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31 mars 2009

le cobaye (11) la politique par la grande porte

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Aller, encore une petite tranche de cet entretien qui se poursuit. Sur les mots-clé, cette fois : ça faisait longtemps que je n'avais plus fait d'état des lieux. Je m'interroge toujours d'ailleurs sur le fait de savoir si ces relevés instruisent sur le niveau de référencement d'un blog, ou sur la nature des usages et des pratiques que permet Internet...


10ème partie :

Le Prof : je vous cite: "Quand elles vous disent qu'un lecteur arrivé par hasard, via une requête, s'est attardé plusieurs pages sur votre blog"
-    quels sont les mots qui amènent les lecteurs sur votre site ?
-    Une catégorie des types de blogueurs ?

Oh!91 : Alors là, il y a un sacré tri à faire. Les principales requêtes sont d'ordre sexuel (au cours du mois écoulé, presque 200 arrivées par le mot clé "prépuce", 125 par diverses requêtes ayant trait à la masturbation, et 70 sur différents sujets liés à la nudité, à la culture gay ou à des pratiques sexuelles). Si je mets celles-ci à part, on arrive sur mon blog par des entrées extrêmement différentes, sans qu'il soit simple d'en distinguer une hiérarchie.

Voici ce que ça donne pour le seul mois écoulé :

- depuis mon hospitalisation, en octobre, un registre de santé ("toilette au lavabo" fait un carton, avec 23 requêtes encore ce mois-ci, tout comme "douleur derrière l'omoplate", 11), "chiropracteur" (2), "séropositif" (2),
- des phénomènes de société (les "hikikomori", 14 requêtes),
- des artistes ou des titres d'œuvre ("restons amants", 37 requêtes ; Oum Kalthoum, 9 ; Abou Nouasse, 5 ; Diane Dufresnes, 2 ; Akiko Suwanai, 2 ; "l'alpenage de Knobst", 3...)

Les entrées politiques se font rarement par la grande porte, mais sont bien à l'image de mon blog : Olivier Pulvar (21), gérard delver (8), Olivier Portecop (6) et guillaume Pigeard de Gurber (6) - qui font parite des auteurs du manifeste des 9 - ou encore "dignité humaine" (6), "file d'attente préfecture blog étrangers" (2), "Chifa", en référence à l'hôpital de Gaza (2), "la mort de Boudiafe" (2).

Il y a eu d'autres périodes où les événements de Palestine occupaient une proportion sensiblement plus importante de mes visiteurs.En ce qui concerne la "typologie" de mes lecteurs, elle est difficile à établir, me semble-t-il. Des gens biens, à n'en pas douter. Presque autant d'hommes que de femmes, plus d'hétéros que d'homosexuels, et je dois dire que je suis assez satisfait de ce brassage. Surtout des gens de gauche, mais pas nécessairement engagés ou militants. Les plus militants ont un rapport assez distant avec mon blog, j'en ai l'impression. Et quelques auteurs, ce qui me flatte.

29 mars 2009

vous avez gagné 1 point

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J'étais un peu fébrile, samedi matin, en ouvrant le courrier qui portait la mention Ministère de l'Intérieur, avec, tu sais ?, le profil de Marianne sur fond bleu-blanc-rouge. De ce genre de courrier qui ne s'ouvre pas, d'ailleurs, mais se décachette, en déchirant une languette le long de pointillés en haut et sur les côtés. D'une première lecture rapide et désordonnée, je lis infraction, je vois "1 point", une date, une heure, un lieu, je ne comprends pas bien de quoi il s'agit. Bon, déjà, c'est à L'haÿ-les-Roses, et en pleine nuit, donc ce n'est pas la contravention du halo. Premier soulagement. Note que ça faisait un mois et demi. Cet éclat de lumière dont j'avais cru qu'il me harponnait sur le fil n'avait donc du en définitive provenir que d'un pauvre touriste - dans ce quartier, évidemment !...- mais m'avait donné du noir que j'avais allègrement broyé avec toi.

