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31 juillet 2009

le vrai tramway nommé désir (1) le "quatre-six"

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La Hongrie suit donc, tant bien que mal, notre modèle de développement : la voiture comme emblème de réussite, version 4x4 pour les nouveaux riches, de grands centres commerciaux aseptisés, des plateformes logistiques à la périphérie des grandes villes qui grignotent les campagnes, une flambée de l'immobilier qui chasse les pauvres des centres urbains... Quand il y a onze ans, les premiers hypermarchés "à la française" faisaient leur apparition, Auchan en tête, et que je mettais Igor en garde contre certaines conséquences prévisibles de cette forme de modernité, il réagissait assez violemment, comme si je voulais les priver, eux, les Hongrois, de ce que nous avions nous à disposition depuis des décennies...

Dieu merci, le petit commerce du centre ville n'est pas encore totalement asphyxié, même s'il est affaibli, peut-être parce que la population est trop vieillissante pour renoncer à ses habitudes et à la proximité. Mais le trafic automobile s'est accru de façon spectaculaire, les bouchons engorgent la ville, et les alentours de Budapest n'ont plus grand chose de campagnard.

Nous, pour faire place nette à la voiture, nous avions été jusqu'à sacrifier nos réseaux de tramways. Et c'est à grand prix que nous essayons d'en rebâtir les infrastructures aujourd'hui. Dieu merci, leur développement à la libéral arrive suffisamment tard pour qu'ils n'aient pas eu le loisir de commettre cette erreur-là.

Le réseau ferré en ville, dense, aux inter-connections bien pensées, agencé habilement à la voirie, sont une partie de l'âme de Budapest. On croise ainsi, ou l'on emprunte, au gré de ses ballades, de vieux Tram en acier couleur jaune Habsburg, un peu bruyants mais toujours efficaces. Ou des engins de nouvelle génération, de même couleur mais qui glissent en silence le long des artères urbaines. Avec les bus ou les trolleys, ils jouissent d'une fréquence de passage élevée, si bien que l'on attend rarement longtemps. Moi qui, banlieusard de vie et de travail, ne peux jamais me passer de ma voiture, je profite ici avec délectation de cette liberté de mouvement - sur rails.

kobino.jpgParmi les lignes les plus importantes, il y a celle qui emprunte ce que l'on pourrait appeler les grands boulevards. La ligne 4-6. Elle vient d'être refaite à neuf, Siemens en a emporté le marché, et les quais ont été rehaussés, si bien qu'on y accède sans marche. C'est probablement la ligne stratégiquement la plus importante, celle qui contourne le centre ville sans jamais s'en éloigner, et qui dessert ainsi tous les axes importants de la capitale, toud les lieux de plaisir, aussi, des plus sages aux plus fous.

Budapest est construite selon un axe Nord-Sud, autour du Danube. Sur une carte, c'est un trait vertical à peine dansant (clique sur le schéma ci-dessous, ça te paraitra plus clair - ou bien rends-toi sur cette vue satellitaire).

A gauche, donc à l'ouest, Buda et ses collines, le siège de la ville médiévale, avec le château qui domine. A droite, donc à l'est, la ville moderne d'époque presque haussmanienne, Pest, et le début de la puszta, la grande steppe hongroise. Au centre de la ville, le Pont des chaînes, le premier à avoir relié les deux rives, les deux villes, au milieu du 19è siècle, à qui l'on doit sans doute l'âge d'or de la Hongrie.map4-6.jpg

Côté Pest, le demi cercle du tram est presque parfaitement circulaire. Côté Buda, du fait du relief escarpé, le tour n'est pas bouclé, et il y a deux terminaisons possibles, d'où les deux numéros attribués, le 4 et le 6. Bien que pour la grande majorité des gens, il s'agisse d'une seule et même ligne.

Deux terminaisons, comme les deux options qui te sont toujours offertes. Buda ou Pest, l'antique ou l'authentique, le surfait ou le léger, nager ou draguer, la musique ou le verre à boire, tirer ton coup ou tomber amoureux...

Prends ton ticket, je commente la visite demain...

