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28 février 2009

la banquière, la poste et l'étranger

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Perturber ton banquier d'un souci c'est un crime
bien plus grave que celui d'en être une victime.
Pour autant en aucune façon
n'oublie de lui dire pardon.

Je m'en vais te compter une histoire burlesque
qui si non à pleurer eut bien prêté à rire
une expérience qu'à mon pire
adversaire ni à mon bourreau presque
je n'aurais pu agir pour la faire advenir.

Ainsi donc un matin ou plutôt une nuit
un homme bien sous toutes les coutures
si ce n'est qu'il ne fut étranger c'est ainsi
- et ce n'est là que le début de toute cette aventure -
découvrit qu'un larcin fut commis contre lui.
Oh pas grand chose mais ce n'est pas de chance
quelques centaines d'euros prélevés sur son compte
au comptoir d'une agence.

"C'est ennuyeux monsieur lui dit on en sa banque
lorsqu'un certain matin il s'en vint réclamer
que ce ne fut pas avec une carte
que cet argent vous fut subtilisé
car au guichet avant que la personne ne parte
- nous l'avons vérifié -
une pièce d'identité nous fut bien présentée
et de votre nom monsieur
ainsi que de votre naissance
elle portait l'inscription.
Ceci est bien la preuve de votre présence
sans doute.
"
A ces mots notre ami
appelons-le victime
protesta
qu'une vérification peut-être bien fut faite
mais qu'en aucune mesure ce ne put être lui
puisqu'à l'heure où le crime fut commis
sous d'autres cieux il était à la fête.

Contrits mais obligés
ceux qui en charge en avaient la gestion
lui rendirent son argent
après trois bons mois de tergiversations.
Finalement un peu - un peu - de compassion
put se lire à leurs lèvres.

Mais l'histoire n'en était qu'à son commencement.
Bien que le temps coulant
des rives de la Seine aux rivages de l'Ebre
on put penser un temps l'affaire close et bien close.
Durant, se jouait un paquet d'autres choses
ayant à voir avec l'humeur des hommes
avec la politique avec son cynisme
avec les jeux du pouvoir sur la plèbre
avec les vertiges aussi avec les hormones
Puis l'été défilait puis arriva l'automne
il y avait en lui d'autres guerres à mener
éclaircir l'avenir préserver des demains
chérir autrement ne pouvant l'assouvir
un amour qui l'encombrait autant qu'il y tenait
et ce n'était pas rien
j'en fus moi même bien plus que le témoin.

Un autre matin donc dans l'hiver incertain
notre victime dis-je
découvrit à chagrin
- patiente un peu, tu vas voir le litige -
que de tous ses outils de paiement
aucun ne fonctionnait plus.
Plus moyen de retirer le moindre petit écu sonnant ou trébuchant
ni même à la RATP de renouveler son abonnement
C'est que tout bonnement
sans même l'en avertir d'un appel d'une lettre
que sais-je d'un courriel
la banquière prit sur elle
de prendre le contrôle des flux le concernant.

Surpris et en colère il s'enquit de l'affaire
protestant qu'on l'empêcha ainsi de tout et de rien faire.
C'est alors qu'il apprit qu'on tenta
d'à nouveau le flouer.
C'est dans une autre agence que l'affaire se joua
un homme s'est présenté
lui dit-on en sous-main
un passeport en main
d'un autre continent
ça semblait évident
le guichetier habile
savant, lettré ou en géographie versé
déjoua le dessein
et informa l'agence où notre victime
malgré tout fut démeuré inscrit
qu'à peu de chose près un crime
s'en fut commis.