Alors deuxième réaction, je me suis dis merde ! c'est encore autre chose, un flash que je n'ai même pas remarqué, Putain, moi qui me tiens à carreau !.... Le temps de déposer ma tête sur un coin de table, de reprendre mon souffle, je relis la missive dans son intégralité, et je découvre qu'en fait : un point vient de m'être généreusement restitué, parce que depuis mon infraction de L'Haÿ, il y a plus d'un an, je n'ai précisément commis aucune nouvelle infraction. Mon nouveau solde - cumulé sur ma carte de fidélité de la sécurité routière - s'établit désormais à 10 points !

Le tout accompagné de l'expression de la considération distinguée de Marianne. C'est pas la classe, ça ?

28 mars 2009

la rue de la Cité

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Il y a à Paris de belles choses, et au centre de paris les plus belles de toutes. Les étrangers affluent pour s'y faire photographier. Et au centre du centre, sur l'Île où Paris a commencé, le joyau : la Cathédrale. Concentration de beauté, concentration de symboles, concentration de touristes.

L'Île a une autre face. A cinquante mètres à peine de Notre-Dame. Juste de l'autre côté de la rue de la Cité. Une autre concentration d'étrangers. Eux ont en main une convocation. L'espace de la file d'attente est protégé contre la pluie, c'est déjà ça. Ils franchissent un portique de sécurité, par grappes de dix. Ils viennent de plein de pays, comme ceux d'à côté, ceux du parvis. Mais ceux-là n'ont pas d'appareil photo, ils ont un sac avec des documents. Plein de documents. A peu près tout ce qu'ils ont amassé en un an, en cinq ans, en dix ans. Ils les ont tous pris, de toute façon, il leur en manquera un. Eux ont en commun aussi cette boule, là. Certains l'ont dans le gosier, d'autres au fond de l'estomac, et elle leur rend la tête lourde. Ils ont été convoqués en préfecture à 13h 30, sont arrivés une ou deux heures plus tôt, seront appelés deux ou trois heures plus tard. Et ils repartiront, certains avec un titre, d'autres avec une nouvelle convocation, ou une nouvelle liste de pièces à fournir.

Nous étions dans la salle Asie-Océanie. Je n'ose même pas imaginer à quoi ressemble la salle Afrique. Pour tuer le temps, nous regardions ses photos d'identité. Sous l'œil gauche, on distinguait une légère cerne, c'est lui qui l'avait noté. Avec un petit cache blanc, nous dissimulions alternativement la moitié droite du visage, la moitié gauche, puis nous recommencions. La photo était sérieuse, inexpressive, conforme à la loi. Une moitié était juste claire, l'autre était juste grave, en l'une scintillait de l'espoir, en l'autre cheminait de l'angoisse, l'une était le parvis, l'autre était le portique. Deux humanités côte à côte. Juste. Je lui ai dit, là, c'est la partie de toi qui voudrait m'aimer, là celle qui ne le peut pas. Il n'a rien répondu, il m'a compris. C'est son autre fardeau et il l'accepte. Il est reparti avec la liste des courses. Dans trois mois, ça recommence.

19032657.jpgJ'ai vu Welcome il y a dix jours. C'était après la manif.

Ce film m'a mis à fleur de peau et je n'ai pas pu en parler jusque-là. Il est d'une intensité rare. Je lui ai offert mes larmes sans retenue. Vincent Lindon y est bouleversant d'humanité, il n'en fait jamais trop. Contrairement à ce qu'Eric Besson a laissé penser en ouvrant la polémique, le propos du film n'est ni didactique ni politique. Il y est surtout  question des fissures de l'humain - pour reprendre les termes de Vincent Lesage dont j'ai lu la critique ici - par lesquelles on se reconnait tous.

J'ai reconnu dans la tentative désespérée de Simon pour reconquérir sa femme, la quête où je n'en finis pas de me perdre, dans ses mains posées sur elle mes caresses avortées. Dans Bilal et la fougue amoureuse qui lui fait concevoir les projets les plus fous, je revoyais Ali - même regard, même jeunesse pure, effacée mais impériale - quand il me montrait, sortie de son portefeuille, la photo de la fille qu'il aimait. Dans cette relation de Simon à Bilal, la dette que je 19032643.jpgrègle à perpétuité. Dans ce crawl hasardeux où se débat Bilal, mes premiers mouvements dans les bassins de Budapest, même si moi je n'y courais alors qu'après mon propre corps.

