Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

17 avril 2009

je devrais voir quelqu'un

1844623931_small_1.jpg

Me voilà bien, moi, à devoir me mettre le chagrin dans la poche pour écrire la critique d'un livre. Bon, quand on a écrit sur un opéra, on doit bien pouvoir parler d'un livre, non ? Surtout si on l'a aimé, qu'on s'y est vu, enfin, qu'on y a reconnu quelques unes de ses piteuses évidences. Et ses peurs.

Encore plus si c'est celui d'une amie.

silly - Copie.jpgUne amie. Justement, c'est sa meilleure amie qui conseilla un jour à Sarah d'aller voir quelqu'un. Quel cliché ! Elle pourrait s'en gloser encore, tiens ! Sa meilleure amie... Enfin, l'amie parfaite, quoi, l'exemple, l'irréprochable, la plus-que-parfaite, donc la plus-qu-insupportable, le contre-modèle total - et qui s'ignore comme tel, forcément.

Ce n'est pas qu'elle n'a pas cherché à s'en débarrasser, de ce petit monsieur tapis dans l'ombre, légèrement en arrière de l'orbite, avec son feutre noir. Avant finalement de se résoudre à s'en jouer. Alors maintenant qu'elle l'a domestiquée, sa folie, tu parles qu'elle va aller la brader sur un divan !

Il y a dans ce roman, fluide, trois personnages. Enfin, il y a toi, moi, elle, lui, tous ceux qui se sont frottés aux aigreurs de l'amour jusqu'à s'y perdre, et ceux qui ont cru atteindre le bonheur en s'affranchissant de ses escarpements. Je n'ai pas arrêté d'y voir des gens connus, et d'y croiser mon imbécillité d'homme. Dans Julien, tiens, qui a tout mais se silly - Copie (5).jpgperd dans... comme moi je m'écorche sur... Il y a aussi ce pouvoir magique de l'écriture, qu'en fait tu ne maîtrises jamais puisque c'est lui qui dicte sa loi. En écrivant, tu crois donner vie à un personnage, mais c'est lui qui prend possession de toi. Tu as le pouvoir de lui ouvrir toutes les voies, jusqu'au loufoque, mais c'est hors d'aspect qu'il construit son réel. Le tangible ne s'anime qu'une fois écrit, sinon l'intangible prend toute la place, et la folie s'instille, et les preuves s'inversent, attestant de ce qu'elles sont mais surtout de ce que tu es.

Ce trio te dis la vie et l'impossibilité de l'amour, comment n'y aurais-je pas été en résonance ?

silly - Copie (6).jpgJ'ai hésité à commencer cette note plutôt comme ça : il faudrait que moi j'aille voir quelqu'un. J'y pense sérieusement. Quelqu'un qui m'aiderait à comprendre pourquoi je laisse l'amour m'envahir et me détruire. Qui me ferait admettre que les hommes ne sont que ce qu'ils sont, et jamais ce qu'on voudrait qu'ils soient, quelqu'un qui me ferait digérer, intégrer, assimiler, une fois pour toutes, une bonne fois pour toutes, que je n'aime pas celui que j'aime, mais simplement l'idée que je m'en fais, que ç'eut pu en être un autre, et qu'au fond cette figure de l'homme aimé n'est qu'une chimère - fût-elle bien plantée là dans le champ de vision, ou juste un peu à l'écart. Une intrusion qui n'a d'autre fonction qu'aiguiser ton orgueil. Que te démettre la raison. La souffrance est son alibi.

Quelqu'un qui non seulement me dirait avec le poids de la science tout cela que je sais déjà, mais qui me ferait trouver absolument absurde et loufoque de persister, qui me ferait rire de moi, rougir de honte, me fendre carrément la poire, et ne laisser à la spirale destructrice que la liberté de s'absorber elle-même.

Je vais y aller, d'ailleurs, voir quelqu'un, avant d'être définitivement amouraché de ma folie. Avant qu'un de mes meilleurs amis ne me le silly - Copie (4).jpgsuggère, histoire de lui épargner cette incongruité.

Tout cela, donc, pour te dire - car je m'égare : file lire Tu devrais voir quelqu'un, le premier roman d'Emmanuelle Urien (Editions Gallimard). Heureux en amour ou pathétique dans les tourments, files-y, tu y trouveras ton enfant de Bohême. Et un réel plaisir de lecture.

9782070123568.jpeg(Une version sonore du chapitre premier s'écoute ici, performé avec la complicité de Manu Causse)

(Pourquoi ces illustrations ? C'est que, pour moi qui ne me suis remis à lire qu'à la faveur de mes aventures en blogosphère, je lui ai trouvé, à l'intrus du roman, avec sa silhouette noire et son chapeau sur la tête, une étonnante allure de Balmeyer. Y compris sous les traits du jeune homme naïf et lumineux qu'y dessinera Sarah tantôt. Parce que je connais aussi l'original. Voilà un avatar qui m'a accompagné tout au long de la lecture)

Commentaires

Je suis heureux de te voir lire.
C'est peut être le début de la fin de ton enfermement, en tout cas je te le souhaite.
Ton billet me donne envie d'acheter ce livre.
Je te conseille pour une vision de la difficullté des relations entre les hommes (et les femmes...) "Pour un oui ou pour un nom" de Nathalie Sarraute, une courte pièce avec deux personnages qui tentent d'échanger sur leurs attentes, leurs joies et leurs peines et le regard qu'ils portent sur l'autre.

