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30 avril 2009

sur l'aire des champs d'amour

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Hier. Il allait être 20h 30, une pancarte allait nous annoncer le département de l'Indre. Le ciel serait obscur, chargé de lourdes masses violacées, mais des trouées feraient le soleil darder de ses rayons ocres du soir les vastes étendues de colza et les haies tendres fraîchement printanières. L'horizon rougeoierait, et les verts, les jaunes, les violets et les ors partouzeraient gaiement, les tons à vif d'une pluie récente.

La prochaine aire de repos s'apellerait les champs d'amour.

29 avril 2009

le cobaye (16) ne pas déserter les vrais lieux de l'action

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Ça se confirme, l'entretien n'est plus très loin de s'achever. Après avoir lu mes toutes dernières réponses ci-dessous, le sociologue-chercheur vient de m'adresser un dernier bouquet de questions, auxquelles je n'ai pas répondu encore, mais qui donneront matière à - quoi ? - deux ou trois billets... et ce sera la fin en attendant les résultats de l'étude.

(Lire l'entretien par le début. Ou par l'article le plus récent)

Le Prof : question volontairement courte et abrupte : le blog permet-il de dépasser les clivages politiques ?

Oh!91 : Non, je ne le crois pas. Il permet des passerelles, pas des dépassements. Il permet d'impliquer, d'intéresser à des sujets politiques des lecteurs pas nécessairement habitués à cela. Il élargit le champ citoyen de la politique, sur des thématiques concrètes, et pas seulement au moment des élections. En ce sens, il peut faire bouger des lignes. Mais franchement, je crois qu'il faut rester humble, l'essentiel de la politique se passe ailleurs, et d'abord dans les vrais lieux d'action et d'échange. La preuve par le mouvement social que connaît notre pays en ce moment.

Le Prof : Le blog limite les possibilités d'un réel débat constructif car on est uniquement dans le langage écrit. La défense d’une opinion passe par l’écriture ? Cela vous aide-t-il ?

Oh!91 : Je ne suis pas sûr de bien comprendre votre question, mais je vais tenter d'y répondre : mon sentiment, avec le blog, c'est d'être en situation d'exposer une opinion, ou une non-opinion, ou une hésitation, pas vraiment d'engager un débat. En général. Quand le débat s'instaure, par les jeux de commentaires, on assiste à deux choses : Ou l'expression d'opinions très arrêtées, connues comme inconciliables, mais acceptées comme tel comme par un respect mutuel qu'on se reconnaît entre blogueur - un petit effet société secrète, voyez.... Ou - suite à des commentaires, qui interprètent d'autres commentaires, d'où naissent des sentiments de malentendus - des tentatives de clarification, d'affinement de la pensée écrite... Le passage par l'écriture est de toute façon exigent. Comme je vous l'avais dit dans une réponse précédente, il m'est arrivé d'être en mesure d'exprimer un avis sur une question politique ou de société donnée du fait même que j'avais été en situation de les formuler par écrit grâce au blog. De ce point de vue, si la défense d'une opinion ne passe pas nécessairement par l'écriture, le travail d'écriture constitue une aide à la pensée, oui, sans doute.

(la suite)

27 avril 2009

un matin au Charlot

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Le ciel était clair, ce matin, une douce lumière pastel baignait Paris, encore calme. Les trottoirs luisaient après le passage des camions d'entretien de la Ville, mais le trafic était au ralenti. Les garçons du Charlot, décontractés et concentrés avant l'arrivée des premiers clients, très pros, comme à chaque fois, avaient ce petit rien d'impertinence qui fait la différence. Qui fait qu'on y revient.

