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30 octobre 2009

les premières fois, comme s'il en pleuvait

les feuilles mortes par Luc Quinton.jpg

(photo collage par Luc Quinton)

Les premières fois se ramassent à la pelle,

tu vois je n'ai rien oublié...

Les premières fois se ramassent à la pelle,

les souvenirs et les regrets aussi.

Bon. Quine, Bougrenette, corto74 s'y sont mis : en deux temps trois mouvements. Manu, juste un train derrière, mais il en a fait une ribambellePrincess en a fait un sourire, dont j'avais failli ne pas voir qu'il fut son premier. Gicerilla en a traversé la mer. Olivier a presque joué les siennes aux dés. Rouge l'a déroulée sous une mezzanine... En fait de ramassage à la pelle, les souvenirs sont embrumés, épars, et il y faut un peu de décrassage. Ou alors ils se résument à l'essentiel : leur poésie.

Quant aux regrets, j'ai comme l'impression qu'elles en ont guère laissé, ces premières fois.

Tu trouveras celle de Zoridae, et une série d'autres qu'elle nous a rassemblées.

Autre chose, tiens. J'hésite à conclure la consultation pour choisir mon p'tit coin du paradis. Allez, je te laisse ta chance jusqu'à la fin du week-end, une issue se dessine, de toute façon. Lundi, j'envoie la sauce à mtislav, qui m'a laissé du sursis.

[édit du 30 octobre : plus de sursis, dixit mtislav ! And the winner is : l'Usurpateur !]

28 octobre 2009

bons baisers de Belo Horizonte

belo horizonte - parque municipal.jpg

J'ai posé samedi soir le pied au pays de la capoeira et de la capeirinha. Un voyage professionnel.

D'où cette petite carte postale, pour te dire que je pense malgré tout bien à toi.

A mon arrivée, mon bagage était perdu et j'ai été dédommagé. J'ai dépensé trois fois le montant de l'indemnité, au delà des effets de première nécessité, pour me reconstituer une petite garde-robe. Dimanche soir, la valise m'attendait déjà dans ma chambre...

Le temps est chaud en journée, frais le soir, et les averses tropicales épicent nos visites de terrain.

Sur le toit de l'hôtel, il y a une piscine. Enfin, une baignoire tripple size. J'ai renoncé.

Belo, ce n'est pas une destination touristique. Il y a des buildings et des grandes artères proprètes dans le centre, quadrillées à l'américaine, et des favelas dans les faubourgs. Pas parmi les pires du Brésil.

Dimanche, régnait dans le parc municipal, bariolé d'essences botaniques exotiques, de concerts de jazz et d'attractions foraines rudimentaires, une ambiance familiale et festive. Un paradis pour enfants et amoureux. Le petit marché central regorgeait de vêtements de femmes, et de vêtements d'enfants. Mais rien, pas un tee-shirt pour les hommes.

Dans ce pays, on mange au poids. La plupart des restaurants te proposent des buffets en libre service, avec une petite vingtaine de plats, de salades ou de garnitures au choix, et tu poses ton assiette sur une balance lors du passage en caisse.

Ici, le concept de piscine municipale n'existe pas. Il n'y a que des clubs privés, avec abonnement à l'année. Parrainé, tu peux bénéficier d'une invitation. Il t'en coûtera la modique somme de... 30 euros pour une journée ! A peu près ce que me coûte un abonnement de trois mois avec la ville de Paris pour, en ce qui me concerne, 35 à 40 entrées. On a le sens de la distinction sociale. J'essaye demain malgré tout.

brutos5443.jpgAh ! Il y a un sauna gay à... 4 minutes à pied de mon hôtel ! Drôle d'ambiance. Cadre désuet mais hospitalier. Lundi en fin d'après midi, il n'y avait qu'un client. Il est vite parti après que je l'eut aidé, de quelques caresses par défaut, à en finir. Puis je suis resté seul un moment. Puis un magnifique jeune homme, Bruno, souriant et athlétique est arrivé et s'est proposé pour un massage. Ça restera le souvenir voluptueux de ce séjour, sans doute. Mais là, il vaut mieux que je referme la porte.

27 octobre 2009

ma première lune

open-hearts-2002-02-g.jpg

Une chaîne a été lancée, et je remercie Zoridae de m'avoir invité à m'y associer. L'initiateur importe peu, au fond. Il s'agit de raconter sa première fois. Enfin, tu vois ce que je veux dire.

