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31 août 2009

pourquoi il faut sauver les départements français

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Je me faisais une réflexion l'autre jour : ça fait bien longtemps que je n'ai pas parlé, ne serait-ce qu'un peu, de politique sur ce blog. Bon, mettons ça sur le compte des vacances. Ou alors de mon indifférence pour la question de la primaire à gauche, ou celle des alliances.

J'ai trouvé un sujet, par contre, qui selon moi ne va pas tarder à surgir dans l'actualité, même si tout semble aujourd'hui se passer en catimini : c'est la fin programmée des Départements.

Le gouvernement a en effet entrepris - c'était fin juillet, en toute transparence - d'ouvrir le chantier des collectivités, et a sorti un projet de loi du chapeau de Sarkozy.

L'argument tient en une phrase : "la France est un mille-feuilles administratif, ça coûte cher et les Français n'y comprennent rien". Aussi imparable que "il faut réduire le nombre de fonctionnaire pour faire baisser les déficits publics". Ou que "le rôle de la police, ce n'est pas de jouer au rugby avec des jeunes de cité".

Le projet de loi propose essentiellement deux réformes : d'abord, la confusion des Régions et des Départements.

Les conseillers généraux disparaîtraient, et les conseillers régionaux s'appelleraient conseillers territoriaux. Ils siègeraient à la fois au Conseil régional et au Conseil général du Département, qui deviendrait une sorte d'antenne départementale de la Région.

Les compétences reconnues aujourd'hui aux Départements par la loi - avec ce que l'on appelle la "clause générale des compétences", c'est à dire l'épine dorsale des lois de décentralisation - disparaîtraient, les régions redistribuant, au cas par cas, les compétences qui sont les leur.
 
Ensuite, les communautés urbaines de plus de 500.000 habitants seraient transformées en Métropoles. Le Grand Lyon, Nantes-Saint-Nazaire, Lille-Métrople... sont concernés. En tout sept métropoles seraient créées, extraites des limites territoriales des Départements auxquels elles n'appartiendraient plus et cumuleraient les compétences communales et départementales. Au même titre que la ville de Paris aujourd'hui.
 
Le Département des Bouches-du-Rhône ne compterait ainsi plus Marseille, Lille-métropole s'autonomiserait du département du Nord , la Loire-Atlantique perdrait son Estuaire... Bref, les principaux Départements seraient dépouillés de leur poumon culturel et économique...
 
a7cb50da-3241-11dd-afa3-c9f464041dc3.jpgIl n'est pas exagéré de dire que ce serait la fin des Départements - on pouvait d'ailleurs le voir venir depuis la mise en place des nouvelles plaques d'immatriculation.
 
Cela émouvra sans doute peu de monde : la vie institutionnelle est en général assez peu connue, et pour le moins confuse s'agissant des Départements. La profusion sémantique autour du conseiller général, élu lors d'élections cantonales, pour gérer les départements, n'a pas favorisé la simplicité démocratique. Par dessus le marché, ils étaient élus pour six ans, par moitié tous les trois ans. Tantôt en même temps que les maires, tantôt que les conseillers régionaux, tantôt tout seul. Franchement, on aurait voulu embrouiller tout le monde que l'on ne s'y serait pas pris autrement.

Il y a pourtant de violents paradoxes dans ces projets. Le premier, c'est que l'Etat, au cours de ces trois dernières années, avec ce que l'on a appelé la Phase deux de la décentralisation, vient de leur confier de très nombreuses charges, aux Départements : l'action sociale, en particulier la gestion du RMI puis du RSA, l'entretien et l'exploitation des routes nationales, c'est à dire des principaux réseaux de voirie et de circulation, la gestion de tous les personnels non-enseignants de l'Education nationale... Rien que ça !
 
Les Départements eux-même, depuis la décentralisation, se sont souvent construit - avec le temps et en fédérant des acteurs de la vie sociale et culturelle - de vraies politiques de proximité : dans les domaines de la culture, de la petite enfance, de l'éducation, de la préservation de l'environnement, du logement, des transports, des pistes cyclables, du soutien aux associations, des échanges internationaux, de la lutte contre les nuisances et les risques... De fait, les Départements sont plus que des départements aujourd'hui : ce sont des services publics accessibles, et cohérents à une échelle de territoire qui reste appréhendable par tout un chacun.

