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06 juin 2009

une phrase à la séance

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Je découvre donc ce qu'est une psychothérapie. Merci Emmanuelle Urien. Et je ne sais pas bien, au fil des séances, si j'ai la curiosité de cette science, ou celle de mes problèmes et de leurs origines. Peut-être ai-je les deux : au fond, je suis impatient de voir si la psychiatrie a vraiment des outils à me proposer pour me permettre de sortir la tête du trou.

En attendant, chaque semaine, je m'en offre une tranche. Et le mot offrir n'est pas de trop, puisque mon psy à décrété au terme de notre premier rendez-vous que je n'avais pas de pathologie qui justifiât l'usage d'une feuille maladie de la sécurité sociale. C'est donc ma seule poche qui est mise à contribution - sans compter les honoraires de la fourrière qui se sucre au passage.

Et si ça fait cher au mois, ça fait surtout cher à la phrase. Non, je rigole, là. Mais je dois dire que je me trouve un peu décontenancé. Arrivant chez lui la première fois, je redoutais qu'une des premières conclusions qui s'imposerait à ce travail serait "Monsieur Oh!91, vous n'avez pas le choix, il vous faut cesser complètement et définitivement votre relation avec celui que vous appelez votre ami d'amour. Elle vous enferme et vous empêche d'avancer. Point de salut en dehors de la rupture la plus radicale". Et je lui avais fait part de cette crainte, d'ailleurs.

Mais en fait, l'heure des conclusions s'avère encore fort loin, et mon thérapeute n'est pas du genre à expliquer ce qu'il y a à faire. Ni à expliquer autre chose, d'ailleurs. Les séances, c'est moi qui les fait, tout seul. J'en détermine l'ordre du jour, et je préside aux débats. En plus, c'est moi qui présente les rapports et qui les commente. Lui, il joue l'ingénue, et s'autorise à me dire, quoi, une ou deux phrases par séance ? Guère plus. Mais quelles phrases !

RED_Riding_Hood.jpgLors de la première, celle qui a duré une heure, histoire de faire connaissance, il m'a juste dit ; "Si je comprends bien, votre problème c'est d'arriver à gérer vos frustrations". Alors qu'il me demandait ensuite si j'avais des choses à ajouter, je lui signifiais juste deux mots qui me paraissaient clé : usurpateur, parce que je me sens comme tel, depuis longtemps, je l'ai écrit ici même, et dette, en référence à une réflexion où m'entraîna mon pote WajDi, un jour : "Mais pourquoi te comportes-tu tout le temps comme si tu avais une dette à régler ?"

La séance d'après, il me fit donc parler de cette histoire de dette, et la seule chose qu'il me dit, c'est : "Vous croyez régler une dette, mais tout se passe un peu comme si vous vous efforciez au contraire de mettre les autres en dette." Je l'avais rapidement abordé là.

Une autre fois, alors que je lui racontais une anecdote, où j'avais agi à l'inverse de mon désir pour provoquer une réaction qui ne vint pas, il me dit simplement : "Il semble que vous participiez activement à la fabrication de vos frustrations."

Plus récemment, il m'invita à exprimer ce que voulaient dire pour moi les notions de donner et de recevoir, ce qui me fit m'exprimer dans mille et une directions, notamment celle de mes parents. Cette séance-là, il la conclut en m'indiquant ceci : "Vous savez, dans l'enfance, on se construit souvent des stratégies, pour avancer, pour faire face à des situations, et c'est très bien ainsi, enfin, c'est normal. Le problème, c'est que ces stratégies, on a parfois tendance à les reproduire de la même façon à l'âge adulte, et alors elles peuvent s'avérer problématiques. Je vous laisse y réfléchir".

C'est drôle, parce que ces petites phrases, toutes simples, qui parfois reprennent des réflexions que je me suis déjà faites, ou que d'autres m'ont faites - peut-être simplement parce que c'est lui qui les formule - ont un impact pointu, elles résonnent dans ma tête ensuite tout au long de la semaine, titillent mon cortex.

"J'aimerais que vous ne prépariez pas nos séances", me dit-il au tout début. Alors je m'interdis toute réflexion préalable. Mais à mon corps défendant, mon cerveau s'en va dénicher des choses au fond de moi à partir de ses interpellations. Peut-être est-ce le but, hein ?

la dernière fois, parce que je m'efforçais de rebondir sur sa remarque concernant les stratégies de l'enfance, et réfléchissant à haute voix pour essayer de discerner quelque chose de la sorte dans mon parcours, il m'a dit : "Vous êtes quelqu'un d'appliqué"... Je ne sais pas encore vers où, mais cette petite remarque, qui n'a l'air de rien, va m'embarquer quelque part, autour du besoin de plaire, de la construction de mon image, de ma peur des conflits, aussi, peut-être... mais chut, il ne faut pas que j'y réfléchisse trop à l'avance, il m'a dit.

