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05 mai 2009

de l'impossible réciprocité de l'amour (tryptique - 2)

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Je n'vais plus pleurer
Je n'vais plus parler
Je me cacherai là
A te regarder
Danser et sourire
Et à t'écouter
Chanter et puis rire
Laisse-moi devenir
L'ombre de ton ombre
L'ombre de ta main
L'ombre de ton chien
Mais
Ne me quitte pas...


De l'impossible réciprocité de l'amour. Voilà un titre qui annonce la couleur. Des couleurs. Ternes. Plus que celles d'illusions délavées, celles d'un deuil impossible. Tout est parti de ce billet : de la dissociation de l'amour et du sexe. Boby m'a écrit qu'il ne l'avait pas aimé, trop désabusé, trop proche de ses propres déceptions. Deef et d'autres l'ont trouvé trop pessimiste. Moi, je l'ai relu, plusieurs fois. Et il m'a convaincu. Sincère, authentique, pas trop mal écrit : pour moi, il est dans le top 10 de mon blog. (T'as vu, Manu ? Après le teasing, l'auto-promo...) Tout au plus peut-on lui reprocher d'être un peu hors sujet. Parce que j'y décrivais surtout comment le sexe avait changé de statut, à défaut de fréquence, dans la déception amoureuse. J'aurais du l'intituler de la dissociation du sexe et du chagrin d'amour, ou de la résidualité du sexe dans les dépressions amoureuses.

M'enfin ! Les choses sont faites. Et écrites. Je peux donc poursuivre : l'amour, ce grand Unilatéral... Hou la la ! je m'attaque à gros, là. J'espère que tu vas avoir mille récits à me livrer pour me prouver que tout ce qui suit n'est que foutaise. Et que ça vaut donc le coup d'y croire, de chercher - ou de construire, fût-ce par défaut.

"L'homme n'est pas un animal monogame". Des biologistes ont avancé cette hypothèse. Trois ans, tout au plus : le prix à payer pour notre intelligence d'humains. C'est comme ça, le développement de notre cerveau a fait de notre tête une excroissance incompatible avec l'appareil génital féminin, il nous faut donc naître prématurément, exister comme des êtres sans autonomie - pendant plus de deux ans, contrairement à la plupart des mammifères. Alors il a fallu faire opérer la chimie : durant trois ans, faire l'homme rester près de sa compagne, le temps que l'enfant se détache d'elle et qu'elle retrouve les moyens d'aller chercher elle même sa subsistance et celle de son enfant. Trois ans où la relation amoureuse peut exister sur un mode fusionnel, dixit la chimie biologique. Où l'homme n'éprouve pas le besoin d'aller voir ailleurs, la tension le tient, le lie. Et puis après, pfiou...!

Bon, on pourrait penser ces théories un peu commodes, pour justifier les adultères et infidélités de tout poil - surtout les masculines, of course. Mais. Qui peut dire qu'il n'y a pas de ça ?

Aimé, et pas aimant, aimant, mais pas aimé... Flatté d'abord de susciter l'intérêt ou la convoitise, puis agacé, fatigué, apeuré par une cour qui oblige. Ou au contraire intrigué, happé, fasciné par une personnalité, mais sans prise, paralysé, tétanisé, et dépossédé finalement de toute séduction.

Combien de fois s'est-il produit, ce schéma. Combien de fois ai-je vu des amis, de tout sexe, confrontés à ces histoires, à ces quêtes impossibles, dérisoires ou vertigineuses. Et s'y fracasser. Je les comprenais de loin, mais leur fragilité me dépassait.

J'ai moi-même été amoureux plusieurs fois. Plusieurs fois cet amour n'a pas été impossible. C'est donc qu'il était réciproque. Mais pourquoi alors ce titre ? Eh bien, justement parce que ce ne sont pas celles de la chimie biologique, qui m'intéressent, mais les amours qui transforment jusqu'à la personnalité parce qu'elles se vivent sur le mode de la passion.

C'est comme ça, du reste, que j'aurais du titrer ce billet : de l'impossible réciprocité de la passion amoureuse. Parce que oui, la passion te transforme. D'abord, elle exclue : le reste, à peu près tout le reste. Elle hypnotise, ensuite, tu focalises sur un objet - si terriblement vivant - dans lequel tu t'identifies, que tu voudrais pénétrer, mieux, que tu voudrais être (c'est mon cas : chercher à habiter celui qui nourrit ma passion, tous ses talents, tout son rayonnement, toutes ses douleurs aussi que tu lui vois indissociables et qui rendent ses travers acceptables, nobles même, sublimes au point que tu te mets à les vénérer, et à mimer, reproduire, adopter des gestes et des manies, même les plus insignifiants). Puis elle asphyxie, ou elle tétanise, au choix. Tu la montres, elle fait peur, tu la dissimules, tu y laisses tes propres désirs, tes propres choix, ta personnalité. Et te dépersonnifiant, tu n'es plus aimable - on n'aime pas quelqu'un sans personnalité, sans histoire, sans trajectoire, qui ne laisse pas apparaître ses profondes failles intérieures à lui...

