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31 mai 2009

le vaste ravissement bordélique

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J'aurais aussi pu titrer ce billet : transcender le désespoir ontologique. De toute façon, il s'agit des mots de Manu Causse.

Il s'est à son tour livré à un jeu de questions-réponses sur le sens de l'écriture dans sa vie, et sa fonction, et les intéractions avec son quotidien, son entourage, sa façon de gérer ses sentiments avec l'écriture... Bel exercice de sincérité.

Comme d'habitude avec Manu, je me sens proche de ce qu'il exprime. Et je suis envieux de ses capacités - même si je ne suis pas sûr qu'il porte en lui moins de souffrances.

A la question "Lorsque vous avez connu des « crises » dans votre vie (deuil, séparation, doute, maladie, chômage…), vous avez écrit plus que d’habitude, moins que d’habitude, ni l’un ni l’autre ?", il répond "ni l'un ni l'autre", en précisant :

"Je serais tenté de penser que l’écriture permet de mettre ces crises à distance (...) je me méfie de la surécriture, du mélodrame, (...) j’essaie d’accueillir les crises et la tristesse au même titre que les autres émotions.

En résumé, pendant les moments difficiles, j’écris différemment (comme d’habitude…)
". Contrairement à moi, lui écrit.

Avec, au delà de cette habituelle différence, cette capacité d'auto-distance, derrière laquelle je cours.

29 mai 2009

vers un juin d'afrique et d'eau fraiche

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Bon. L'amour, la passion, le chagrin... c'est bien beau, tout ça, ça occupe, ça permet de faire de belles phrases avec de beaux sentiments, mais il n'y a quand même pas que ça dans la vie...

Il y a aussi l'eau. Avec un grand Oh!

Et l'Afrique, avec de grandes affres. Si mal traitée par les règles de notre monde, mais pleine pourtant de vitalité.

Alors puisque des conférences sont données sur ce sujet en ce moment dans le Val-de-Marne, ainsi que quelques films documentaires, je t'invite, en deux clics à partir d'ici, à aller voir une petite vidéo qui en parle fort bien... enfin, fort, quoi (attention, la vidéo sera en bas de la page, je ne pouvais décemment pas me permettre de l'incruster directement ici...)

27 mai 2009

voir l'amour et mourir (tryptique - 3)

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Le Musée d'Orsay propose ces jours-ci une exposition intitulée "Voir l'Italie et mourir" (*). On y découvre comment l'Italie a fasciné les artistes européens, aux 19e et 20e siècles, d'abord par le tempérament de ses hommes et de ses paysages, puis avec l'apparition de la photographie, par la puissance de la résurgente Antiquité patrimoniale.

On y redécouvre que Goethe fut le premier à dire "voir Palerme et mourir", qui se décline depuis sur le mode de Florence, de Venise ou de Rome. On y apprend que Michelet voyait en Rome "un jardin abandonné" où il aimait se perdre. Et au détour des salles où prennent vie les différentes phases d'une imagerie italienne fantasmée, consciente ou inconsciente, de beaux hommes nus témoignent avec nonchalance d'une homosexualité sous-jacente.

L'Italie donc. Si belle qu'après l'avoir rencontrée, on peut s'éteindre. Si belle qu'autour, qu'après, qu'ailleurs, tout est forcément laid à mourir. Si belle qu'à l'avoir simplement aperçue on en est accompli, et que plus rien ne vaut.

J'ai une Italie dans le cœur qui me torture, lancinante : peut on survivre à l'amour ? Est-ce que ça vaut seulement la peine de poursuivre sa route et de laisser le plus beau à jamais derrière
soi ?

Le plus beau derrière soi...

A jamais.

Rien que d'écrire ces lignes, j'en frissonne et des larmes me viennent. Car cela a-t-il seulement un sens ? Un sens pour soi, un sens pour la société, que de vouloir avancer encore quand on a touché le graal ?

Je n'ai jamais eu peur de mourir. J'ai même souhaité la mort éperdument pour m'être laissé piéger dans le mensonge et l'usurpation sexuelle, jusqu'à ce que je découvre une sortie plus heureuse. Cette mort-là que je rêvais les yeux ouverts était simplement un salut. Mais ce n'est qu'au crépuscule de l'amour que la mort a de telles évidences. Pas tellement la mort, du reste, elle est toujours hideuse, mais la fin. Qui préserve le passé dans l'écrin des histoires.