Il est vrai que ces actions sont moins performantes aujourd'hui, voire en péril, du fait que l'Etat a très insuffisamment compensé en moyens financiers les charges nouvelles qu'il leur a transférées, et que les Départements sont étranglés. Mais ces services publics ont parfois encore le mérite d'exister.

Et puis, qu'on le veuille ou non, les Départements sont devenus des entités de notre quotidien, sous l'impulsion de l'Etat lui-même, d'ailleurs : les DDASS, qui veillent à l'hygiène et à la qualité des eaux, les directions départementales du travail, de la jeunesse et des sports, de la plupart des administrations d'Etat, en fait, ont contribué à façonner des identités départementales qui ne s'effacent pas.

Ce serait quand même un comble que l'Etat conserve ces leviers, reconnaissant ainsi l'utilité de ce niveau de proximité pour sa propre action, mais qu'il prive les citoyens de la possibilité de se donner des priorités, des élus et des assemblées pour en décider !

Et puis je vois pour ma propre région : j'imagine que l'Ile-de-France bascule à droite - ce qui pourrait bien arriver. Que restera-t-il des politiques sociales et culturelles audacieuses de Départements comme le Val-de-Marne ou la Seine-Saint-Denis ? Le Neuf-Trois est bien stigmatisé, depuis longtemps, bien sinistré aussi, au plan économique. Mais dans cette adversité, il a su aussi se construire une dignité. Une identité, des ressorts de solidarité, une fierté. Ce serait terrible que les points d'ancrage de pareilles résistances soient rayées de la carte.

28 août 2009

à oilp !

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Il y a, près de Paris, un grand parc. Un domaine, devrais-je dire, constitué de vastes étendues forestières, d'une piscine avec sauna et hammam, de nombreux emplacements de camping, de jeux d'enfants, d'un restaurant et d'une charte de vie. Tu me diras, des parcs de loisir et des domaines forestiers, les alentours de Paris n'en manquent pas.

Sauf que celui-ci est un peu spécial. En raison de sa charte de vie, justement. On y franchit une grande barrière après s'être acquitté d'un droit d'entrée dans une bâtisse de pierres anciennes, où l'on t'accueille avec le sourire. Au loin, tu aperçois des bungalows et des toiles de tente. Tu files garer ta voiture sous de grands arbres qui te rappellent immédiatement tes dernières vacances dans les Landes. Tu te délestes dans ton coffre de tes effets personnels et de tes vêtements. Oui, de tes vêtements, et de tous, encore ! Slip et caleçon compris. Car à Héliomonde, on y vit nu.

C'est un grand camp naturiste, ignoré de tous, sauf des initiés. J'en avais vaguement entendu parler depuis que je fréquente les nocturnes de Roger Le Gall, mais ne m'y étais pas intéressé plus que ça, et n'avais jamais envisagé m'y aventurer. Curieuse appréhension, sans doute parce que je ne suis pas de la culture naturiste. Et que cet univers m'apparaissait surtout réservé à certains cercles.

Pourtant, ce parc est à deux pas de chez moi, 15 minutes en voiture à peine. Portés pas une belle journée ensoleillée, encore dans l'enthousiasme de nos merveilleuses semaines hongroises, et profitant des récentes désinhibitions d'Igor, nous sommes donc allés y montrer le bout de notre... nez, c'était samedi dernier.

anf1.jpgPas question de draguer, l'échangisme et les rencontres y sont proscrits. Il s'agit d'un naturisme familial et bon enfant, où le beau et le moins beau se côtoient dans une esprit de tolérance.

C'est autour de la piscine, au bassin un peu petit, hélas, et aux caillebotis réservés aux premiers arrivants, que se concentre le monde pour profiter du soleil.

Les cicatrices sur les abdomens ou sur des seins y ont valeur de tatouage. Certaines filles à la peau dorée arborent une élégante épilation intégrale. Les maîtres nageurs impassibles sur le bord du bassin, le regard perdu et libre derrière l'écran fumé de leurs lunettes de soleil, sont beau comme des dieux, le sexe ballant, ils laissent s'écouler le temps dans une fausse torpeur.

