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20 octobre 2009

la diva et la midinette

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C'était un de ces derniers samedis, en soirée, au théâtre des Champs-Elysées. C'est la première fois, je crois, que j'allais assister à un concert classique non en raison du programme musical, mais pour aller écouter un soliste d'exception : en l'occurrence une soliste, une étoile, une virtuose du violon, une des rares "enfants prodiges", qui après avoir enregistré l'intégrale de Paganini dès l'âge de 18 ans sut prendre le virage et réussir une vraie carrière : Midori.

Il s'agissait du Concerto pour Violon et orchestre de Beethoven. Une œuvre à âme. J'y étais avec l'ami violoncelliste qui émaille ma vie et ce blog depuis déjà deux ans, sur tous les registres et dans toutes les gammes. Nous évoluons ces temps-ci, comment dire, sur le mode allegro ma non troppo, et ma foi nos partitions désormais affranchies s'accommodent mieux l'une de l'autre et ont su trouver une nouvelle forme d'harmonie.

Nous avions une loge sur la dernière galerie, tout près du plafond. La vue était plongeante, mais l'acoustique excellente. Avec une paire de jumelles d'opéra, qui passaient de l'un à l'autre, nous avions une vue claire sur l'orchestre, le chef, et la diva.

C'est peu dire que l'interprétation fut magistrale. Le son délicat de Midori imprima vite sa marque à l'orchestre, une prise de pouvoir par la grâce, au vrai, car il n'y avait ni effet de manche, ni excès dans son jeu. Au contraire, des ralentissements et des suspensions, des étirements, des accélérations contenues... Elle était vêtue d'une robe à fleurs bleutée, les cheveux noirs tirés en arrière. Elle avançait tantôt vers le chef, tantôt se retournait vers le premier violon. Le son qu'elle tirait de son violon était précis, juste, mais surtout il était charnel et dégageait une intensité indescriptible. L'orchestre de la Radio bavaroise était en symbiose, au service de son jeu, en attente de ses signes, elle était dans un dialogue.

Elle se penchait, se tordait autour de son instrument pour aller chercher une attaque suraigüe imperceptible, faisant un ou deux pas pour accompagner sa torsion. A la fin du premier mouvement, j'étais tétanisé. Quand elle commença le deuxième, je ne la quittais plus des yeux. Avec les jumelles, j'observais aussi le mouvement de ses sourcils, c'est elle qui, de simples clignements, dirigeait l'orchestre. Son jeu était parfait, mais cela m'embarrasse de le dire, car la perfection est un terme froid. Elle était au delà de la perfection, elle allait chercher le meilleur du chef, le meilleur des autres instrumentistes, elle touchait. Et soudain, je m'aperçus qu'elle avait atteint chez moi un point sensible qui comprimait ma poitrine. Je ne l'écoutais plus de la même façon. J'étais captivé. Ou plutôt, elle m'avait capturé, et de cette cage d'harmonie et de grâce, je ne pouvais plus sortir. De premières larmes se mirent à perler dans mes yeux, à s'écouler. Le violon s'élevait, s'apaisait, il déchirait la salle, les corps et les cœurs, mais ma poitrine ne se relâchait pas de l'emprise, et je fus gagné par des spasmes que je ne pouvais pas réprimer. En fait, je pleurais. Je pleurais vraiment, comme un gosse. Peut-être parce que je vivais un moment d'exception, dont je sentais qu'il était unique, un moment que j'entendais s'éloigner alors même que je le vivais. Peut-être parce que la discussion eue la veille avec Joël dans la queue de l'Opéra, où il avait évoqué pareil état où le mit un jour un concert baroque, m'avait inconsciemment autorisé à ne rien réprimer de cette condition au moment où je la sentais poindre.

J'aurais voulu te faire écouter un extrait de ce concerto ici, mais Midori n'a jamais enregistré ce Beethoven. Par contre, France-Musique diffusera ce concert le vendredi 30 octobre, à 16h. Je serai malheureusement en déplacement professionnel, mais si tu avais l'opportunité de l'entendre, peut-être comprendrais-tu ce qui m'est alors arrivé.