(la suite du voyage)

30 juillet 2009

des vacances ouatées

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Lorsque j'étais en Syrie, au début des années 90, j'avais une amie, Sylvie, qui comme moi étudiait l'arabe, et j'avais observé que la plupart du temps elle ne portait pas ses lunettes. Même lorsque nous partions pour de longues virées exploratoires, dans la vieille ville de Damas ou dans ses alentours. Un jour, elle m'avait expliqué qu'elle aimait bien cette sensation de flou, et qu'au fond, elle était parfois plus à l'aise dans l'impression qu'elle avait des choses, que dans les choses elles-mêmes. Ça la protégeait, notamment de l'intrusion de certains regards. C'était aussi une façon d'exprimer que dans sa version dépolie, on pouvait encore trouver le monde beau. J'étais intrigué, moi qui avais toujours besoin de m'accrocher à des détails pour accéder à la certitude des faits et des situations.

J'éprouve aujourd'hui le bien être que peut inspirer une certaine imprécision.

Nous passons avec Igor de longues séquences - des soirées, des journées - chez des amis ou dans la famille. Ces épisodes de retrouvailles donnent toujours lieu à beaucoup de paroles, d'échanges, de rires. Ce sont des atmosphères chaleureuses, et je m'y plais - ça n'a pas toujours été le cas, il fut un temps où je m'y ennuyais. Je ressens la chaleur ambiante, une gentillesse particulière à mon égard tout autant qu'à celui d'Igor. Je fais beaucoup d'effort pour rester dans les conversations, je donne le change, avec parfois quelques clauses de style qui font illusion. Même si mes rudiments demeurent excessivement superficiels, on me complimente sur mon hongrois. On vient me raconter des anecdotes. Je ne comprends pas tout. Parfois, je ne comprends même presque rien, mais j'opine, je souris, je relance d'un simple mot, je me sens bien dans ces ambiances sans enjeu. Quand les conversations s'emballent, je m'autorise à décrocher en attendant qu'une parole vienne me repêcher. Je ne perds jamais totalement le nord, mais je n'accède qu'à ses contours approximatifs. Les détails les plus piquants, signifiants ou insignifiants, m'échappent, et mon imagination comble les vides. Ou bien s'en va ailleurs.

Finalement, je perçois les choses comme mon amie sans ses lunettes. Et c'est vrai que, paradoxalement, cette ouate m'est rassurante.

Hier près du Lac Velence, à une quarantaine de kilomètres de Budapest, nous avons passé une de ces journées simples dans un milieu familial et familier. Les deux garçons, que j'avais connus à 2 et 5 ans en ont aujourd'hui 14 et 17.  Nous nous sommes vus presque chaque été durant toutes ces années. Ils s'éclatent dans le petit cottage de leur mère, dépourvu de chauffe-eau et de confort, participent à la vie de la cabane, sont heureux d'y recevoir des invités. Ils nous aiment bien. Leur mère, prof d'anglais, qui les a élevés seule, gagne 390 euros par mois. Elle n'est jamais sûre d'une année sur l'autre que son contrat sera renouvelé, et à 50 ans passés, cette épée de Damocles pèse lourd. Elle reçoit aussi une petite pension alimentaire, qui varie selon la situation professionnelle du père des enfants. Il y a trois ans, le grand avait pu partir en séjour linguistique en Angleterre, et de fait, s'il n'y a pas appris grand chose, il a pris goût à l'anglais et s'y essaye avec malice. Le petit, qui a le même âge cette année, n'a lui pas pu partir. Plus d'argent. Plus d'argent non plus pour le ciné en famille, ou pour la piscine. Alors on se rabat sur le lac, bien contents encore d'y avoir un petit pied à terre - ultime héritage d'une époque où d'une certaine façon le travail se trouvait gratifié.

Ces enfants respiraient la joie de vivre. Une table de ping-pong, que je leur ai toujours connue, un panneau de basket, un portique, un braséro pour la goulash, un bidon suspendu pour chauffer l'eau au soleil... voilà qui leur fournit de quoi s'occuper durant leurs semaines de vacances là.

C'était un bonheur de s'immerger pour une petite tranche de vie dans le flou de cette ébullition tranquille, avec des ados déconnectés de MSN et même pas frustrés, une femme vaillante qui jongle avec des bouts de ficelle et s'en amuse, et des hôtes de passage qui n'exigent rien.