Il y a de nombreux étrangers, des Franciliens habitués qui y louent un chalet à l'année, des familles pour qui le baignade_nat.jpgnaturisme semble une tradition partagée, des couples pour lesquels elle constitue au contraire un alibi facile pour mâter en toute discrétion. J'ai été surpris d'y trouver aussi un public handicapé accompagné. Bref, un petit peu de monsieur et de madame tout-le-monde... mais tout nu.

En une première après-midi d'approche, nous n'avons pu explorer l'ensemble de ce vaste domaine, ni des joies qu'il propose, préférant nous oublier près de la piscine. Nous ne nous sommes pas laissés perdre en forêt pour y croiser des yeux de biche ou des cornes de chevreuil, nous n'y avons pas joué au tennis, des baskets aux pieds : nous nous sommes contentés d'y humer une atmosphère aux relents boisés, en oubliant parfois ce qu'elle avait de singulier, tant c'est l'esprit des vacances qui y a surtout dominé.

J'y ai croisé un homme, dans les brumes épaisses du hammam, qui m'a juste dit le plaisir qu'il aurait à ce que je le retrouve dans son chalet, avec son ami. Ce sera peut-être pour dimanche si le soleil est au rendez-vous. D'autant qu'après un samedi de déménagement (ah! les copines !...) et avant le retour des collègues prévu pour lundi, j'aurais besoin, en piqure de rappel, d'une petite dose supplémentaire de... vacances.

24 août 2009

dans la paix et les ombres

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Il a fait beau ce week-end à Paris, tout comme le week-end dernier, et ces chaudes heures, pour ultimes qu'elles furent avant l'arrivée annoncée de l'automne, étaient propices à des excursions bucoliques.

Il n'est pas forcément simple, au retour de vacances, de trouver une motivation de sortie de cet ordre dans les environs de Paris. Mais des idées ont jailli pour me conduire, il y a huit jours au Moulin de Villeneuve, à Saint-Arnoult-en-Yveline, puis hier à Barbizon, dans la maison-atelier de Jean-François Millet.

p27.jpgLe Moulin de Saint-Arnoult est une ravissante demeure que Louis Aragon offrit à Elsa Triolet en 1951, alors que l'un et l'autre tiraient encore le diable par la queue, et leur revenu de traductions plus que de leur propre littérature, mais qu'ils souhaitaient un lieu où se mettre au vert pour travailler et écrire. L'endroit était calme, le parc ombragé, vaste, parsemé de bronzes de la sculptrice Nisa. Le public de cette mi-août était clairsemé et attentif, pétri d'une affection visible pour ce couple, leur œuvre, et sans doute leur engagement. Nous étions admiratifs de la vue qu'avait Elsa, depuis son bureau du premier étage, sur le Parc, et en particulier sur deux hêtres - dont a eu raison la tempête de 1999 - où elle projetait d'être enterrée avec Louis, "deux grands hêtres pour deux grands êtres". Seuls ces êtres - mais de génie - y gisent encore aujourd'hui, avec une épitaphe qui, à sa lecture, m'a arraché des frissons (*). Tant sans doute rêvè-je moi-même d'éternité amoureuse.

On comprend assez vite l'attachement qu'a pu être le leur pour cet ancien moulin dépossédé de sa roue, mais où la cascade coule encore, à la demande, au milieu d'un magnifique salon boisé. Aux murs, outre des milliers et des milliers de livres, des œuvres de Picasso, de Fernand Léger et d'autres de leurs amis peintres.

Ce fut une sortie paisible et agréable.

Barbizon, c'est autre chose. Le luxe est venu s'installer exploiter le filon du mythique village d'artistes. La route principale n'a beau déboucher nulle-part, si ce n'est dans la forêt de Fontainebleau, les façades, aux boiseries refaites à neuf, rutilent, les galeries d'art pullulent, les hôtels quatre étoiles aussi, tout comme les restaurants haut de gamme. Les rues étaient infestées de touristes et de promeneurs, ce dimanche, et nous faisions partie de cette pollution débonnaire. Au regard de cette débauche, la maison-atelier de Millet semblait un tantinet désuète.