Je te laisse par contre prendre ci-dessous un aperçu de son talent, grâce à YouTube, dans le second mouvement du concerto de Tchaïkovski en ré majeur. Et toi, la musique t'a-t-elle déjà ému(e) à ce point ?

Commentaires

La musique classique m'a rarement fait un tel effet, à part le Requiem de Mozart par K. Böhm, mais sans doute est-ce parce que je n'écoute pas assez. En revanche, ton billet est absolument magnifique et communique véritablement la frustration de ne pas avoir été à cet endroit, à ce moment là. Merci Oh, je crois que j'écouterai désormais Midori d'une autre oreille, celle que tu viens de nous communiquer.

Écrit par : P_o_L | 20 octobre 2009

J'ai parfois des frissons à l'écoute de certaines musiques, comme l'air de la reine de la nuit dans la flute enchantée, c'est galvaudé je sais, mais il y a quelques jours j'ai revu le film Amadeus et ça me l'a refait.
Mais je suis plus baroque que classique, et Haendel (par exemple ça : http://www.deezer.com/listen-815272 ) me fait plus frissonner que Beethoven.
Je n'ai pleuré qu'une fois en écoutant de la musique, c'était la passion selon saint Matthieu de Bach (cet air là très exactement : http://www.deezer.com/listen-3018372 ) mais il se mêlait d'autre émotions que je ne raconterai pas ici car c'est un endroit comme il faut ;-)

Écrit par : madame de K | 20 octobre 2009

Ce moment d'intense émotion était visiblement, pour toi, un enchantement quasi-divin ! En tout cas, c'est joliment décrit.
biz

Écrit par : corto74 | 20 octobre 2009

Des instants rares.... les frissons on ne peut les avoir vraiment qu'au spectacle.... en novembre je vais voir celui sur Brel (de Bruxelles aux Marquises, au théatre Dejazet) et j'espère frissonner..
et à défaut, je prends ma dose de classique le dimanche soir à 19h sur Arte (si si c'est une chaine de télé...)

Écrit par : Francis | 21 octobre 2009

-> P_o_L -> Se laisse émouvoir par le Requiem de Mozart, ce n'est déjà pas si mal, moi aussi, il me fait vibrer et j'aime m'en laisser pénétrer. Je ne connais pas cette interprétation par Böhm ;
-> madame de K -> Alors évidemment, si vous me prenez par Bach et Saint-Mathieu. Bon, je n'en dis pas plus, mais il vient de vous arriver quelque chose !... Vous verrez ça bientôt !
-> corto74 -> Il y avait quelque chose de divin, c'est ça. Je ne suis pas croyant, mais j'imagine que chez les croyants, se laisser atteindre par Dieu peut ressembler à quelque chose comme ça ;
-> Francis -> Tu as raison, le spectacle vivant vaut tous les enregistrements. Et pourtant ce snt les enregistrements qui nous permettent d'accéder à beaucoup de choses, et de façonner notre goût...

Écrit par : Oh!91 | 21 octobre 2009

Je ne sais pas si on peut comprendre finalement, ne faut il pas le vivre pour savoir d'où peut venir une telle émotion, même portée par un violon.

Écrit par : Bougrenette | 21 octobre 2009

-> Bougrenette -> Bien sûr que ça ne peut que se vivre. Avec toutes les tripes à l'air. Bise.

Écrit par : Oh!91 | 22 octobre 2009

J'aime la musique, sous beaucoup de formes. Mais seule la musique classique a le don de m'embarquer , de me faire frissonner, de me faire décoller comme ça. Et il m'en reste tellement à découvrir !

Écrit par : Quine | 22 octobre 2009

-> Quine -> C'est à dire que la musique classique est un continent démesuré, il en reste toujours beaucoup à découvrir.

Écrit par : Oh!91 | 23 octobre 2009

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