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22 décembre 2009

mieux vaut être jeune et pompier que flic et aigri

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J'ai eu hier un petit accrochage en voiture. Oh, rien de bien grave. Vers 18h30, sur un grand boulevard parisien : il faisait nuit, la chaussée était mouillée, il tombait une petite bruine glacée. J'étais sur la file de gauche, m'apprêtant à tourner à gauche, clignotant enclenché. J'avançais au pas, laissant se tarir le flux des voitures venant de face avant de m'engager. Mais la dernière voiture passée, un scooter se croyant plus malin que les autres a entrepris de me dépasser sur ma gauche, roulant allègrement sur la ligne blanche. Lorsque j'ai amorcé mon tournant, il m'a percuté et est tombé.

J'ai ravalé ma colère initiale pour me préoccuper d'abord de son état de santé. Il s'est tout de suite relevé, mais il était un peu éraflé au tibia avec un bel hématome, la main endolorie, et avait une petite pointe douloureuse dans le bas du dos. J'ai préféré appeler les pompiers - réputation non usurpée, soit dit en passant...

Dans ces cas-là (dommage corporel avec intervention des secours), il n'y a pas de constat à l'amiable, c'est la police qui établit un compte-rendu d'accident. Arrivés à quatre dans une Peugeot aux couleurs de la Police nationale, un bon quart d'heure après les pompiers, l'un s'est Bike-crash-sym-mio-100.jpgenquis de la victime, de son état de santé, de son identité et de sa version des faits. Un autre s'est occupé de moi, a vérifié mes papiers, m'a fait remplir une déclaration, un troisième m'a invité à souffler dans le ballon, et a noté les dommages visibles sur ma voiture (pas grand chose, au vrai). Le quatrième, le chef de brigade apparemment, était soucieux du lieu de l’impact. Il me fit venir plusieurs fois au milieu de la route pour que je lui décrive l'accident, ma position sur la chaussée, celle du scooter, juste avant l'accrochage, juste après, j'essayais d'être aussi précis que possible, mais lui n'était obnubilé que par une chose : de quelle côté de la ligne le choc avait-il eu lieu ?

Je comprenais que cette question avait à voir avec des problèmes de responsabilité et d'assurance, il n'était donc pas étonnant que le scooter ait déclaré avoir été à droite de la ligne, tandis que j'insistais pour dire qu'il était à gauche. Notre brigadier en chef n'était pas du tout content de cette situation, je le voyais ennuyé.

En fait - je l'ai compris après un moment - il aurait simplement voulu que les choses se soient passées à droite de la ligne. Pas par crédulité à l'égard de la version du scooter, pas pour m'affliger non plus. Mais parce que ce boulevard, dont je tairais le nom par respect pour les gardiens de la paix, a la particularité de constituer une limite entre deux arrondissement - dont je tairais de la même manière les numéros. Et de la position du point d'impact dépendait le commissariat qui aurait à gérer le dossier.

Mon brigadier de l'arrondissement à deux chiffres a finalement décidé que l'accident concernait en fait ses collègues de l'arrondissement à un chiffre. Il ne fallait pas que je parte, car selon la décision qui serait prise, on m'indiquerait dans quel commissariat me rendre le lendemain (aujourd'hui, donc) pour retirer le rapport de police à remettre à mon assurance... Il les a appelés, et nous les avons attendus. Vingt bonnes minutes s'étaient écoulées, ils n'arrivaient pas, mon brigadier s'impatientait, je lui dis "à ce stade, ça ressemble à de la mauvaise volonté, non ?". "Je n'ai jamais dit ça", me répondit-il d'un ton sec qui signifiait qu'il n'en pensait pas moins.

Les pompiers étaient déjà repartis depuis longtemps, avec leur bonne bouille affriolante. Fiso, avec qui j'avais rencart pour un petit dîner de retrouvailles m'avait déjà rejoint, transie de froid, et était allée se réchauffer dans ma voiture. Je lui avait glissé dans la poche ma carte-clé "main libre" de Renault pour quelle puisse y rentrer en tirant simplement sur la poignée - pratique, ce gadget ! Les collègues de l'arrondissement à un chiffre finirent par arriver.