Aucune œuvre originale du maître aux murs - les glaneuses, l'Angelus (photo ci-dessous) et plusieurs autres sont au Musée d'Orsay - mais de nombreuses toiles de ses contemporains ou de reproductions plus ou moins hasardeuses. Il m'a fallu pas mal d'imagination pour oublier l'environnement grouillant et me figurer dans son époque pour en respirer l'esprit.

Millet a peint entre impressionnisme et rusticisme. Déceler de l'esthétique dans une scène champêtre, c'était déjà adopter une posture millet_angelus-751184.jpgurbaine, avoir acquis une certaine distance, ou une certaine hauteur. Et ce décalage à lui seul nous rappelle que les impressionnistes, pour bucolique que fut leur œuvre, sont surtout les enfants de la société industrielle. Et des guerres - Millet explique dans une lettre à un admirateur, exposée dans son atelier, qu'il a quitté Cherbourg pour fuir les invasions prussiennes et trouver refuge plus au sud.

Peu importe cette thématique de circonstance, au delà de la visite de maisons d'artistes, ces excursions ont été l'occasion de pique-niques dans des bois ou des sous-bois, et de siestes prolongées dans la douceur crépusculaire des ombres.

Et ceci suffisait à réussir l'idée de prolongements inattendus à des vacances achevées.

Il y eut aussi samedi la découverte d'un vaste camp naturiste perdu en forêt à deux pas de chez moi. Mais ça consituera une autre note : qui a dit que dans culture il y a cul ?

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(*) « Quand côte à côte nous serons enfin des gisants, l’alliance de nos livres nous unira pour le meilleur et pour le pire dans cet avenir qui était notre rêve et notre souci majeur à toi et à moi. La mort aidant, on aurait peut-être essayé et réussi à nous séparer plus sûrement que la guerre de notre vivant : les morts sont sans défense. » Elsa Triolet

21 août 2009

repartir à neuf

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C'est bientôt la rentrée. Certains achètent un cartable neuf. Moi, je refais ma toiture et j'entreprends le grand rangement de mon bureau.

Je préfère en général revenir avant tous les autres, profiter de l'absence des collègues pour atterrir en douceur, me laisser divertir sans témoin, et trouver mon rythme progressivement. N'ayant pu le faire avant de partir, cette semaine était aussi pour moi l'heure du grand rangement. Tu connais : parmi des piles de documents, choisir ce qu'il faut classer, ce qu'il faut archiver, ce qu'il faut traiter, ce que je peux jeter. Et la semaine étant écoulée, je suis presque au bout. Pas mécontent de commencer à y voir clair. C'est un peu comme débouler dans la steppe de Hongrie après avoir traversé les Carpates.

Parallèlement, les ouvriers sont arrivés mercredi à la maison pour me changer une partie de la toiture. J'espère qu'ils auront raison des problèmes d'infiltration qui m'empoisonnent la vie, parce que toutes les eaux ne sont pas bonnes à prendre. Mais là, c'est une autre affaire. Question coût : comme de deux ans de séances de psy. Ça aide à relativiser ! Ne reste plus grand chose dans la tirelire...

Soit dit en passant, ces réjouissances ne sont pas du même ordre que les heures passées dans l'eau, au soleil et sous les pluies de la tranquilité. Mais c'est une façon de finir le travail, et de repartir à neuf.

Bon retour à toi si tu rentres ce week-end pour préparer la tienne, de rentrée !

17 août 2009

retour vers un certain bonheur

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La soeur d'Igor habite avec sa famille au Sud de Buda, dans un secteur qui, bien qu'étant toujours en ville évoque une banlieue résidentielle, avec son calme, ses friches et ses vallons. Pour s'y rendre, il faut aller jusqu'au terminus de la ligne de bus N° 7, et puis rejoindre une petite colline de l'autre côté de la voie ferrée en empruntant un tunnel piétonnier. Un bien long tunnel, en fait, auquel on accède par une rampe en béton à faible pente pour les vélos et les poussettes.

Je ne peux jamais descendre vers ce tunel sans penser à la scène du viol dans Irréversible. On est pourtant loin du chahut de la ville, les newsirreversible1.jpgenvirons sont tranquilles, seules des odeurs d'urine et les graffitis sur les murs évoquent une sorte de déserrance et un imaginaire violent.