En fait, j'ai tardé à réagir, parce que je tarde toujours à réagir, attendant le moment propice, ou laissant maturer des choses dans ma petite tête. Et aussi parce que je l'ai déjà écrite, ma première fois, en fait, et encore il n'y a pas si longtemps. Il s'agissait de ma vraie première fois, celle où je rentrais dans une sexualité épanouie, qui me correspondait, où j'entreprenais la grande réconciliation avec moi-même.

Mais avant que l'on me marcha ainsi sur la lune, il y eut bien-sûr cette autre fois, mon so-called dépucelage.

Je n'étais pas précoce. Comment aurais-je pu l'être, alors que je n'avais pas d'attirance pour ce avec quoi le devoir m'obligeait à m'accorder. C'était donc à l'aube de mes 19 ans. Durant l'été, après une première année de Deug poussive en maths-physique, je m'élançais dans les centres de vacance d'un comité d'entreprise bien connu, au sud de la France, pour des animations sur le thème de l'astronomie.

Avec un collègue, pas beaucoup plus brillant que moi en maths, et assurément moins en communication avec le public, nous installions une exposition sur différents objets célestes connus : nébuleuses, galaxies, super novas, etc. Le soir, nous présentions un diaporama, il assurait la logistique et moi les commentaires, puis à l'aide d'un télescope, le temps en général le permettait, nous observions les anneaux de Saturne, les cratères de la lune, Jupiter, et puis nous envoyions tout le monde au lit. Le lendemain matin, nous fabriquions des cadrans solaires en carton avec les enfants les plus vaillants, et puis parfois, nous observions les projections solaires.

L'animation durait deux jours, puis nous partions dans un camp de vacances voisin. Nous avons tourné ainsi tout l'été sur six centres, retrouvant à chaque étape les équipes d'animateurs des fois précédentes, nouant avec eux des relations amicales empruntes d'adolescence.

Un jour de "permission", nous allâmes passer la journée à la plage. Nous étions cinq dans la voiture. La directrice du centre de Six-fours, ou de Sanary, je ne sais plus bien, nous accompagnait, car c'était aussi sa journée de repos.

Ma foi, de cette partie de plage je ne me souviens de rien, mais vraiment de rien. Le seul souvenir qui me reste, c'est le chemin du retour. La directrice - comment s'appelait-elle, déjà ? - avait jeté son dévolu sur moi. Je n'avais rien senti venir, mais sur le chemin du retour, elle s'était mise à laisser sa main glisser sur ma jambe, ou mon épaule, peu importe, et je ne sais plus comment les choses se passèrent dans ma tête, scène d'amour.jpgtoujours est-il que j'acceptais l'idée d'aller ainsi à mon dépucelage. Mieux, j'y voyais l'occasion à ne pas laisser filer. Du coup, tout s'effaça des alentours, les autres personnes qui nous accompagnaient, les paysages, les odeurs de sel, il n'y avait plus que sa main, de plus en plus insistante, la mienne qui maintenant lui répondait, les baisers d'abord intimidés, puis rapidement explicites qui se moquaient des rires gras.

Mon cœur battait à n'en plus pouvoir. Cette fille n'était pas belle, mais elle avait du caractère. Elle avait peut-être deux fois mon âge, en tout cas je le croyais, car avoir 25 ou 30 ans c'était déjà être bien vieux, de là où je voyais les choses, et je dois dire que durant ces quelques heures, je ne fus taraudé d'aucune question sur mon orientation sexuelle.

Une fois arrivés, je crois vaguement me souvenir que c'est moi qui ne la lâchais plus, je jouais le pot de colle, mais elle se noyait dans mes caresses et mes baisers où ma langue explorait de nouveaux horizons.

J'avais l'impression que mon inexpérience lui sautait au visage, et je ne saurai jamais si elle se délectait de mes maladresses juvéniles, ou si elle n'en perçut rien.

Sous sa tente à la nuit tombée, il était évident que je partagerai son lit, mais elle m'annonça qu'elle avait son truc de filles, et que, je comprenais bien-sûr, elle ne pourrait pas me donner tout ce que j'en attendais. En fait, elle me suça. Elle me suça et me suça encore. Et je me perdais en caresses dans ses seins, qu'elle avait généreux. Je me souviens aussi de ce détail qui n'en est pas un : je n'ai pas joui alors, bien qu'elle y mit du cœur - trop concentré que j'étais à la découvrir. Mais ma trique ne me quitta pas de la nuit.

