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11 décembre 2009

te regarder partir

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Manuel, donc (suite d'un récit commencé hier - voir là). Nous étions dans la petite piscine du Sun-City.

J'ai tout de suite compris que c'était un cérébral. Il commençait ses phrases puis cherchait ses mots, sans lâcher le fil de son idée. Il appréciait mon écoute et ma patience, elles le surprenaient, même. Je ne sais plus comment, mais assez vite il engagea une discussion sur des notions de secourisme : les gestes qui sauvent, c'était son truc. Il en avait appris les rudiments. Il était même actuellement plongé dans un manuel, et je comprenais qu'en me parlant, il effectuait une révision générale de ses connaissances, en tâchant de n'en oublier aucun chapitre. Il payait un prix à la précision, surtout dans ce domaine où l'on pouvait sauver des vies.

Je lui dis mon nom, il escamota le sien.

Il me cita les trois fonctions vitales à contrôler après un accident, il me fit une démonstration de la "virgule respiratoire", d'une pression forte sous le sternum, en me laissant pour la première fois sentir le contact de son sexe derrière moi. Il souriait à l'évocation de la respiration assistée, le fameux "bouche à bouche", j'eus droit à toutes les formes de plaie, aux attitudes à adopter face à des hémorragies, aux risques de panique ou de suraccidents, il souriait entre deux chapitres, jouait de son charme pour contrôler mon attention. C'est à ce moment-là que je décidais qu'il lui fallait malgré tout un prénom, Manuel lui allait comme un gant.

Je lui dis mon âge, ce que je faisais dans la vie, l'invitais à me parler de lui. Il laissait s'installer une ambiguité distante, et dérouta mes questions. Il se passa bien deux heures dans ce bassin, je jouais parfois à plonger pour lui passer entre les jambes, qu'il refermait sur moi, brutos2740.jpgme laissant remonter au contact de son corps. Tout juste me laissait-il effleurer son sexe, qui ne banda jamais. Et toucher son torse, qui me rappelait très fort celui de mon ami Laurent. Son sourire intriguant, d'ailleurs, tenait aussi de Laurent. C'est peut-être cette ressemblance qui me retenait à lui. Lui était étonné de trouver pareille écoute en pareil lieu, il me parla de ces sociétés qui n'avaient pas perdu le respect pour les anciens. Je décrétais qu'il travaillait auprès de personnes âgées, et qu'il avait 25 ans. Il s'amusait de ce portrait.

Le froid nous prit, il me proposa de monter au sauna. "Pas au hammam, dans la cabine sèche". Je le suivis, sans trop savoir s'il aspirait à prolonger ce partage - et ce jeu - ou s'il aurait préféré se tourner librement vers d'autres profils mieux à son goût. Sans rien entreprendre de significatif, il laissait désormais ma main parcourir son corps. Il me demanda à un moment si je comptais rester encore longtemps dans cette chaleur sèche. Je saturais, le lui dis, et lui proposais de le retrouver un peu plus tard dans un "en bas", vague. Lui voulait rester encore, il acquiesça.

Le temps d'un verre, d'un doute, je retournais vers les vapeurs où un couple s'affairait. Un magnifique asiatique, au corps parfait et au visage d'ange, le cheveu ébourrifé, exultait sous les caresses d'un certain Stéphane. Je les regardais avec envie quand, une fois délaissé, Stéphane se tourna vers moi, son sexe en offrande. Courbé vers lui, ma bouche s'enivrait et je sentis derrière moi se jouer une partition à quatre mains, que je laissais me conduire jusqu'à la jouissance.

Peu de temps s'était écoulé, en fait, et je décidais de retourner vers la piscine. Si Manuel devait chercher à me revoir, c'est forcément là qu'il viendrait en premier. Et il revint.

Une faune jeune et extravertie s'ébrouait à présent autour de nous, il me proposa plutôt de boire un verre au calme, à une table en retrait. A chaque emploi du vouvoiement, mes oreilles grinçaient, et je le lui dis. Au milieu de son thé il se mit à me dire "tu".

Je n'appris rien de lui. Ou beaucoup. En résumé, car il emprunta de grands détours : qu'il avait été en couple, et qu'il en avait forgé la conviction que pour vivre à deux, il fallait ne pas dépendre l'un de l'autre. Et aussi qu'il ne savait pas quoi faire du regard des "hommes âgés" sur lui, qui le flattait mais l'embarrassait.

Son sourire allait et venait, venait et partait, glissait en va-et-vient. Dans son anxiété dissimulée alternée à son charme, je voyais de plus en plus poindre la personnalité de Laurent. Et je voyais aussi l'heure tourner.