Je me suis installé dans une chauffeuse et ai commandé un petit déjeuner Coup de coeur, avec orange pressée et oeuf à la coque. J'ai d'abord fini la lecture du Convoi de l'eau, de Akira Yoshimura, qui raconte les derniers instants d'un village avant son engloutissement dans la retenue d'eau d'un barrage en construction, dans le Japon de l'après-guerre - vus à travers le regard d'un des ouvriers du chantier. Poignant, je t'en reparlerai. Et puis j'ai ouvert mon ordinateur, pas peu fier de m'être laissé aller, seul, à ce petit moment de plaisir pour commencer ma semaine. Pas peu fier d'être - déjà ? - dans cette sérénité retrouvée, en fait.

Je venais de déposer dans l'aurore mon ami d'amour à l'aéroport pour un voyage de j'aurais rêvé faire avec lui, que j'avais rêvé faire avec lui, mais où il partait sans moi. Et pourtant j'étais là, dans cette salle du Charlot à déguster un instant simple de plaisir volé au chagrin, comme une victoire.

Est-ce parce que j'eus auparavant mon comptant de tendresse ? de promesses ? Parce que finalement cette amitié réussit à se faire, malgré les heurts ? Parce que je vois pour la première fois, près de ce bistrot du troisième arrondissement où je sirote mes dernières gorgées de café, dans quelques minutes à peine, en fait juste après avoir posté ce billet, celui avec qui je déciderai peut-être de commencer un travail sur moi ? (tu fus le premier à le savoir)

Du monde arrive et s'installe dans le décor de boiseries et de faïences. Lui vole dans le ciel d'Europe. Certains viennent d'ouvrir leur ordinateur, le lieu est connu pour offrir une connection Wifi. Je ferme le mien et te laisse à cette douce journée.

26 avril 2009

l'âme devient Venise à l'entrée du printemps

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"Savoir que tu es là. Savoir qu'après beaucoup de distance tu es là, l'âme devient Venise à l'entrée du printemps, et la nuit de rêves inachevés devient une nuit de pluie et d'eau.
Pourquoi as-tu surgi maintenant ?
Mes mots racontent derrière le vacarme du passé, des sons, une autre histoire. La nôtre. La vraie. Celle qui ne se dit pas. Celle qui s'est déroulée derrière nos gestes, celle qui tapissait les murs de nos pensées colorant d'étrange façon les heures, les jours, les saisons. Et les mots tombaient au fond de l'urne funéraire du sens. Dans le vrac de notre existence. Dans l'indécence de leurs postures obscènes. Mot bribes. En morceaux. En éclats.
Cherche-t-on le secret dévoilé ou la rémission ? Que vaut-il mieux, l'aveu ou la miséricorde ? Ou rien de tout cela. Ou tout à la fois.

Je ne sais pas. Plus.

Voilà que je recommence un voyage de l'obscur au plus clair. Du chaos à l'évidence, et chaque aube en rejoue la révélation.
"

Chiron joue de son blog avec parcimonie. il fonctionne à l'économie, mais chaque coup fait mouche sur la cible minuscule des émotions majeures. Les douleurs qu'il exprime sont souvent proches des miennes, mais cette fois, le voyage va vers le clair, alors j'ai voulu l'accompagner ici vers cette révélation, le temps que d'autres mots, chez moi, achèvent leur gestation.

16:00 Publié dans mes amis blogueurs | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : poésie

25 avril 2009

le cobaye (15) relayer et prolonger

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L'enquête se poursuit, j'ai finalement trouvé le temps et les fils pour répondre aux questions les plus récentes de notre chercheur-sociologue. Mais ce sont les vacances, et je ne suis pas sûr qu'il ait encore pu prendre connaissance de cette partie de l'entretien, mais c'est sans importance si tu le précèdes.

Lire l'entretien par le début. Ou par l'article le plus récent)

Le Prof : je vous cite : « Ce qui se transforme, ce sont aussi les commentateurs. Les plus réguliers d'aujourd'hui ne sont pas les plus réguliers d'hier. En dehors de ma "marraine", qui ne m'a jamais lâchée depuis le premier jour. Et je vis cela sans drame étant moi-même un peu papillon dans l'exercice. »

Je change un peu de sujet mais sur le même thème :
-    Qu’est-ce que cela change dans la gestion, le contenu des réactions lorsque la taille du blog grandit (ou commence à avoir de l’ancienneté)?
-    Quel est notamment le temps que vous passez à répondre aux blogueurs, celui que vous consacrez à la rédaction. Quelle est l’évolution de ce temps ?


