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12 septembre 2009

quand Laurent Delahousse roule pour Brice Hortefeux

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J'aime bien Laurent Delahousse. Beau, blond, l'oeil qui se plisse quand c'est grave, le rictus qui s'illumine quand c'est léger, les épaules qui ondulent, le sourcil qui fronce. Années après années, il s'engraine. Il prend confiance. Il joue de la fossette et de la patte d'oie, il s'installe dans le registre du gendre idéal qui lui réussit si bien, mais parfois avec excès et se prend les pieds dans le tapis.

Hier soir était un modèle du genre. Hortefeux était encore en une, dans la tourmente de sa plaisanterie raciste. Mais le journal du beau Laurent banalisait, s'amusait presque de la polémique : la gauche s'indignait, la majorité le soutenait et dénonçait un procès en sorcellerie, finalement, tout était dans l'ordre des choses, limite écrit d'avance. Alors il fallait trouver un autre angle. Et un autre coupable. Et si finalement le seul problème était ces captations abusives d'images, et la sale manie des internautes de se refiler l'info à toute vitesse ?

Qu'importe que le propos soit évidemment, et sans aucun doute possible de facture emminemment raciste. Qu'importe qu'il soit tenu dans un contexte où règne, dans des rires gras, un esprit colinialiste absolument insupportable. Qu'importe que ce pauvre Amine soit exhibé, même si c'est à l'insu de son plein gré, dans une posture humiliante jusque dans son témoignage a posteriori. Et qu'importe que le ministre mente éhontément pour se dédouaner, s'emmêlant les pinceaux pire que Bill Clinton dans l'affaire Monica Lewinsky. Qu'importe que les Auvergnats en prennent pour leur grade au passage.

Qu'importe tout cela qui saute aux yeux, il faut s'interroger, nous dit le journal de Laurent, sur le pouvoir abusif dont dispose le citoyen qui accède à trop d'informations, qu'on se le dise. Pour preuve, toutes les autres malheureuses victimes de ces dernières années, Ségolène Royal qui dans une réunion publique mais sans se savoir filmée déclarait vouloir mettre les profs au régime des 35 heures, ou Sarko lui même qui avait lâché, se croyant pourtant anonyme au salon de l'agriculture, un "casse-toi pov'con !" qui finira peut-être par le faire trébucher.

La "polémique" ? "Encore une fois", c'est le propos "non maîtrisé" d'un ministre, "associé à la caisse de résonnance d'Internet" qui le déclenche. Blogueur, facebookeur, au coin ! Et voilà comment l'affaire n'en est plus une, mais le fait que c'en soit devenu une, selon la technique bien commode du serpent qui se mord la queue.

Ils ont l'art de la victimisation, et les médias pour leur servir la soupe. Merci Laurent !

Commentaires

D'une part, cette vidéo provient de la chaîne Public Sénat, et non de n'importe quel quidam.
D'autre part, Brice Hortefeux fait partie des politiques qui oeuvrent en faveur de la multiplication des caméras.
Donc, ces politiques ont dû intégrer l'idée qu'ils peuvent être filmés partout.

Écrit par : Janie | 12 septembre 2009

-> Janie -> Excellente remarque. D'autant que pas plus tard qu'avant-hier, Brice Hortefeux a déclaré dans Le Figaro à propos de la vidéo-surveillance : "si vous n'avez rien à vous reprocher, vous n'avez pas à avoir peur d'être filmé"

Écrit par : Oh!91 | 12 septembre 2009

Je suis partagée sur le sujet. Le plus important pour nous, masse anonyme, est-ce de clouer comme un coléoptère Hortefeux au pilori afin de le punir de ces propos indignes (sortis du contexte, il conviendrait de les y remettre vraiment pour se faire une opinion) ou serait-ce de ne pas donner un écho national à un égarement, permettant à ses détracteurs de le juger mais hélas aussi à ses défenseurs de le "victimiser" ? Je ne sais pas. Cela me saoule (et je modère mon langage parce qu'ici c'est un blog honnête) de devoir entendre toute la journée et peut-être même tout le week-end des commentateurs gloser sur cet événement. D'un autre côté, les mots de ma prof de philo me reviennent en mémoire qui disaient que de ne pas voter c'est laisser la porte ouverte aux dictateurs. Le lien ? Et bien, de ne pas épingler ne serait-ce pas la porte ouverte à tous les abus ? Alors voilà, je pars prendre un café et méditer.