[Pour mémoire, l'autre et l'esprit de la fête, le même flou mais vu de l'extérieur...]

27 juillet 2009

égalité hommes-femmes (2) version hongroise

guerrrier.jpg

Il y a plusieurs façons d'évoquer l'égalité hommes-femmes. Ou de l'invoquer. Ici, c'était pour parler de moi, j'en ai la fâcheuse manie.

Mais il y a aussi cela : en Hongrie, les hommes et les femmes sont égaux. Ils sont égaux en beauté, et c'est un amateur d'hommes qui te le dit, autant dire que les filles sont vraiment très très belles pour que cela me soit d'une telle évidence.

Ils sont égaux en libertinage : si j'en crois les ami(e)s que nous fréquentons, les infidélités, les divorces, les familles qui se décomposent et se recomposent, l'expérimentation sentimentale... sont autant du fait des femmes que des hommes. Et ce n'est rien que de le dire. Nous n'y avons pas de couple stable appartenant à notre génération.

Ils sont égaux dans le no-future. Dans la confusion du sens, dans l'obscurité politique, dans les intuitions racistes...

Budapest déc 2004 Tramway devant la Gare de l'Ouest.jpgEt puis ils sont à égalité parfaite dans les transports publics. Il y a dans les bus, les tram et le métro une tradition d'annonce vocale des stations desservies. Eh bien dans les tramways de nouvelle génération et dans certains bus où ces annonces ont été pré-enregistrées, ce sont alternativement des voix d'hommes et de femmes qui égrainent le nom des stations.

Et personne ne pourra dire que les hommes exercent un abus de pouvoir ou que les femmes sont cantonnées dans des fonctions d'hôtesses ! Ou quand les sociétés publiques veulent donner l'exemple par le plus superficiel... On appelle ça la communication, non ?

26 juillet 2009

Palatinus par grand vent

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Il ne faisait pas vraiment froid, hier. En comparaison à Paris. Pas vraiment chaud non plus, mais surtout en raison du grand vent qui envoyait quelques rafales à 50 km/h. Du coup, le grand complexe aquatique situé sur l'île Marguerite, que j'aime à fréquenter autant pour la qualité de ses installations nautiques que pour les rencontres que l'on peut y faire, était presque désert. Un samedi après-midi, pourtant !

J'avais une ligne d'eau pour moi tout seul. Si tu ne connais pas le plaisir de nager le papillon dans une ligne vierge, quand la surface est lisse devant toi, à peine irisée par le vent, que tu ondules en profondeur avec une claire perception de tes appuis, que tu émerges en surface comme à travers un miroir et que tu peux ramener tes bras vers l'avant dans toute leur amplitude, puis plonger, t'immerger encore et suivre la ligne noire du fond du bassin qui te conduit de l'autre côté, si tu ne connais pas ça, tu ne sais rien du plaisir de la nage. Sans te soucier alors de ce qui vient en face ou peut te croiser, tu peux te concentrer totalement sur les seules sensations de ton corps, bander l'abdomen en pénétrant dans l'eau pour rester le plus droit possible, parfaitement horizontal, profiler ta trajectoire pour optimiser tes impulsions.... Et là je te jure, tu es épuisé au bout de la ligne, tu reprends ton souffle, mais tu t'es cru poisson et faire ainsi corps avec l'eau jusqu'à l'oublier est une jouissance.

La contre-partie, c'est qu'il n'y avait personne non plus sur ma terrasse préférée. Juste un quinqua, enrobé mais bien monté. On a fait affaire ensemble en dix minutes. Je l'ai fait jouir et j'en étais content. Puis deux quadras sont arrivés, un vieux couple, déjà, ou de bons amis. Ils se sont installés à l'ombre du grand peuplier, de l'autre côté de la terrasse et n'ont pas ôté leur maillot. Je me suis demandé ce qui pouvait bien les conduire sur une terrasse naturiste, s'ils ne recherchaient ni le soleil, ni les sensations de la nudité, ni même une joyeuse foule gay rassemblée. Ils sont restés là pourtant bien deux heures. Et une seule personne a rejoint la terrasse durant tout ce temps.