Oh!91 : Je ne vois pas tellement mon blog grandir. Enfin, plus depuis un an. Les six premiers mois ont été des mois d'évolution sensible, avec constitution d'un "lectorat" (vous m'obligez à employer des termes un peu présomptueux, avec vos questions). Mais depuis, le format général du blog et de ses lecteurs a atteint son point d'équilibre. J'observe que la diversité des sujets accumulés génère un trafic plus dense qu'au début, mais sans croissance visible de la "fidélisation". Le nombre de commentaires, puisque vous m'interrogez là-dessus, évolue peu, a surtout tendance à baisser à mesure que je me replie sur des sujets intimes, ils sont eux même assez denses et construits, souvent, mais en général, je consacre beaucoup plus de temps à la rédaction des billets qu'à celle des réponses aux commentaires. Je n'ai pas noté d'évolution dans ce domaine de ma part.

Le Prof : je vous cite: « mais l'information politique, et l'analyse, la profondeur des déconstructions critiques, c'est désormais hors des media traditionnels qu'elle s'avère la plus intéressante. [..] L'idée de "contre-media" me séduit, à condition de ne pas surestimer ce que cela représente de contre-pouvoir, et de rester lucide sur son impact dans la vie réelle. Je ne perçois pas encore dans les blogs de véritables constructions politiques. »

-    Par exemple, y a-t-il des sujets qui vous paraissaient a priori particulièrement plus propices aux blogs qu’aux médias ? pourquoi ?
-    la lecture des autres blogs vous inspire-t-elle ? Cela vous incite-t-il à approfondir certains sujets ?

Oh!91 : Je ne suis pas sûr qu'il y ait des sujets voués à relever des blogs plus que des autres médias, comme si c'était leur vocation. Par contre, les blogs peuvent combler les manques des autres médias, dénoncer leur propension à traiter unilatéralement d'un sujet, ou à s'aligner les uns sur les autres quant aux angles d'abord d'un sujet donné. Les blogs peuvent dénoncer l'utilisation faite de certaines images en en révélant d'autres, ils rééquilibrent, rapprochent les informations d'un jour de déclarations antérieures, exposent les politiques, par ce fait. Je trouve cela plutôt salutaire, et je prends personnellement plaisir à m'informer de cette façon là.

Je peux dire que - même si la politique n'est pas en général le premier thème de mon blog - les articles que je publie dans ce domaine sont le plus souvent inspirés par d'autres blogs, plus sans doute que par la simple actualité. Et cela me conduit - vous dites approfondir ? - je dirais à poursuivre, à prolonger, à relayer... Je l'ai fait récemment sur l'eau en bouteille et l'insupportable chantage économique auquel se livrait une grande marque sur le maire d'une petite commune, sur l'homoparentalité au moment de la loi sur le parent-tiers, etc.

(la suite)

23 avril 2009

de la dissociation du sexe et de l'amour (tryptique - 1)

