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23 avril 2009

de la dissociation du sexe et de l'amour (tryptique - 1)

brutos8333_by_TIM.jpg

Je suis allé nager à Roger Le Gall, hier midi. A une dizaine de mètres de moi dans le vestiaire, un garçon se séchait tandis que je me déshabillais. Il me regardait, je le regardais. J'enfilais mon maillot, lui son boxer. Nos sexes étaient lourds et se gonflaient.  Nous avons tous deux marqué un temps d'arrêt, effleuré nos sexes pour en souligner les marques du désir, les avons empoignés l'un et l'autre en nous regardant toujours. Les choses auraient pu en rester là, j'aurais pu finir d'ajuster mon maillot, rejoindre les douches et filer nager. Comme souvent cela arrive. Mais je suis allé me glisser dans une cabine de déshabillage, et il m'y a rejoint quelques secondes plus tard. Il a ôté son boxer, j'ai conservé mon maillot à mi-cuisse, il s'est accroupi et s'est livré à une fellation magistrale. J'aurais pu jouir dans sa bouche, n'eussent été mes principes dans ce domaine, et j'ai pensé que je ne m'étais pas laissé aller ainsi depuis longtemps. Il a appuyé son visage contre ma hanche, a observé mon sexe se ranger doucement, mon sperme couler sur mon ventre, s'est astiqué quelques minutes encore, deux ou trois, pas plus, et a joui à son tour. Je suis sorti le premier de la cabine pour aller me doucher. Nous n'avons pas échangé un mot.

brutos12845.jpgJ'avais souvent vu ce garçon auparavant par ici. Au tout début, il était un peu rondouillard, mais son assiduité au bassin lui a donné un abdomen agréable. J'ai moi-même retrouvé des rythmes et des fréquences de nage plus soutenus, et mes petites fossettes abdominales se sont reconstituées. Ce qui me donne au moins un peu de confiance en moi, mais ne rend pas mon chagrin moins douloureux.

Mon ami Manu, celui qui me touche toujours tant par cet à-fleur-de-peau qu'il se trimbale partout et lui interdit la paix, m'a assez profondément troublé dans un commentaire, l'autre jour. Il a repris cette phrase où je disais que "l'essentiel de ma vie se (jouait) ailleurs" pour constater : "le lecteur que je suis pourrait le regretter, ou regretter au moins que cet essentiel ne passe plus par le filtre de ce blog. C'est égoïste, un lecteur. Ça voudrait tout partager, tout savoir, épauler quand il faut, rassurer quand c'est bien, piquer quand ça s'amollit, être ému, tourmenté, intrigué "à la place de"... Les manques risquent de se faire vifs si les deux eaux se séparent, si l'Oh vivant et l'Oh écrivant s'éloignent l'un de l'autre."

Alors je lui ai répondu ceci, qu'il me vient à présent à l'esprit de préciser : "Ce que je veux dire, manu, c'est pourquoi parler d'un écart libertin s'il n'a ni sens ni saveur ? Le blog continue à livrer l'essentiel de moi, rassure-toi. C'est l'essentiel qui n'est plus le même."

Des anecdotes comme celles que je viens de te raconter, que j'appelais avec délice mes petits péchés du jour, il m'en est arrivées quelques unes ces derniers temps. Et pas seulement à Roger Le Gall. Je ne suis même pas sûr qu'il m'en arrive moins que l'an dernier, quand je te donnais à voir l'homme exultant que j'étais. Le chagrin n'y a pas fait grand chose.

Ce qui a changé est différent. Mais pour l'expliquer, il me faut revenir là-dessus : j'avais une vie terne, rangée, sans passion, sans élan, une vie de couple d'où le sexe avait disparu depuis, quoi, au moins cinq ans. Au point que de crise en crise, nous avions repoussé les frontières du libertinage que nous nous autorisions l'un à l'autre. Et ces petits péchés devenaient le sel de ma vie. Il me plaisait de les partager avec toi, parce que ton regard me rassurait, extirpait de moi le sentiment peut-être de n'être que pervers et libidineux, il restaurait le droit à un intime désocialisé. Il me permettait de me jouer du grand comme du petit amour, parce qu'au fond le droit au plaisir autorisait qu'on déplaça les tabous. Et je pouvais continuer à me dire amoureux d'Igor, puisque nous n'avions jamais envisagé de remettre en cause notre union ou notre vie commune.