Chaque demi-heure, les haut-parleurs jouaient la petite musique America de West-Side Story pour annoncer le début d'une nouvelle session de vagues dans le bassin dédié.

Je suis reparti comblé de soleil. Peu diverti au vrai par les événements, j'ai tranquillement pu terminer mon livre - et je t'en parlerai parce qu'il m'a assez profondément troublé.

En sortant, une autre explications m'est venue, quant à la désaffection d'un tel équipement aquatique un samedi après-midi. Le prix. C'est désormais de la folie. Lorsque je vivais à Budapest, à la fin des années 90, l'entrée des piscines ne coûtait rien. L'équivalent de quelqus francs, moins d'un euro. Désormais, dans les grands bassins nautiques, l'entrée est à presque 6 euros. Elles est à 8 euros pour la strand Palatinus. Je comprends qu'à ce prix-là les gens veuillent en avoir pour leur argent, et hésitent à faire le déplacement si la météo se montre un peu menaçante.

Tout est devenu si cher. Vu de loin, on pourrait se dire que c'est normal, il faut bien que la vie peu à peu se rapproche du niveau occidental. Après tout, l'Europe doit bien servir à ça. Sauf qu'il y a une chose qui n'augmente pas. Mais alors pas du tout. Ce sont les salaires. Depuis la crise financière, le gouvernement annonce même que le plus difficile est à venir.

On voit du coup de plus en plus dans les rues, dans les trams, une jeunesse désorientée, en proie à du repli, de la violence, de la malveillance, dégradant à dessein les biens publics sous les yeux horrifiés des "bons Hongrois", peu habitués à ces phénomènes. La "racaille" de là-bas est bien blanche, bien blonde, cheveu très court et tatouage ostensible, un tantinet rondouillarde, et elle parle fort, très fort, de préférence pour proférer des injures grossières. Et la fracture se lit dans les yeux, avec de la peur et de la colère dont on ne sait pas ce qu'ils pourraient donner dans ce contexte de difficultés et d'absence d'issues.

Je ne l'avais encore jamais perçu à ce point. Finalement, Budapest change.

25 juillet 2009

Budapest et ma libido, toute une histoire

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Je ne vais pas te la faire façon carte postale. Ou alors de ces cartes hyper-kitch, où des hommes - gros plan sur leur maillot de bain bien renflé - se la pètent grave, bronzés de la tête aux pieds, reluquant de la meuf en string. Parce que tu vas voir, je ne commence pas mon récit de vacances par de la poésie.

Donc, premières observations de Budapest. En fait, essentiellement cinq.

1/ Il fait sensiblement plus chaud qu'à Paris. On y fleurte avec les 31-32 degrés, mais cette chaleur est sèche et n'assomme pas. La canicule s'est échappée avant mon arrivée, il faisait mercredi et jeudi plus de 38 degrés.

2/ On drague toujours à Palatinus. Malgré une affluence familiale nombreuse et expansive, des jeux aquatiques dans tous les sens, il se trouve, sur une terrasse naturiste réservée aux hommes, et dans l'obscurité du bloc de douche du premier étage, à gauche de la coursive, juste face aux escaliers qui montent à cette terrasse, des traditions de repérage et de premiers contacts, de masturbations discrètes. Il faut y être vigilant car un innocent peut toujours y débarquer par hasard, mais chacun y met du sien et il y a rarement d'incident. Des choses intéressantes s'y passent toujours, donc. Ça n'a pas changé.

3/ Mon sex appeal fonctionne encore. Dès mon entrée dans ce mâtodrôme, il s'est trouvé plusieurs individus pour se laisser magnétiser, s'approcher de  moi et m'offrir leurs vertus - légères, leurs vertus. Ca  me rassure. Qu'est ce que ce sera après trois semaine de nage intensive, de repos et de bronzage !...

4/ Ma  libido donne des signes évident de reprise : impatience à aller retrouver ces lieux, belles érections sous ces regards avides. Mais difficulté à me laisser aller dans un rapport prolongé. Était-ce la glauquitude de cette cabine de toilette, l'incongruité du bonhomme, qui m'avoua être transformiste en boîtes de nuit, ou les pensées qui, encore, me ramenaient à lui ? Toujours est-il que j'ai perdu mes moyens, et à mi-parcours, c'est pas cool. J'ai du travail pendant mon stage pour retrouver tout mon relâchement...