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Je suis allé nager à Roger Le Gall, hier midi. A une dizaine de mètres de moi dans le vestiaire, un garçon se séchait tandis que je me déshabillais. Il me regardait, je le regardais. J'enfilais mon maillot, lui son boxer. Nos sexes étaient lourds et se gonflaient.  Nous avons tous deux marqué un temps d'arrêt, effleuré nos sexes pour en souligner les marques du désir, les avons empoignés l'un et l'autre en nous regardant toujours. Les choses auraient pu en rester là, j'aurais pu finir d'ajuster mon maillot, rejoindre les douches et filer nager. Comme souvent cela arrive. Mais je suis allé me glisser dans une cabine de déshabillage, et il m'y a rejoint quelques secondes plus tard. Il a ôté son boxer, j'ai conservé mon maillot à mi-cuisse, il s'est accroupi et s'est livré à une fellation magistrale. J'aurais pu jouir dans sa bouche, n'eussent été mes principes dans ce domaine, et j'ai pensé que je ne m'étais pas laissé aller ainsi depuis longtemps. Il a appuyé son visage contre ma hanche, a observé mon sexe se ranger doucement, mon sperme couler sur mon ventre, s'est astiqué quelques minutes encore, deux ou trois, pas plus, et a joui à son tour. Je suis sorti le premier de la cabine pour aller me doucher. Nous n'avons pas échangé un mot.

brutos12845.jpgJ'avais souvent vu ce garçon auparavant par ici. Au tout début, il était un peu rondouillard, mais son assiduité au bassin lui a donné un abdomen agréable. J'ai moi-même retrouvé des rythmes et des fréquences de nage plus soutenus, et mes petites fossettes abdominales se sont reconstituées. Ce qui me donne au moins un peu de confiance en moi, mais ne rend pas mon chagrin moins douloureux.

Mon ami Manu, celui qui me touche toujours tant par cet à-fleur-de-peau qu'il se trimbale partout et lui interdit la paix, m'a assez profondément troublé dans un commentaire, l'autre jour. Il a repris cette phrase où je disais que "l'essentiel de ma vie se (jouait) ailleurs" pour constater : "le lecteur que je suis pourrait le regretter, ou regretter au moins que cet essentiel ne passe plus par le filtre de ce blog. C'est égoïste, un lecteur. Ça voudrait tout partager, tout savoir, épauler quand il faut, rassurer quand c'est bien, piquer quand ça s'amollit, être ému, tourmenté, intrigué "à la place de"... Les manques risquent de se faire vifs si les deux eaux se séparent, si l'Oh vivant et l'Oh écrivant s'éloignent l'un de l'autre."

Alors je lui ai répondu ceci, qu'il me vient à présent à l'esprit de préciser : "Ce que je veux dire, manu, c'est pourquoi parler d'un écart libertin s'il n'a ni sens ni saveur ? Le blog continue à livrer l'essentiel de moi, rassure-toi. C'est l'essentiel qui n'est plus le même."

Des anecdotes comme celles que je viens de te raconter, que j'appelais avec délice mes petits péchés du jour, il m'en est arrivées quelques unes ces derniers temps. Et pas seulement à Roger Le Gall. Je ne suis même pas sûr qu'il m'en arrive moins que l'an dernier, quand je te donnais à voir l'homme exultant que j'étais. Le chagrin n'y a pas fait grand chose.

Ce qui a changé est différent. Mais pour l'expliquer, il me faut revenir là-dessus : j'avais une vie terne, rangée, sans passion, sans élan, une vie de couple d'où le sexe avait disparu depuis, quoi, au moins cinq ans. Au point que de crise en crise, nous avions repoussé les frontières du libertinage que nous nous autorisions l'un à l'autre. Et ces petits péchés devenaient le sel de ma vie. Il me plaisait de les partager avec toi, parce que ton regard me rassurait, extirpait de moi le sentiment peut-être de n'être que pervers et libidineux, il restaurait le droit à un intime désocialisé. Il me permettait de me jouer du grand comme du petit amour, parce qu'au fond le droit au plaisir autorisait qu'on déplaça les tabous. Et je pouvais continuer à me dire amoureux d'Igor, puisque nous n'avions jamais envisagé de remettre en cause notre union ou notre vie commune.

