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09 mars 2009

le cobaye (7) se réaliser

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Cette partie de l'entretien est la première que j'ai écrite après en avoir commencé la publication, reçu des commentaires, et même discuté de vive voix. J'espère que cette condition où je suis à présent - et lui - c'est à dire nous sachant vus et écoutés, à mon initiative et avec son accord, ne va pas peser sur la sincérité de l'échange.

(introduction)

(1ère partie)

(2ème partie)

(3ème partie)

(4ème partie)

(5ème partie)

6ème partie :

Le Prof : Encore une fois, merci pour vos réponses précédentes. En particulier pour leur précision et leur longueur. Compte tenu de l’intérêt de celles-ci je balance toujours entre deux envies contradictoires : approfondir celles-ci et les thèmes qui sous-tendent ces questions ou bien aborder d’autres sujets tant cette activité s’y prête. Finalement, je vais faire – comme d’habitude – un peu des deux.

Je vous cite : «
En écrivant parfois sur des sujets politiques, je cherche davantage à m'identifier qu'à influencer […] Mais l'intention de convaincre ne constitue pas un moteur pour mon blog, je redoute de m'enfermer dans un entre soi avec ceux qui ont les mêmes opinions que moi. »
-    Dès lors, le  blog est-il plutôt un moyen de reconnaissance sociale ?
-    Ou plutôt une forme de réalisation de soi parmi d’autres ?
-    Et, le cas échéant, quelle part représente le plaisir d’écrire ?


Oh!91 : Moyen de reconnaissance sociale, assurément non. En tout cas pas dans mon cas. J'ai toujours eu des activités militantes ou professionnelles très exposées. J'ai même parfois dû me prémunir de cette reconnaissance pour ne pas devoir aller là où je ne le souhaitais pas : on est toujours plutôt venu me solliciter pour telle ou telle responsabilité, plutôt que je n'aie eu à courir derrière. Je ne dis pas qu'il arrive que cesse la quête de reconnaissance. On a tous, toujours, besoin de nous légitimer là où nous sommes, et de rechercher une certaine forme de reconnaissance. C'est peut-être ce qui nous permet d'être à l'aise avec nos usurpations. Mais en l'occurrence, en créant un blog anonyme pour lequel je n'entrevoyais pas - du moins à l'origine - qu'il m'ouvrât des portes dans la vie sociale, je ne peux pas dire que j'y voyais un moyen de reconnaissance sociale.

Dans un autre sens : je sais que j'ai tendance à me sentir à l'étroit dans les réseaux où j'évolue. C'est vrai qu'aussi loin que je me souvienne, confronté à une activité dense, j'ai eu parallèlement à assouvir un besoin de "fenêtres". Peut-être le blog m'offre-t-il l'occasion d'aller chercher de la reconnaissance au delà des cercles établis. Peut-être.

Est-ce là une forme de réalisation de soi ?

Je dois réfléchir un peu à ce que recouvre l'expression "réalisation de soi". Intuitivement, je comprends que vous me demandez si par hasard j'aurais eu quelque chose en moi qui aurait eu besoin du blog pour se réaliser. Je crois pouvoir dire oui. Est-ce dans le plaisir d'écrire ? Sans doute en partie, mais ça ne peut pas être que cela. D'abord, écrire ne me procure pas tant de plaisir que ça, c'est souvent une contrainte, le blog impose un rythme, crée une obligation, ajoute une pression. Le plaisir est donc plus dans l'avoir écrit que dans l'écrire.

Mais si ce n'est pas l'écriture, alors, je réalise quoi ? S'assumer, est-ce déjà se réaliser ? Je ressens surtout qu'une curiosité éteinte s'est un peu rallumée, tant à travers l'activité du blog que des relations qui en ont découlé. Et de ce fait, j'ai du mal à dire si ce que je "réalise de moi" provient du fait de bloguer, ou de tensions affectives, amicales, amoureuses qui en ont résulté. Je crois que le blog m'a permis d'entrer en relation sans avoir à jouer un rôle. C'est la principale différence d'avec ce que j'appelle ma vie sociale d'avant. Est-ce une façon de "se réaliser " ?