A nouveau il partit vers les commissariats
porter plainte comme il se doit
il s'en fut à sa banque pour clore son compte courant
arpenter les bureaux où il avait contrat :
assurances, caisses sociales, familiales et autres opérants
les informer de ses nouveaux identifiants

Seulement voilà
son nouveau compte ouvert depuis dix jours à peine
il y a de cela tout juste une semaine
dépourvu à ce stade de carte et de chéquier
encore une fois sévit le prédateur
par la même méthode allant à un guichet
avec mêmes papiers mais cette fois ailleurs
dans une autre banlieue.
Et surtout tiens-toi bien
avec en main le fabuleux sésame : les coordonnées
du nouveau compte bancaire.
Tremblant, apeuré, fragilisé, déconfit
il fallait à notre bien triste ami
reprendre à ses débuts chaque démarche accomplie
mais surtout il devait
se sentant menacé
- la vie offre bien peu d'occasions gratuites -
chercher à comprendre où se trouvait la fuite.
Un homme était là, tapi, jamais très loin
à deux mètres à dix mètres à une portée de mains
avec à son profit une carte usurpée
il rôdait, il fouinait, il tenait un filon.

Le sort avait voulu de cette usurpation
qu'il en fut lui l'objet
c'eût pu en être un autre
et tout aussi terrible eut été cette affaire
mais ce fut lui qui dut par ses propres audaces
nouer un scénario en remonter les traces.
Il pensa à ces lettres qu'il avait attendues
dont il se souvint ne les avoir jamais reçues.
Il y en eut bien cinq si ce ne fut pas dix
il pouvait à présent les visualiser
et il comprit le biais par où on l'escroquait.

Il dut donc aussitôt s'en aller à la poste
s'arranger avec eux pour qu'on lui mit ses plis
en réserve de la distribution
il y avait urgence ils devaient s'en convaincre
rien ne fut simple dans cette négociation
mais ce ne fut rien à côté de la banque.

Car là arrive enfin le propos de ma fable
cette femme dont le métier est sans doute d'être affable
avec ses clients si non avec les gens
qui se doit à la protection de ton argent
et sans doute à l'effort au moment du pépin
cette femme donc s'est offert le luxe de l'affront
maniant de l'esquive et des sous-entendu
"pour moi dit-elle sans rire
ce ne peut être qu'un proche
un tout proche vous dis-je
suivez donc mon regard.
"
Alors d'un coup malgré un doux sourire
traduisant l'impuissance sentie en toi grandir
réalisant soudain que sur rien tu n'as prise
tu demeures hagard.

Victime une fois en en payant le prix
tu reçois malgré tout un petit regard triste
victime une deuxième fois le forfait échoué
te voilà magnifié
presqu'héro malgré toi
mais la troisième fois
si le bourreau persiste
c'est toi qui de victime passe à un autre grade
tu es louche, tu es sale te voilà misérable
et pourquoi pas monsieur le premier des suspects.
Victime ? à voir ! d'ici-là plus de respect.

27 février 2009

le cobaye (5) mon moteur c'est toi

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Je continue, au gré de mes vacances d'inspiration, la publication de l'entretien que j'accorde, depuis quelques semaines, à un sociologue qui explore la place des blogs dans l'évolution des constructions sociales. Cette partie t'est en partie consacrée.

(introduction)

(1ère partie)

(2ème partie)

(3ème partie)

4ème partie :

Le Prof : je vous cite : « C'est peut-être au fond l'idée d'avoir créé un style, et l'illusion d'être attendu sur chacune de ses facettes, qui me guident. L'actualité politique et sociale y a sa place, mais au même titre que les autres aspects de "ma ligne éditoriale" ».
- en ce qui vous concerne Oh!91, quelle part tient alors la volonté d'influencer les actions, les opinions, la perception qu’ont vos lecteurs sur tel ou tel sujet ?


Oh!91 : A mesure que vous affinez vos questions, et me poussez à mettre au jour une possible intention propagandiste dans ma démarche, je me rends compte, si je m'efforce de rester honnête avec moi même, que je n'ai pas de telles intentions, ou alors de façon très secondaire. Non pas que le partage de mes idées me soit indifférent, j'ai un passé militant, et je suis toujours très regardant de la chose politique. Mais je ne crois pas que le choix d'animer un blog participe de cette part de moi. En écrivant parfois sur des sujets politiques, je cherche davantage à m'identifier qu'à influencer. A être vu pour ce que je suis qu'à convaincre de ce que je dis.