Ses attentes étaient indéchiffrables. Il les exprimait en mode crypté, et j'ai ce défaut de ne jamais faire confiance à mes intuitions dans ces situations. Je n'osais le bousculer, ni brusquer la situation, il me laissait lui caresser la nuque, le dos, il me regardait avec quelque chose de profond, mais pour peu que je lui pose une question explicite sur ses intentions, son projet, son envie, il fuyait non sans humour, et il riait avec suffisamment de séduction pour que je ne le délaisse pas.

Je me souviens qu'au moment de son retour vers la piscine, je m'étais dit : "ce gamin a le syndrôme des enfants abandonnés". A un moment de notre conversation, je lui dis : "Je crois que tu as besoin de mettre l'affection des gens à l'épreuve". Il embraya sur autre chose, puis éprouva le besoin d'ajouter "ça ne veut pas dire que ce que tu viens de dire n'est pas vrai".

Quand je lui dis "il est tard, il me faut partir. Tu voudrais faire quelque chose ?", il me répondit "je vais te regarder partir", puis il sourit, avec le même charme où perçait désormais une pointe amère. Je lui reposais la question, différemment pour lui autoriser une autre réponse. Il me fit la même réponse. "Te regarder partir". Je croyais y entendre du dépit sans vraiment en être sûr tant son sourire était dissimulateur.

Ou ce garçon ne voulait rien, ou il voulait tout. Dans les deux cas, il me fallait partir. Je lui fis un signe de la main en regagnant mon casier. Il avait sur son visage un autre sourire, figé. En sortant dans la rue, des garçons faisaient la queue à la caisse, promettant aux pensionnaires de l'instant des heures encore joyeuses.

C'était samedi. J'ai eu depuis sous les douches de Roger Le Gall deux rencontres consécutives avec deux beaux garçons athlétiques, comme il ne m'en était plus arrivées depuis longtemps, qui étayent, d'une autre façon, le retour d'un certain sex-appeal. Mais rien n'y fait depuis samedi, cette phrase m'occupe et résonne d'accents coupables : "je vais te regarder partir".

Commentaires

La suite est riche en émotions de toutes sortes et je ne regrette pas d'être venu la découvrir.
Je crains fort de ne sortir que des banalités, alors je vais me contenter de rester sur ce ressenti ....et partir ! ;)

Écrit par : Philo | 11 décembre 2009

Et bien nous y sommes aujourd'hui, tout dans la finesse et la douceur... C'est vrai que ce " je vais te regarder partir" est étonnant. On y sent comme du regret de n avoir pas su se lacher, s oublier un peu.

Biz

Écrit par : corto74 | 11 décembre 2009

un peu compliqué le garçon, mais tellement séduisant. Je souhaite que vos chemins se rencontrent au détour d'un de tes lieux de fréquentation (remarque que je n'ai pas dit lieu de perdition :)
En tout cas, c'est une très belle histoire sensuelle et nostalgique que tu nous a écrite.

Écrit par : arnaud | 11 décembre 2009

Que c'est dur de rester sur ce genre de sensation en demi-teinte, voulait-il ? Ne voulait-il pas ? Allons nous nous revoir ? Ou pas ?
En tous les cas, je me laisse toujours envoûtée par tes épisodes aquatiques où suintent l'érotisme et la sensualité.

Écrit par : feekabossee | 11 décembre 2009

Bon ok, parfois c'est un peu plus que de l'érotisme mais je me laisse envoûtée quand même ;-)

Écrit par : feekabossee | 11 décembre 2009

formulation étonnante et superbe , qui m'évoque le " Je t'oublierai tous les jours " de Vassilis Alexakis . .

Écrit par : Gilles | 11 décembre 2009

-> Philo -> Partir, et être regardé partir, ça peut parfois être de la même douleur ;
-> corto74 -> Va savoir si ces regrets relèvent d'une vraie perception, ou d'une projection. Être face à une question est troublant, et dérangeant, je préfère définitivement l'explicite, même si parfois il casse le rêve ;
-> arnaud -> j'ai tenté de raconter au plus vrai les émotions qui furent les miennes, dans l'instant et après. Merci ;
-> feekabossee -> Tu peux bien parler d'érotisme, j'ai découvert qu'il pouvait être partout, même dans des cours de secourisme. La demi-teinte, c'est un bon mon pour qualifier cet épisode. Bises à toi ;
-> Gilles -> Il disait aussi : «Ne vous dérangez pas, le temps ne fait que passer.» Merci de ton partage.

Écrit par : Oh!91 | 12 décembre 2009

Je n'ai pas perçu un regret dans cette phrase merveilleuse
je l'ai ressenti comme de l'amour que l'on garde dans les yeux
un instant que l'on fige, que l'on garde, que l'on grave à jamais
et par cet acte si doux, simplement remercier l'autre d'exister

Écrit par : Multi-sourires | 13 décembre 2009

-> Multi-sourires -> Qu'Il entende ton joli quatrain...

Écrit par : Oh!91 | 13 décembre 2009

Les commentaires sont fermés.