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16 mars 2009

laissons nous pousser les tifs

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Les enfants, je crois qu'il va être temps de se laisser repousser les cheveux. Il ne fait à nouveau pas bon être jeune, par les temps qui courent... Le tabac, la vente d'alcool, le téléchargement de musique... il n'y a plus trop grand chose de permis, et la semaine écoulée n'a pas été tendre avec nos ados. La coercition est de retour, en force, qu'on se le dise !

A côté de ça, l'école se met au garde à vous du B-A-BA. Benoît 16 réintègre les intégristes. Et Sarko 1er le commandement intégré de l'OTAN.

De l'héritage de 68 - remarque, il l'avait promis - il ne va bientôt plus rester grand chose.

Pourtant - comment avais-je pu passer à côté de ça ? - Hair est à l'affiche à Paris. 40 ans après Julien Clerc, une bande de joyeux drilles nous redit la révolte de la jeunesse et sa quête de liberté. Dans une version adaptée et modernisée, assez proche, paraît-il, de l'esprit de la comédie musicale originale, mais qui parle à notre temps et assume ses quarante ans d'âge. Avec une distribution du tonnerre, pleine de beaux jeunes gens pétillants, crédibles en diable dans chacun de leurs rôles, à la voix belle, au corps de rêves, et dans des chorégraphies qui assurent sans se prendre démesurément au sérieux.

Il doit rester quelques places d'ici la dernière, le 28 mars. Ça en vaut la peine.

On dit de Hair que c'est un spectacle culte. Mon enfance et mon adolescence étaient pourtant passés complètement à côté. J'ai interrogé un peu ma mère à ce propos, en sortant du Trianon, samedi soir, puisque je l'y avais emmenée, et que je l'ai vue se laisser fasciner. Comment,  ayant grandi dans une famille si profondément pacifiste, antimilitariste même, si fondamentalement investie dans la jeunesse, à côté de ça si admirative en général pour les comédies musicales américaines, comment ma jeunesse avait-elle pu cotoyer Hair sans la voir ? Papa, qui avait été déserteur pour ne pas faire l'Algérie, qui fut emprionné pour son combat anticolonialiste, n'avait-il pas tout lieu de se reconnaître dans  Claude Bukowski, le héro menacé d'incorporation (et admirablement joué au Trianon par un très sexy Fabian Richard aux cheveux longs) ? J'étais troublé, je le lui ai dit.

On a regardé les dates, ça ne collait pas : la pièce fut montée aux USA en 1967, un an après que De Gaulle fasse quitter à la France le commandement intégré de l'OTAN, un an avant mai 68. Elle fut produite en France en 1969. Le film de Milos Forman sortit en 1979, pour mes quinze ans. Je n'étais pas en révolte. J'étais dans un lycée bourgeois d'Aix-en-Provence.

Mes parents étaient-ils apeurés devant cette jeunesse hippie, rétive à tout, profondément libertaire, irrécupérable ? Était-ce à cause de la drogue ? Craignaient-ils que l'on s'écartât, nous, leurs enfants, d'un chemin plus rassurant pour eux et pour leur projet éducatif ? Ou leur projet politique ? Maman était embarrassée. Elle m'a parlé un peu de 68, de leurs rapports avec "les gauchistes", d'un certain dédain pour la sous-culture de variété, de leurs regards suscpicieux envers les mouvements hippies, sur les communautés parties vivre une expérience sur le plateau du Larzac... Ils avaient bien-sûr beaucoup à partager, elle l'admettait, avec ces mouvements comme eux réfractaires au capitalisme, aux dérives autoritaires, au militarisme. Leur engagement communiste d'alors les empêchait-il sans doute d'adhérer à des discours perçus comme nihilistes, anti-productivistes, et peut-être à cause de ça anti-sociaux. Ils sont passés aussi, et moi avec, à côté du combat de Harvey Milk. Mais ça, c'est une autre affaire, dont je te reparlerai bientôt.