A un moment, au milieu de son sommeil, feignant de me rendre aux sanitaires, je me finis seul. En pleine nature. Éclairé d'un simple croissant de lune montante. (ce détail est une pure invention, ajoutée là pour les besoins du récit, l'état de la lune m'intéressait alors autant que la dernière chemise que mon père avait pu mettre dans le panier de linge sale)

Au matin, j'étais collé encore contre elle, avec cette même vigueur qui ne m'avais finalement pas quitté. Elle me dit : "évidemment, c'est pas comme ça que je vais réussir à me lever". Et c'est drôle, parce que quand je suis bien dans les bras d'un amant, il m'arrive de ressortir cette expression, et de la dire exactement de la même façon...

Quelques semaines plus tard, alors que je devais passer non loin du camp où elle travaillait, j'essayais de l'appeler pour demander à la revoir, sans sons truc de fille, espérè-je. Je crois que sa réponse me refroidit. Je ne la revit plus jamais.

Voilà.

Il y eut ensuite les autres premières fois, déjà partiellement évoquées : celle avec mon premier flirt, qui resta platonique malgré nos mésaventures de Vauvenargues, celle avec ma première compagne, libanaise, bien six mois plus tard : ce fut ma première pénétration. Et ma première fécondation.

Et notre première IVG.

Puis mon entrée sur la grande scène des hommes.

Quant à moi, j'invite mes copines Fiso, Véro, Bougrenette, Princess on Line, Petite Française, Gicerilla, Multi-sourire, et Quine à se lancer dans l'exercice. Et pourquoi pas Dalyna, tiens ? Côté garçons, je crois que j'aimerais bien découvrir la première fois d'Olivier Autissier, et de deef. Mais aussi de Manu, parce que ça fait longtemps que je ne l'ai relié. Ou encore de corto74, parce que quelque chose me dit que je pourrais y croiser quelques uns de mes fantômes...

Allez, les p'tits loups, ça s'appelle être tagué. Au boulot ! (les autres - suivez mon regard - ne me remerciez pas...)

23 octobre 2009

mon p'tit coin du paradis

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Mtislav a un projet : rassembler, auprès d'une sélection de blogueurs, le billet qu'ils considèrent comme leur meilleur. Et au bout du compte, construire quelque chose qui serait comme la mère de tous les blogs, le blog des blogs en quelque sorte, ce qu'il appelle "un éphémère paradis"...

Comme il m'a sollicité, que je n'ai pas de raison particulière de me défausser, et que je trouve plutôt le projet agréable, je me suis penché sur la question. Sauf que l'exercice s'avère plus périlleux que prévu. Car il n'en faudra qu'un !

Donc voivi ce que je m'apprête à faire - c'est un peu risqué, mais je te fais confiance. J'ai moi-même présélectionné six billets, que je crois  sortir du lot, six de mes meilleurs billets, donc, disons plutôt mieux écrits que la moyenne, ou auxquelles j'accorde plus de prix. Si tu pouvais manifester ta préférence - voire en choisir un autre - tu m'aiderais à être présent au rendez-vous de ce p'tit coin de ciel bleu.

Voilà donc ma proposition de top 6 :

A/ de la dissociation du sexe et de l'amour

B/ avec un grand A (5 et fin)

C/ ode à Saiichi

D/ Mes amours secrètes (Menem)

E/ ma part d'usurpation

F/ et la dialectique, bordel !

Bon, c'est pas les textes les plus joyeux - mais bien écrire tout en étant heureux, c'est une problématique que je n'ai pas encore résolue...

Ne te presse pas forcément pour répondre, je m'en vais pour quelques jours, et je te laisse facile jusqu'à la fin du week-end pour me dire ta préférence. Bonne lecture.

22 octobre 2009

5000 sous le signe de Bach

Et voici donc le 5.000ème commentaire. Il est tombé mardi (mais j'ai du retardé son installation sous les projecteurs, pressé que j'étais de mettre des choses au point après les emmêlages de billets auxquelles m'avait conduit l'affaire du match avorté). C'était sur le billet la diva et la midinette.

"J'ai parfois des frissons à l'écoute de certaines musiques, comme l'air de la reine de la nuit dans la flûte enchantée, c'est galvaudé je sais, mais il y a quelques jours j'ai revu le film Amadeus et ça me l'a refait.


Mais je suis plus baroque que classique, et Haendel (par exemple ça) me fait plus frissonner que Beethoven.