Et puis j'ai connu l'amour, et puis le chagrin d'amour. Et c'est ça qui a tout changé. Je n'ai pas moins batifolé en étant amoureux. Et des bites ont continué à croiser ma route au cœur de mon chagrin. Un tout petit peu moins qu'auparavant, peut-être. Mais dans tout cela, ce n'est pas le sexe, qui a changé - même si dans le chagrin, une fois passée la fulgurance des rencontres, la relation qui se prolonge me plonge dans une affreuse incongruité, voire un terrible ennui. Ce qui a changé, c'est la place que je lui accorde, au sexe. Être privé de mettre du sexe dans mon amitié amoureuse me déchire à présent, alors que mes petits péchés du jour sont devenu subalternes, pitoyables, pathétiques.

Vois-tu, Manu, je n'ai rien de plus à cacher aujourd'hui qu'hier. L'Oh! vivant et l'Oh! écrivant sont toujours les mêmes. Quand l'essentiel se joue ailleurs, ce n'est pas qu'il se cache à présent derrière la porte d'une cabine pour expurger son sperme, c'est simplement que ce sperme n'a plus vraiment "ni sens ni saveur", c'est ça, et qu'il m'apparait dérisoire d'en rapporter ici les éclats. Et du coup, ce que je te livre à présent y est beaucoup plus précieux, car beaucoup plus intime, je ne suis plus devant toi arrogant, mais le cœur à vif, et bien toujours totalement nu.

J'ai eu une longue discussion l'autre soir avec mon ami d'amour. Nous parlions de l'extinction du désir comme d'un phénomène inéluctable dans un couple. Et pour autant de la foi dans les envies de construire de l'en-commun, du sous-le-même-toit. Dans lequel de ces deux termes se trouve l'amour, dans le désir ou dans l'envie de construction ?

Si l'amour n'était voué, pour durer, qu'à se libérer du sexe, si ce n'était que ça, alors il devrait être possible. C'est donc qu'il y a d'autres hic. Je vais poursuivre cette exploration de mes doutes du coup, avec deux billets peut-être, dont j'ai déjà les titres :

de l'impossible réciprocité de l'amour

et voir l'amour et mourir

à suivre, donc...

Commentaires

Étrange... Ça doit être le printemps, ou quelque chose du genre. Ce questionnement, même s'il n'est pas nouveau, tombe assez à pic étant donné une conversation que j'ai eue avec quelqu'un qui jusqu'à tout récemment m'était presque étranger. Et dans son cas à lui, son questionnement portait tout un fardeau de morale et de pressions sociales (l'Alberta n'est pas exactement le lieu de la plus grande ouverture en ce qui concerne la sexualité, encore moins lorsqu'elle se vit entre personnes du même sexe). Non, pas d'épanchements physiques entre lui et moi, mais il m'apportait tout son fardeau et un questionnement qui n'est pas loin du tien quant à cette séparation entre amour conjugal et expression extraconjugale de la sexualité. Tu n'es pas seul, donc (mais ça, tu devais bien le savoir).

Écrit par : Doréus | 23 avril 2009

L'impossible réciprocité de l'amour, voir l'amour et mourir.
Deux beaux titres.
Je crois que l'amour est réciproque,mais pas au même moment pour les partenaires que je supposerai être deux.
Laissant ainsi la place aux petits péchés qui n'ont que la saveur du "être encore vivant"
L'amour conjugal j'ai connu (31 ans),voir l'amour et mourir aussi (il est de l'autre côté des Pyrénées,(15 ans)
Les deux situations sont difficiles,déchirantes.
Elles sont tout de même tellement"riches"!!!!
La longévité des histoires...un grand mystère.