Elle te perd, donc, pour finir, parce qu'elle n'a plus de destination. Et de toute façon, elle est une douleur.

Une telle passion est forcément unilatérale, elle est vouée à t'envoyer dans le mur. En même temps, tu t'y es engagé parce que tu y as perçu - oh ! juste un temps - un possible, et que ce possible était beau.

Pourquoi récemment, un ami de chagrin, croisé souvent dans les lignes d'eau de Roger Le Gall, ou une lectrice, qui me raconte discrètement de loin en loin son propre désespoir, ont-ils employé les mêmes mots : plutôt nourrir cette douleur, que continuer à vivre sans ? Assimilant ainsi la rupture salvatrice à une forme de suicide. Ils ont d'ailleurs l'un et l'autre, presque dans la même semaine, employé ce mot pour me parler de leur tourment. Et ce mot équivaut à ce que je ressentais moi-même. C'est ce quelque chose qui m'empêche de tourner la page, parce que le vide s'apparente à la fin et est de toute façon plus pénible que la braise ardente.

Ce quelque chose qui me fait préférer devenir l'ombre de l'ombre, l'ombre de la main, l'ombre du chien même, plutôt que de quitter ou d'être quitté. Tout en l'entendant me dire que c'est ainsi, que nul ne peut en expliquer les raisons, que sans doute la réciprocité dans l'amour n'existe pas. Mais quoi ?

Au fond bien sûr, les sociétés ont su inventer des mécanismes pour stabiliser les choses et prévenir les passions. Pour permettre à la vie d'être sans heurt. Les mariages, arrangés autrefois ou ailleurs, et des règles pour faire prévaloir les apparences sociales sur le feu tourbillonnant des sentiments.

Fallait-il ça pour faire civilisation ?

Rien n'y fait, menace ou prière
L'un parle bien l'autre se tait
Et c'est l'autre que je préfère
Il n'a rien dit mais il me plaît

L'oiseau que tu croyais surprendre
Battit de l'aile et s'envola
L'amour est loin tu peux l'attendre
Tu ne l'attends plus il est là

Tout autour de toi vite vite
Il vient s'en va puis il revient
Tu crois le tenir, il t'évite
Tu crois l'éviter, il te tient

(à suivre avec - comment ai-je dit ? Voir l'amour et mourir)

Commentaires

Il y a de plus en plus de billets dans le top10 de ton site. Une bonne cinquantaine, à mon avis. Et celui d'aujourd'hui me touche particulièrement, malgré le désenchantement qui y point. On peut aussi jouer à s'enchanter, non ? Et se dire qu'on vaut bien, aussi, qu'un autre tombe amoureux de nous. Est-ce qu'au fond, dans l'admiration de l'autre, on ne rejette pas une partie de nous-même qu'on a du mal à assumer ? Est-ce que la passion, l'emportement, la souffrance, n'est pas une maladie du moi qui s'oppose au véritable amour, lumineux et serein ?

C'est ce que je me dis parfois, quand je rêve de tomber amoureux pour déranger ma vie.

Écrit par : manu | 07 mai 2009

Énorme ce que tu écris. Il va me falloir du temps. Mais je crois que je vais prolonger, par mon propre billet...

Écrit par : boby | 07 mai 2009

Que dire de ces maux si bien mis à plat,
de l'incapacité parfois à faire la difference entre amour et passion,
à ne pas comprendre que la passion EST une douleur, un régal terrifiant qui nous fait nous croire en vie.

La passion meurt mais pas l'amour ( disent certains).
L'incapacité à ne pas se diluer dans l'autre quand on aime éperduement
cette sublimation qui devient notre perte...
Tout cela tu l'as si bien dit que commenter me semblait inutile.
Mes mots me semblent si mal choisis
j'aurais voulu juste te dire le silence et les yeux qui se noient en te lisant.

prends soin de toi O
prends soin de toi...

Écrit par : Cécile. | 07 mai 2009

Cher Oh!91,

Voilà un titre et une partie des propos qui m'interpellent...
et en plus vous citez ma chanson d'opéra préférée ! Permettez-moi un témoignage...

L'amour sans réciprocité était un mode que j'ai particulièrement affectionné dans les premières années de ma vie sentimentale. A croire que j'aimais la souffrance de ce genre d'amour plus que les objets de mes amours eux-mêmes. Et dans la durée si possible (4 ans tout de même - et juste deux baisers - pour le premier, à la période la plus critique de l'adolescence). Et même parfois pour des garçons que je ne trouvais pas si aimables par certains côtés.
Des amours sans espoirs et pourtant emplis d'une attente indéchiffrable, irraisonnée, des amours de l'amour, focalisés sur ce sentiment envahissant, oui vous avez raison, sans destination.

Et, pour vous faire écho, oui, je n'étais alors pas désirable, aucun autre ne venait percer cette coquille, et je me complaisais alors dans l'impossibilité de séduire, d'attirer, ou tout simplement de venir vers moi. Mais contrairement à ce que vous dites je crois que c'est parce que j'envahissais tout l'espace de mes profondes failles intérieures.

