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12 mars 2009

à livre ouvert

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Il me faut encore te faire un aveu. Parce que c'est l'ouverture aujourd'hui du salon du livre, qu'il est de bon ton de lire, de mauvais goût de ne point le faire, et que je me traîne donc une honte que je m'en vais, une fois de plus, affronter devant toi. Comme ça, ce sera fait : je ne lis pas. Enfin, presque pas. Depuis des années. Juste comme ça, un ou deux livres par an, en général des Van cauwelaert, à l'occasion des vacances d'été, pour tuer le temps sur des plages naturistes de Budapest, ou pendant de longs voyages en train.

Sans doute par ennui. Par flemme aussi, c'est sûr. Sans doute aussi parce que je passe mon temps au travail à lire des notes et des rapports, et que je pensais atteint mon seuil de saturation.

Depuis un an, j'ai commencé doucement à m'y remettre. Avec des blogs, bien-sûr. Mais pas seulement, des rencontres m'ont fait ouvrir un peu plus de livres que je n'en avais pris l'habitude, et m'ont entraîné sur des territoires où je ne me serais probablement pas aventuré.

C'est donc toi qui m'y as invité, finalement. Qui m'as parfois presque forcé la main. Et c'est sans regret.

Il y eut d'abord Les oiseaux vont mourir au Pérou. Des nouvelles prêtées par Fiso pour me dire sa passion de Romain Gary, qui nous conduisit dans les premières semaines de notre rencontre à aller voir aussi La vie devant soi au théâtre.

Puis il y eut Yukio Mishima et sa Confession d'un masque, qui accompagna ma campagne amoureuse en terre japonaise. Et s'y fracassa.

Ce choc fut paradoxalement prolongé par ces opportuns Bruits du coeur, du Danois Jens Christian Grøndahl, offerts par un de mes lecteurs préférés, riche d'une sensibilité perspicace, que je retrouve souvent tout près de mon coeur même si ses pas se sont tristement éloignés de ces pages. Par acquis de sagesse, je crois.

A la rentrée d'automne, je me suis plongé dans les chroniques de Bénédicte Desforges devenue à son tour une amie. Avec Flic, je m'immergeais dans un univers étrange et étranger, et trouvais de l'humanité là où je n'étais pas préparé à en reconnaître.

Puis titillé depuis longtemps par le style détaché et tendrement sarcastique de Manu Causse, je saisis l'occasion de la parution de son recueil de nouvelles, Visite au purgatoire, pour découvrir quel auteur se cachait derrière le blogueur, et ne fus pas surpris d'y retrouver cette plarton11860.jpgume mâle si jalouse de sa féminité. J'y ai donc loué un emplacement.

Et m'apprête, à l'occasion du salon, à me plonger dans l'univers de sa compagne Emmanuelle Urien, qui vient de publier chez Gallimard son premier roman, Tu devrais voir quelqu'un, parce que quelque chose me dit que j'entendrai scintiller du talent de ce côté-là encore.

Je viens aussi de finir un Thriller, J'ai épousé un inconnu, de Patricia MacDonald, parce que Laurent me l'avais offert à la suite d'un dîner mémorable à Paris, en présence de la traductrice, par ailleurs sa grande amie.

Et puis, à l'invitation de mon ami d'amour, à travers d'abord une adaptation théâtrale, puis surtout, quelques heures après, l'écoute audio d'une lecture par Mickaël Lonsdale, je me suis laissé glisser dans la prose d'Albert Camus, par la porte de L'étranger. Que dis-je, glisser. Je m'en suis laissé pénétrer, et là je suis au comble de ma honte en t'avouant n'avoir découvert cet incontournable qu'à l'orée de mes quarante-cinq ans.

