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12 juin 2009

l'homosexualité ? Ce sont les hétéros qui en parlent le mieux

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Franck Garot tient un blog littéraire. Il y a donc peu de chance que je réussisse à le fréquenter longtemps... (ça, c'est à cause de mon rapport difficile à la littérature). Mais il vient de publier une chronique sur le recueil de nouvelles de Manu Causse, dont je t'avais déjà parlé ici, et mon attention a été attirée par ce passage, à propos de l'un des textes du recueil : Atlas. Je ne crois pas partager son avis sur la visibilité (*), mais du moins sur l'universalité.

Il te donnera peut-être plus envie que moi de faire l'acquisition de ce livre au plus vite, et de l'emmener avec toi en vacances.

"Parlons d'un sujet que je ne maîtrise pas. Atlas, c'est l'antithèse de la gay pride, c'est parler d'une relation homosexuelle avec finesse, sans cliché, sans provocation. La gay pride, c'est "je suis pédé et je t'emmerde", certainement une réaction à l'homophobie, pas le meilleur moyen de la combattre. Manu, quant à lui, se place dans la normalité, voire l'universalité, analyse la douleur de la perte, fût-elle celle d'un homme pour un autre homme. Et je suis flatté que cette douleur-là s'appelle Franck, prénom somme toute commun mais peu utilisé en littérature. Je suis persuadé que les homosexuels n'aspirent qu'à l'indifférence, je veux dire qu'on ne considère plus leur sexualité comme un critère (pour un poste, une adoption, un logement, etc.), et je pense que des textes comme Atlas peuvent y contribuer, lentement. Finalement, Atlas ne parle pas de relation homosexuelle, il parle du deuil, de ce monde qui s'écroule face à la perte de l'être aimé, et seul Atlas peut soulever ce monde."

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(*) Parce que je crois que la provocation, par la visibilité et l'outrance, ont constitué le meilleur moyen de lutter contre l'homophobie, de manière concrète, c'est à dire par la conquête de droits. Le film Harvey Milk illustre cela parfaitement, même s'il y faut également une culture politique du rassemblement pour permettre à la portée universelle de ces conquêtes d'être perçue. Parce que chacun a droit a l'extravagance sans être stigmatisé, ni même jugé, ou à d'autres formes d'affirmation de son identité : ça fait partie du droit à la différence. Et pour autant, il est essentiel que l'homosexualité soit présente, de façon banalisée, dans la littérature, dans le cinéma, dans la bande dessinée, dans les jeux vidéo, dans les livres scolaires, dans la publicité... même quand, surtout quand elle n'est pas l'objet du propos, juste comme un élément de vie, un bout de paysage - aujourd'hui presque toujours gommé. Et c'est ce qui est bien, avec Atlas.

Commentaires

Je vais être moi aussi un mauvais homosexuel et retourner à ma biographie de Chanel par cette très chère Edmonde Charles-Roux...

Écrit par : Fab | 12 juin 2009

"Je suis persuadé que les homosexuels n'aspirent qu'à l'indifférence".

Ce bout de phrase me rappelle une conversation récente que j'ai eu avec un ami. Je parlais d'un collègue à qui je n'avais pas osé demander sa situation de couple (alors que nous venions de nous questionner collectivement sur des sujets de cet ordre), parce que j'avais eu "l'impression" qu'il était homosexuel.
J'ai dit à cet ami que je n'avais pas su choisir entre l'option de la référence à la "norme" ("et toi t'as une copine ?") et celle qui laisse la porte ouverte à d'autres possibilités ("et toi, tu es en couple ?"). J'ai préféré ne pas poser la question, alors que nous savions pour tous les autres. Je me suis d'autant plus sentie bête que d'une part cela l'excluait de cette banale et conventionnelle conversation, d'autre part parce qu'en plus je me fiais à des représentations bien minces pour supposer son homosexualité.