Ils étaient cinq. Ils se saluèrent cordialement les uns les autres, se parlèrent. Certains me demandèrent de raconter à nouveau ce qui s'était passé, me recommandèrent de rester sur le trottoir, pour ma sécurité, d'autres s'attroupaient au milieu de la route, à l'endroit supposé de l'impact, ils s'animaient, puis je compris qu'une tension était en train de naître entre eux. Les plus subalternes de la brigades de l'arrondissement à un chiffre me dirent que "c'était toujours comme ça avec eux, ils voulaient toujours leur refourguer les dossiers". J'allais voir Fiso pour m'assurer que tout allait bien, quand on entendit le ton monter entre les deux chefs de brigade. Pour un peu, ils se seraient pris par le collier.

A neuf policiers, perturbant la circulation à une heure de pointe, au milieu d'un boulevard embrumé par la bruine, ils n'en finissaient pas de décider si c'était la zone de circulation initiale des véhicules, ou la zone de la chute du cyclo qui devait déterminer l'arrondissement d'affectation. Normalement, c'était le point d'impact qui comptait, mais là, il était exactement sur la ligne...

J'ai passé une heure et demi dans cette pluie glacée à finalement attendre que l'un des chefs de brigade cède.

Finalement, c'est dans le commissariat de l'arrondissement à deux chiffres que je dois me rendre. Ca tombe bien, c'est près de là que j'ai une réunion cet après-midi... Puis on a pu aller dîner avec Fiso. Et je devais bien être un peu perturbé par cette histoire, parce que ça a donné lieu à une autre anecdote. Ce sera pour demain.

Quand reclus sur le trottoir je m'étonnais auprès des plus jeunes policiers de cet étonnant esprit de collaboration, ils me dirent : "vous n'avez rien vu, rien entendu, évidemment". J'ai promis de n'en parler à personne.

Commentaires

Un peu une histoire de fou non ?

Écrit par : Fauvette | 22 décembre 2009

Tiens je ne savais pas que Gogol avait ouvert un blog...
(mais j'insiste, le métro ça roule tu sais !)

Écrit par : Francis | 22 décembre 2009

... et le flic du fond,
celui qui ne dit rien,
qui aimerait être ailleurs parce qu'ici on se les gèle,
celui qui espère que cette affaire sera vite bouclée,
celui à qui il tarde de rentrer pour déposer un post sur entre2eaux...

oui celui là... tu ne l'as pas remarqué ????

il cherche le regard du fabuleux pompier,
trouve,
relève lentement la commissure,
c'est bouclé,
rien n'existe qu'eux ...
...
Petit délire pour rendre plus doux ce monde où tout n'est qu'indicateurs et contrôle de gestion, même chez la maréchaussée!!!!
Ça n'a aucun sens...

;-)

Le hasard,
un battement d'ailes de papillon,
un regard capté,
une chaussée glissante ...
Moi, hier ...
j'ai pris le fossé!
Putain de verglas...
les pompiers ne sont pas venus,
ni les flics,
par contre,
un p'tit automobiliste, très ...
disons très bien, vraiment,
j'ai découvert que nous sommes voisins!
On a bu un café et même un autre,
en attendant le dégèle,
et la dépanneuse...

Elle est arrivé trop vite à mon gout.

:-)

πR

Écrit par : pi.air | 22 décembre 2009

T'as quand même bien fait de leur spécifier que tu n'en parlerais à personne hein !
Ha ha !

Écrit par : feekabossee | 22 décembre 2009

Bien sûr tu n'en parles à personne.
Juste une anecdote pour ton bien heureux lectorat qui subodorait déjà depuis de longues années que sous le bleu de la police la vie n'est pas rose.
Mes beaux-frères nous le disaient aussi (2 flics dans la famille,oh, il y a longtemps, fort longtemps mais rien ne change.