Je mentirais si je disais que je ne suis pas sensible quand des lecteurs m'écrivent en commentaire : « merci de nous ouvrir les yeux », ou « je ne commente pas sur ce sujet parce que je ne le connais pas assez, mais je suis intéressé par ce que j'apprends ». Ce fut parfois le cas en janvier, avec la série de témoignages sur Gaza.

Mais au fond, je suis davantage flatté quand on m'écris « merci pour ce que tu es » que « merci pour ce que tu fais »

Il y a tout de même deux ou trois sujets sur lesquels je me suis impliqué avec l'envie de convaincre : par exemple la condition des sans-papier et la politique migratoire du gouvernement. Sur ce sujet, j'ai régulièrement relayé des pétitions du réseau École sans frontière ou des Amoureux au ban public, ou évoqué des faits révélateurs, la mort d'un jeune Africain dans la Marne, les files d'attente pour étrangers devant la préfecture du Val-de-Marne, les démarches administratives vexatoires à travers ce que traversait mon ami. Je l'ai fait une autre fois pour interpeller des amis blogueurs sur ce que je considérais comme des affinités douteuses avec un blogueur qui me paraissait promouvoir une idéologie réactionnaire, raciste et dangereuse.

Mais l'intention de convaincre ne constitue pas un moteur pour mon blog, je redoute de m'enfermer dans un entre soi avec ceux qui ont les mêmes opinions que moi.

Le Prof : je vous cite : « Les commentaires appartiennent davantage à la sphère des encouragements, ou de la complaisance (et ce n'est pas péjoratif), disons plutôt de l'entretien d'une certaine connivence. J'ai d'ailleurs surtout tendance à trouver que je n'en reçois pas assez, des commentaires, qui  m'apparaissent, à mon corps défendant, comme le seul vrai critère de la lecture... »
- En quoi l’aspect à distance, virtuel, pas de partage d’expérience change-t-il, d’après votre expérience, quelque chose aux opinions exprimées ?
- En ce qui vous concerne Oh!91, peut-on parler de l’audience comme source de motivation et cause de transformation du site ?
- L’interactivité a-t-elle changé vraiment le contenu de votre blog ?


Oh!91 : En ce qui me concerne, et pour ce qui est du champ de "l'opinion", je n'ai pas l'impression que la distance ou l'anonymat modifie ce blackboy.gifque j'exprime, par rapport à ce que j'exprimerais dans une discussion de bistro, de famille, ou dans un cadre politique. C'est plus dans le champ de l'intime, que le virtuel modifie les choses. Quand je décrivais le combat que nous menions avec S. pour ses papiers et que je racontais au détour d'une phrase comment nous avions fait l'amour. Quand j'évoquais les violences entre jeunes du 19è arrondissement à l'occasion d'une rencontre dans un sauna gay parisien. Etc. Dans un cadre public, le contexte intime serait absent, quand le blog lui permet d'y avoir une place essentielle.

L'audience est une source de motivation, c'est évident. Dans les périodes où je m'investis beaucoup en écriture, les statistiques de fréquentation m'importent, de même que les commentaires. Pas toujours. Il y eut une période, l'été dernier, ou traversant un douloureux chagrin d'amour, je n'étais en quête que d'un seul lecteur, et rien du reste n'avait d'importance. Mais autrement, bien sûr, l'audience compte énormément.

Elle est indispensable à l'effet miroir que je recherche. Je m'en nourris. Et donc elle influence le contenu de mon blog, c'est certain. Par exemple, dans les premiers mois ce ce blog, je publiais des lettres anciennes à un ami, qui étaient restées sans réponse. Notamment une où j'y déclarais ma flamme. Ces lettres avaient plus de dix ans, mais un lecteur m'interrogea sur le fait de savoir si je n'avais jamais eu l'envie de l'écrire, la réponse que j'avais alors attendue. Je rebondis pour inviter ceux des lecteurs qui s'étaient impliqués dans ces épisodes à imaginer une réponse. Et j'eus des contributions, qui alimentèrent le blog pendant quelques semaines.