Je ne sais pas vraiment où va m'emmener ce billet. Il fait suite à celui-ci, de la dissociation du sexe et de l'amour, et à celui là, de l'impossible réciprocité de l'amour. Parce que je me l'étais promis, et que je le porte en moi.

Voilà où réside l'épine douloureuse : mon cœur a embrassé Rome, Palerme, Florence, Venise dans la même étreinte. Il avançait sur une voie 13.jpgimpériale, gravissant à son insu l'Aventin. Et lorsque parvenu à un sommet il put constater l'étendu de ses conquêtes - un regard aimant, des attentions inattendues, de la reconnaissance, de la fierté, de l'engagement, de la lucidité, de la complicité, de la disponibilité parfois fabriquée à la force du poignet, des gestes tendres, de la confiance reconstruite, des victoires contre la bureaucratie, et contre les fragilités de l'âme, aussi - lorsque contemplant tout cela il commençait à former sur sa membrane profonde le mot "bonheur" et à battre d'évidence, alors mon cœur vit le Vésuve éructer, cracher ses coulées de lave et ravager en quelques heures le territoire de l'amour.

N'avais-je pas été heureux, comme jamais heureux, c'est à dire accueillant en mon sein à la fois la flamme et la sérénité, la tension et la certitude ?

Mais à mes pieds, il restait Pompei, et aucun cœur, aucun, ne survit à Pompei. La lave le carbonise d'abord. Et puis le fige. Et c'est le silence.

Je ne sais plus si je cherche aujourd'hui à retrouver le silence ou la ville monumentale que je m'étais construite. Je ne sais plus si cette ville était réelle ou si je l'avais simplement rêvée. La ville pourtant existait, il me semble bien. Il m'a vraiment aimé, je l'ai vraiment aimé. Il lui est même arrivé de me le dire il s'en souvient, ce qui venant de lui n'avait rien d'évident. Il a vraiment voulu que je l'aime et s'est battu comme un chien pour ça, avec habileté et patience. Vraiment.

Vraiment.

Peut-être simplement n'était-elle pas aussi belle que je me la représente, cette ville. Le Colysée n'était qu'un vulgaire chapiteau de cirque, qui sait, et j'ai peut-être fait d'un robinet de fonte la fontaine de Trevise. C'est par reconstruction mentale que cette histoire s'est à ce point fantasmée pour devenir indépassable.

Va savoir s'il ne s'agissait pas de sauver Pompei en image, à défaut d'en préserver les âmes et les murs !

"Veux-tu donc que je m'empoisonne ou que je saute d'ans l'Arno ? Veux-tu donc que je sois un spectre et qu'en frappant sur ce squelette il n'en sorte aucun son ? Si je suis l'ombre de moi-même, veux-tu donc que je rompe le seul fil qui rattache aujourd'hui mon cœur à quelques fibres de mon cœur d'autrefois ? Crois-tu donc que je n'ai plus d'orgueil parce que je n'ai plus de honte ?"

Je suis Musset à Florence, Goethe à Palerme et Michelet à Rome. Je suis cet intellectuel européen du 19e ou du 20e siècle tourné vers l'inacarnation idéalisée du romantisme. Mon jardin est immense mais totalement abandonné. Michelet ajoutait : "le désert commence dans Rome". Alors oui je peux à présent mourir. (**)

_________________________

(*) jusqu'au 19 juillet, de 9h à 18h sauf lundi, nocturne jeudi jusqu'à 22h, 9,50 €

(**) Hé ! C'est une image - je préfère éviter les interprétations : je n'ai pas de tendance suicidaire. C'est d'ailleurs pour ça que je poursuis cette amitié amoureuse, si pleine de frustration et révélatrice d'une douloureuse vacuité, que rompre, qui serait le vrai suicide.

