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26 juillet 2009

Palatinus par grand vent

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Il ne faisait pas vraiment froid, hier. En comparaison à Paris. Pas vraiment chaud non plus, mais surtout en raison du grand vent qui envoyait quelques rafales à 50 km/h. Du coup, le grand complexe aquatique situé sur l'île Marguerite, que j'aime à fréquenter autant pour la qualité de ses installations nautiques que pour les rencontres que l'on peut y faire, était presque désert. Un samedi après-midi, pourtant !

J'avais une ligne d'eau pour moi tout seul. Si tu ne connais pas le plaisir de nager le papillon dans une ligne vierge, quand la surface est lisse devant toi, à peine irisée par le vent, que tu ondules en profondeur avec une claire perception de tes appuis, que tu émerges en surface comme à travers un miroir et que tu peux ramener tes bras vers l'avant dans toute leur amplitude, puis plonger, t'immerger encore et suivre la ligne noire du fond du bassin qui te conduit de l'autre côté, si tu ne connais pas ça, tu ne sais rien du plaisir de la nage. Sans te soucier alors de ce qui vient en face ou peut te croiser, tu peux te concentrer totalement sur les seules sensations de ton corps, bander l'abdomen en pénétrant dans l'eau pour rester le plus droit possible, parfaitement horizontal, profiler ta trajectoire pour optimiser tes impulsions.... Et là je te jure, tu es épuisé au bout de la ligne, tu reprends ton souffle, mais tu t'es cru poisson et faire ainsi corps avec l'eau jusqu'à l'oublier est une jouissance.

La contre-partie, c'est qu'il n'y avait personne non plus sur ma terrasse préférée. Juste un quinqua, enrobé mais bien monté. On a fait affaire ensemble en dix minutes. Je l'ai fait jouir et j'en étais content. Puis deux quadras sont arrivés, un vieux couple, déjà, ou de bons amis. Ils se sont installés à l'ombre du grand peuplier, de l'autre côté de la terrasse et n'ont pas ôté leur maillot. Je me suis demandé ce qui pouvait bien les conduire sur une terrasse naturiste, s'ils ne recherchaient ni le soleil, ni les sensations de la nudité, ni même une joyeuse foule gay rassemblée. Ils sont restés là pourtant bien deux heures. Et une seule personne a rejoint la terrasse durant tout ce temps.

Chaque demi-heure, les haut-parleurs jouaient la petite musique America de West-Side Story pour annoncer le début d'une nouvelle session de vagues dans le bassin dédié.

Je suis reparti comblé de soleil. Peu diverti au vrai par les événements, j'ai tranquillement pu terminer mon livre - et je t'en parlerai parce qu'il m'a assez profondément troublé.

En sortant, une autre explications m'est venue, quant à la désaffection d'un tel équipement aquatique un samedi après-midi. Le prix. C'est désormais de la folie. Lorsque je vivais à Budapest, à la fin des années 90, l'entrée des piscines ne coûtait rien. L'équivalent de quelqus francs, moins d'un euro. Désormais, dans les grands bassins nautiques, l'entrée est à presque 6 euros. Elles est à 8 euros pour la strand Palatinus. Je comprends qu'à ce prix-là les gens veuillent en avoir pour leur argent, et hésitent à faire le déplacement si la météo se montre un peu menaçante.

Tout est devenu si cher. Vu de loin, on pourrait se dire que c'est normal, il faut bien que la vie peu à peu se rapproche du niveau occidental. Après tout, l'Europe doit bien servir à ça. Sauf qu'il y a une chose qui n'augmente pas. Mais alors pas du tout. Ce sont les salaires. Depuis la crise financière, le gouvernement annonce même que le plus difficile est à venir.

On voit du coup de plus en plus dans les rues, dans les trams, une jeunesse désorientée, en proie à du repli, de la violence, de la malveillance, dégradant à dessein les biens publics sous les yeux horrifiés des "bons Hongrois", peu habitués à ces phénomènes. La "racaille" de là-bas est bien blanche, bien blonde, cheveu très court et tatouage ostensible, un tantinet rondouillarde, et elle parle fort, très fort, de préférence pour proférer des injures grossières. Et la fracture se lit dans les yeux, avec de la peur et de la colère dont on ne sait pas ce qu'ils pourraient donner dans ce contexte de difficultés et d'absence d'issues.

Je ne l'avais encore jamais perçu à ce point. Finalement, Budapest change.

Commentaires

"Et là je te jure, tu es épuisé au bout de la ligne, tu reprends ton souffle, mais tu t'es cru poisson et faire ainsi corps avec l'eau jusqu'à l'oublier est une jouissance"
> et qui c'est qui va encore se niquer l'épaule avec une tendinite ?
(bienheureux poissons qui sont dépourvus d'épaules, d'omoplates et tutti quanti ... et eux, en plus, ils s'offrent le luxe de baiser dans l'eau)
PS : Hé oui, ton ptit troll préféré est de retour !
:p

Écrit par : Fiso | 27 juillet 2009

Merde, j'ai oublié de mettre un lien vers 2y2o !
Non, plus sérieusement :
Je me souviens que toi et "Ralebol" me disiez que les bains étaient des endroits populaires où les Hongrois venaient en famille.
C'est bien triste si même là-bas, les prix d'entrée opèrent un filtre, en excluant au fur et à mesure, sans en avoir l'air, les plus modestes.
(ah quel beau souvenir j'ai de quelques longueurs avec toi, à l'air pur, entre Noel et Nouvel An ...L'eau était nimbée de vapeur d'où émergeait, de temps à autre, un bras)

Écrit par : Fiso | 27 juillet 2009

-> Fiso -> J'aime bien quand tu t'occupes de mon état de santé... Figure-toi que de ce côté là, tous les voyants sont au vert. Aucune douleur nulle part qui se traîne, oubliée l'omoplate, je ne sais même pas ce que j'aurais à dire à mon chiropracteur en septembre...
Sacrés souvenirs, hein, ces longueurs en plein hiver. L'été, les sensations sont totalement différentes. J'aime les deux. Mais là, j'aime vraiment l'été ! Bises

Écrit par : Oh!91 | 28 juillet 2009

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