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26 novembre 2009

la fin du risque zéro

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Le cap des deux millions de contaminations à la grippe A h1n1 a donc été atteint en France. Hier débutait la campagne de vaccination pour les lycéens et les collégiens. J'ai été frappé, en entendant des jeunes interviewés à la radio et à la télé, par la tournure que prenait cette affaire. Une révolte germe. La plupart ne veut pas entendre parler de vaccin, et pas seulement en raison d'effets secondaires encore mal connus. Les plus récalcitrants se sont mis en tête, comme s'ils en faisaient une question révolutionnaire, de pousser les plus dociles à y renoncer également, même contre l'avis de leurs parents. Ils y mettent du challenge. Ca devient un combat, leur combat. C'est étrange, non, de voir ainsi la jeunesse en train de se mobiliser contre... un vaccin ?

A mon avis, cette rébellion en dit long.

Sur l'impatience des jeunes à se mobiliser. Ils en ont gros sur la patate, et les sujets ne leur font pas défaut : réforme des lycées, chômage, précarité, hadopi... Manquait juste peut-être un déclic fédérateur.

Sur la perte totale de crédit de notre gouvernement. Bachelot peut s'époumoner, convoquer les images les plus compassionnelles, évoquer des mourants sur leur lit d'hôpital, leur dire, les yeux dans les yeux et la larme à l’œil "des gens mourront parce qu'ils n'auront pas été vaccinés"... son discours glisse, empreint d'inavouables doutes. Elle et son guvernement sont suspectés de vouloir coûte que coûte écouler un stock déraisonnable de 94 millions de doses de vaccin imprudemment acquis, de couvrir une collusion malsaine avec l'industrie pharmaceutique, ou simplement une bien chère campagne de communication au profit de Sarkozy.

Sur le refus de l'injustice, de ce déséquilibre obscène entre les moyens alloués à nous même, au Nord, en raison de risques somme toute limités, face à l'incurie totale dont font preuve les gouvernements des pays riches à l'égard de populations, pourtant confrontées, au Sud, à des fléaux bien plus sûrement mortels comme la malaria ou le sida.

Faut-il que la fracture soit profonde pour que sur un sujet aussi sensible et consensuel que la santé une telle défiance se soit installée. C'est peut-être aussi que la certitude scientifique doctement assénée, se confond de plus en plus avec le pouvoir, comme un de ses symboles brûlants, et se retrouve ainsi emballée dans le même rejet.

Depuis Pasteur, le vaccin représentait le progrès, le geste préventif de base, l'emblème de la fin de la mortalité infantile et de la longévité. Il a donc perdu cette place dans l'imaginaire collectif, il devient atteinte à l'intégrité physique, vecteur de trouble, moyen pour les puissantes corporations pharmaceutiques de se faire de l'argent, fut-ce - les rumeurs les plus folles trouvant écho dans pareil contexte - en inoculant à dessein d'autres maladies plus pernicieuses... Il n'y a plus aucune confiance dans les laboratoires, et moins encore pour ceux qui leur ouvrent les coffres des deniers publics.

Ce qui est intéressant, c'est qu'en refusant les vaccins, les jeunes se départissent d'un mythe devenu structurant dans nos sociétés : le risque zéro. Ils préfèrent accepter l'existence d'un risque lié à une maladie, plutôt qu'être ramenés à un rang de bétail, voire de cobaye. Et ce changement de vision pourrait bien préfigurer, par la jeune génération, un dépassement des pires dérives que connaissent aujourd'hui nos sociétés, faites de normes, de judiciarisation et de bureaucratie... au service de la libéralisation économique.

Commentaires

Je suis "jeune"défense de rire !!!
Et c'est par un "heureux" concours de circonstance que me voici vaccinée contre la grippe, LA SAISONNIÈRE hein,j'avais le papier, je devais voir ma médecin à très bref délai et voilà!
Pour le vaccin soit disant ci, soit disant cela, non je ne le ferai pas faire,comme je continus à cloper,à m'alcooliser à l'occasion!
Je suis tombée bien bas pour affirmer ma LIBERTÉ !!
Mais merde c'est ma peau, ma vie, mes choix heureux ou malheureux qui font le sel de la VIE,NA!

Écrit par : mume | 26 novembre 2009

Evidemment, plus qu'une question de choix, c'est une question de liberté. La grippe A, surmédiatisée à mon avis, n'est pas un élément déclencheur de crise, mais bel et bien, comme tu le dit, un avènement des tensions poussées au maximum. Nul doute qu'avant 2012, les lycéens sauront se montrer dignes de leurs aïeux de 68, et qu'ils seront les leaders de la protestation populaire en France.

Écrit par : Homer | 26 novembre 2009

J'aime beaucoup ton analyse. Bravo. Sur la fin du risque zéro je suis moins convaincu, mais sur toute la première partie, ça me semble très pertinent.

Écrit par : Gaspard | 26 novembre 2009

-> mume -> et la liberté, c'est le secret de l'éternelle jeunesse !
-> Homer -> Eh ! n'oublie pas qu'entre 68 et 2012, y'a eu 86-87, y'a eu 82, 95... les jeunes ont souvent su se mobiliser et poser de sérieuses questions à la société...
-> Gaspard -> Bah ! Ce n'est sans doute pas encore la fin, les normes sont plus difficiles à supprimer qu'à imposer, et le parapluie a de beaux jours devant lui, dans toutes les sphères de la société. Mais que les jeunes crient : "on préfère une petite part de risque qu'à une soumission bête et méchante", c'est néanmoins réjouissant...

Écrit par : Oh!91 | 27 novembre 2009

Hé ben mon grand, au moment de remplir l'autorisation (ou non) de vaccination à rendre au collège il a été plus malin que moi. Bé oui, je méditais, et méditais encore, mais plus parce que je n'ai pas envie qu'on prenne le risque de contaminer les plus fragiles que par éthique hein ... Il me dit :
"tu nous saoules depuis qu'on est nés à refuser quasiment tous les vaccins, on a failli se faire virer de l'école parce qu'on n'avait pas le BCG (d'ailleurs plus obligatoire de puis 2004, c'était bien la peine de me faire passer pour une vilaine maman ! pfff) et maintenant que je viens d'être cloué une semaine avec ce virus tu me demandes si je veux me faire vacciner ?? Tu rigoles j'espère ?!"
Hum hum, ça s'appelle se faire clouer le bec !

Écrit par : feekabossee | 29 novembre 2009

-> feekabossee -> Suis pas sûr d'avoir tout bien compris (un peu embrumé ce soir...) : il t'a réclamé d'être vacciné, c'est ça ? P'tet qu'à c't'âge, la révolte contre l'Autorité Parentale ets plus forte que la révolte contre les institutions, alors... Enfin, l'essentiel, c'est qu'ils sachent ce qu'ils veulent...

Écrit par : Oh!91 | 30 novembre 2009

noooooon justement il s'est (gentiment) moqué de sa maman et de ses théories.
Il m'a renvoyé à ma crédibilité et j'ai bien aimé ça, en fait ;-)
Le vaccin ne passera pas par nous, pas plus que le BCG ou ROR !

Écrit par : feekabossee | 30 novembre 2009

-> feekabossee -> Ah ! là ça m'étonne moins, le sang rebelle coule dans ces veines-là !!!...

Écrit par : Oh!91 | 30 novembre 2009

Les commentaires sont fermés.