26 mai 2009

égalité hommes-femmes

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Un curieux point d'équilibre a sauté à ma figure dimanche après-midi, en roulant seul sur l'autoroute A5, livré à la déambulation de mes pensées : aujourd'hui, enfin, ces jours-ci, ma vie sexuelle, ou plutôt mon vécu sexuel, se partage entre deux moitiés égales : une moitié hétérosexuelle - les 13 premières années de ma vie d'adulte, non assumées, où je connus comme par défaut de premiers attouchements avec des femmes et deux longues expériences de vie commune avec elles - et une moitié homosexuelle - 13 ans de relations amoureuses débridées, heureuses ou piteuses, mais vécues dans l'immense soulagement de la sincérité.

Ça me fait un peu bizarre de réaliser ça : deux fois treize ans. D'un côté, quatre femmes : celle d'une nuit, qui me dépucela de sa bouche gourmande ; ma première copine libanaise, qui essuya à peu près toutes mes immaturités six ans durant ; une amie en détresse, qui m'attira à son lit un soir d'égarement ; et ma bretonne, une histoire de huit ans, qui traversa finalement avec moi le séisme du coming out.

De l'autre, des histoires qui se succèdent, se ressemblent, ne mènent nulle part, mais dans l'éclate. De la tendresse à revendre, mais aussi beaucoup de lâcheté et d'inconséquence. Quelques centaines de queues goulûment avalées, d'autres simplement masturbées dans quelque recoin sombre - une porte cochère à La Havane, un jardin public à Budapest, un hôtel de luxe à Tel-Aviv, les toilettes en sous-sol d'un restaurant de La Bastille, des douches publiques d'ici et d'ailleurs - ou en pleine lumière dans des saunas, des clubs naturistes, ou des soirées privées très "open". Assez peu de pénétrations, en fin de compte, ni dans un sens ni dans l'autre. Quelques beaux élans amoureux, de plusieurs semaines ou de plusieurs mois, une vie commune de plus de onze ans qui perdure - ce qui devrait me rendre fier, sauf que je ne lui trouve plus de sens. Et enfin une vraie histoire d'amour, construite dans le partage et le combat, mais en fait sur du sable, qui n'a que faire de mes digues et ne débouche nulle-part.

Cela me fait donc 26 ans de vie sexuelle ! Wouah ! Non, attend, laisse moi recompter... C'est bien ce que je me disais : 25 ans, seulement, 25 ans de vie sexuelle, puisque je me compromis durant toute une année dans une double vie avant de parvenir à sortir du trou.

Cela nous fait donc un quart de siècle, pour une égalité presque imparfaite.

25 mai 2009

le cobaye (19 et fin) l'équilibre

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Les meilleures histoires ont une fin. C'est le cas de celle-ci. J'étais surpris, il y a trois mois, déjà quatre, de recevoir le courriel d'un professeur d'université, un professeur engagé dans une étude sur la blogosphère et les nouvelles formes de socialisation dont elle accouche, et qui me demandait si je serai disponible pour participer à sa recherche en répondant à quelques questions. Un peu excité à l'idée de rentrer dans ce jeu, j'ignorai que j'allais être si longuement cuisiné, et que cette aventure irait si loin. Je ne regrette pas de l'avoir partagée avec toi, de t'y avoir impliqué. Désolé si elle t'a lassé. Et promis, dès que j'ai vent de la parution des résultats, je t'en reparle.

(Lire l'entretien par le début. Ou par l'article le plus récent)

Le Prof : en ce qui concerne les commentaires, votre « sentiment, avec le blog, c'est d'être en situation d'exposer une opinion, ou une non-opinion, ou une hésitation, pas vraiment d'engager un débat ».
-    Malgré tout, y a-t-il des sujets que vous n’auriez pas ou beaucoup moins abordés sans les réactions des commentaires ? Si oui, lesquels ?
-    Finalement, quelle proportion de sujets naissent de ces conversations, quelle proportion de ce qui vous arrive dans votre vie quotidienne (ou était arrive), quelle proportion de ce que vous lisez, entendez, etc. ?


Oh!91 : Il y a des projets qui n'auraient jamais vu le jour sur mon blog sans les réactions positives, les invites implicites que j'y ai lues, de la part des lecteurs : la série sur les lettres imaginaires de Laurent, suite à la publication de lettres bien réelles qui étaient restées sans réponse, toute la série sur cette enquête, mes articles sur Gaza au moment de l'intervention israélienne cet hiver... J'ai aussi parfois senti, de la part de certains lecteurs, que je me devais d'écrire sur des sujets à propos desquels j'étais attendu : la sortie d'un film sur l'homosexualité, la question de l'homoparentalité. Disons les réactions écrites, ou des suppositions que je me fais mais qui reposent sur la prise en compte des lecteurs, orientent parfois le contenu du blog, c'est certain.