Irréversible... comme beaucoup, ce film, sorti en 2002 je crois, m'a profondément perturbé. Un des films les plus crus, les plus haletants qu'il m'ait été donné de voir, d'une violence inouïe, mais qui se termine par sans doute la plus belle scène d'amour du cinéma français : un long plan séquence, Vincent Cassel et Monica Bellucci se réveillent d'une sieste tardive, se préparent pour sortir à une soirée, se jouant d'intimité et de complicité sans fausse pudeur, ils jonglent d'une pièce à une autre, fluides, d'une danse à une autre, d'une pomme à une cigarette, avec un rideau de douche, et pour finir avec ce que l'on devine être un test de grossesse... Cette scène contient en elle un merveilleux devenir, mais le irreversible.jpgspectateur sait déjà qu'il n'éclora pas, brisé par un événement criminel quasi accidentel, d'où en naîtra l'exact négatif, la mort, la folie vengeresse, la rage. La fin du film mais le début de l'histoire, la promesse, mais dite après son abortion.

Chaque fois que je traverse ce tunnel, je repense à ce bonheur demeuré vrai possible, mais uniquement possible. Parce que les destinées parfois s'anéantissent avant de se réaliser.

J'aurais tenté, durant ces vacances hongroises, de rassembler dans ma besace imaginaire quelques fragments d'un bonheur éparpillé au cours de ces dernières années, pour au moins me convaincre qu'il n'était pas inconsistant. Et qu'avant de se laisser réduire en poussière, les destinées s'écrivent vraiment quelque part. En chemin, j'ai retrouvé Igor et il m'a retrouvé. Libres.

Est-il est vrai que, tant que l'on n'a pas sur sa route croisé celle du malheur, certains égarrements peuvent être réversibles ?

15 août 2009

une nuit à dompter le plombier

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J'étais installé à Budapest depuis près d'un an déjà quand je décidais de prendre des leçons de hongrois. Jusque-là, je m'étais concentré sur ma nouvelle mission et, travaillant pour une organisation internationale, sur la langue anglaise dont il s'avérait que mes notions essentiellement scolaires étaient gravement aléatoires. Et puis ayant échoué à Budapest par accident de parcours, j'avais eu durant cette première année du dépit plus que de la curiosité, et il me fallut goûter aux charmes d'un premier été, et de premières amours, pour finalement apprivoiser la ville et trouver un intérêt dans cette langue obscure.

Nous étions un groupe d'une quinzaine de personnes, de tous âges, dans une petite salle de l'Institut français. Notre professeur se présenta, et suggéra qu'à l'occasion d'un rapide tour de table de prise de connaissance, chacun propose un nom de métier, afin qu'elle en donne une traduction. Une sorte d'entrée en matière.

Pris au dépourvu, sans malice, mon tour venu je proposai "plombier", la simplicité est toujours gage de discrétion. Le plombier polonais n'avait pas encore fait parler de lui, loin s'en faut, mais j'avais des problèmes d'eau à la maison qui sans doute m'orientèrent. Ce serait donc le premier mot hongrois que j'allais apprendre, après jó napot et köszönöm, évidemment (*).

Notre professeur devint blême, bafouilla, afficha un petit rictus gêné. Les propositions précédentes s'étaient bien passées : professeur, tanár, coiffeur, fodrász, policier, rendőr... mais plombier... Bon, il fallait bien s'acqitter de son salaire, plombier, ce serait donc vízvezeték-szerelő !

J'ai passé la nuit à me le répéter, un petit papier à côté de mon oreiller. Au petit matin, échevelé, j'était fier de connaître mon premier nom de métier hongrois, et le nommais à qui voulait l'entendre...

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(*) "bonjour" et "merci"

13 août 2009

500 notes pour une sonate

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Cette note est ma 500e note. Jolie partition, déjà, non ? Avec 500 notes, on peut faire quoi ? Un concerto ? Un quatuor ? Disons une sonate. La mienne a compté un premier mouvement allegro ma non troppo - classique du genre -, un deuxième andante molto mosso, puis un troisième lente quasi adagio. En toute logique, je devrais attaquer sur un final allegro vivace. Nous verrons bien, je n'en suis pas au final, il m'y faudra sans doute bien davantage de notes.