Écrit par : mume | 22 décembre 2009

Quel bordel !
Je n'aurais sans doute pas eu ta patience, ni même ton tact quant a ne pas vouloir citer le noms de ces c... et les arrondissements concernés.

Écrit par : Gwendal | 22 décembre 2009

Rien que ça ! On croit rêver ! Même pas.

Écrit par : Olivier Autissier | 22 décembre 2009

Morte de rire en relisant tout ça ! Quelle honte, sérieux, ces prises de becs de poulets ! Z'ont vraiment que ça à foutre !
Moi non plus je n'aurais pas eu ta patience, sérieux !
J'attends la deuxième partie de soirée avec impatience
(et encore désolée de t'avoir abandonné pour aller me réfugier au chaud, ça vallait mieux finalement que je n'y sois pas avec vous, je les aurais insultés! et je préfère pas imaginer si Igor avait été avec nous !!!)

Écrit par : Fiso | 22 décembre 2009

Nous non plus, nous n'en parlerons à personne!

Écrit par : Doréus | 23 décembre 2009

-> Fauvette -> Oui, mais de fous rémunérés avec nos deniers... ceci n'est pas une diatribe anti-fonctionnaires : car je suis au fond curieux de savoir quelle raison cachée les poussait à ne pas vouloir de ma petite affaire. Ce serait pour une histoire de statistique, que ça ne m'étonnerait qu'à moitié !... Bise ;
-> Francis -> Viens t'installer en banlieue à 40 km de Paris, et on en reparlera...
-> pi.air -> génial. Et ton délire, et ton anecdote... En fait, c'est exactement ça. Les deux chefs de brigade se prenaient le chou, les subalternes étaient moins solidaires que pressés d'en finir. Et un poil résignés : ils faisaient le job en attendant que ça passe. Quant aux pompiers, bien malin qui pourrait dire qu'il n'a rien su capter dans leur regard ;
-> feekabossee -> En le leur disant, j'avais déjà mon billet bien charpenté dans la tête !... En une heure, j'avais eu le temps d'y penser ;
-> mume -> Je pense qu'en terme d'estime de soi, ils étaient quelques uns, parmi les neuf, à avoir préféré passer ces deux heures autrement, c'est évident... Pas rose, en effet !
-> Gwendal -> Se faisant, je les protège tout autant que je me protège...
-> Olivier Autissier -> D'autant que la scène a failli se répéter le lendemain, au Commissariat quand je suis allé cherché mon "triplicata", lorsqu'ils m'ont demandé où l'affaire s'était produite...
-> Fiso -> Oh la la, j'imagine Igor au milieu de cette histoire !!!
-> Doréus -> C'est bien parce que j'en suis sûr que vous ai livré ce secret...

Écrit par : Oh!91 | 23 décembre 2009

que j'apprécie ton sens de la discrétion! j'adore! et je me marre!!!
un vrai roman feuilleton en plus cette histoire!
j'en profite pour te souhaiter de délicieuses fêtes de fin d'année m'sieur Oh!
la bise pour la peine!

Écrit par : Rouge | 23 décembre 2009

Et quasiment pas un mot sur les pompiers de service !

Quant au reste, exactement ce qu il nous faut pour nous réconcilier avec la police, les pauvres, plus a plaindre qu à blamer, en fait!
Et promis, on en parlera a personne
biz

Écrit par : corto74 | 23 décembre 2009

@Oh!91 : allons allons ne me dis pas que pour aller d'un endroit à un autre dans Paris tu ne pourrais pas prendre le métro !! mais bon je ne dirais plus rien !! c'est trève de Noël !

Écrit par : Francis | 23 décembre 2009

-> Rouge -> Merci, et des bises pour toi aussi ;
-> corto74 -> Le problème avec les pompiers, c'est qu'ils auraient mérité une note pour eux tout seul. Bises et Joyeux Noël ;
-> Francis -> Peut-être, quand il y aura aux portes de Paris de grands parkings gratuits, je procèderai de cette façon... et ce sera de bon cœur !

Écrit par : Oh!91 | 24 décembre 2009

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