S'il fallait attribuer des "proportions" aux choses, je dirais que 80 % de mon blog se nourrit de ce qui m'arrive dans la vie, sorties culturelles incluses, ainsi que les états d'âme, ou les souvenirs anciens, 10 % de mes lectures, 10 % de mes échanges. C'est très approximatif, et sans doute très faux, mais c'est un équilibre.

Le Prof : Merci, Oh!91, pour cette dernière salve de questions. J'espère que cette expérience vous aura intéressé. Pour ma part, c'est un des "exercices" que je préfère réaliser dans mon travail. On apprend toujours beaucoup, pas seulement professionnellement.

Oh!91 : Sachez que j'ai participé avec plaisir à cette enquête. J'ai essayé de répondre avec sincérité. Évidemment, à relire mes réponses à mon tour, je me rends compte que je n'aurais pas nécessairement répondu à toutes de la même manière aujourd'hui, plus de trois mois après m'être engagé dans ce jeu avec vous. Mais ce dont je suis sûr, c'est que je me suis efforcé d'être aussi sincère que possible à chaque fois que je me suis livré à cet exercice. Je suis plutôt satisfait de la réaction de mes lecteurs à cet entretien. Alors que c'est la plus longue série jamais produite sur mon blog, j'ai reçu de nombreux témoignages de lecteurs me disant en avoir tout lu. Et de nombreuses notes ou commentaires sont venus approfondir nos échanges. J'ignore si ces commentaires feront ou non partie de votre étude...

En tout cas, vous remerciant à mon tour de vous être ainsi penché sur moi et sur cet investissement un peu étrange dans cette aventure bloguesque, je vous souhaite beaucoup de réussite pour cette étude, et dans le reste de vos travaux.

Le Prof : Cette fois-ci, plusieurs mois après avoir commencé, nous sommes arrivés au terme de cet entretien. Il me reste à vous remercier de votre patience et du temps consacré à mes questions.

En passant, remerciez également vos lecteurs pour leurs nombreux commentaires. Je viens de les lire tous, visiblement bien de vos  impressions sont partagées par vos lecteurs/blogueurs. Vous les remercierez aussi pour vous avoir encouragé à continuer cette expérience par leur réponse au questionnaire. Ces réflexions greffées sur cet entretien réflexif ne manquent pas de piquant et donnent un tour original à celui-ci.

Je vous souhaite une bonne continuation Oh!91.

FIN

22 mai 2009

les hommes à l'histoire niée

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C'est à toi que j'écris. A toi seulement. Sans savoir si tu liras ces lignes, en sachant que tu ne les liras pas. Ce blog a quitté depuis longtemps ton univers alors que tu en restes le coeur et les reins. Et s'il t'arrive d'y passer, je suppose que ce n'est ni par nostalgie, ni par curiosité. Ni par simple amitié, ni sur un reste d'amour. Car alors tu m'en parlerais. Si tu t'y aventures, à pas feutré, je suppose que c'est en agent de surveillance, pour être sûr qu'aucune bribe de notre intimité n'y est plus égratignée, je me trompe ?

C'est dur d'être ainsi nié dans ce qu'on a de cher.

Mais sans doute n'y viens-tu simplement plus jamais, parce que ton caractère est ainsi fait qu'une fois les pages tournées, tu n'aimes pas revenir t'y perdre...

Les choses inutiles sont parfois les plus importantes, c'est donc pourtant à toi que j'écris aujourd'hui.

Tout juste un an après.

Je sais, tu répugnes aux dates anniversaires. Futiles symboles ! Mais où n'y a-t-il pas de symbole pour se représenter le monde ?

Moi je préfère les souvenirs aux voyages dans le noir.