Le Prof : je vous cite : « Dans un cadre public, le contexte intime serait absent, quand le blog lui permet d'y avoir une place essentielle. »
-    Le blog vous aide-t-il à clarifier vos choix, etc. ? et à en prendre conscience pour vous-même d’abord ?
-    Par ailleurs, quelles différences faites-vous entre votre identité virtuelle et votre identité réelle ?
-    Ces différences sont-elles perçues par les internautes ?


Oh!91 : Beaucoup de sujets dans cette question, encore... C'est assez drôle, parce que j'ai souvent d'abord tendance à vouloir répondre "non" à vos questions, puis en les retournant dans mon contexte propre, je trouve finalement un "oui" à développer. Sur la clarification de mes choix, par exemple : Je pourrais vous dire : non, je n'ai pas besoin du blog pour y voir clair dans mes choix. Mes valeurs sociales et politiques sont très arrêtées, tout comme mon orientation sexuelle ou mes goûts culinaires. En fait pourtant, je me rends compte que le blog m'a permis de revenir sur l'histoire des choix ou des situations où je me trouve. Le blog m'a souvent donné l'occasion de parler d'épisodes apparemment insignifiants de ma vie, un souvenir d'enfance, un état d'esprit qui habitait mon adolescence, les mythes familiaux dans lesquels je baignais... et ce retour sur mon histoire personnelle, que je n'aurais sans doute jamais entrepris sans le blog, je l'ai accompli surtout pour trouver des réponses, ou pour les formuler. Il y a sans doute là les leviers de prises de conscience personnelles et intimes.

Par ailleurs, il n'y a pas de hiatus entre mes identités virtuelle et réelle. Je m'efforce qu'il n'y en ait pas. Mon identité virtuelle est simplement 1-as (5).jpgplus authentique, plus transparente que ne l'est la réelle - la réelle, c'est à dire celle qui évolue dans la vie sociale - paradoxalement, parce que dans la vie réelle, je ne suis ni nu ni transparent, et l'on me voit plus pour ce que je me dois d'être que pour ce que je suis vraiment.

Pourtant, je le suppose, malgré cet effort de sincérité, ce devoir de sincérité qui est le sens même de mon blog, je ne suis pas maître de l'image que les lecteurs internautes se font de moi. L'usage que je fais d'illustrations flatteuses peuvent induire un image qui n'est pas la mienne, la frénésie que je mets à écrire peut donner à croire à une force que je n'ai pas, à une sorte d'intégrité morale que je n'ai pas, je demeure sur le blog sans doute un peu usurpateur malgré moi, mais je crois en tout cas que c'est là que je le suis le moins. Et de toute façon, je suis extrêmement accessible en "réel", tant et si bien que si un mythe doit se construire, il ne fait pas long feu.

En même temps, peu de lecteurs blogueurs que j'ai rencontrés ont dit m'avoir trouvé très différent de ce qu'ils avaient pu s'imaginer.

(la suite)

22:35 Publié dans le cobaye | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : blog, sociologie

Commentaires

Oui je te trouve différent de ton blog. Différent de ce qu'on pourrait imaginer, c'est vrai.
Et je suis toujours étonnée : tu te dévoiles beaucoup (ce n'est pas une critique).
Bonne journée.

Écrit par : Fauvette | 10 mars 2009

-> Fauvette -> différent, différent... différent, vraiment ? Plus quoi, ou moins quoi (attention à ce que tu vas répondre si tu veux un taxi pour rentrer de Paris Carnet la prochaine fois...)

Écrit par : Oh!91 | 10 mars 2009

Bon, va falloir que je me déplace à Paris si je comprends bien... histoire de me rendre compte par moi-même su tu es si différent de ton blog! ;)

Mais dans mon expérience les gens sont généralement très proches de ce qu'ils projettent dans leur niche (mon dieu si on se rencontre un jour je vais passer pour une grosse pochetronne sans conversation... je coure de ce pas réviser!)

Blague à part le commentaire de Fauvette me fait penser que se dévoiler est en soi une notion: on ne dévoile que ce que l'on veut faire savoir. Le "plus" des blogs c'est souvent qu'on peut le faire sans être interrompu.

Écrit par : Fab | 10 mars 2009

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