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21 avril 2009

le cobaye (14) un solstice de la vie

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Bonjour Le Prof,

Je vous ai un peu négligé ces derniers temps. Pas par désintérêt, vous vous en doutez, ni que vos réponses à mes questions ou le lien vers des études précédentes m'aient refroidi, mais la vie est ainsi faite que je traverse une période émotionnellement tourmentée de ma vie, et que mes priorités s'en trouvent chamboulées, tout comme le fonctionnement et le contenu de mon blog, qui retombe - j'espère provisoirement - dans ce qu'il a déjà été l'été dernier : une sorte d'exutoire à ma tristesse et à mes angoisses. Qui plus est à un moment où traditionnellement, avec le printemps, ma charge de travail se densifie, professionnellement parlant.

Bref, je vais tenter de reprendre le fil de notre entretien et de répondre à vos nouvelles questions. En vous remerciant de votre patience.

(Lire l'entretien par le début. Ou par l'article le plus récent)

Le Prof : je vous cite : « Au fil du blog, qu'est-ce qui s'est transformé dans mes relations avec les internautes ? Probablement y a-t-il moins de passion qu'au tout début. Dans les premiers mois, quand un lecteur venait à passer, et à me laisser un commentaire flatteur, je mettais beaucoup de cœur à entretenir cette relation naissante, j'y plaçais d'emblée beaucoup d'affect, pour peu qu'il ou elle fut lui-même blogueur, je m'investissais assez intensément dans le suivi de son propre travail... Et puis avec le temps, avec la répétition des schémas, un peu de lassitude ou de routine s'est installée, et je crois me situer aujourd'hui davantage dans le fond des sujets abordés et moins dans la forme de l'image que je construis à travers un échange. »

- Y a-t-il une bifurcation des objectifs initiaux depuis la création de votre site ?

- Par ailleurs : Avez-vous parfois envie d’abandonner, pourquoi abandon ? sur un coup de tête ? Pour d’autres raisons : changement de vie, de profession, de ville, lassitude, etc. ? Des manques enfin comblés, plus d’intérêt à faire un
blog ?


images.jpgOh!91 : D'abord, sur la bifurcation : je peux dire que oui, même si il m'est difficile de parler d'"objectifs initiaux". Au tout début, comme je vous l'ai expliqué, ce blog n'avait pas d'objectif clair : c'était faire de la chronique intime, revenir sur des moments de ma vie qui me paraissaient particulièrement structurants de ma personnalité, pour mieux me comprendre moi-même, pour m'accepter à travers le regard des autres, et tenter un exercice de vérité totale grâce au bénéfice de l'anonymat. Il y avait en outre comme un jeu avec les trois blogueurs devenus précédemment des amis et vis-à-vis desquels il y avait un enjeu de "maintenance" de cette jeune amitié.

Puis peu à peu, une sorte de "ligne éditoriale" s'est façonnée, comme une marque de fabrique conçue à mon insu, et relevée par les lecteurs, une façon de porter une espèce de solstice de la vie, assumer un certain libertinage tout en promouvant des valeurs, exprimer un certain engagement politique tout en l'encrant dans des relations pleines d'intime, vivre et exprimer des expériences totales.

L'eau voulait en être une sorte de fil conducteur, à partir de ma passion pour la natation, et de mon combat citoyen sur cette question. De fait, ce thème de l'eau n'a pas franchement tenu la rampe, même si les lecteurs qui connaissent le mieux mon blog s'amusent parfois à faire des commentaires en s'y référant. Et puis Entre deux eaux reste son titre.

Depuis, le "libertinage" et l'intimité corporelle ont presque disparu de ce blog. Il reste une intimité, mais que je qualifierais d'émotionnelle. Je ne saurais trop dire si c'est un passage ou une bifurcation, mais surtout cela tient aux évolutions de ma propre vie, plus qu'à celles du blog.

Abandonner le blog ? J'en ai parfois l'envie, oui. Mais je ne suis pas du genre à agir sur un coup de tête, l'étape de la jachère ouverte précèdera sans doute celle de l'abandon. Je ressens en tout cas parfois comme une extinction de la passion, une lassitude, comme vous dites. Je suis actuellement dans une telle phase. Mes émotions battent ailleurs. L'essentiel de ma vie se joue ailleurs. Et le partage devient surfait ou superflu - mais voyez que je prends malgré tout le soin de vous répondre. Et je le regrette car cette expérience, depuis que je la vis, a été d'une richesse inouïe au plan personnel. Elle se trouve peut-être même à l'origine de la déstabilisation psychologique où je me sens verser actuellement.