Je n'ai pleuré qu'une fois en écoutant de la musique, c'était la Passion selon Saint-Matthieu, de Bach (cet air là très exactement) mais il se mêlait à d'autres émotions que je ne raconterai pas ici, car c'est un endroit comme il faut ;-)"

Pouvais-je espérer mieux ? Les frissons, Mozart, Haendel.... mais surtout Bach, et Saint-Matthieu ! Imagine un peu... J'ai eu déjà l'occasion d'écrire combien Bach surclassait tous les autres à mes oreilles. Et d'écrire aussi ce que représentait pour moi la Passion selon Saint-Matthieu.

Madame de K, savez-vous que j'aurais pu pleurer aussi sur cet aria, qu'il accompagna mes premiers mois d'installation à Budapest il y a, quoi ?, quatorze ans de cela, et d'une certaine façon ma sortie du placard ?

C'est drôle que ce soit tombé sur vous, débarquée assez récemment par chez moi. A la fin de cet été, je crois, sur une humeur capricieuse. Et par l'entremise d'une belle fidèle, écornée par la vie, mais debout, généreuse, digne. Je l'ai vue pour la première fois ces jours-ci, vous le savez, et prenant un infini plaisir à nous découvrir, nous avons parlé de nous, d'elle, de moi, et figurez-vous, beaucoup de vous. Elle est admirative de votre joie de vivre, et je crois qu'elle ne trouve pas usurpée votre minute encyclopédique.

Merci de nous en avoir livré quelques secondes, et de l'avoir fait avec de la grande musique. Vous auriez pu aussi nous dire vos "autres émotions" mêlées à vos larmes, les oreilles qui traînent par ici en ont vu d'autres, et sont d'une discrète bienveillance. Une prochaine fois peut-être...

21 octobre 2009

rebond foot (2), remballez le champagne !

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Le problème avec les rebonds, c'est qu'il peut y en avoir plusieurs.

On s'était pris à croire à une belle histoire d'amour. Commencée mal, dans les anathèmes, avec des noms d'oiseaux balancés-là, non dépourvus de relents xénophobes, mais finissant bien, dans une réconciliation générale sur l'oreiller. Je m'amusais à penser à la séquence vestiaire du match de gala, les Créteil-bébel et les PFG se congratulant d'une belle victoire, félicités par Thuram et Dhorasso, s'arrosant le slip au champagne et se savonnant le dos sous les douche... Las ! Le symbole était trop beau.

La connerie aura donc été la plus forte. Et ce sont les jeunes de banlieue qui sortent tout petits de cet épisode. Au moins l'incident ne leur aura-t-il pas été banal, puisqu'ils ont décidé de jeter l'éponge et de s'auto-dissoudre. Le vent médiatique les avait inspirés puis, ne leur laissant guère de répit, les a finalement emportés. Belle occasion manquée !

Je veux toujours croire que l'intelligence peut triompher des obscurantismes, j'y crois toujours, d'ailleurs, cet incident vient juste rappeler que la route n'est pas pavée que de bonnes intentions. Je suis peiné de ce gâchis, comme tu l'es toi, je présume.

Les seuls, au fond, à jubiler, ce sont les barbus et les bigots, les fachos et les réacs, les intégristes de tout bord, unis encore et toujours comme les doigts d'une seule main, s'évertuant à nous vendre la même vision haineuse de l'humanité. Eux ils rebondissent comme ils pêtent : de travers !

20 octobre 2009

la diva et la midinette

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C'était un de ces derniers samedis, en soirée, au théâtre des Champs-Elysées. C'est la première fois, je crois, que j'allais assister à un concert classique non en raison du programme musical, mais pour aller écouter un soliste d'exception : en l'occurrence une soliste, une étoile, une virtuose du violon, une des rares "enfants prodiges", qui après avoir enregistré l'intégrale de Paganini dès l'âge de 18 ans sut prendre le virage et réussir une vraie carrière : Midori.

Il s'agissait du Concerto pour Violon et orchestre de Beethoven. Une œuvre à âme. J'y étais avec l'ami violoncelliste qui émaille ma vie et ce blog depuis déjà deux ans, sur tous les registres et dans toutes les gammes. Nous évoluons ces temps-ci, comment dire, sur le mode allegro ma non troppo, et ma foi nos partitions désormais affranchies s'accommodent mieux l'une de l'autre et ont su trouver une nouvelle forme d'harmonie.