Mais qu'importe la honte. Seul le plaisir, le transport comptent. Le verbe léger de Camus, son mot acéré, son personnage dépouillé des inutiles fioritures morales, brut et par ce fait étranger au monde et à ses codes. Splendide. Je comprends qu'il ait enjambé le siècle, dommage qu'il ait eu à passer par la case "école", qui m'a éloigné de lui. "C'est alors que tout a vacillé. La mer a charrié un souffle épais et ardent. Il m'a semblé que le ciel s'ouvrait de toute son étendue pour laisser pleuvoir du feu. Tout mon être s'est tendu et j'ai crispé ma main sur le revolver. La gâchette a cédé, j'ai touché le ventre poli de la crosse et c'est là, dans le bruit à la fois sec et assourdissant, que tout a commencé. J'ai secoué la sueur et le soleil. J'ai compris que j'avais détruit l'équilibre du jour, le silence exceptionnel d'une plage où j'avais été heureux. Alors, j'ai tiré encore quatre fois sur un corps inerte où les balles s'enfonçaient sans qu'il y parût. Et c'était comme quatre coups brefs que je frappais sur la porte du malheur."

Faut-il me plonger dans La chute à présent ?

 

Commentaires

Bon... commentaire d'un lecteur vorace et omnivore: je ne peux que me réjouir de te voir renouer avec le plaisir immense de la lecture. Quant à La chute, ça mérite certainement d'être lu. J'en ai retiré beaucoup (même si, étrangement, je ne l'ai lu qu'en traduction anglaise pour un cours).

Écrit par : Doréus | 12 mars 2009

Hé ho, j'avais laissé un comm' hier soir moi ! grrrr
Déjà que je suis passablement en colère de savoir que toi tu peux aller au salon du livre alors que moi non ! ça démarre mal la journée !
Et je lis sur mon agrégateur que notre chère ministre de la culture ne s'est même pas donné la peine de venir faire l'inauguration ...
Quand je pense qu'à New York ils viennent de nous faire le premier salon du livre de littérature française ... ça laisse rêveuse.
Tu veux une petite perle ? "Terres et cendre" de Atiq Rahimi, 138 pages de pudeur entre Kaboul et l'amour d'un grand-père. Je t'en dis pas plus.

Écrit par : feekabossee | 13 mars 2009

-> Doréus -> Camus en anglais !... n'est-ce pas un blasphème ? (c'est pour rire). Je crois que pour renouer complètement et régulièrement avec le plaisir de la lecture, il faudrait que j'en finisse avec des déplacements en voiture et que le métro entre dans ma culture, mais la situation géographique de mon domicile et de mon emploi ne va pas le permettre immédiatement ;
-> feekabossee -> Perdu dans les limbes, ton commentaire d'hier soir, apparemment... Je prends Atiq Rahimi. 138 pages chez toi, c'est une seconde nature ?

Écrit par : Oh!91 | 13 mars 2009

Oui, les transports en commun (lorsqu'ils sont accessibles) aident à trouver du temps pour lire. Cependant, rien ne vaut s'asseoir tranquillement, avec un thé ou un verre de je ne sais quoi à côté de soi et déguster tranquillement les mots qui nous attendent sagement sur leurs pages.

Quant à Camus en anglais, pour un francophone, c'est effectivement un blasphème. En plus, c'était pour un cours de sciences religieuses... Je devrais m'en confesser... Sauf que c'est par cette porte que j'ai découvert Camus, que j'ai ensuite lu en français (sans pour autant relire La chute dans l'original).

Écrit par : Doréus | 14 mars 2009

-> Doréus -> J'essaierai le thé, alors, pour mes prochains mots. En tout cas, demain, c'est salon du livre...

Écrit par : Oh!91 | 15 mars 2009

La chute, pourquoi pas ...

Moi ce qui m'a le plus marquée, je devais avoir 15-16 ans, c'est une pièce de théâtre, de Camus, Caligula, je te la conseille

Écrit par : Manue | 17 mars 2009

-> Manue -> On vient aussi de me recommander La peste... L'embarras du choix. Faut vraiment que je me remette à lire !

Écrit par : Oh!91 | 18 mars 2009

La lecture d'un livre pour moi doit être souple, légère, sans effort.... oui, à mon avis "La Peste" est à lire... de meê mque "'Lalchimiste" de Paulo Coelho.. en revanche ses autres titres j'ai essayé, mais pas accroché....

Écrit par : Francis | 18 mars 2009

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