"Des manques enfin comblés", cette expression m'interroge. Le blog n'a pas été pour moi une façon d'aller vers les autres, je n'avais pas de manque de ce côté-là. J'avais surtout besoin d'exprimer des choses qui vont au delà des tabous familiaux et sociaux. Et j'ai satisfait ce besoin avec le blog. Parfois, j'ai l'impression d'avoir tout "déballé", qu'il ne me reste plus rien à dire, que j'ai fait le tour, ou de n'avoir plus de tabou à transgresser, et l'intérêt à tenir le blog peut s'en trouver estompé.

(la suite)

Commentaires

"des manques enfin comblès"... peut être pas au sens "manque nécessité" mais au sens "besoin implicite..." ? je remarque que beaucoup de blogueurs (et j'en suis..) écrivent des choses que leur entourage proche ignore et ne lit pas car il ignore l'existence du blog...

Écrit par : Francis | 21 avril 2009

Une ligne éditoriale qu'il me restera à découvrir donc! Et puis, merci d'être passé...

Écrit par : Rouge | 21 avril 2009

"L'essentiel de ma vie se joue ailleurs"... le lecteur que je suis pourrait le regretter, ou regretter au moins que cet essentiel ne passe plus par le filtre de ce blog.

C'est égoïste, un lecteur. Ca voudrait tout partager, tout savoir, épauler quand il faut, rassurer quand c'est bien, piquer quand ça s'amollit, être ému, tourmenté, intrigué "à la place de"...

Les manques risquent de se faire vifs si les deux eaux se séparent, si l'Oh vivant et l'Oh écrivant s'éloignent l'un de l'autre.

Et ça, c'est pas de la pression ?

bises

Écrit par : manu | 21 avril 2009

Le blues du blogueur est un vrai ressenti ; un autre de mes blogues préférés vient de s'éteindre, le deuxième en moins de trois mois.
Parfois, c'est un sentiment que j'ai également éprouvé. Mais alors, je me contente de ne plus poster, provisoirement. Sans tuer le blogue pour autant. Ce "passage à l'acte" ne m'a jamais vraiment tenté. Peut-être parce que je suis encore un "jeune" blogueur.
Ou peut-être parce que, depuis quelque temps, au contact d'autres blogueurs et blogueuses de talent, ma propre mini ligne éditoriale (si on peut parler en ces termes) est en train d'évoluer...
Quoi qu'il en soit, pars pas Oh!, steupl ))

Écrit par : deef | 21 avril 2009

-> Francis -> Mon entourage proche ne lit rien de ce que j'écris ici, évidemment, mais ceux qui le lisent deviennent de plus en plus mon entourage proche... les lignes bougent, et la posture n'est plus simple à tenir ;
-> Rouge -> Bienvenue par ici, prends ton temps, il y est parfois aussi question de douleurs, finalement assez superficielles, et pourtant aussi rouges ;
-> manu -> Mieux vaut cette pression que l'autre dépression. Ce que je veux dire, manu, c'est pourquoi parler d'un écart libertin s'il n'a ni sens ni saveur ? Le blog continue à livrer l'essentiel de moi, rassure-toi. C'est l'essentiel qui n'est plus le même ;
-> deef -> je crois que nos états d'esprit se ressemblent. Mais nous sommes de la même génération de blogueurs, je crois...

Écrit par : Oh!91 | 21 avril 2009

Ne connaissant votre blog que depuis peu de temps, je n'ai pas pu voir s'il perdait de sa saveur.
Je n'ai pas encore fait le tour de vos écarts libertins alors je sais que j'aurais des heures de lecture devant moi, même si le blog s'arrêtait (du moment qu'il est toujours en ligne). ;-)

Et pourtant, en dépit de ces assurances très égoïstes, je serai triste de ne plus avoir de vos nouvelles, puisque maintenant j'en ai pris l'habitude. Ce serait comme si vous cessiez d'exister !
Rien n'est éternel, c'est certain, mais ainsi va la vie : on aime à le croire. Peut-être aussi se pardonne-t-on plus facilement nos infidélités, nos propres abandons, que ceux que l'on subit ?

Car l'exposé de votre intimité, s'il vous mène aujourd'hui à une sorte de lassitude que l'on peut bien comprendre, comble en nous vos lecteurs des manques que peut-être nous ne savons pas encore analyser. Et votre expérience, parmi d'autres, nous aide aussi à avancer.
Je ne m'étais pas plongée dans l'introspection de mes propres émotions depuis bien longtemps (en fait l'adolescence) avant de lire votre blog !

Alors merci pour ce partage émotionnel et intellectuel, et faites avant tout ce qui est bon pour vous.