Nous avions une loge sur la dernière galerie, tout près du plafond. La vue était plongeante, mais l'acoustique excellente. Avec une paire de jumelles d'opéra, qui passaient de l'un à l'autre, nous avions une vue claire sur l'orchestre, le chef, et la diva.

C'est peu dire que l'interprétation fut magistrale. Le son délicat de Midori imprima vite sa marque à l'orchestre, une prise de pouvoir par la grâce, au vrai, car il n'y avait ni effet de manche, ni excès dans son jeu. Au contraire, des ralentissements et des suspensions, des étirements, des accélérations contenues... Elle était vêtue d'une robe à fleurs bleutée, les cheveux noirs tirés en arrière. Elle avançait tantôt vers le chef, tantôt se retournait vers le premier violon. Le son qu'elle tirait de son violon était précis, juste, mais surtout il était charnel et dégageait une intensité indescriptible. L'orchestre de la Radio bavaroise était en symbiose, au service de son jeu, en attente de ses signes, elle était dans un dialogue.

Elle se penchait, se tordait autour de son instrument pour aller chercher une attaque suraigüe imperceptible, faisant un ou deux pas pour accompagner sa torsion. A la fin du premier mouvement, j'étais tétanisé. Quand elle commença le deuxième, je ne la quittais plus des yeux. Avec les jumelles, j'observais aussi le mouvement de ses sourcils, c'est elle qui, de simples clignements, dirigeait l'orchestre. Son jeu était parfait, mais cela m'embarrasse de le dire, car la perfection est un terme froid. Elle était au delà de la perfection, elle allait chercher le meilleur du chef, le meilleur des autres instrumentistes, elle touchait. Et soudain, je m'aperçus qu'elle avait atteint chez moi un point sensible qui comprimait ma poitrine. Je ne l'écoutais plus de la même façon. J'étais captivé. Ou plutôt, elle m'avait capturé, et de cette cage d'harmonie et de grâce, je ne pouvais plus sortir. De premières larmes se mirent à perler dans mes yeux, à s'écouler. Le violon s'élevait, s'apaisait, il déchirait la salle, les corps et les cœurs, mais ma poitrine ne se relâchait pas de l'emprise, et je fus gagné par des spasmes que je ne pouvais pas réprimer. En fait, je pleurais. Je pleurais vraiment, comme un gosse. Peut-être parce que je vivais un moment d'exception, dont je sentais qu'il était unique, un moment que j'entendais s'éloigner alors même que je le vivais. Peut-être parce que la discussion eue la veille avec Joël dans la queue de l'Opéra, où il avait évoqué pareil état où le mit un jour un concert baroque, m'avait inconsciemment autorisé à ne rien réprimer de cette condition au moment où je la sentais poindre.

J'aurais voulu te faire écouter un extrait de ce concerto ici, mais Midori n'a jamais enregistré ce Beethoven. Par contre, France-Musique diffusera ce concert le vendredi 30 octobre, à 16h. Je serai malheureusement en déplacement professionnel, mais si tu avais l'opportunité de l'entendre, peut-être comprendrais-tu ce qui m'est alors arrivé.

Je te laisse par contre prendre ci-dessous un aperçu de son talent, grâce à YouTube, dans le second mouvement du concerto de Tchaïkovski en ré majeur. Et toi, la musique t'a-t-elle déjà ému(e) à ce point ?

19 octobre 2009

rebond sur une pudibonderie

cranach.jpeg

Tu connais Gee Mee. C'est lui qui fut à l'origine de la mise en forme des chroniques du Cobaye, cette réflexion introspective que je fus invité à accomplir dans le cadre d'une étude sur les blogs et les blogueurs, en début d'année. Blogueur atypique, calé sur un registre technique, il n'en est pas moins un lecteur attentif, sensible et, ce qui ne gâte rien, qui a des choses à dire. Mais une certaine réserve le conduit parfois à faire ses commentaires dans la confidentialité des messageries. C'est arrivé encore ces jours-ci, avec un point de vue qu'il a voulu m'adresser par mail concernant l'affaire Polanski, et le billet que j'en fis .

Avec son accord, bien évidemment, j'ai décidé de publier son analyse parce qu'elle complète intelligemment le regard que l'on peut avoir sur cette affaire, au delà de la seule question des mœurs.