Et puis j'ai connu l'amour, et puis le chagrin d'amour. Et c'est ça qui a tout changé. Je n'ai pas moins batifolé en étant amoureux. Et des bites ont continué à croiser ma route au cœur de mon chagrin. Un tout petit peu moins qu'auparavant, peut-être. Mais dans tout cela, ce n'est pas le sexe, qui a changé - même si dans le chagrin, une fois passée la fulgurance des rencontres, la relation qui se prolonge me plonge dans une affreuse incongruité, voire un terrible ennui. Ce qui a changé, c'est la place que je lui accorde, au sexe. Être privé de mettre du sexe dans mon amitié amoureuse me déchire à présent, alors que mes petits péchés du jour sont devenu subalternes, pitoyables, pathétiques.

Vois-tu, Manu, je n'ai rien de plus à cacher aujourd'hui qu'hier. L'Oh! vivant et l'Oh! écrivant sont toujours les mêmes. Quand l'essentiel se joue ailleurs, ce n'est pas qu'il se cache à présent derrière la porte d'une cabine pour expurger son sperme, c'est simplement que ce sperme n'a plus vraiment "ni sens ni saveur", c'est ça, et qu'il m'apparait dérisoire d'en rapporter ici les éclats. Et du coup, ce que je te livre à présent y est beaucoup plus précieux, car beaucoup plus intime, je ne suis plus devant toi arrogant, mais le cœur à vif, et bien toujours totalement nu.

J'ai eu une longue discussion l'autre soir avec mon ami d'amour. Nous parlions de l'extinction du désir comme d'un phénomène inéluctable dans un couple. Et pour autant de la foi dans les envies de construire de l'en-commun, du sous-le-même-toit. Dans lequel de ces deux termes se trouve l'amour, dans le désir ou dans l'envie de construction ?

Si l'amour n'était voué, pour durer, qu'à se libérer du sexe, si ce n'était que ça, alors il devrait être possible. C'est donc qu'il y a d'autres hic. Je vais poursuivre cette exploration de mes doutes du coup, avec deux billets peut-être, dont j'ai déjà les titres :

de l'impossible réciprocité de l'amour

et voir l'amour et mourir

à suivre, donc...

22 avril 2009

la fontaine de l'inspiration

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Vue l'autre jour sur le blog de St-Loup, téléchargée, et revue plusieurs fois depuis dans le fouills de mon ordi : une image pour te montrer que je suis apaisé, et pour affirmer que j'apprendrai - je le jure, j'en suis capable - à admettre qu'un silence est plus souvent une respiration qu'un abandon. Qu'une contrariété, fût-elle un gros mensonge ou une petite trahison, peut parfois n'être qu'une protection voire une façon de remède, et pourquoi pas l'occasion d'un nouveau départ : lundi, seul, je prends mes affaires en main.

Constant Montald (La fontaine de l'inspiration - 1907) - Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique

21 avril 2009

le cobaye (14) un solstice de la vie

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Bonjour Le Prof,

Je vous ai un peu négligé ces derniers temps. Pas par désintérêt, vous vous en doutez, ni que vos réponses à mes questions ou le lien vers des études précédentes m'aient refroidi, mais la vie est ainsi faite que je traverse une période émotionnellement tourmentée de ma vie, et que mes priorités s'en trouvent chamboulées, tout comme le fonctionnement et le contenu de mon blog, qui retombe - j'espère provisoirement - dans ce qu'il a déjà été l'été dernier : une sorte d'exutoire à ma tristesse et à mes angoisses. Qui plus est à un moment où traditionnellement, avec le printemps, ma charge de travail se densifie, professionnellement parlant.

Bref, je vais tenter de reprendre le fil de notre entretien et de répondre à vos nouvelles questions. En vous remerciant de votre patience.