5/ Démis Roussos est mort, mais il chante encore. Tu imaginais, toi, qu'il donnait encore des concerts ? Eh bien il en donne. A Budapest, en demis-roussos.jpgtout cas. Il s'affiche partout. C'est donc à l'Est que la vie continue, j'ai bien fait d'y venir.

6/ Ah ! et puis une dernière observation : figure-toi qu'il y a une connexion WIFI depuis notre appartement. Gratuite. Sur un réseau non identifié. Un piège ? Ça a été ma première réaction. Mais au fond, non. J'avais pris plaisir, durant l'été 2007, stimulé par l'échange qui était en train de se construire avec Wajdi, à écrire et à écrire encore, à raconter. Des bribes de vie, des rencontres, des sensations sexuelles, ou sensuelles, des souvenirs. Je n'avais alors qu'un Internet café à ma disposition, mais cette expérience m'avait stimulé au plus haut point, et ce qui en est né a enrichi ma vie. Internet à la maison, c'est la même chose avec le confort en plus. Et puis maintenant, j'ai un blog pour balancer tout ça, sans usurper l'espace d'un autre. Et pour ce que devient le blog de WajDi !... Alors oui, les vacances, ce ne sera peut-être pas l'arrêt du blog, mais au contraire le temps du blog. Écrire, en profitant d'avoir du temps pour le faire. Au lieu d'écrire en courant, entre deux obligations, ou sorties, haletant, en y laissant une partie de mes nuits. Le confort, je te dis ! Et puis qui sait si je ne te raconterais pas un jour ma nuit avec Demis Roussos.

Allez, sois fidèle au rendez-vous pour pas manquer ça...! Bons baisers de Hongrie.

23 juillet 2009

ma saison culturelle

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J'ai trouvé une façon maline de te laisser un truc intelligent avant d'embarquer pour mes grandes vacances estivales en Hongrie : dresser, sous forme d'un petit coup dans le rétro, un panorama de ce que fut mon "année culturelle". Autant dire, le meilleur de mon année, parce que à peu près rien du reste fut franchement follichon. Mais oublions ça !

Il y eut d'abord ma rencontre avec l'Opéra, et une entrée dans cet univers par la grande porte de l'Opéra Bastille :

- Lady MacBeth de Mzensk, de Chostakovitch, où la conspiration se jouait dans une cage de verre et de lumière,

- MacBeth, de Verdi, dans une version wifi-digitalisée,

- le Bal Masqué, de Verdi encore, d'une facture plus classique, je n'en avais alors pas parlé, et je n'en garde pas grand souvenir,

- et le Roi Roger, de Szymanowski : apparemment dans un contre-pied total de mise en scène - qui a mis quelques esthètes dans le couroux - mais qui m'a ravi.

Il y eut aussi de grands concerts symphoniques :

- Georges Prêtre dirigeant Brahms (la 3ème symphonie) et Moussorgski (les Tableaux d'une exposition) : mon premier contact avec l'Opéra Bastille !

- Seiji Ozawa pour diriger l'intégrale du Temps l'Horloge de Henri Dutilleux, en création mondiale, au théâtre des Champs-Elysées, avec Ravel en première partie (Ma mère l'oÿe),

- la représentation pour la première fois en France de La Passion de Simone, oeuvre de la compositrice finlandaise Kaija Saariaho inspirée de Simone Weil et Amine Maalouf, avec la soprano Dawn Upshaw souffrante mais vaillante, c'était à l'Opéra Bastille, encore,

- j'avais découvert Kaija Saariaho au Théâtre des Bouffes du Nord, quelques mois plus tôt, dans un concert contemporain faisant appel à des interventions synthétiques,

- et en clôture du festival de Saint-Denis, la 9ème symphonie de Beethoven par le choeur de la BBC, à la Basilique de Saint-Denis (avec petits-fours à la clé),

- sans oublier, par le Rainbow Symphony Orchestra, à l'Oratoire du Louvre, le Concerto pour piano n° 2 de Rachmaninov, dont j'eus le privilège d'assister aux répétitions et ultimes filages, et avant cela, à l'Espace des blancs manteaux, une version dansée du Boléro de Ravel,

- ou plus intimiste, dans une petite salle perdue du 19ème arrondissement, l'Atelier du Plateau : le quatuor Béla qui interpréta deux Ligeti ludiques avec brio et légèreté.