Je me souviens combien tu étais tremblant en entrant dans le bureau de la préfecture, ce jour-là. Au Bureau des Affaires réservées, c'était un signe, mais ça n'avait pas suffi à te rassurer. La dame en face de toi expliquait que ton autorisation de travail et de séjour avait été rétablie par le ministre, mais tu n'étais pas sûr de bien comprendre. Tu étais tendu, à l'affût, tu aurais voulu embrasser dans le même regard la fonctionnaire, ton avocate et moi, pour être certain que les questions posées n'étaient pas des pièges. Que cette fois, l'histoire était vraiment finie, que tu pouvais respirer. Depuis trois mois, devenu sans-papier, tu t'étais tant de fois imaginé reprendre ta valise, et retourner sans projet ni envie dans le pays d'où tu étais sorti pour échapper à... A quoi, d'ailleurs ? Une pression sociale devenue trop forte ? En quoi ça les regardait ? C'était ton histoire, voilà tout.

Je n'oublierai jamais cette demi-heure passée à tes côtés dans ce petit bureau. L'aboutissement d'une bataille partie d'une incroyable injustice, si semblable à celles que vivent, dans toutes les couleurs, les migrants dont on nie l'histoire et leur singularité pour n'y voir que des affres à  anéantir. Ou des statistiques-épouvantail. Faciles bouc-émissaires.

Je n'oublierai pas les trois mois qui avaient précédé, les angoisses terribles qui avaient accompagné tes jours et tes nuits, le choc de la lettre assassine, d'abord, la confrontation avec un néo-esclavagiste à ton travail qui n'avait cure de tes problèmes de dos et de papier, ces dents que tu gardais serrées.

brutos828WEB.jpgEt puis surtout, et celà est désormais pour toujours inscrit sur ma peau et dans mes larmes, je me souviens de comment nous menions ce combat pour dépasser l'étreinte injuste : ensemble, entre deux caresses, entre deux jets de sperme. Moi entre deux amants, ignorant de ta souffrance, toi entre concerts et commentaires laissés sur mon blog, dans la proximité et la reconnaissance réciproque.

Je me souviens aussi que si nos rendez-vous étaient toujours tendres, attendus et fructueux, si tes caresses étaient toujours magiques, c'est dans le regard connivent de nos amis que nous étions solides.

Je ne les oublie pas, eux non plus, ceux-là-même qui s'attachaient à ce blog, y partageaient notre révolte, s'engageaient, témoignaient, participaient à ce combat. Combien de lettres as-tu reçues par leur entremise, qui suffisent à dire que cet exercice dépasse l'inconsistance virtuelle.

Nous rassemblions aussi des courriers de parlementaires, d'élus, la Préfecture avait commis des erreurs trop grossières, il était évident que tu aurais réparation, mais pourtant, jusqu'à ce rendez-vous, c'est le pire scénario qui s'imposait à tes rêves et te minait de l'intérieur.

Tu restais beau, pourtant, le regard rieur, traits d'esprit en alerte, et il n'en fallut pas beaucoup pour que mes amis deviennent les tiens quand, quelques jours plus tard, nous célébrions la victoire autour de plats gastronomiques de ton pays.

Dans tout juste un mois, tu repasses l'épreuve de la préfecture. Ce sera un 22, encore. Nombre maudit ! Après l'affront, et la réparation, la vie s'en va comme si rien ne s'était passé, un ministre a chassé l'autre mais on te demande encore de justifier de ta situation professionnelle, de t'expliquer sur le pourquoi d'un CDD. De récépissé en rendez-vous,  la course d'obstacle de l'étranger ne t'est pas épargnée davantage, même si cette fois, c'est toi qui est passé à l'attaque, en demandant qu'on te reconnaisse le droit à la sécurité administrative.

Ce combat encore, nous le menons ensemble, je suis fier de réussir ça dans notre nouveau contexte si plein de frustrations, et heureux de ta confiance.

Mon psy, à qui je demandais l'autre jour de discuter cette histoire de dette que j'éprouverais sans cesse le besoin de régler, m'a retourné l'appréciation, identifiant chez moi des stratégies qui consistent à mettre en dette.

Je ne sais pas, mon amour, si dans ce combat j'escompte te rendre redevable. C'est possible. Comme si l'amour pouvait se récolter en règlement d'une dette, à la façon d'une dîme de blé prélevée dans un champ fauché !... Je crois que je voudrais surtout te savoir une fois pour toutes en sécurité, donc autonome, totalement indépendant. Donc libre. De m'aimer un peu, de m'estimer beaucoup, de me supporter passionnément, de m'oublier à la folie. Seule cette liberté rendra au fond sa dignité à ton histoire.