Écrit par : Artémis | 22 avril 2009

-> Artémis -> Vous me dites des choses à la fois troublantes et que je partage profondément. Voire que j'ai déjà exprimées ici-même. Comme par exemple que l'on ne peut pas, qu'on n'a pas le droit de se considérer seul maître de son blog. Sous prétexte qu'on est seul à en détenir les codes d'accès. Dès lors qu'on prend l'initiative du partage, et que l'on entraîne du monde, des amis de passage, des relations qui s'installent, dans cette démarche, alors on a une responsabilité vis-à-vis de ces gens. Quelque chose qui s'appelle du respect et de la considération. Je le crois profondément, et il m'est arrivé de me fâcher avec des amis qui avaient décidé sur un coup de tête de tout arrêter.
Je pense d'ailleurs que quand me vient l'envie d'arrêter, c'est rarement au regard de ma propre lassitude, mais quand j'ai l'impression moi-même de lasser, quand je vois s'installer un certain désintérêt, c'est là, alors, que je me dis que je me suis fourvoyé, que je n'ai pas été à la hauteur, et qu'il est peut-être temps de passer à autre chose...
Ce que vous me dites, des émotions introspectives que réveillent vos lectures, je l'ai ressenti moi en mai-juin 2008, avec un autre blog, et c'est cette rencontre qui m'a conduit, six mois plus tard, à m'engager dans cette aventure. Peut-être un jour aussi y viendrez-vous, et entrainerez-vous à la faveur d'une rencontre d'autres initiatives, et ainsi va la vie, avec des relais qui se passent...
Merci en tout cas de toutes ces choses que vous écrivez : à elles seules, elles me donnent du sens à cet engagement, et me procurent à moi l'envie et le courage de poursuivre.

Écrit par : Oh!91 | 22 avril 2009

Merci de votre réponse, elle me touche.
Et bravo pour votre capacité à rebondir !

Écrit par : Artémis | 22 avril 2009

Bien sur qu'il faut continuer!Lassitude,soucis,chagrins,notre lot à tous.
En ce moment j'ai besoin de savoir que "mes" blogs sont bien là .
J'en suis rassurée,aidée pour affronter les angoisses du moment.
Je me répands,répands, répands....
Continues ton œuvre, (salvatrice pour moi) tes émois partages les avec ton lectorat attentif.
Nous progressons chacun d'un côté du clavier et de l'écran.
Je n'ai pas terminé ma croissance.
Je tu, je tu,je ne sors pas de l'irritation ombilicale!

Écrit par : mume | 22 avril 2009

-> Artémis -> Moué... je me sens retrouver un peu d'énergie et de lucidité, par moment ;
-> mume -> l'irritation ombilicale, je ne suis pas sûr de comprendre, mais c'est joli comme expression.

Écrit par : Oh!91 | 23 avril 2009

Permets moi de commenter comme si j'annotais ton blog... Sur le côté "jachère ouverte", je suis entièrement d'accord.

Je pense souvent à, je suis tenté, d'arrêter mon blog. On est pas tenté d'arrêter les haricots verts, le macramé, les abdos quand on est pas sportif. On oublie, on passe outre, ça s'en va tout seul. Par contre le blog, on est tenté d'arrêter, ça démange, ce n'est pas innocent, ça demanderait une sorte d'effort radical, une violence. Pourquoi ?

Pour moi, j'ai fait des textes courts que je n'aurais pas fait sinon, c'est - mathématiquement - mieux que rien. J'ai aussi noué des liens. Pour ça, je trouve qu'il serait immature et idiot de tout sabrer.

On peut être tenté d'arrêter aussi, parce que "écrire" dans un blog, au bout d'un moment, c'est un miroir peu aimable. Et puis on se dit que c'est "péjoratif", qu'arrêter, ça serait passer à autre chose. La tentation d'arrêter, c'est parfois une réaction d'orgueil.

Je reviens sur le "libertinage plus tard...

Écrit par : balmeyer | 09 mai 2009

Pour le "libertinage", donc, c'est un peu dommage, mais j'imagine que c'est passager.

Tu as une façon bien à toi de "bloguer érotique", cru, sans maniérisme. Parfois, ailleurs, l'érotisme est décoré avec plein de termes poétiques, comme un arbre de noël, et teinté d'une étiquette "le mal le démon le toxique la punition", qui trahit une grande pudibonderie.

Tu y arrives sans "culpabilité", le sexe ressemble avec toi à une sorte de grande piscine, c'est sain, naturel, serein. J'apprécie vraiment cette approche.

Écrit par : balmeyer | 09 mai 2009

-> balmeyer -> Annote, donc, annote, j'aime beaucoup ça... Merci pour "ma façon de bloguer érotique". Au fond, je crois que je "blogue politique", je "blogue culturel" ou je "blogue touristique" un peu de la même façon, pas par talent, mais parce que je ne sais pas faire autrement. A bientôt.

Écrit par : Oh!91 | 10 mai 2009

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