Il y eut aussi des ballets magistraux :

- Pitié !, par les Ballets C de la B, à l'Opéra de Lille, et ça vallait le voyage, ne fusse que pour cette réinterprétation de la Passion selon Mathieu de Bach,

- la 3ème symphonie de Mahler, chorégraphiée par John Neumeier, à l'Opéra Bastille, toujours,

- et en matière de danse contemporaine, une virée un soir au festival Faits-d'hiver, danses d'auteur, à Micadanses dans le 4ème, pour trois petits spectacles, dont l'un s'appelait Quelques gouttes de pluie. Dans un autre, une faunesse s'ébrouait sur un bloc de glace.

Il y eut des Musicals - à l'américaine :

- Hair, le mythique, le culte, mais pour moi une presque découverte,

- et Umoja, une plongée dans l'histoire musicale de l'Afrique du Sud, à l'invitation de nos amis de Blog-it.

Il y eut aussi de la variété, de qualité je précise :

- Alain Bashung à la fête de l'Huma, et tant pis pour ceux qui n'auront pas voulu y aller,

- Roger Hodgson aussi, qui poursuit une carrière solo après Supertramp,

- Diane Dufresnes aux Bouffes du Nord, dans une intimité plaisante,

- Funde, et ses rythmes reggae retrouvés sur le Dame de Canton,

- un hommage à Barbara qui me mit les larmes aux joues avec Ma plus belle histoire d'amour,

- et Patrick Timsit à la Cigale qui me mit la banane pour la semaine.

menine_picasso_velasquez.1231774024.jpgIl y eut aussi de grandes expositions. Sans les queues qui vont souvent avec, grâce à quelques passe-droit :

- Picasso et les maîtres au Grand-Palais, qui tint toutes ses promesses,

- Oum Kalthoum à l'Institut du Monde arabe : son chant n'est que destin brisé et je m'y reconnais sans cesse,

- Kandinsky à Beaubourg : il a été trop vu en reproductions, a finalement beaucoup perdu en pénétrant nos salons, et j'ai trouvé vivifiant de le EXP-KANDINSKY.jpgretrouver dans ses couleurs et ses élans originaux,

- Alexandre Calder à Beaubourg également : dans son époque précoce, où le jeu précède l'équilibre,

- Voir l'Italie et mourir au musée d'Orsay, malheureusement trop précieuse alors qu'on y attendait des oeuvres plus spectaculaires,

- Max Ernst, Une semaine de bonté au musée d'Orsay aussi - qu'est-ce qu'ils savaient s'amuser, les artistes, au début du XXè siècle, quand-même !

- et puis, dans un registre ludique bien différent, Crime-Expo, à la Cité des sciences de La Villette.

Question théâtre, il y eut :

- l'alpenage de Knobst, au Théâtre 14,

- l'Etranger, adapté de Camus, à l'Espace Marais,

- les Mains sales, de Sartre, au théâtre de l'Athénée,

- les Justes, de Camus encore, toujours à l'Athénée,

- Jusqu'ici tout va bien, en représentation amateure mais de bonne tenue, au Théatre Marsoulan.

Et puis, proche du théâtre, il y a la littérature pour laquelle j'ai retrouvé un certain goût, malgré du désarroi, mais grâce souvent à ton invitation ou tes incitations. C'est beaucoup toi, que j'ai lu, en fin de compte, même à travers mes japonaiseries :

- Confession d'un masque, de Yukio Mishima,

- Bruits du coeur, du Danois Jens Christian Grøndahl,

- Flic, de Bénédicte Desforges,

- Visite au purgatoire, de Manu Causse,

- Tu devrais voir quelqu'un, d'Emmanuelle Urien,

- J'ai épousé un inconnu, de Patricia MacDonald,

- le Convoi de l'eau, de Akira Yoshimura,

- la Formule préférée du professeur, de Yoko Ogawa,

- Au Sud de la frontière, à l'ouest du soleil, de Haruki Murakami - ça, c'est en cours, mais j'ai le droit de tricher un peu, non ?