Dans cette bague de valeur, où confluent deux histoires d'amour, mais qui ne peut en accueillir qu'une, je l'ai vu lui, le centre du centre, mon joyau, le visage traversé du crâne au menton par une rue de la Cité. Alors oui j'ai pleuré.

"(...)j’aimerais bien qu’on puisse pisser aussi, nous, sur leur mur, comme leurs chiens, et montrer nos canines, et boire le vin qu’il y avait dans les bouteilles avant qu’elles ne tessonnent, je voudrais bien qu’on récupère les grilles pour faire un barbecue, les maîtres en uniforme pour qu’on les déshabille et qu’on s’en fasse des copains, puis qu’on se tape un peu dessus, comme ça, avec des mots, que le ton monte, qu’on se manifeste, qu’on s’engueule, qu’on défile, qu’on montre les poings, les banderoles, qu’on s’enchaîne, qu’on se disperse puis qu’on se regroupe, j’aimerais bien, moi, qu’on revienne en force, qu’on ne laisse pas tomber, qu’on tienne bon, qu’on fasse le pied de grue, qu’on soit tous au pied du mur, j’aimerais bien, oui
que ce ne soient que de mots
que derrière le mot barbelé il n’y ait pas vraiment des types qui ont traversé la moitié de l’Europe en camion que derrière le mot Europe il n’y ait pas le mot frontière ni le mot forteresse
ni tous les autres mots qui sentent le renfermé
sécurité, papiers, contrôle, permis, ordre public
j’aimerais bien moi(...)
"

C'est mon ami Manu - parce qu'il s'y connaît dans la fleur de peau - qui publie un texte magnifique de Nicolas Ancion d'où sont tirées ces lignes. Tu ne seras pas déçu d'y aller.

26 mars 2009

le cobaye (10) "meetic-mé-ki-marche"

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Donc puisque tu me l'as demandé, je poursuis la publication des entretiens consacrés à l'introspection bloguesque. Je commence à ressentir des difficultés à répondre sans avoir le sentiment de me répéter. Tes commentaires, par contre, sont rentrés dans le champ de l'étude : voici ce que m'en dit notre socilogue dans son dernier mail : "Encore une fois, merci pour vos réponses précédentes Oh!91. Et même pour votre réactivité…ainsi que celle de vos lecteurs dont j’ai en effet lu les  commentaires. Notre entretien avance à vitesse grand V."

9ème partie :

Le Prof : Je vous cite : « Mais en l'occurrence, en créant un blog anonyme pour lequel je n'entrevoyais pas - du moins à l'origine - qu'il m'ouvrât des portes dans la vie  sociale, je ne peux pas dire que j'y voyais un moyen de reconnaissance sociale ». Alors, ce rapport avec les lecteurs, au centre de l’activité de blogueurs :
-    Pour vous Oh!91, qu’est-ce qu’un rapport avec les internautes réussi ?
-    Qu’est-ce qui est modifié dans les relations avec les internautes au fil du blog?


Oh!91 : Un rapport réussi, c'est un rapport qui s'établit. Parvenir à "en faire quelque chose", c'est une autre histoire, parce qu'il y faut de l'envie, un peu de disponibilité, et de la réciprocité. Peut-être aussi  faut il en accepter la fulgurance.

Dans ce domaine, le terme de réussite a plusieurs résonances. Il y a réussite, quand au bout d'un rapport inter-bloguesque, une amitié se construit. Un blogueur - aujourd'hui un grand ami - s'amusait au début de nos échanges à me dire : "un blog, c'est Meetic-mé-ki-marche". Une amitié est donc certainement une preuve de "réussite". Mais il n'y a pas que ça. Tout  en demeurant dans la sphère virtuelle, des tensions de même ordre peuvent se créer, presque amoureuses. J'enlève le presque. Parfois elles durent, se transforment, parfois non. A la faveur d'une note, une projection peut s'opérer. La découverte de points communs, de convergences d'intérêt, que l'on a envie de prolonger.

