilité où elle l'a conduite. Mon frère est profondément marqué par cet épisode, même s'il s'efforce de ne pas le montrer - marque de famille. Et puis les deux autres, la grande et la petite, sont gourmandes et pleines de vie. Noël est surtout pour elles. Alors il y aura encore des chocolats ce week-end, des jeux de société, peut-être une grande ballade dans les champs sous le soleil d'hiver, comme hier.

En attendant le prochain Noël, où je pressens que l'on aura besoin encore d'être tous ensemble. Vraiment tous.

25 décembre 2009

Joyeux Noël !

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09:30 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : noël, père noël

23 décembre 2009

contribuons tous à l'échec de Copenhague !

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La suite, la voilà. Fiso avait froid, je lui avais glissé dans la poche avant du jean la carte-clé main-libre de ma Mégane. Les jeans lui vont bien, à Fiso, et lui glisser la carte là avait quelque chose d'assez, comment dire, suave. Elle était rentrée dans la voiture se réchauffer pendant que la maréchaussée parisienne s'emmêlait dans ses prérogatives, et que j'attendais sur un coin de trottoir dans le froid que l'affaire se dénoue. Pour être certain de ne pas oublier de me la rendre, Fiso prenait l'initiative de déposer la carte-clé sur le tableau avant de la voiture, près du cendrier.

L'affaire dénouée, je l'ai rejointe, ai mis le contact d'une simple pression sur le bouton idoine, puis nous avons démarré dans la direction du Charlot où nous avions prévus de nous retrouver initialement. J'ai assez vite trouvé une bonne place de stationnement. La ventilation de la voiture soufflait encore fort, car l'habitacle avait à peine commencé à se réchauffer, et l'on n'entendait pas le bruit du moteur. D'autant que Fiso avait déjà embrayé sur, je ne sais plus, ses nouveaux amis roumains ou son déjà ancien ami musicien.

Nous sommes sortis de la voiture, avons enfilé nos manteaux, déposé l'ordi de Fiso dans le coffre - pour le dissimuler, question de sécurité - puis sommes allés vers le Charlot, à 100m environ. Ce qui est bien, avec la carte main-libre nouvelle génération de Renault, c'est qu'il suffit de s'éloigner de la voiture, elle se verrouille toute seule tandis que les rétroviseurs se rabattent automatiquement.

Nous y avons bien passé deux heures, à nous raconter nos déboires les plus récents, à comparer nos peines et encourager nos joies. Autant que je m'en souvienne, on n'a pas beaucoup parler climat. Après le petit déca, en retournant à la voiture, je n'ai pas oublié de demander à Fiso de me rendre la clé. Ouf ! Ç'aurait été con que je la dépose chez elle et reparte sans... C'est là qu'elle me dit, la maline, qu'elle ne l'avait évidemment plus, la clé : elle avait pris ses précautions - clin d'oeil. J'ai alors réalisé que nous avions quitté la voiture en la laissant en fait totalement ouverte, avec la clé à l'intérieur, à disposition et, cerise sur le gateau - un ordinateur à l'arrière pour agrémenter Noël... Mais ce n'était que la cerise.

Nous avons accéléré le pas. Quelle ne fut pas notre surprise, nous approchant, de constater que les phares étaient restés allumés. Que l'essuie-glace fonctionnait par intermittence. Et surtout que le moteur... ronronnait gaiment.

Pendant deux heures, je ne te dis pas la honte. Qui, dans le cas présent, nous a surtout valu un franc fou-rire... Et toi ? Tu l'as prévue, ta petite contribution à l'échec de Copenhague ?

Joyeux Noël.