Allez courage.
Le printemps est là et les fleurs de cerisiers ne vivent que quelques semaines. Après tu pourras croquer dans le fruit et recracher les noyaux.

Écrit par : Le printemps | 17 avril 2009

Tiens ! Un billet !
;-)

Écrit par : Nicolas J | 17 avril 2009

Tu donne vraiment envie de lire le livre!

Voir quelqu'un, je l'ai fait.
J'ai décidé de le faire quand je me suis retrouvée dans une situation de souffrance qui soudain m'est apparue incongrue, stupide.

"et ne laisser à la spirale destructrice que la liberté de s'absorber elle-même."

c'est bien ça.

pour moi ça a marché, une aventure au fond de moi même suivie d'une renaissance.

baci baci

Écrit par : céleste | 17 avril 2009

Voir quelqu'un, je l'ai fait, je le fais,soutient psy ,soutientpilule "rose".
Et pourquoi pas,qu'importe la recette,l'important est de vivre avec soi même,apaisé,regardé,apprécié,partagés sourire à l'amour présent,sourire encore à celui passé.
Toutes ces amours te donnes quelque chose,tu donnes autant que tu reçois.
La pilule est parfois amère,douloureuse,tu sais bien qu'un coup de pied au fond de la piscine...

Écrit par : mume | 17 avril 2009

"Je n'aime pas celui que j'aime, mais simplement l'idée que je m'en fais, que ç'eut pu en être un autre, et qu'au fond cette figure de l'homme aimé n'est qu'une chimère"

Oui-oui-oui, c'est tout à fait cela que j'ai fini par comprendre après une quinzaine d'années d'élans déçus ! Maintenant que je suis parvenue à intérioriser cela (les vestes, cela aide !) je profite plus à fond de ce que mes rencontres me donnent, j'attends moins des autres. J'implique bien moins souvent du désir sexuel (l'autre n'est pas ma chose) dans l'envie que j'ai de connaître quelqu'un d'autre et je suis plus généreuse aussi, plus épanouie... et beaucoup plus appréciée. J'assume mes pulsions mais je les prends pour ce qu'elles sont : des phantasmes, destinés à me rassurer et à canaliser ma libido... et j'évite de faire des km de vélo autour de mon nombril !

Ce témoignage pour vous dire que, tout comme il y a des spirales infernales, il y en a aussi de positives, et vous êtes sans doute (par la simple formulation de cette évidence si difficile à admette) sur la voie vers plus de sérénité. Ce qui ne veut pas dire moins d'émotions !

Écrit par : Artémis | 18 avril 2009

14 années de relation amoureuse avec un psychanalyste , j ai vu l envers ( l enfer ? ) du décor .. et me suis souvent demandé comment il pouvait y avoir une telle faille dans la personnalité de quelqu un .
j étais tres amoureux , le suis encore , il m a détruit ..
dernières nouvelles il est triste de m avoir largué..
cynique , pervers ?
je devrais voir quelqu un ???

Écrit par : Alibaba | 18 avril 2009

-> Nicolas J -> Oui, ben, ça va ! L'as-tu seulement lu !?!
-> Céleste -> J'en suis là, ma souffrance m'apparaît incongrue, c'est donc bien le moment d'y aller. Comme j'aimerais retrouver ton état de sérénité !...
-> mume -> en fait, j'ai peur de la pilule, ça me fait flipper à donf ! Je voudrais consulter pour éviter d'avoir à absorber des médocs, c'est sans doute con, parce que le plus important serait que j'aille tout simplement bien, mais tout ce qui est drogue ou médicament, je te jure, ça me fait peur ,
-> Artémis -> Merci de ton passage, sois la bienvenue. Ton témoignage parle de lui-même, je voudrais pas me retrouver à sortir mon vélo pour découvrir mon nombril !... Déjà qu'avec une trottinette, ça saoule tout le monde !
-> Alibaba -> Je ne sais pas trop quoi te dire : sans doute être psy ne prémunie pas contre la perversion, il faut distinguer l'homme et le professionnel, mais je ne connais pas ton histoire : être aidé pour sortir d'une souffrance, moi je trouve l'idée convaincante... Merci de ton passage.

Écrit par : Oh!91 | 18 avril 2009

Le bouquin ? Non.

Écrit par : Nicolas J | 18 avril 2009

Il faut rendre à César : "faire du vélo autour de son nombril" est une expression de Manu Causse cité par Bougrenette dans un commentaire sur votre blog (28 mars).

Écrit par : Artémis | 18 avril 2009

Mes excuses ! c'est vous qui l'avez cité à l'attention de Bougrenette...
Bref, cette expression est vraiment parlante.