Et puis des choses se passent aussi sans intrusion dans la sphère amicale. Parce qu'il y a un débat sur un sujet qui vous intéresse, et qui va
vous animer durant plusieurs jours. C'est aussi une réussite.

Mais si je devais dire les choses avec une totale sincérité, la réussite se mesure surtout à l'aune du narcissisme qui vous anime : donc aux indices de l'intérêt que vous suscitez : les fréquences de visite, l'abondance des commentaires, leur régularité, les marques d'approbation, voire d'admiration. Je ne crois pas que quiconque soit libéré de ça, c'est même le moteur, comme j'avais eu l'occasion de vous l'écrire précédemment.

Au fil du blog, qu'est-ce qui s'est transformé dans mes relations avec les internautes ? Probablement y a-t-il moins de passion qu'au tout début. Dans les premiers mois, quand  un lecteur venait à passer, et à me laisser un commentaire flatteur, je mettais beaucoup de cœur à entretenir cette relation naissante, j'y plaçais d'emblée beaucoup d'affect, pour peu qu'il ou elle fut lui-même blogueur, je m'investissais assez intensément dans le suivi de son propre travail... Et puis avec le temps, avec la répétition des schémas, un peu de lassitude ou de routine s'est installée, et je crois me situer aujourd'hui davantage dans le fond des sujets abordés et moins dans la forme de l'image que je construis à travers un échange.

Ce qui se transforme, ce sont aussi les commentateurs. Les plus réguliers d'aujourd'hui ne sont pas les plus réguliers d'hier. En dehors de ma "marraine", qui ne m'a jamais lâchée depuis le premier jour. Et je vis cela sans drame étant moi-même un peu papillon dans l'exercice.

Le Prof : je vous cite : "Je ne suis pas du tout dans une logique de confrontation. J'y ai été conduit à mon corps défendant, deux fois je crois, parce que j'ai été confronté à des attaques, bêtes et réactionnaires. Puis finalement j'ai préféré l'ignorance toute simple."
-    Y a-t-il des réactions que vous ne publiez pas ? pourquoi
-    Si oui, Pouvez-vous me donner un exemple ?

Oh!91 : Chez moi, les commentaires ne sont pas modérés. Ils sont donc tous publiés. Il m'en arrive d'en effacer, mais lorsqu'il s'agit de spam, pas en raison de leur contenu. Cela dit, cela ne s'est pas présenté, mais il y a des propos que je ne tolèrerais pas au delà d'une certaine barrière républicaine, touchant au racisme, notamment.

(la suite)

25 mars 2009

la preuve

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La couleur des yeux n'est pas la preuve de l'acuité du regard

ni de la beauté de l'image

qui s'imprime dans l'imaginaire.

Quant au teint, sa couleur n'est pas l'indice de la générosité du coeur

ni de l'étroitesse d'esprit.

La difficulté réside ici

A ce que le coeur qui entre les côtes palpite n'est pas visible à l'oeil nu

et que les larmes versées

ne sont pas forcément la preuve d'un homme raffiné


Le problème est en vérité que le fils d'Adam

n'existe que par ses faits

et que la couleur du teint et la couleur de l'oeil

ne sont d'aucune chose une preuve ou une indication.


Antara Ibn Chaddad, poète arabe pré-Islamique, chevalier et esclave (525 ? - 615)

Je retrouvais l'autre jour une amie qui travaille à l'Institut du Monde arabe, et découvrais dans son bureau un recueil, Chansons de geste arabes, d'où ce poème est extrait. Et je me suis souvenu avoir longtemps été fasciné par la poésie arabe...

24 mars 2009

Istanbul : le "droit à l'eau" plombé par la France

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Istanbul n'a donc accouché de... rien. 192 pays, près de 30.000 participants, mais aucun résultat. La France s'était voulue le chantre du "droit d'accès à l'eau", l'étendard déployé de son si cher "modèle français" de la gestion déléguée de l'eau, c'est à dire de la distribution privatisée habillée du joli patronyme de "partenariat public-privé". Crédibilité zéro. Comment s'étonner que la délégation officielle de notre pays, et avec elle de nombreuses autres délégations et ONG, revienne bredouille ?