22 décembre 2009

mieux vaut être jeune et pompier que flic et aigri

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J'ai eu hier un petit accrochage en voiture. Oh, rien de bien grave. Vers 18h30, sur un grand boulevard parisien : il faisait nuit, la chaussée était mouillée, il tombait une petite bruine glacée. J'étais sur la file de gauche, m'apprêtant à tourner à gauche, clignotant enclenché. J'avançais au pas, laissant se tarir le flux des voitures venant de face avant de m'engager. Mais la dernière voiture passée, un scooter se croyant plus malin que les autres a entrepris de me dépasser sur ma gauche, roulant allègrement sur la ligne blanche. Lorsque j'ai amorcé mon tournant, il m'a percuté et est tombé.

J'ai ravalé ma colère initiale pour me préoccuper d'abord de son état de santé. Il s'est tout de suite relevé, mais il était un peu éraflé au tibia avec un bel hématome, la main endolorie, et avait une petite pointe douloureuse dans le bas du dos. J'ai préféré appeler les pompiers - réputation non usurpée, soit dit en passant...

Dans ces cas-là (dommage corporel avec intervention des secours), il n'y a pas de constat à l'amiable, c'est la police qui établit un compte-rendu d'accident. Arrivés à quatre dans une Peugeot aux couleurs de la Police nationale, un bon quart d'heure après les pompiers, l'un s'est Bike-crash-sym-mio-100.jpgenquis de la victime, de son état de santé, de son identité et de sa version des faits. Un autre s'est occupé de moi, a vérifié mes papiers, m'a fait remplir une déclaration, un troisième m'a invité à souffler dans le ballon, et a noté les dommages visibles sur ma voiture (pas grand chose, au vrai). Le quatrième, le chef de brigade apparemment, était soucieux du lieu de l’impact. Il me fit venir plusieurs fois au milieu de la route pour que je lui décrive l'accident, ma position sur la chaussée, celle du scooter, juste avant l'accrochage, juste après, j'essayais d'être aussi précis que possible, mais lui n'était obnubilé que par une chose : de quelle côté de la ligne le choc avait-il eu lieu ?

Je comprenais que cette question avait à voir avec des problèmes de responsabilité et d'assurance, il n'était donc pas étonnant que le scooter ait déclaré avoir été à droite de la ligne, tandis que j'insistais pour dire qu'il était à gauche. Notre brigadier en chef n'était pas du tout content de cette situation, je le voyais ennuyé.

En fait - je l'ai compris après un moment - il aurait simplement voulu que les choses se soient passées à droite de la ligne. Pas par crédulité à l'égard de la version du scooter, pas pour m'affliger non plus. Mais parce que ce boulevard, dont je tairais le nom par respect pour les gardiens de la paix, a la particularité de constituer une limite entre deux arrondissement - dont je tairais de la même manière les numéros. Et de la position du point d'impact dépendait le commissariat qui aurait à gérer le dossier.

Mon brigadier de l'arrondissement à deux chiffres a finalement décidé que l'accident concernait en fait ses collègues de l'arrondissement à un chiffre. Il ne fallait pas que je parte, car selon la décision qui serait prise, on m'indiquerait dans quel commissariat me rendre le lendemain (aujourd'hui, donc) pour retirer le rapport de police à remettre à mon assurance... Il les a appelés, et nous les avons attendus. Vingt bonnes minutes s'étaient écoulées, ils n'arrivaient pas, mon brigadier s'impatientait, je lui dis "à ce stade, ça ressemble à de la mauvaise volonté, non ?". "Je n'ai jamais dit ça", me répondit-il d'un ton sec qui signifiait qu'il n'en pensait pas moins.

Les pompiers étaient déjà repartis depuis longtemps, avec leur bonne bouille affriolante. Fiso, avec qui j'avais rencart pour un petit dîner de retrouvailles m'avait déjà rejoint, transie de froid, et était allée se réchauffer dans ma voiture. Je lui avait glissé dans la poche ma carte-clé "main libre" de Renault pour quelle puisse y rentrer en tirant simplement sur la poignée - pratique, ce gadget ! Les collègues de l'arrondissement à un chiffre finirent par arriver.