Écrit par : Artémis | 18 avril 2009

-> Artémis -> Eh! bé, je ne sais pas qui tu es, mais je vois que tu suis assidument mes pas, ou que nous suivons les mêmes. Le coup du vélo autour du nombril, je l'avais effectivement volé sur le blog de Manu Causse (voilà qui est rendu à César) pour répondre à Bougrenette. En te lisant hier, je m'étais dit : ah! ben en fait, c'est une expression connue... En fait, elle appartient désormais à notre cercle, que nous allons tâcher d'ouvrir au delà de nos nombrils respectifs, donc. Et excuse-moi pour le tutoiement, il m'a échappé.

Écrit par : Oh!91 | 18 avril 2009

C'est marrant, j'ai pensé à tpitout a l'heure en lisant chez Mandor sa critique de ce livre et en decouvrant une photo de Manu qui accompagnait l'auteure a la guitare lors d'une lecture publique ...

Écrit par : Manue | 19 avril 2009

-> Oh!91 -> Et oui c'est ma première visite sur votre blog (bon moi je vais continuer à vouvoyer, mais y'a pas de lézard si la réciproque n'est pas vraie ;-)).
Un ami m'a recommandé votre interview auprès du sociologue et j'ai été fascinée. Je l'ai lue 2 fois. J'ai beaucoup apprécié votre approche sur cette expérience (le blog) et aussi votre manière de répondre, que j'ai trouvée très subtile. On sent l'envie d'être juste, de ne pas tomber dans la complaisance, quitte à ne pas donner la réponse attendue.
Vous m'avez tapé à l'oeil ! Et puis ensuite touchée avec vos derniers messages un peu tristes. Je reviendrai sans doute lire les notes plus anciennes, ainsi que les prochaines.
Bonne continuation !

Écrit par : Artémis | 19 avril 2009

-> Manue -> Et alors, plutôt mignon, le Manu en question, avec ou sans sa guitare, non ? Ils sont épatants tous les deux dans l'exercice de la lecture publique, je les ai vus au salon du livre ;
-> Artémis -> Eh! bien disons que c'est une belle rencontre, et pour moi une agréable surprise. Sachez que l'enquête du sociologue se poursuit. J'ai répondu récemment à de nouvelles questions et je m'apprête à en publier de nouveaux extraits. A bientôt alors...

Écrit par : Oh!91 | 20 avril 2009

J'ai hâte de lire la suite des témoignages du Cobaye ! Tiens je me demande dans quelle mesure votre vague à l'âme actuel va teinter vos réponses... Pensez-vous que cela peut influencer votre manière d'aborder le sujet ? Sans doute est-il intéressant pour le sociologue de s'entretenir avec vous sur une longue période, afin d'ajouter de nouvelles facettes à la matière ainsi recueillie.

Écrit par : Artémis | 20 avril 2009

Zut, zut et re-zut ! Je relis mon commentaire et je me trouve gonflée d'avoir dit cela ! J'ai l'air de faire du voyeurisme et de minimiser ce que vous vivez ! Toutes mes excuses ! Pardon, pardon, pardon ! Trop nulle ! Ou là là, j'ai envie de rentrer 10 pieds sous terre...

Écrit par : Artémis | 20 avril 2009

Voir quelqu'un, j'ai lu. je viens chez Oh parce que Manu nous a placés côte à côte dans son post de ce lundi (quel flemmard, se reposer sur nous ah ah !)
Ben voilà un lien supplémentaire pour l'arbre à palabres. Tu peux venir y psychoter si tu veux

Écrit par : Zoë Lucider | 20 avril 2009

-> Le Printemps -> Bien reçu ton conseil de lecture. L'été approche, je vais me préparer une petite livraison. Dis, le noyau en travers du gosier, c'est normal ? (PS : excuse, je croyais avoir répondu à ton com depuis longtemps déjà, et je me rends compte qu'il s'est retrouvé zappé...! mystère...!)
-> Artémis -> Vous verrez dès demain, je crois que mon changement d'état d'esprit est perceptible, je ne sais pas si pour le sociologue il y aura là une matière en soi. Vous, en tout cas, vous pourrez en juger (PS : il n'y a aucun tabou pour vos commentaires, il n'y a pas d'ailleurs de maladresse, ce serait un comble que vous soyiez déprimée, simplement parce que je le suis moi-même...);
-> Zoë Lucider-> Ah! sacré Manu !... Je vais aller zyeuter par chez toi, et psychoter aussi un peu, puisque c'est de ça dont j'ai besoin en ce moment. Merci et bienvenue, en tout cas.

Écrit par : Oh!91 | 20 avril 2009

Je te l'offrirai lors de notre prochain RV.

Écrit par : le printemps | 21 avril 2009

-> le printemps -> J'accepte. Ce sera mon premier Sarraute.

Écrit par : Oh!91 | 21 avril 2009

Etonnée et sans doute déconcertée par ce livre prenant, qui se lit avec plaisir malgré tout... Il joue à merveille sur plusieurs registres et n'épargne pas son lecteur tout retourné...

Écrit par : sylvie | 17 octobre 2009

-> sylvie -> Votre commentaire est assez juste, et je suis heureux que vous en ayez apprécié la lecture.

Écrit par : Oh!91 | 18 octobre 2009

Les commentaires sont fermés.