Heureusement un jour une de ces passions a pu se concrétiser (et vraiment je ne sais pas pourquoi) et j'ai pu goûter quelques mois d'un amour fertile, réciproque, confiant, serein. Et puis il a du partir, regagner son pays.

Alors pour ne pas sombrer à nouveau et bien plus loin, petit à petit, il a bien fallu sortir la tête du trou, chercher des connexions avec le monde qui m'entourait, essayer de m'intéresser aux autres avec un peu plus de simplicité, moins d'exclusivité, et ne pas attendre d'eux "tout ou rien". Il fallait bien vivre, puisque cet amour-là, cette passion-là, loin de me consumer, m'avait réconciliée avec la vie et avec l'idée que je pouvais être désirable et aimée.

Depuis j'ai fui la passion autant que possible ! Du moins cette manière d'entretenir un amour destructeur, sans retour.
Il peut aussi y avoir des amours moins glorieux mais plus riches, moins "à vif" mais tout de même vifs, moins fusionnels mais au moins complices, où l'on ne se consume pas mais qui nous donnent une douce chaleur. Mais (car il y a un mais, et oui, contrairement aux apparences je n'ai pas alors découvert le monde des Bisounours) même ceux-là, il faut tout de même être capable de les entretenir, de ne pas les laisser s'éteindre à petit feu... et d'y trouver toujours de la réciprocité !

Extrait du mode d'emploi : ne pas attendre démesurément de l'autre et compenser en laissant cavaler ses fantasmes (stimuler sa libido peut même lui profiter, il n'a pas besoin de connaître les détails !), accepter de ne pas être le centre de son monde même si c'est dur à admettre, se dire que si la fusion parfaite n'existe pas l'échange peut largement compenser...

Ce n'est pas non plus facile à mettre en pratique sur le long terme, et j'avoue que parfois j'en viens à regretter cette passion que j'ai a si bien su brider au point que je me demande si je suis capable d'éprouver (de m'autoriser) à nouveau le fabuleux embrasement des sentiments.

Alors merci - au nom de ceux qui comme moi ont parfois laissé s'éteindre leur juvénile étincelle amoureuse - de nous permettre de partager votre histoire pleine de passion !

****
Cadeau bonus à propos de cette chanson de "Carmen" :
La superbe version de La Habana par Moriarty, en anglais : http://www.deezer.com/track/2949331, et une autre du même groupe, en français : http://www.deezer.com/track/2949320

Écrit par : Artémis | 08 mai 2009

Voilà, je suis venue hier, j'ai gambergé sec, et les derniers mots du commentaire de Manu m'ont bien aidée, du coup je ne savais plus quoi dire tant j'avais à dire.
Alors pour finir, je te fais écho de l'autre côté des pixels, tu verras.
Les bisous du bon WE.

Écrit par : feekabossee | 08 mai 2009

-> manu -> c'est ton commentaire qui apporte la lumière (il était temps que je trouve les voies de leur réactivation...!!) J'ai très envie de creuser ça : "Est-ce qu'au fond, dans l'admiration de l'autre, on ne rejette pas une partie de nous-même qu'on a du mal à assumer ? " Je crois qu'il y a du fort rejet de moi, dans la passion que je laisse me dévorer. Merci d'avoir restauré un possible amour lumineux et serein ;
-> boby -> aimer, est-ce une chance ? Ne pas aimer, est-ce une croix ? Difficile de répondre. Tellement d'un jour sur l'autre, je dirais oui, je dirais non. Et la passion ardente qui anime une poitrine, mais qui dévore et détruit toute une psyché, cette preuve de vie si manifeste, et si destructrice : est-ce un bienfait, un malheur ? c'est tellement difficile et ingrat de trouver réponse à cette question...
-> Cécile. -> Tes mots me touchent beaucoup, je sais que nous sommes proches, en sensibilité, en capacité de perdition, et quête de perdition ? Va savoir.
Tes mots comptent en tout cas, même pour dire un silence ou un regard. Prends soin de toi aussi ;
-> Artemis -> Ma juvénile étincelle amoureuse s'était aussi peu à peu éteinte. J'étais serein. Ma situation me convenait, car nous y avions aménagé des compensations. J'étais un peu dans des compromis acceptables de ceux que vous décrivez, avec selon les périodes du jour et de l'année, plus ou mois d'efforts accomplis pour maintenir ce qu'il faut de ciment... Je n'avais ni décidé de chercher de la passion, ni de m'en prémunir, je croyais en avoir dépassé l'âge, peut-être. Elle m'est tombée dessus sans crier gare, sortie d'un amour que je n'avais même pas perçu poindre, mais dont je n'ai pas accepté qu'il puisse s'évanouir. Et c'est dans cette fuite en avant, en arrière, sur les côtés et dans les fonds les plus tumultueux que je me débats depuis.
Merci de votre beau témoignage. Vous aussi, vous savez partager. Et c'est vrai que c'est beau ;
-> feekabossée -> Si tu savais comme je suis content que tu sois de retour, toi. Je vais m'empresser d'aller voir ce que ça donne de l'autre côté, en effet...

Écrit par : Oh!91 | 08 mai 2009

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