Commentaires

C'est amusant cette remarque : "vous êtes quelqu'un d'appliqué". Je ne m'étais pas encore fait clairement cette réflexion à votre égard, mais je trouve que cela vous va bien (pour ce que j'en sais... ou plutôt sens à vous lire).
J'avais, sans me le dire explicitement, ressenti cela notamment quand j'ai fait votre connaissance sur la série d'interviews au sociologue : cette volonté d'être juste, sincère, précis, et également illustratif. Quitte à ne pas répondre directement à une question (j'ai presque envie de dire "à ne pas lui servir ce à quoi il semblait s'attendre"), parce qu'elle vous semblait prendre la tangente par rapport à votre réalité.

C'est cette application, cette qualité d'expression dans tous les sens du terme, cette capacité à dépasser l'expérience singulière pour la partager avec lui et avec nous et en faire quelque chose de plus universel, qui a fait la force de votre témoignage.

Écrit par : Artémis | 07 juin 2009

Il y a des impuissances mieux prises en charge que nos mots de tête...

Écrit par : Cécile | 07 juin 2009

Je viens de lire avec beaucoup d'intérêt ton témoignage et je m'étonne qu'après une première consultation avec un psychothérapeute celui ci puisse être capable de déterminer ce qui dans un premier temps peut rester de l'ordre d'une prise en charge ou d'un tout autre travail qui relève peut être de l'analyse, de la psychanalyse, non remboursé (ce travail qui demande énormément, en énergie, parfois avec dangerS, mais aussi financièrement comme tu le soulignes ).J'ai du mal à croire qu'il est possible de proposer aussi rapidement une telle démarche (travail analytique) après une seule et première consultation avec un thérapeute.Si c'est effectivement le cas ici, il me semble que le soignant est malhonnête et dangereux. Encore une fois, la psychanalyse n'est pas une science même si elle peut aider à moins souffrir parfois, mais anéantir parfois, aussi.
Mais j'ai peut être mal lu et si c'est le cas, très sincèrement, je tiens à te présenter toutes mes excuses.
Ta note, ce billet, ton sujet est, certes, je crois le comprendre, bien ailleurs .
euh...Juste rebondir sur le fait qu'un psychothérapeute ,qui est peut être ici un psychiatre psychanalyste( j'ai quand même bien des doutes) qui évoque la reproduction de stratégies de l'enfance que nous pouvons parfois reproduire à l'age adulte avec de douloureuses ou graves conséquences me semble être peut être pour certains comme une toute première information qui invite à une très longue réflexion sur une histoire, ton histoire, qui est unique. Certes, ce soignant spécialisé a bien évidemment raison, même si n'importe quel psychologue avec un minimum de formation tiendrait le même discours. Mais avancer , je parle encore du soignant , un certain nombre d'affirmations plus ou moins vagues et demander à son patient en quittant la séance ( ou la consultation) par un" J'aimerais que vous ne prépariez pas nos séances" , c'est quand même assez étrange, impossible mais ça relève peut être de la thérapie...qui est déjà alors commencée (?)
Je trouve ça tellement si (trop) rapide que je m'interroge, à tort, peut être.

Écrit par : cultu | 07 juin 2009

Je ne crois pas, le sacrifice c'est tellement trop, mais il y a tant d'amours différents ...

En ce qui concerne les séances, je suis impressionnée, d'une part par le travail sur soit même que cela implique, avec les risques que cela peut entrainer, ou les bénéfices que l'on peut en tirer, et d'autre part part le fait que tu puisses, ici, partager, ce coté tellement intime.

J'admire ta façon de faire sur ce blog et dans la vie, maladroitement parfois, sincèrement toujours, je te souhaite de pouvoir un jour trouver ou retrouver un amour à la hauteur de ton coeur.