Ils étaient cinq. Ils se saluèrent cordialement les uns les autres, se parlèrent. Certains me demandèrent de raconter à nouveau ce qui s'était passé, me recommandèrent de rester sur le trottoir, pour ma sécurité, d'autres s'attroupaient au milieu de la route, à l'endroit supposé de l'impact, ils s'animaient, puis je compris qu'une tension était en train de naître entre eux. Les plus subalternes de la brigades de l'arrondissement à un chiffre me dirent que "c'était toujours comme ça avec eux, ils voulaient toujours leur refourguer les dossiers". J'allais voir Fiso pour m'assurer que tout allait bien, quand on entendit le ton monter entre les deux chefs de brigade. Pour un peu, ils se seraient pris par le collier.

A neuf policiers, perturbant la circulation à une heure de pointe, au milieu d'un boulevard embrumé par la bruine, ils n'en finissaient pas de décider si c'était la zone de circulation initiale des véhicules, ou la zone de la chute du cyclo qui devait déterminer l'arrondissement d'affectation. Normalement, c'était le point d'impact qui comptait, mais là, il était exactement sur la ligne...

J'ai passé une heure et demi dans cette pluie glacée à finalement attendre que l'un des chefs de brigade cède.

Finalement, c'est dans le commissariat de l'arrondissement à deux chiffres que je dois me rendre. Ca tombe bien, c'est près de là que j'ai une réunion cet après-midi... Puis on a pu aller dîner avec Fiso. Et je devais bien être un peu perturbé par cette histoire, parce que ça a donné lieu à une autre anecdote. Ce sera pour demain.

Quand reclus sur le trottoir je m'étonnais auprès des plus jeunes policiers de cet étonnant esprit de collaboration, ils me dirent : "vous n'avez rien vu, rien entendu, évidemment". J'ai promis de n'en parler à personne.

21 décembre 2009

confondre être et avoir

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C'est à trop confondre être et avoir, que les tempêtes naissent dans les huis clos et déclenchent les folies dévastatrices.

Copenhague en est une sorte d'illustration à l'échelle de la planète. Vous avez tout eu, nous avons le droit de tout avoir à notre tour, l'avenir, on en parlera plus tard. Quand on n'a que la croissance à offrir en progrès, qui sommes nous pour dénier à ceux qui n'avaient rien l'envie de vouloir nous ressembler ?

La terre, nous y sommes prisonniers, c'est notre conclave. Il y a peu, on la voyait immense, infinie, nous pouvions ne jamais cesser de la conquérir et d'en exploiter les trésors, nous pouvions ravager paysages et îles barbares, nous n'étions qu'un simple pas dans la grande marche en avant de l'humanité. Aujourd'hui on sait. On sait qu'on a joué avec le feu, que la nature a atteint ses limites, que les ressources sont un bien qui s'amenuise, jusqu'à disparaître, pour certaines, dans à peine une génération ou deux.

On sait tout des peuples anéantis, des cultures dévastées, de l'uniformisation des modèles ; les élites rivalisent entre elles dans la possession, et l'on cherche la pensée qui nous en sortira. Copenhague nous afflige, mais le capitalisme l'avait écrit d'avance à l'encre du productivisme.

Copenhague s'est voulu Salomé avec la Terre.

alastair4.gifSalomé, fille illégitime d'Hérode, se joue de l'attirance incestueuse du despote (voir ici sa fameuse danse des sept voiles) pour obtenir la tête du prophète Iochanaan, qu'elle n'a pas su séduire malgré une beauté ravageuse pour laquelle bien des hommes pourraient mourir. Elle aimait - comme on croit aimer quand se dérobe l'être aimé - au point de vouloir posséder. Posséder quitte à tuer. Le mythe biblique, immortalisé par Oscar Wilde, a donné à Richard Strauss matière à l'un de ses plus beaux opéras.

C'est le 1er décembre dernier que je suis allé le découvrir à l'Opéra Bastille. Densité dramatique, intensité musicale, remarquable présence lyrique de Camilla Nylund... tout y était, jamais occulté par une mise en scène sans excès d'éclat, voire kitch le temps d'une courte éclipse lunaire.