Mon ami a trouvé que je me faisais bien du tracas, et que sans doute, s'il était homosexuel, mon collègue ne m'en voudrait pas pour autant de lui poser la question de manière conventionnelle, ce qui lui laissait le choix d'y répondre ouvertement (en précisant éventuellement que lui n'avait pas une copine mais un copain) ou de ne pas afficher son homosexualité, en y apportant une autre réponse.

Son rejet de la seconde option m'a rappelé l'agacement de mon ex marocain en plein débat sur le foulard islamique, vis-à-vis de soi-disant bonnes volontés qui ne pouvaient s'empêcher de l'accabler de remarques destinées à démontrer leur "tolérance" et leur "ouverture", alors que lui était profondément laïque et farouchement contre le port du voile.

Peut-être qu'adopter une saine indifférence, c'est finalement refuser de faire des salamaleks alors que l'autre n'a rien demandé, et surtout pas d'être traité comme quelqu'un à part ? Peut-être que réclamer l'indifférence, c'est préférer que l'on se trompe sur son compte plutôt que d'être rangé dans de petites cases bourrées de fausses représentations ?

Écrit par : Artémis | 13 juin 2009

-> Fab -> Sacrée bonne-femme, Edmonde Charles-Roux. Ton com m'a fait réagir : j'en ai ajouté une petite astérisque...
-> Artémis -> Alors là, ça ouvre à de sacrés débats... Personnellement, je ne suis pas agacé que l'on me demande le nom de ma femme, comme cela m'arrive plusieurs fois par jour au détour d'une réservation d'hôtel, d'une enquête publicitaire ou d'une conversation entre collègues... Cela a plutôt tendance à m'amuser, je choisis en général une réplique claire, jaugeant l'embarras où j'ai mis mon interlocuteur, ou je laisse pisser, quand il n'y a pas d'enjeu. Mais au delà de ce positionnement, de fait, la domination quasi exclusive du modèle hétérosexuel dans les modes de conversation et de relations sociales te renvoie finalement à une marginalité perpétuelle. Peut-être le combat doit-il d'urgence commencer par les livres scolaires...

Écrit par : Oh!91 | 13 juin 2009

"Peut-être le combat doit-il d'urgence commencer par les livres scolaires.."

Cette année dans sa classe de CE1 italienne, Fabio, mon compagnon a fait un vidéo intitulée "una storia d'amore"
adapté d'un conte d'Aristophane.

voici à peu près le synopsis:
"Il y a longtemps, sur la terre, vivaient des boules. Elles étaient composées d'un homme et d'une femme, de deux hommes ou de deux femmes. Les boules étaient très heureuses et s'amusaient du matin au soir. Mais un jour les dieux, furieux de voir tant de bonheur, ont décidé de couper les boules en deux. Depuis, chacun cherche l'autre."

Les enfants ont adoré faire la vidéo et la plupart des parents ont apprécié la citation de l'homosexualité, comme ça, naturellement, tranquillement, au même titre que l' hétérosexualité.

Baci Olivier :-)

Écrit par : céleste | 13 juin 2009

-> céleste -> bravo ! Vous êtes vraiment admirables, Fabio et toi, non seulement dans la parole, mais toujours aussi dans la pratique. J'ai adoré le synopsis, avec Dieu qui ne supporte pas la visions du bonheur !...

Écrit par : Oh!91 | 14 juin 2009

Assez étrangement j'ai fini le bouquin avec une tout autre image de Chanel, en fait plus j'avançais dans le livre moins elle me plaisait. Mais j'ai fait des recherches sur Edmonde Charles-Roux et finalement j'ai perdu Gabrielle mais j'ai gagné Edmonde: une vie pleine, engagée, admirable. J'ai également appris qu'elle avait quitté son job de rédactrice en chef du magasine Vogue dans les années 60 car la direction lui refusait de mettre une personne de couleur en couverture... 30 ans avant Naomi Campbell, finalement l'anecdote sied bien à ton billet!

Écrit par : Fab | 16 juin 2009

-> Fab -> Merci pour l'anecdote... en effet, les regards stigmatisés, on n'en est pas au bout, et les homos sont pas seules victimes, loin s'en faut

Écrit par : Oh!91 | 16 juin 2009

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