- à quoi j'ajoute l'Etranger, d'Albert Camus, même si c'est à une version audio que je me suis fié (magnifique lecture par Mickaël Lonsdale).

Comme quoi, dans la quête amoureuse, ou la course folle derrière ce qui s'en va, il n'y a pas que des choses vaines : j'y ai gagné aussi une ouverture vers ces modes d'expression épais, transverses, essentiels à la qualité du monde, que l'on appelle l'art.

21 juillet 2009

le détachement et et les regrets

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Je n'ai plus pleuré depuis... pfiouuu ! le 21 juin, je crois. Un mois aujourd'hui ! J'ai moins peur du vide, et j'appréhende mon départ en vacance sans angoisse excessive.

J'ai repris goût à l'écriture, et au temps long qui me l'autorise. Je succombe, encore, à des opportunités faciles, je n'ai pas encore pris toute la distance, mais j'ai commencé à le lire de façon différente, à l'objectiver : je m'autorise à être agacé de ses minaudages, je décrypte ses mimiques, l'usage qu'il a de la séduction, de l'apitoiement ou du silence, le sens de ses gestes, faussement réservés ou discrètement ostensibles, la part de calcul qui préside à ses mots, à ses appels, à ses initiatives. A ses relations en général. La part de résolution qui se cache derrière une apparente hésitation. Non qu'il soit avide, non, il n'est pas comme une amie à lui, dont il se rit souvent, qui ne fréquente que par appât du gain. Il joue dans ses relations des choses plus subtiles, qui n'ont à voir qu'avec son confort moral et l'illusion du lien. Mais son ressort est fondé sur du calcul, et cela ne m'échappe plus. D'autres en ont souffert avant moi, en souffrent ou en souffriront. D'autres s'en détachent vite pour les mêmes raisons, et c'est sans doute pour cela que je le vois condamné à la solitude. L'admettre m'aide, même si cela nourrit le regret qu'il n'en soit pas autrement. Ou parfois la rage de le sortir de ce piège.

Le regret est un oiseau étrange, qui ne sait exactement où se poser : sur des carresses arrêtées, sur des sourires sans issus, sur un irréel reconnu, sur la carcasse d'un rêve abandonné... une espèce de vide qui refuse de se nommer.

J'ai à présent à peu près tout compris de lui.

Et finalement, il suffirait qu'il en revienne à m'aimer pour que je puisse le quitter une fois pour toutes.

19 juillet 2009

le premier homme qui me marcha sur la lune

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C'était à la fin du printemps 1996. Je vivais à Budapest depuis plus de six mois. Je voyais chaque matin sous les douches de la piscine Alfred Hàjos de jeunes hommes nus, insouciants de leur jeunesse et de leur beauté. Mais tout autant que je prenais conscience de l'irrévocabilité de mon homosexualité, j'avais l'impression que chaque regard me trahissait, ou que ces jeunes n'étaient que des fabriques à fantasmes, inaccessibles et irréels. J'enviais simplement leur jovialité et le naturel avec lequel ils portaient leur nudité. Une ou deux fois par semaine, brutos10415.jpgsouvent le week-end, je commençais à explorer les bains thermaux, et je voyais alors d'autres nudités, plus équivoques. Les volutes de vapeur me faisaient disparaitre et j'y craignais moins d'exister au milieu d'elles.

Et puis une fois, c'était dans le bain de l'hôtel Gellert, il était arrivé qu'un homme s'approchât de moi, m'y caressât la jambe du dos de la main et tout en me parlant m'y empoignât le sexe. Il me dit en français - il était professeur d'université - qu'il avait bien de la chance qu'un jeune homme aussi beau que moi se laissât ainsi approcher. J'avais alors tenté à mon tour de lui toucher le sexe, mais ne rencontrant qu'une pièce molle cernée de poils longs, j'en avais ressenti du dégoût et le mis aussitôt à distance.