(Lire l'entretien par le début. Ou par l'article le plus récent)

Le Prof : je vous cite : « Au fil du blog, qu'est-ce qui s'est transformé dans mes relations avec les internautes ? Probablement y a-t-il moins de passion qu'au tout début. Dans les premiers mois, quand un lecteur venait à passer, et à me laisser un commentaire flatteur, je mettais beaucoup de cœur à entretenir cette relation naissante, j'y plaçais d'emblée beaucoup d'affect, pour peu qu'il ou elle fut lui-même blogueur, je m'investissais assez intensément dans le suivi de son propre travail... Et puis avec le temps, avec la répétition des schémas, un peu de lassitude ou de routine s'est installée, et je crois me situer aujourd'hui davantage dans le fond des sujets abordés et moins dans la forme de l'image que je construis à travers un échange. »

- Y a-t-il une bifurcation des objectifs initiaux depuis la création de votre site ?

- Par ailleurs : Avez-vous parfois envie d’abandonner, pourquoi abandon ? sur un coup de tête ? Pour d’autres raisons : changement de vie, de profession, de ville, lassitude, etc. ? Des manques enfin comblés, plus d’intérêt à faire un
blog ?


images.jpgOh!91 : D'abord, sur la bifurcation : je peux dire que oui, même si il m'est difficile de parler d'"objectifs initiaux". Au tout début, comme je vous l'ai expliqué, ce blog n'avait pas d'objectif clair : c'était faire de la chronique intime, revenir sur des moments de ma vie qui me paraissaient particulièrement structurants de ma personnalité, pour mieux me comprendre moi-même, pour m'accepter à travers le regard des autres, et tenter un exercice de vérité totale grâce au bénéfice de l'anonymat. Il y avait en outre comme un jeu avec les trois blogueurs devenus précédemment des amis et vis-à-vis desquels il y avait un enjeu de "maintenance" de cette jeune amitié.

Puis peu à peu, une sorte de "ligne éditoriale" s'est façonnée, comme une marque de fabrique conçue à mon insu, et relevée par les lecteurs, une façon de porter une espèce de solstice de la vie, assumer un certain libertinage tout en promouvant des valeurs, exprimer un certain engagement politique tout en l'encrant dans des relations pleines d'intime, vivre et exprimer des expériences totales.

L'eau voulait en être une sorte de fil conducteur, à partir de ma passion pour la natation, et de mon combat citoyen sur cette question. De fait, ce thème de l'eau n'a pas franchement tenu la rampe, même si les lecteurs qui connaissent le mieux mon blog s'amusent parfois à faire des commentaires en s'y référant. Et puis Entre deux eaux reste son titre.

Depuis, le "libertinage" et l'intimité corporelle ont presque disparu de ce blog. Il reste une intimité, mais que je qualifierais d'émotionnelle. Je ne saurais trop dire si c'est un passage ou une bifurcation, mais surtout cela tient aux évolutions de ma propre vie, plus qu'à celles du blog.

Abandonner le blog ? J'en ai parfois l'envie, oui. Mais je ne suis pas du genre à agir sur un coup de tête, l'étape de la jachère ouverte précèdera sans doute celle de l'abandon. Je ressens en tout cas parfois comme une extinction de la passion, une lassitude, comme vous dites. Je suis actuellement dans une telle phase. Mes émotions battent ailleurs. L'essentiel de ma vie se joue ailleurs. Et le partage devient surfait ou superflu - mais voyez que je prends malgré tout le soin de vous répondre. Et je le regrette car cette expérience, depuis que je la vis, a été d'une richesse inouïe au plan personnel. Elle se trouve peut-être même à l'origine de la déstabilisation psychologique où je me sens verser actuellement.

"Des manques enfin comblés", cette expression m'interroge. Le blog n'a pas été pour moi une façon d'aller vers les autres, je n'avais pas de manque de ce côté-là. J'avais surtout besoin d'exprimer des choses qui vont au delà des tabous familiaux et sociaux. Et j'ai satisfait ce besoin avec le blog. Parfois, j'ai l'impression d'avoir tout "déballé", qu'il ne me reste plus rien à dire, que j'ai fait le tour, ou de n'avoir plus de tabou à transgresser, et l'intérêt à tenir le blog peut s'en trouver estompé.

(la suite)