"Le texte (adopté par le forum, nda) énumère un certain nombre d'engagements, nous dit la dépêche AFP : nécessité de faire des économies d'eau, en particulier dans le domaine agricole, de lutter contre la pollution, des cours d'eau comme des nappes phréatiques. Il affirme en outre la nécessité de collecter et de traiter les eaux usées, au-delà de l'indispensable accès aux toilettes." La belle affaire.382091_chantal-jouanno.JPG

Les plus avertis se seront rappelé à cette occasion que la France avait une secrétaire d'Etat à l'écologie. Elle s'appelle "Chantal Jouanno" (photo ci-contre), nous apprend la même dépêche, et aurait donc "clairement indiqué" qu'elle souhaitait que le texte soit "renforcé" dans le sens du "droit d'accès", et ne se contente pas de la simple référence à un "besoin humain fondamental". Heureusement qu'il y a des sommets mondiaux pour permettre à nos secrétaires d'Etat de s'offusquer, et accessoirement de se faire connaître. Enfin, se faire connaître...

En même temps, elle parlait sous couvert d'un curieux bidule, qu'on appelle le PFE, le Partenariat français pour l'eau, l'incarnation du modèle français, qui ressemble fort à une mise sous tutelle des pouvoirs publics par les grandes multinationales françaises de l'eau qui y ont la plus grande influence - avec la bienveillance d'un certain nombre d'ONG dont on se demande bien ce qu'elles viennent faire dans ce panier de crabes - et qui aura surtout oté à la simple revendication du "droit d'accès à l'eau potable" toute crédibilité, et à la France sa virginité la plus effarouchée.

Car c'est bien là que le bas blesse : la version française du "droit d'accès à l'eau potable", revient pour ainsi dire à "l'obligation de confier ses ressources à l'une des majors de l'eau", les pays en développement y voient une menace sur leurs ressources, et les pays développés le moyen pour la France d'engraisser ses "fleurons industriels" au moyen de l'aide au développement. Le serpent se mort la queue. Comment s'étonner que l'éléphant ait accouché d'une toute petite souris ? C'est comme quand Sarkozy proposera au G20 de moraliser le capitalisme : comment veux-tu que tout le monde ne lui rit pas à la figure ?

C'est triste, parce que la reconnaissance de ce droit aurait été une avancée, les altermondialistes le réclament depuis longtemps.

Marseille et Durban sont candidats à l'accueil du prochain Forum mondial, dans trois ans. Mais où qu'il se tienne, il faut d'urgence que l'ONU reprenne la main. Et que la France laisse ses multinationales au placard.

23 mars 2009

vivre sans clé à Yokohama

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Cet article (que je reproduis ici moyennant une petite complicité à la volée de ね式(世界の読み方 - il faut cultiver son jardin) est paru dans l'édition du Monde du 13 mars dernier :


Ils sont de plus en plus visibles. Mais les passants les croisent sans apparemment les voir. Indifférents, gênés. Leurs ombres furtives, miséreuses, çà et là dans les gares ou les parcs, rappellent inopinément à beaucoup leurs propres difficultés. Leur souffrance semble désincarnée. Ils ne mendient pas et survivent des rebuts de la société de consommation. Cette société les ignore et, eux, les sans-abri des grandes villes japonaises, ils s'en sont détournés. Deux mondes se côtoient et font mine de ne pas se voir.

D'autant plus troublante, une voix s'élève de ce monde des "naufragés" de la prospérité. Depuis la fin de l'année 2008, le quotidien Asahi publie des courts poèmes d'un auteur sans abri resté anonyme. Et, sans doute pour la première fois, les lecteurs de ce journal découvrent à travers ses mots ce "peuple d'en bas" qui, la nuit, dort dans des cartons aux pieds de ceux qui se pressent pour ne pas rater le dernier métro.