Et m'affranchira.

21 mai 2009

Salah Hamouri, l'otage ignoré

Il est vrai que s'il y a un otage français à l'étranger dont on n'a jamais entendu parler dans les médias, c'est bien Salah Hamouri. Pourtant, après quatre ans dans les prisons militaires israéliennes, il n'est plus très loin de la performance d'Ingrid bettencourt...

Alors, pour te faire connaître un peu son histoire, qui a tout pour scandaliser, je laisse ici la parole à sa mère. C'est encore elle qui en parle le mieux. C'était lors de la dernière fête de l'Huma.

20 mai 2009

les petits ratés de la grande figure

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J'aime bien Bertrand Delanoë.

Peut-être parce qu'il a repris Paris à Tibéri. Peut-être parce que nous avons un petit bout d'identité en commun. Mais pour autant, je souscris au portrait au vitriol qu'en fait Philippe ici. Parce que malgré tout, lui manque un peu de courage, beaucoup de sens visionnaire de la justice, et qu'il se noie dans des considérations électoralistes proches d'une conception de la politique qui me donne envie de gerber.

A tout ce que décrit Philippe, j'ajoute donc cette autre faute, que j'ai encore au travers du gosier, et qui n'a pas été réparée :

Le conseil de Paris décidait le 16 décembre dernier de faire citoyen d'honneur de la Ville de Paris le soldat franco-israélien Gilad Shalit, détenu depuis 2006. Le même jour, dans un esprit d'équilibre, le conseil de Paris était saisi par le groupe Vert au Conseil municipal d'une demande du même ordre concernant Salah Hamouri, citoyen franco-palestinien, détenu depuis 2005, mais cette demande fut rejetée et une motion erronée, pour ne pas dire mensongère, fut même votée à son encontre.

Ainsi, dans le texte pour Salah où il était seulement demandé d’intervenir une nouvelle fois auprès du président israélien pour demander un aménagement de la peine, on pouvait lire "condamné à 7 ans d'emprisonnement par le tribunal militaire de Judée, il n'a pas fait appel du jugement de première instance". Or il n’existe pas de procédure d’appel dans les tribunaux militaires israéliens. Salah ne pouvait donc pas faire appel.

C’est sur le non-respect des conventions internationales, notamment la convention de Genève, que le Conseil de Paris appuyait sa décision de faire citoyen d'honneur le franco-israélien. Vouloir le respect du Droit international, agir pour le promouvoir, était légitime. Mais alors pourquoi n’avoir pas fait de même pour Salah ?

Dans ce même vœu adopté par le Conseil de Paris on lisait également : « il a reconnu avoir été membre d'une organisation non autorisée liée au Front populaire de libération de la Palestine et avoir eut l’intention d'assassiner Yossef Ovadia ». Ici encore le mensonge était grossier et insultant. Salah n’a pas reconnu ces points, l’accusation n’a d'ailleurs trouvé aucun élément de preuve. Salah a été contraint d’accepter une formulation établie par le procureur du tribunal militaire, sans quoi sa peine eût été beaucoup plus lourde.

Ce qui est inacceptable c’est d'avoir vu un Conseil de Paris, institution démocratique, reprendre la phraséologie d’un tribunal militaire étranger. En effet, jamais dans l’histoire contemporaine les tribunaux militaires nationaux n’ont pris de décisions différentes que celles requises par l’accusation. C’est-à-dire que la défense n’est jamais entendue et que ces tribunaux, généralement utilisés en période de guerre, ne sont que des outils du pouvoir politique pour réprimer.

Les élus municipaux, en adoptant ces vœux, mettaient en oeuvre une politique de la Ville déséquilibrée, une politique du deux poids, deux mesures. Ce qui aurait été acceptable - pour Gilad Shalit comme pour Salah Hamouri - c'était de souligner que la situation était difficile, qu'elle résultait d’une situation de guerre, et que pour tous les deux, les conventions internationales devaient être respectées.

La ville de Grigny (Rhône) a eu un tout petit peu plus de courage. C'est à saluer :