Il était néanmoins évident que le moment approchait où j'allais passer à la casserole, et j'en recherchais l'augure. Je découvrais aussi que les printemps à Budapest étaient inondés de soleil, que les gens aimaient alors à se dévêtir. L'Est s'avérait être autre chose que ce que je m'en était représenté depuis tout petit : il y régnait une douceur de vivre, des couleurs et des rythmes des plus agréables. A la fin du travail, je commençais à m'aventurer à la grande piscine familiale Palatinus. Je ne sais plus d'où je le tenais, d'un guide ou d'une observation plus personnelle, peut-être de ce malheureux professeur d'université, mais je savais qu'il y avait des terrasses naturistes non mixtes, et qu'on y faisait parfois des rencontres. Qu'était une rencontre, d'ailleurs, et si elle avait lieu, comment le savoir ? Et qu'en faire ? J'allais peut-être là-bas avoir des occasions de répondre à ces questions.

1-as (5).jpgJe ne sais plus bien dire si c'est à mon premier passage que la rencontre eut lieu. Ou s'il m'avait fallu y revenir plusieurs fois, car j'ai la faculté d'occulter les tentatives infructueuses. J'y étais allé plusieurs fois à de simples fins exploratoires, me semble-t-il, sans m'attarder, me sentant intrus ou me croyant observé. Toujours est-il que ce jour-là, de mai ou de juin 96, un samedi, autant que je m'en souvienne, sur la terrasse d'abord, puis sous la douche de façon plus explicite, un garçon m'observa et me fit comprendre que je lui plaisais. Lui n'était pas vraiment beau. Mais il était jeune. Il était un peu édenté, très brun, et je me souviens que je me demandais s'il n'était pas Gitan. Je l'ai même supposé être un prostitué, et durant tout ce qui allait suivre, jusqu'à son départ, ne connaissant ni les codes de la drague ni ceux du tapin, je m'imaginais qu'à la fin il allait me demander de le rétribuer de quelque chose.

Il s'appelait Csaba. Il était en vélo alors que j'étais venu en bus, il avait donc du suivre le bus pour me rejoindre chez moi, et cette insistance m'avait intrigué. Il avait l'air content de me suivre, et me fit comprendre que les Français étaient des amants de choix.

Autant que je m'en souvienne, je ne m'embarrassais pas de savoir si je serais à la hauteur ou non. J'avais juste besoin de vivre cette expérience. Et qu'importait qui il était au fond, et ce qui le motivait. Qu'importait son sourire un peu benêt. Pour la première fois, j'allais embrasser un homme avec frénésie, un homme frotterait son sexe contre le mien, m'arracherait les vêtements, je connaitrais mes premières pipes. Mon cœur battait fort, mais je ne donnais visiblement pas l'impression d'être novice. En entrant dans mon immeuble, j'eus l'impression que les voisins étaient tous à l'affut, et qu'ils préparaient déjà un rapport circonstancié à l'attention de l'organisation qui m'employait. Une fois chez moi, je les imaginais dans le couloir écoutant à ma porte chaque bruit que nous pourrions émettre. Mais finalement, dans l'action, j'évacuais ces sensations parasites, et me laissais aller à prodiguer des caresses et à en recevoir.

Je revois peu de choses de ces premiers pas sur ma lune. Un canapé vert bouteille, une lumière déclinante, un sexe tendu... Dans mon brutos5134.jpgsouvenir, je nous revois surtout debouts. Il n'y eut aucune pénétration, donc aucune capote, et je suis incapable de dire si ces instants durèrent un quart d'heure ou trois heures.

Cela reste en tout cas le premier sexe d'homme que j'eus jamais touché à part le mien et celui si inconsistant du professeur d'université. De ce jour-là, je sortis du scaphandre de mon innocence sexuelle, et commençai une aventure foisonnante sur le chemin des hommes.

Dès vendredi, je repars en pèlerinage à Budapest, en mode sex and sun, et ce n'est pas au Palatinus que j'escompte la moindre de mes rencontres, comme pour laisser à mon soleil du Levant le loisir de se faire couchant.

[Je racontais là, à l'ouverture de mon blog, tout ce qui bouillait en moi à l'époque de ce coming out]