J'irai bientôt à Bruxelles voir, à la Monnaie de Munt, Elektra, un autre opéra de Richard Strauss, accompagné par ce même compagnon qui m'introduisait, il y a un an, dans l'univers de la grande musique, et dans l'illusion d'un apprentissage : celui de l'amitié amoureuse.

J'ai renoncé. L'amitié ne peut être amoureuse. Ou je réussirai la conversion totale vers une belle amitié, mâle et complice, légère et dépourvue d'enjeux, sans attente. Soit je laisserai épisodiquement des ouragans violents éclater dans ma poitrine, vivant chaque silence comme un abandon, et dans le secret de ma douleur me verrai vautré dans la fange de l'immonde jalousie.

On m'avait dit d'un chagrin d'amour qu'il pouvait durer un an et demi. Cela me paraissait une immensité. Nous y sommes, jour pour jour. Jour pour jour il y a pourtant six mois qu'aucune larme n'a coulé de mes yeux pour lui. Elles ont parfois été au bord, mais à chaque fois la révolte a pris le dessus sur l'effondrement. L'obsession, pourtant, est toujours là, et cette satanée tempête, bêtement, qui toujours revient. Comme si être son ami, être présent dans sa vie, être l'un de ses repères, peut-être son principal appui, être à sa portée ne pouvait me suffire, comme si je devais l'avoir pour moi, pour moi seul, ami ou amant, avec ou sans caresse, mais l'avoir à moi...

Cette confusion entre l'être et l'avoir ne défait pas que l'avenir du monde, elle bousille les propres chairs de la raison.

19 décembre 2009

la fin de la pub !

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Le père Noël a de grandes oreilles, c'est bien connu. Il entend tout. Je n'avais donc pas publié ce post depuis huit jours, te faisant part de mon dépit devant le bandeau publicitaire que m'infligeait Haut-et-Fort en tête de mon blog, que ma plateforme d'hébergement lançait une offre sous forme d'un jeu télébloguesque : un abonnement gratuit d'un an à la formule pro pour les quinze premiers utilisateurs qui en feraient la demande.

Alerté par mon ami Gee Mee, grand veilleur devant l'éternel, j'ai immédiatement pétitionné, et j'ai gagné : le bandeau a disparu, tu n'accèdes plus qu'à ma bannière, dans sa totale pureté - enfin, telle que je l'ai conçue un jour de l'été 2008, pour absorber des pans de mon chagrin et de ses ressorts, pour croire les dissoudre - toute ma bannière, rien que ma bannière. Finis, les gros ventres à aplatir, les madame Irma et autres séjours de rêve dans les îles... Rien que ma bannière !

J'y gagne aussi un gros paquet d'octets de stockage, des photoblogs à annexer, une plus grande variété dans la présentation des pages... bref, peut-être verras-tu bientôt d'autres effets de ce nouveau statut que le seul écrasement de la pub. Peut-être...

En attendant, sans être vraiment fier d'avoir réglé un problème général par une solution aussi individuelle, moi qui crois tant à l'action collective et à l'intérêt général, je suis content de recevoir ce cadeau - et ce faisant de te soulager d'un fardeau.

dyn007_original_400_411_pjpeg_2603216_e26d9d5bbe042f97deff681e6a6ade99.jpgAutrement, j'ai plein de billets en retard, trois spectacles de l'Opéra-Bastille, un concert au théâtre des Champs-Elysées, quelques états fluctuants de mon coeur, avec des épisodes tempétueux en pleine poitrine, une série d'anecdotes de dessous la ceinture (hé hé !...) , tout un rayon de coups de gueule, mais je ne sais pas trop quand j'aurais le temps de te préparer tout ça.

De toutes façons, tu vas bien prendre un peu de champ, non, pendant les fêtes ?

Alors, joyeux Noël à toi !