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07 août 2009

Lajos Batthyány, ou la débandade hongroise

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Il avait 42 ans quand ils l'ont assassiné. Premier Président du Conseil d'une Hongrie qui s'essayait républicaine et indépendante. Entre 1848 et 1849. Ce n'était pas rien, pour cette nation, de s'affranchir d'un même mouvement du joug féodal et du joug impérial. Ni pour ce jeune homme issu d'une famille noble de prendre le parti des républicains. Il y avait alors de puissants courants de pensée qui donnaient corps à ces rêves, des artistes s'engageaient, des poètes regardaient l'Europe et lui vouaient un avenir.

C'était le Printemps des peuples, dont le vent avait pris naissance en France. Partout, des révolutions libérales, à qui il manquait de reconnaître leur place aux ouvriers, ce qui inspira à Marx et à Engels le Manifeste du Parti communiste, qu'ils publièrent, anachroniques visionnaires, à cette même époque.

De quelle utopie ils étaient capables nos Victor Hugo, Sándor Petőfi et toutes cette intelligentsia qui ne se résolvait pas à l'enterrement des Lumières ! L'armée des Habsbourg fit appel aux armées du Tsar pour écraser la République hongroise naissante, mais l'Empire austro-hongrois ne serait plus jamais le même, la Hongrie avait conquis sa maturité, et la nouvelle position qu'elle occupait dans l'Empire lui permettrait de jouer les premiers rôles dans le développement bourgeois de la fin du XIXè siècle. Le millénaire de la Hongrie serait célébré avec un faste incroyable en 1896, avec une Exposition Universelle, la première ligne de métro d'Europe continentale, de grandes artères et un raffinement qui font encore le cachet du Pest d'aujourd'hui...

Au fond, si l'Empire n'avait pas été du mauvais côté du manche pendant la Première guerre mondiale, et si - cruelle humiliation infligée aux perdants - la Hongrie n'avait pas été dépecée des deux tiers de son territoire, qui sait quel rôle elle occuperait aujourd'hui en Europe ?

Mais c'est ainsi. L'indépendance fut écrasée en 1849, Batthyány fut exécuté le 6 octobre, et la Hongrie perdit la guerre. Par dessus le marché, une guerre plus tard, elle fut mise au régime Traband et komsomols.

Il reste de ces époques des vestiges.IMG_3693.JPG

La place Batthyány, à Budapest, est de fait l'une des plus intéressantes. Située sur le bord du Danube, ouverte sur lui, elle fait face au Parlement sur la rive opposée, et c'est de là que l'on peut en apprécier le mieux son architecture victorienne dans toute ses dimensions. Une petite  église pittoresque côtoie une halle de marché en brique, et la statue de Janos Batthyány se dresse comme à la proue d'un navire.

C'est près d'elle que m'a rejoint Attila, mardi soir, et que nous avons bu un verre sur la terrasse du café Angelina. C'est drôle, notre moyenne d'âge était justement de 42 ans : l'âge des martyres !

Attila, je l'avais rencontré aux bains Szechény l'avant veille, avais approché mon transat du sien après avoir constaté son attirance, et avait pris plaisir à lui caresser les jambes et le torse. J'avais compris qu'il n'était pas adepte des petits coups consommés sur place. Nous n'avions pas parlé, sauf lorsque je dus partir pour un dîner chez belle-maman ! Le hasard avait voulu que nous nous rencontrions le lendemain sur une autre terrasse, à Palatinus. Cette fois, je lui avais offert de nous retrouver le lendemain pour passer une soirée ensemble, il avait accepté et nous y étions.

Il avait en lui beaucoup de douceur, qui parfois confinait au flegme et qui n'était pas toujours simple à interpréter. Nous avons parlé moitié en hongrois, moitié en anglais. Il venait de passer une dizaine de jours en Croatie. Tiens, à Trogir, justement, où j'avais été moi-même en vacances l'année de la canicule, en 2003. Nous avons aussi confronté nos expériences d'appendicites. J'en avais moi une marque laide et boursouflée, à cause d'une péritonite évitée de justesse en 88. Lui avait été opéré durant des vacances en Égypte, il y a trois ans. Mais une infection subite lui avait valu de retourner sur le billard une semaine plus tard, il en portait une cicatrice discrète mais spectaculaire, verticale, au milieu du ventre.