"Bonjour Oh!91,

Je fais de tes notes une lecture maintenant régulière, pour ainsi dire instantanée. Je ne réagis qu'avec parcimonie, parce que la plupart du temps, je trouve mes idées dans les commentaires des autres. Quand je ne les trouve pas directement dans tes notes. J'évite donc d'abord la redondance, qui me semble être une forme de mépris. Je ne veux pas être de ces "m'as-tu vu quand je blogue", pour paraphraser Georges.

Ta note à propos de l'armée pudibonde, comme celle à propos de du PFG montre la profondeur de tes analyses, et de certains de tes parti-pris, que je partage.

Cela étant, j'ai quelques points de désaccord, de nuance tout du moins.

Je n'accorde pas plus quitus à la justice américaine que toi. Son fonctionnement n'est pas à la hauteur de ses prétentions universalistes, et il y a belle lurette que nous avons constaté que la population des prisons n'était pas révélatrice de la société, sinon de ses profondes inégalités. Dans l'affaire Polanski, on oublie souvent de dire que les juges impliqués sont dans un contexte électoral, et que la relance de cette affaire n'est pas pour rien dans l'évolution à venir de plans de carrière très personnels. Cela étant, seul le temps de prescription légal (là où l'acte a été commis) permet de savoir si l'on peut oublier. D'ailleurs, il s'agit plutôt de savoir à partir de quel moment l'on doit oublier. Si les crimes contre l'humanité ne sont pas prescriptibles, c'est bien parce que tous les autres le sont.

Ce n'est pas à la victime de dire si l'action doit s'éteindre en matière pénale. Car c'est la société qui est atteinte au-delà de la personne. Qu'il y ait plainte ou non, seul un retour sur un témoignage, donné ou obtenu dans des circonstances particulières peut le permettre. Accorder un pardon trop facile, ou un pardon monnayé ne vaut pas plus qu'un acte de vendetta. Le principe est le même, on ne se fait pas justice soi-même.

S'agissant de la délinquance sexuelle, mes limites sont claires. La sexualité est une affaire privée, tant qu'il s'agit d'adultes consentants. La formule, pour être simple, est exigeante. Le consentement doit être libre et éclairé. Cela ne va pas de soi, et mérite que des vérifications régulières soient effectuées. Personne n'a à dire quoique ce soit à propos des histoires de fesse des autres, à moins d'y avoir laissé traîner les siennes. Et encore.

Le statut d'adulte s'acquiert légalement, pas partout au même âge, d'accord. Que la majorité légale n'emporte pas maturité, je te l'accorde également. Nous-mêmes, Français, n'étions pas très clairs sur ces principes, puisqu'il était possible de marier une jeune fille de 15 ans jusqu'en 2006. Où était donc la vraie limite ? D'autres pays entretiennent des différences importantes entre majorité et mariage.  Ne raisonnons pas à partir de l'exception, la limite c'est 18.

Avant, des circonstances tenant à la nature du consentement peuvent très exceptionnellement être accordées. C'est difficile à interpréter, et dans le doute, on doit protéger la victime, parfois contre sa volonté.

Un genre de mécanisme similaire existe en droit social où les syndicats peuvent agir, sans ou contre la volonté d'un salarié particulier, pour que le reste de la communauté de travail n'ait pas à faire face à la même situation.

Je ne connais rien à l'affaire Polanski, je m'en tiens là.

Je n'ai pas plus lu Frédéric Mitterrand. Sur le plan pénal, soit on a des éléments et on poursuit, soit il n'y a rien, et on ferme sa gueule en le laissant se dépêtrer avec ses problèmes. Sur le fond, j'avais trouvé le principe du bouquin courageux, et humainement respectable.

Mais c'est la politique qui le rattrape. Que Le Pen ait exhumé ce texte n'a rien d'innocent. Polanski ou pas, cela aurait été fait. Les régionales approchent, il est toujours bon de discréditer les politiques "traditionnels" par rapports aux "intouchables" du FN. Et puis cela a foutu une vrai merde dans la classe politique. Le PS a enfin retrouvé la raison le week-end dernier en arrêtant de taper dessus et en disant que c'est à Notre Petitesse de régler le problème, le cas échéant, laissant cette dernière se débrouiller avec ses contradictions au sein de l'UMP.

Ça ressemble tout de même à un écran de fumée pour ne pas parler des vrais problèmes d'actualité, notamment.

Alors non, il ne faut pas hurler avec les loups, et pour cela ta note était très bien. Sans dec.
"

Gee Mee