Puisque c'est l'occasion d'un bilan, en voici un sur ces petites vacances à Budapest, qui viennent de se finir :

- Je me suis reposé - de longues nuits de sept ou huit heures, des siestes, souvent courtes, sous le soleil ou sur un canapé, parfois au milieu d'amis, j'ai évacué toute pression, c'était le plus important.

underwaterpinkudstrip.jpg- J'ai nagé : 35 km, pile poil la distance qui sépare ma banlieue de Paris. Et pourquoi pas 42, me diras-tu, puisque j'y ai passé 21 jours, à Budapest ? Eh bien parce que je me suis autorisé trois journées de relâche, et que j'ai commencé doucement. Et puis 35 km, c'est une approximation, parce que nul n'a su me dire avec exactitude la longueur du bassin sportif à Palatinus, tantôt 38m, tantôt 40m, voire 42,5 - le décompte des distances était une gageure.

- J'ai baisé, ou plutôt j'ai tâté de la queue, j'en ai mâté, parfois sans en faire grand chose, peut-être juste pour m'assurer que la mécanique fonctionnait encore. Je suis allé pourtant peu aux bains - une fois aux Széchény, une rencontre fulgurante avec un homme marié, un Français, et une première approche avec Attila ; une seule fois au Király, ce qui me valut de rencontrer Federico et Roberto ; une fois aux Gellért (quel luxe ! - mais choux blanc) ; et deux fois au Rudas, où je underwaterbutts.jpgcrois bien avoir réussi à mettre dans mes filets les plus beaux specimens... Au terme de ces visites, je m'autorise à me placer dans la catégorie des beaux garçons qui peuvent choisir leurs victimes. Mais qui ne sont pas à l'abri de deux-trois gamelles. Attila est resté une histoire sans suite...

-
J'ai bronzé, surtout à Palatinus. Et j'ai pu observer à cette occasion que de longues heures de naturisme sous le soleil ne suffisent pas à effacer la fameuse marque du maillot, forgée par des heures de nage au quotidien. Ou alors j'ai passé trop de temps sous les douches ?

- J'ai lu, ce qui allait souvent de paire. 700 pages, quand-même, dont un thriller de Robin Cook, Facteur risque, où se jouait un complot criminel autour de la marchandisation de la santé aux États-Unis. Entre la fin d'un Murakami (Haruki) et le début d'un autre (Ryû).

- Et j'ai écrit, ce qui n'a pas été le pire de mes petits plaisirs : une quinzaine de notes, même si nous étions vraiment entre-nous - je pourrais presque dire rien que pour toi et moi.

J'ai retrouvé Budapest. Au fond, j'y ai toujours nagé, j'y ai appris à aimer, j'y ai parfois lu, j'y ai souvent écrit. Il y règne un art de vivre et une paix propices à ces travers et à une certaine virtuosité, ce n'est sans doute pas un hasard si Liszt, Bartók et Ligeti s'y sont joués de leurs notes avec malice et inventivité...

Les valises sont posées. Le ciel est un peu gris, cela va sans dire. Mais ces petites musiques me restent dans la tête, et je crois que mon adagio est termiiné.

12 août 2009

l'île du festival, le festival de l'île

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Aujourd'hui s'ouvre à Budapest ce qui est devenu la plus grande scène musicale européenne : le Sziget fesztival, le festival de l'île. Ainsi dénommé parce qu'organisé sur une grande île située au nord de Budapest, face au quartier de O-Buda, il attire de toute l'Europe une faune un peu détonnante, venue joindre l'utile à l'agréable, profiter de huit jours de musique sur plus de dix scènes installées pour l'occasion, tout en découvrant les attraits touristiques de Budapest.

La configuration des rues, des bains, des trams s'en trouve assez profondément transformée.

Il est donc temps pour nous de préparer nos valises et d'envisager le retour. C'est pour demain, hélas ! J'ai en réserve quelques matériaux pour poursuivre un temps encore ces petites chroniques hongroises.

Mais puisqu'il est question de musique, je glisse un petit hommage aux accents gitans à un artiste que je n'ai vu sur scène qu'une fois, et ce fut ici, à Budapest.