Écrit par : mume | 23 avril 2009

Peu importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse... Désir, amour?... Il me semble à moi que c'est la routine qui est le pire ennemi de la vie de couple ...
Quant à "voir l'amour et mourir"... non! mon dieu non! par pitié... je serais morte plusieurs fois sinon!... (ou alors plutôt une seule, ce qui d'un point de vue du raisonnement strictement logique (qui n'est pas mien) serait plus juste! et ce serait, à mon sens, encore plus triste... )

Écrit par : Rouge | 23 avril 2009

-> Doréus -> Le fardeau de la morale et de la pression sociale, on l'a tous. Il pèse parfois tant qu'il peut induire des comportements, des choix, la peur de se croire mal vu ou mal jugé de l'extérieur peut générer des blocages... J'ai parfois l'impression d'avoir été victime de tels ressorts, à l'origine de la rupture et de mon chagrin actuel, même s'ils ne sont pas les seuls ;
-> mume -> Merci pour les "beaux" titres, je crois qu'ils le sont, en effet, même si formuler ce que j'ai au fond du coeur sera un exercice difficile ;
-> Rouge -> Peut-être que ce "mourir" là ne se vit en effet qu'une fois, et donc échapper à y croire pourrait être l'objet de tout un long travail pour simplement demeurer vivant. Oh la la !...

Écrit par : Oh!91 | 23 avril 2009

Arf... je crois que je saisis pleinement ce que tu avances... il me serait difficile de faire le rapprochement avec ton histoire, je n'en connais pas assez (il me faudrait plusieurs jours de vacances pour pouvoir te lire!) mais je sais ce désespoir... mais j'aime à croire qu'à se maintenir en vie (artificielle?) on finit par retrouver le vrai goût de vivre... même si une étoile quelque part continue de briller dans l'obscurité... à la manière d'une étoile de berger...

Écrit par : Rouge | 23 avril 2009

Rouge, je pense que tu as raison... et tu le dis si bien.

Écrit par : Doréus | 23 avril 2009

Le temps tue bien plus surement que la routine, plus insidieusement aussi. Le désir est ephemere, sexualité pimentée ou pas. L'amour reste, arriere gout variable.

Écrit par : Cécile. | 23 avril 2009

-> Rouge -> "j'aime à croire qu'à se maintenir en vie (artificielle?) on finit par retrouver le vrai goût de vivre... même si une étoile quelque part continue de briller dans l'obscurité..." Ces mots, parmi tous ceux que j'ai entendus, sont peut-être ceux qui m'auront le plus donné du courage et de l'envie de me battre. Parce qu'ils ne nient ni le chagrin, ni les faux-semblants dans lesquels il va inévitablement falloir verser, ni l'étoile dont on ne voudrait surtout pas qu'elle disparaisse. Merci de cette aide à la lucidité ;
-> Doréus-> ...
-> Cécile -> Arrière-goût variable... bon, se préparer à ça, alors, mais j'en ai déjà l'intuition.

Écrit par : Oh!91 | 24 avril 2009

On m'a dit que le soleil était une étoile. Ici, il fait beau, et bizarrement le goût revient doucement. Faut dire que j'ai repris la cigarette - une béquille, sans doute, mais les béquilles aident parfois à se reposer.
J'attends les prochains posts - annoncer ses titres à l'avance, c'est du teasing ou je ne m'y connais pas.

Écrit par : manu | 24 avril 2009

Dans ce cas, je me permets juste de glisser un sourire dans ces mots.. :-)

Écrit par : Rouge | 24 avril 2009

Je ne crois pas que pour durer l'amour doive obligatoirement se "libérer" du sexe : l'amour "sexuel" peut durer, en devenant au fil des années source de complicité et de partage, de connaissance de l'autre de plus en plus grande. Et puis aussi, le désir — puisque quand on parle de sexe, c'est de désir que l'on parle — se cultive, s'entretient, se renouvelle...
Tout dépend des relations en fait. Certaines, pour durer, doivent sans doute "dépasser" l'étape sexe, mais c'est loin d'être une règle. En amour, comme en amitié, tout est envisageable, du moment que les deux parties trouvent leur épanouissement.

Écrit par : deef | 24 avril 2009

-> manu -> Moué ! mais pas d'impatience, hein ! Rien n'est écrit, encore. Je vais d'abord vous remettre une petite louchée inédite de l'entretien avec mon sociologue. Pour la béquille, tant pis, hein, tu la remiseras quand t'auras fini tes séances de rééduc' (quelle horreur, ce mot), l'essentiel, c'est quand même que le soleil soit redevenu une étoile. Et qu'il vagabonde parfois du côté du firmament ;
-> Rouge -> Bah ! J'en avais déjà décelé un, de sourire, dans tes mots...
-> deef -> Une amitié, avec du sexe dedans. Un truc qui s'inscrirait dans l'éternité, et dans quoi on mettrait quelques fois de grands secrets, comme dans les serments d'enfants, pour être sûrs que contre vents et marées le truc serait voué à l'exception. Où il y aurait la simplicité de l'amitié et l'intensité de l'amour, la voracité du désir et la frugalité de l'assouvi, les grandes eaux des élans amoureux et les eaux calmes des évidentes certitudes. Si c'est possible, ça, si vraiment ça existe, alors c'est exactement ça que je veux. Parce que l'amour assorti de rien, comme ça, brut, sec, net, il n'existe pas - j'ai peur - sans date de péremption, hélas, hélas ! Mille fois hélas !