Écrit par : Bougrenette | 07 juin 2009

-> Artémis -> Oui, eh! bien cette application, elle doit aussi être là pour dissimuler quelque chose, je suppose, des lacunes, des incompétences, des faiblesses, c'est sans doute par elle que j'avance en usurpateur. Tant mieux si j'y gagne en clarté et en crédibilité, j'y perds par contre en réalité, et alors, elle devient ma croix ;
-> Cécile -> ...et des mots de tête qui gagnent le cœur, la poitrine et tous les membres, jusqu'à les rendre impuissants ;
-> cultu -> Hou la la, je ne n'aventurerais pas, à ce stade, à un jugement aussi péremptoire, et je ne veux pas me laisser gagner par ce doute, sinon j'arrête et je n'ai plus de filet de sécurité. Je prends ton texte comme un témoignage, mais j'en refuse le diagnostique...
-> Bougrenette -> Je me souhaite que cet amour-là soit un jour en harmonie avec mon cœur. Et en attendant, de retrouver le chemin de mes propres envies, de mes désirs profonds, pour qu'ils soient mon dérivatif. En ce qui concerne le sacrifice, c'est surtout ma santé que j'y laisse, pour l'instant.

Écrit par : Oh!91 | 07 juin 2009

Je consulte un thérapeute depuis un an et demie (dépression, alcoolisme, angoisses, j'abrège la liste, disons que j'entamais ma quarantaine en état de crise). Longtemps je m'y étais refusé. Aujourd'hui pourtant je n'y vois que du bénéfice.
Contrairement au tien, mon psy m'encourage à ruminer entre chacune des séances. Mais à l'instar du tien, il me laisse apporter seul le contenu, intervenant parfois quand il tient à mettre en relation certaines de mes paroles, et concluant régulièrement la séance par un "je vous laisse réfléchir à telle phrase".
Longtemps, par exemple, j'ai culpabilisé par rapport à la mauvaise opinion que mes parents (lesquels ne tiennent plus à me voir) ont de moi. Et depuis peu je suis parvenu à vraiment relativiser, pour ne pas dire à me libérer, de ce poids (peut-être ce que tu appelles, toi, une dette). Cela, clairement, je le dois à ma thérapie.
Je crois que seul un professionnel, en ce qui me concerne, pouvait produire ce résultat.

Écrit par : Kab-Aod | 07 juin 2009

-> Kab-Aod -> C'est la première fois, je crois, que tu t'exprimes là. Merci et bienvenu. Tu livres un témoignage difficile, mais encourageant. Je n'ai pas le même type de problèmes avec mes parents, je crois, mais tu me donnes confiance.

Écrit par : Oh!91 | 07 juin 2009

Un bon psy ne juge jamais ; il ne fait que souligner, mettre en lumière l'essentiel afin que la prise de conscience puisse s'effectuer... Il n'y a réellement que le psychanalysé qui peut réaliser le travail sur lui-même, le psy n'est là que pour le guider — d'où les interventions ciblées, minimalistes.
Tu sembles donc sur le bon chemin, et a priori en de bonnes mains...

Écrit par : deef | 09 juin 2009

Je me souviens t'avoir dit, une des fois où tu en avais parlé, que tu étais tombé sur une bonne, une très bonne psy ... tu m'avais répondu : UN ... alors oui, UN, OK, mais toujours très bon ...
Il aurait pu me dire la même chose, sur les stratégies héritées de l'enfance, exactement la même chose ...
Mais une question me taraude ... : tu lui dis, à Monsieur Psy, que tu parles de tes séances sur ton blog, et que, même, tu dialogues autour ?

Écrit par : Manue | 09 juin 2009

-> deef -> je crois être sur un bon chemin. En tout cas, si j'arrive à avancer, entre deux crises douloureuses, c'est sans doute grâce à cet échange qui s'est instauré. J'ai pu me préparer à la dernière douche froide, et ce faisant la traverser. Non sans larmes, mais sans faillir, presque.
-> Manue -> Non, je ne lui ai pas encore parlé de mon blog. Pourtant, ma douleur a aussi à voir avec lui, et je crois que je serai amener à lui en parler bientôt. Et à lui dire que j'ai évoqué ma démarche. Je n'ai pas non plus l'intention de faire de ce blog le récit par épisode de mes échanges. Je l'ai fait pour l'enquête sur les blogs, mais je ne le ferait pas là. Sauf sans doute de façon ponctuelle, pour marquer des étapes, si j'en ressens le besoin...

Écrit par : Oh!91 | 09 juin 2009

Le plus dur c'est probablement de commencer, il faut en avoir envie, et il est agréable de lire que tu en as envie, parce que ça permet d'espérer une solution à une situation devenue gênante. Je n'ai retiré que du bénéfice de la psychothérapie que j'ai faite, et je me demande aujourd'hui pourquoi je n'ai pas commencé plus tôt. Bon courage à toi sur ce chemin!

Écrit par : Patrick Antoine | 09 juin 2009

-> Patrick Antoine -> Le plus dur était de le décider. Et maintenant ce chemin, comme tu dis, me paraît quand même long... Merci de ton témoignage, c'est encourageant.

Écrit par : Oh!91 | 10 juin 2009

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