Bien-sûr, de l'eau a coulé sous les ponts, des rapprochements se sont fait, le combat anti-capitaliste et le combat écologiste semblent aujourd'hui étroitement liés l'un à l'autre, pour ne pas dire indissociables. Quoique : Buffet et Bové n'ont pas réussi à s'entendre lors des dernières présidentielles, et Besancenot continue de faire lit à part...

C'est le moment : jeunesse, belle jeunesse, fais-toi entendre. Hair est de retour, et la gauche a besoin de ton coup de semonce !

De 15 à 50 euros - Du mardi au samedi à 20h, dimanche à 15h30 - Le Trianon, 80 bvd de Rochechouart, 75018 Paris - Renseignements : 01.44.92.78.04. Jusqu'au 28 mars.

Commentaires

Ah! Les cheveux... Bon, moi, je fais déjà ma part pour la capillarité; peut-être pas autant pour la protestation.

Écrit par : Doréus | 16 mars 2009

Excellente analyse du pourquoi et du comment que tu supputes pour tes parents.
Mon époux qui travaillait de 5h à 18h, moi de 8h à18h,sommes passés au large de ces année de révoltes estudiantines.
Nous avions 24 et 34 ans 2 gamins de 4 et 6 ans,des soucis économiques pour "tenir" au quotidien.
Notre précieux véhicule "volé"pendant ces jours tumultueux.
Nous restait la musique de"hair".Nous ne nous sommes pas installés au Larzac mais à Vierzon!quelle monumentale erreur!!!
Enfin c'était avant hier!!!
Il me reste le souvenir d'un hiatus certain entre "étudiant" et
"ouvrier"
L'étudiant était supposé "bourgeois",donc suspecté de collusion avec le "grand" capital,en aucun cas "proche" du prolétaire!
Je t'ai livré le fond du tonneau aux souvenirs de la retraitée que je suis maintenant,ils y en d'autres, pour un prochain de tes billets qui saura les remuer!!!

Écrit par : mume | 16 mars 2009

J'ai raté l'époque Hair, vu les dates je sais plus ou moins pourquoi, je vais peut être profité de ta note pour partir à la découverte, après tout mieux vaut tard que jamais :-) je t'embrasse

Écrit par : Bougrenette | 16 mars 2009

Ben dans le genre souvenirs, souvenirs, je me suis fait la Boum version 2009 avec mon grand empêtré dans ses hormones et ... ouais ben, pas facile de prendre des coups de bâton quand à 40 balais, on chante encore "la bombe humaine" dans son coin autant que Lady Gaga avec ses enfants.
P'tin elle est salement bien entretenue la Sophie, chui dégu', dire qu'on avait le même âge à la sortie de la Boum ... Soupir.
Comme c'était bien, le temps de premiers bisous quand même ...

Écrit par : féekabossée | 16 mars 2009

-> Doréus -> lol. Note qu'on peut aussi protester sans un poil sur le cailloux. Dans ce domaine, toutes les combinaisons sont bonnes ;
-> mume -> Qu'est-ce qu'on a pu en mettre, bêtement, des barrières, ou par jeux de pouvoirs, ou par manque de perception des mouvement squi traversaient la société en profondeur, et qui faisaient peur...
-> Bougrenette -> Oui, mai toi, c'est normal, t'es tellement jeune !
-> feekabossee -> Hair, la boum... pas tout à fait le même regard sur l'évolution du monde, mais peut-être la même tendresse pour la jeunesse qui se cherche, jusque dans son corps.

Écrit par : Oh!91 | 16 mars 2009

J'ai le DVD de la version originale, j'adore ce spectacle. Je ne savais pas qu'il y avait un remake en ce moment... ah de génération en génération, ça ne bouge pas !

Écrit par : Dalyna | 17 mars 2009

-> Dalyna -> L'histoire de la comédie musicale n'est pas exactement la même que celle du film. Comme un retour à la dramaturgie originale. Mais le film est et restera un pur chef d'oeuvre.

Écrit par : Oh!91 | 18 mars 2009

Depuis le temps que j'essaie de me laisser pousser les cheveux...

Écrit par : manu | 19 mars 2009

-> Manu -> J'allais te le dire, t'es perdu pour la cause, non ?

Écrit par : Oh!91 | 20 mars 2009

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