Je te parle d'Attila parce qu'il s'est produit une chose troublante, que je redoutais un peu. Alors que nous étions chez lui en pleine étreinte, je me suis mis à penser au billet que j'allais en faire pour ce blog. A sa structure, à la petite page d'histoire avec laquelle j'avais envisagé de l'introduire, dès la lecture au pied de sa statue des dates de naissance et de mort de Batthyány, à nos deux rencontres précédentes dans un contexte naturiste, à certains détails de son anatomie : ses cicatrices, la tâche de vin brune qu'il lui dévorait le flanc, ses testicules qui lui pendaient à mi-cuisse.

brutos11754.jpgCes pensées me faisaient débander, et cet épisode-même vint aussitôt trouver place dans mon projet de billet, me piégeant dans un dérisoire cercle vicieux. Cela m'était déjà arrivé une fois dans un sauna parisien. Et je n'aime pas du tout ce sentiment d'être ainsi dominé par mon sujet, l'impression de ne plus vivre les choses pour ce qu'elles sont mais pour pour ce que je pourrais en dire.

Curieusement, lui-même s'excusait de ne pas avoir d'érection plus vaillante, et mettait sa défaillance sur le compte de la fatigue. Il se mit à me parler de son petit copain, Zoltan, avec qui il était dans une relation "ouverte" qui ne l'épanouissait pas. Une relation d'un an, qui n'a jamais connu de phase fusionnelle. Je lui ai parlé de ma relation avec Igor, vieille de maintenant presque douze ans, et qui en était à sa phase... comment la qualifier, tiens, ma phase avec Igor ? ce sera peut-être l'objet d'un prochain billet...

Il m'a aussi appris à dire "caresser" en hongrois : simogatni. En parlant ainsi, en l'écoutant, en caressant ses mains solides et ses larges épaules, en laissant mes lèvres trainer sur ses bras et sur son cou, j'ai enfin recommencé à bander, et il a souhaité que je jouisse avant de le quitter.

Nous avons prévu de nous revoir ce soir.

Commentaires

La suite ! la suite ! belles retrouvailles en tout cas :) J'aime bien ta façon de vivre les relations humaines.

Écrit par : Dalyna | 07 août 2009

-> Dalyna -> Merci. Et bon voyage à toi !

Écrit par : Oh!91 | 08 août 2009

Tu rebanderas toujours Oh, mais ne ferme jamais cette porte qui parfois t'éloigne de ton présent pour te permettre un futur et un épanouissement personnels bien plus importants, plus grands et plus épanouissants à long terme qu'une transe physique passagère qui ne t'est jamais bien longtemps étrangère ... ;-)
Le jour où tu ne songeras pas à ce que tu pourras en écrire, à la façon de le décrire, au moment où tu le vis, alors, ce jour-là, tu sauras ...
Biz

Écrit par : M. | 08 août 2009

-> M. -> Je ne suis pas sûr de bien comprendre ta mise en garde... Dieu merci, je ne pense pas "toujours" à ce que je pourrais en écrire, le plus souvent je m'oublie. Mais débander reste une expérience désagréable, voire traumatisante.

Écrit par : Oh!91 | 09 août 2009

Eh, c'est pas une mise en garde ;-) Mais à mon avis, quand ce ne sera pas ton propre positionnement dans l'histoire ni ce que tu pourras en dire qui te viendra en tête dès l'abord, quand tu seras débordé par les sentiments et les sensations, alors tu sauras que tu t'approches de ce que tu souhaites retrouver, non ...? ;-)

Écrit par : M. | 09 août 2009

Il y a surement des étapes à vivre pour comprendre, en tirer peut être quelques conclusions, ce qu'on pourrait en dire permet peut être d'appréhender différemment ce que l'on ne peut rater ensuite. S'interroger c'est bien, oublier aussi :-) je t'embrasse fort, et bonne soirée

Écrit par : Bougrenette | 09 août 2009

-> M. -> Ouais, c'est assez juste... Surtout oublier "mon propre positionnement dans l'histoire", comme tu dis...
-> Bougrenette -> Disons que ce serait bien de dissocier le temps de la vie et le temps des questions. Bises.

Écrit par : Oh!91 | 10 août 2009

Bravo à toi , ton blog est super
A+

Écrit par : Léo | 12 août 2009

Les commentaires sont fermés.