Écrit par : Oh!91 | 24 avril 2009

l'extinction du désir dans un couple...

je ne crois pas qu'elle soit inéluctable, je dirais plutôt que l'intensité du désir varie.
Et aussi que l'on peut, en usant l'imagination, relancer le désir, du moins, tant qu'il y a de l'amour, de la confiance.

Parfois on passe de longues périodes sans faire l'amour et puis soudain ça repart et c'est bien.

je me trompe ou le libertinage est plus courant, plus facile, dans les relations homosexuelles que dans les relations hétéros?

Parce que les hommes avec qui j'ai vécu, question libertinage :-(
surtout de la mienne d'ailleurs

Écrit par : céleste | 24 avril 2009

oui mais là c'était un de plus, celui qui dit "j'ai bien fait de passer alors!" ou encore "ravie de vous avoir rendu service monsieur Ô!" ... un truc de ce genre donc!
et puis "ça" existe... forcément... sinon à quoi bon?! ( et l'amour assorti de rien, comme ça, brut, sec, net" moi ça ne me ferait pas peur, mais ça me ferait mal!)

Écrit par : Rouge | 24 avril 2009

Ca fait longtemps que je te lis mais là je me lance dans un premier post. Je suis souvent raccord avec tes positions, mais je m'inscris en faux quand tu parles de l'extinction du désir comme inéluctable dans un couple. Je dirais plutôt fluctuation, engourdissement et réveil soudain. Mais c'est surtout par le regard sur l'autre que le désir s'exprime : une épaule dénudée, un dos cambré, une fesse encore ferme et une cuisse musclée sont là pour nous le rappeler après 19 ans de vie commune. Mais ça n'empêche pas un certain libertinage pratiqué . On peut aimer d'amour et de sexe la même personne pendant longtemps.
Dans cette épreuve douloureuse que tu traverses mes pensées t'accompagnent.

Écrit par : arnaud | 24 avril 2009

Je ne suis pas sûre d'être pertinente mais votre billet me fait penser à une question que je me pose ces derniers temps : le sexe précurseur de l'amour, ou l'amour écrin indispensable au sexe ?

Écrit par : Gicerilla | 25 avril 2009

@Gicerilla : pour ma part, en toute certitude, "l'amour écrin indispensable au sexe" ... mais c'est récent, je viens de le découvrir à la quarantaine ...

Écrit par : M. | 26 avril 2009

-> Rouge -> Il y a des fois, je l'approche, en effet, et je pressens fort que ça existe, et que c'est à portée de main. A moi de me défaire des oripeaux qui m'empêchent de l'atteindre ;
-> arnaud -> merci d'avoir osé laisser ce commentaire. Il me touche parce qu'il a la force du témoignage, et évidemment, il contient sinon de l'espoir du moins une vision optimiste des constructions amoureuses auxquelles je veux croire au fond de moi...
-> Gicerilla -> ni l'un ni l'autre, peut-être ? N'ont-ils pas des vies indépendantes, croisant leur route de temps en temps, parfois s'installant sous le même toit, parfois non ?
-> M. -> Je vis du sexe sans amour. C'est comme ça. Sans déplaire à Bougrenette, je pourrais dire que c'est hygiennique. Donc c'est une compensation... Mais peut-être y a-t-il des temps où de telles compensations ne sont plus nécessaires...

Écrit par : Oh!91 | 26 avril 2009

"C'est séduisant parfois les oripeaux," rétorqua la princesse aux pieds nus, "en fait, ça dépend tellement du mec qui les porte..."

Écrit par : Rouge | 28 avril 2009

-> Rouge -> Il y a tellement de choses, au delà des oripeaux, qui dépendent du mec qui.

Écrit par : Oh!91 | 29 avril 2009

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