Écrit par : Gicerilla | 12 septembre 2009

@ Gicerilla : je comprends ton agacement car dans le fond, c'est un micro-évènement. Mais je pense qu'on n'a pas le droit non plus de laisser passer des propos pareils sans rien dire, sans les signaler et mettre en avant leur gravité. Tu dis que les propos sont sortis du contexte, je ne le pense pas. La vidéo dure quelques minutes, et les mots sont au contraire clairement dans le contexte. C'est une discussion, que nous suivons en la regardant, pas une phrase seule prise à part. Et le résultat est juste écoeurant, comme le dit ici Oh!91.

Écrit par : Dalyna | 12 septembre 2009

Les images viennent de Public Sénat, mais elles ont fait l'objet d'un débat en interne, le directeur refusant d'abord de les diffuser, contre ses journalistes. Cela étant, il a dit que "cela finirait par fuiter sur internet"... Ce que d'aucuns ont pu voir comme un accord implicite.... Et une lâcheté habituelle en nos contrées d'attendre que les autres fassent le boulot. Un peu comme la presse étrangère qui prend moins de précautions pour dire ce qu'elle pense de nos dirigeants (et elle s'informe comment la presse étrangère ?).

Cela relève effectivement du "bruit et de l'odeur", et c'est nauséabond. Cela ne serait un épiphénomène que si cela n'était pas en parfaite cohérence avec la politique déshumanisée de gestion des flux migratoires.

Nous avons tous nos dérapages, mais je ne vois aucune raison d'être complaisant à l'égard de ceux qui mettent progressivement en place une société Orwellienne avec caméras vidéo, pass navigo, géolocalisation généralisée, et mouchards d'hadopi (que pendre).

Écrit par : Gee Mee | 14 septembre 2009

Clairement c'est le genre de phrase que j'ai déjà entendue, dans le métro, au cours d'un pot, à la machine à café.. et j'ai souvenir qu'on ne parlait pas des auvergnats.... ministre=homme public... il me semble (puis je me tromper ?) que la pensée de ce ministre est claire et pas surprenante... lacher une telle phrase ne peut s'accompagner que d'une démission (de tous ses mandats...) mais le post est sur Delahousse...la façade de France télévisions (le marque de ma télé devrait être "la voix de son maître...."!)

Écrit par : Francis | 14 septembre 2009

-> Gicerilla -> Le problème de ce calembour, c'est que ce n'est pas votre beau-frère qui le commet, au détour d'une soirée en famille bien arrosée, mais un ministre de la République, qui a la responsabilité de la sécurité intérieur et des libertés publiques, qu'il s'exprime pour un public, fut-il connivent - circonstence aggravante. Et que si parler de cela ce n'est pas grandir la chose politique, laisser un tel déni sans réagir serait une capitulation dans la rase campagne du racisme ordinaire, celui qui fait le plus mal...
-> Dalyna -> On dit "vous" à Madame Gi, s'il-vous-plaît...! Elle mérite ce respect, je crois, je m'en vais l'éprouver dimanche ;
-> Gee Mee -> "le bruit et l'odeur", c'est toujours cette même petite musique, qu'on laisse parfois filtrer, on ne sait jamais, les électeurs du Front national, ils votent aussi, non ? Je crois que rien n'est innocent, dans cette histoire ;
-> Francis -> Je ne sais pas si Hortefeux finira par démissionner sur ce coup là, mais j'espère au moins qu'il ne l'emportera pas au paradis...

Écrit par : Oh!91 | 14 septembre 2009

Ce que je trouve de déplorable dans cette histoire, c'est que l'on puisse se demander si ces propos étaient ou non racistes. Oui, ils l'étaient. Du racisme quotidien, du racisme banal, du racisme bête et qui essaye de se faire passer pour de l'humour.

Écrit par : Mon web | 21 septembre 2009

-> Mon web -> Absolument d'accord avec toi, le racisme est partout dans cette vidéo, les mots d'Hortefeux n'en sont qu'un faire valoir. Merci de ton commentaire et bienvenue sur ces pages.

Écrit par : Oh!91 | 21 septembre 2009

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