Comme d'autres journaux, Asahi a une rubrique poétique dans laquelle sont publiés des poèmes du genre classique waka, courts et à la beauté austère et mélancolique, envoyés par des lecteurs qui ont été sélectionnés par un jury. Les concours de poèmes relèvent d'une tradition millénaire au Japon. Et les quotidiens l'ont poursuivie. Au nombre de lettres d'encouragement que reçoit l'Asahi, les poèmes de cet homme déchu, à la rue, ont ému plus d'un lecteur :

- "Habitué à vivre sans clés, je passe la nouvelle année. De quoi d'autres dois-je encore me dessaisir ?" 〈鍵持たぬ生活に慣れ年を越す 今さら何を脱ぎ棄(す)てたのか〉

- "Cette rue s'appelle la rue des enfants infidèles. Moi je n'ai ni parents ni enfant." 〈親不孝通りと言へど親もなく 親にもなれずただ立ち尽くす〉

- "L'homme ne vit pas seulement de pain, mais moi je passe ma journée avec le pain distribué..." 〈パンのみで生きるにあらず配給の パンのみみにて一日生きる〉

A la belle étoile, cette chanson de Juliette Gréco dont les paroles sont de Jacques Prévert et la musique de Joseph Kosma, a bercé son sommeil : "M'endormant sous un ciel étoilé, j'ai entendu la chanson de Gréco. Ce n'était qu'une illusion..." 〈美しき星座の下眠りゆく グレコの唄(うた)を聴くは幻〉

Le poète anonyme signe ses textes du pseudonyme de Koichi Koda, mais la rubrique "adresse" qui accompagne la publication du poème, normalement obligatoire, comporte la simple mention : "sans". L'auteur vit probablement dans le quartier de Kotobuki-cho, à Yokohama, l'un des bivouacs aux minables hôtels pour journaliers, l'une de ces trappes de la ville vers lesquelles refluent les sans-abri.

L'écriture soignée et la référence à la chanson de Juliette Gréco (qui date des années 1950) donnent à penser que l'homme est cultivé et doit être âgé de plus de 70 ans. A la suite de la publication de ses poèmes par Asahi, l'anonyme poète en a envoyé un autre : "Lisant l'article à mon propos comme s'il s'agissait de quelqu'un d'autre, les larmes me sont montées aux yeux." (訳注;残念ながらネットに原文見つからず。意は、自分についての記事を読んで、まるで他人のことのように、思わず涙した、というもの。)

Le quotidien l'a appelé à se faire connaître, ne serait-ce que pour lui remettre la petite rémunération qui accompagne la publication d'un poème. "Je suis touché par votre gentillesse, mais pour le moment je n'ai pas le courage d'entrer en contact avec vous", a-t-il répondu.

Philippe Pons, correspondant du Monde à Tokyo

(et mon correspondant à moi, c'est aujourd'hui qu'il devait revenir - s'il n'y avait pas eu à l'aéroport de Tokyo, au petit matin aujourd'hui, ce crash d'un avion cargo américain ! Mais qu'est-ce qui porte donc autant de poisse !. Au fait, aura-t-il reçu mon petit message personnel ?...)

22 mars 2009

random wikitag

Raba bar.jpg

Encore une patate chaude !

Je laisse le mode d'emploi tel que Bougrenette me l'a transmis, à savoir :

  • On va sur Wikipedia. On choisit "random article" le premier article qui sort c'est le nom de ton groupe.
  • On va sur la page des citations (Wikiquote) et on tape "random quotations" les derniers mots de la dernière citation de la page sont le titre de ton premier album.
  • On va sur Flickr et on clique sur "explore the last seven days" la 3e image, quelle qu'elle soit, sera la pochette de ton album.
  • un p'tit logiciel de traitement des photos qui va bien (ici il y en a des gratuits qui marchent au poil) et on colle les mots sur la photo.

Voilà. Le reste n'est pas beaucoup plus compliqué. En pilotage automatique, et en usant de la fonction random de mon cerveau, je tague St-Loup du bout du monde, parce que ses secrets et ses mensonges s'accommodent pas mal des images, Marcel Dugomier, c'est sa punition pour avoir boycotté la manif du 19 mars, sans raison valable, Deef, parce que quitte à se complaire dans la fiction, autant se laisser guider par de joyeux hasards, Fabrice, parce que le bon goût peut aussi se perdre dans une pochette de disque, après tout, et pour finir Chiron, juste pour tenter de donner un petit coup de fouet à son blog, qui connaît la torpeur.