Plus récemment, alors que j'écrivais sur la guerre en Palestine, un lecteur français installé à Gaza, qui me disait se reconnaître dans l'esprit de mon blog, se mit à m'envoyer des témoignages que je reproduisis.

Et il y a de très nombreux exemples de ce type : un débat sur le dialogue des religions, à l'occasion d'un billet où j'annonçais la disparition d'un abbé ami de la famille, etc.

(la suite)

26 février 2009

ce serait une abomination

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Lu, chez Sophie and the Family, cette petite délicatesse - croustillante à mon goût :

"Récemment, une célèbre animatrice radio états-unienne fit remarquer que l'homosexualité était une perversion.

« C'est ce que dit la Bible dans le livre du Lévitique, chapitre 18, verset 22 : "Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme : ce serait une abomination." La Bible le dit, un point c'est tout. », affirma-t-elle.

Quelques jours plus tard, un auditeur lui adressa une lettre : "
Merci de mettre autant de ferveur à éduquer les gens à la loi de Dieu. J'apprends beaucoup à l'écoute de votre programme et j'essaie d'en faire profiter tout le monde. Mais j'aurais besoin de conseils quant à d'autres lois bibliques.

Par exemple, je souhaiterais vendre ma fille comme servante, tel que c'est indiqué dans le livre de l'Exode, chapitre 21, verset 7. À votre avis, quel serait le meilleur prix ? Le Lévitique aussi, chapitre 25, verset 44, enseigne que je peux posséder des esclaves, hommes ou femmes, à condition qu'ils soient achetés dans des nations voisines. Un ami affirme que ceci est applicable aux Mexicains, mais pas aux Canadiens. Pourriez-vous m'éclairer sur ce point ? Pourquoi ne puis-je pas posséder d'esclaves canadiens ?

Je sais que je ne suis autorisé à toucher aucune femme durant sa période menstruelle, comme l'ordonne le Lévitique, chapitre 18, verset 19.
Comment puis-je savoir si elles le sont ou non ? J'ai essayé de le leur demander, mais de nombreuses femmes sont réservées ou se sentent offensées.

J'ai un voisin qui tient à travailler le samedi. L'Exode, chapitre 35, verset 2, dit clairement qu'il doit être condamné à mort. Suis-je obligé de le tuer moi-même ? Pourriez-vous me soulager de cette question gênante d'une quelconque manière ?

Autre chose. Le Lévitique, chapitre 21, verset 18, dit qu'on ne peut pas s'approcher de l'autel de Dieu si on a des problèmes de vue. J'ai besoin de lunettes pour lire. Mon acuité visuelle doit-elle être de 100% ? Serait-il possible de revoir cette exigence à la baisse ?

Un dernier conseil. Mon oncle ne respecte pas ce que dit le Lévitique chapitre 19, verset 19, en plantant deux types de culture différents dans le même champ. Idem pour sa femme, qui porte des vêtements faits de différents tissus, coton et polyester. De plus, mon oncle passe ses journées à médire et à blasphémer. Est-il nécessaire d'aller jusqu'au bout de la procédure embarrassante de réunir tous les habitants du village pour lapider mon oncle et ma tante, comme le prescrit le Lévitique chapitre 24, versets 10 à 16 ? On ne pourrait pas plutôt les brûler vifs au cours d'une réunion familiale privée, comme ça se fait avec ceux qui dorment avec des membres de leur belle-famille, tel qu'il est indiqué dans le livre sacré, chapitre 20, verset 14.

Je me confie pleinement à votre aide. Merci de nous rappeler que "la parole de Dieu est éternelle et immuable. Un point, c'est tout !
"

25 février 2009

un halo en plein jour

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Je rentrais du Musée d'Orsay. En milieu d'après-midi. Je retournais vers mon bureau, dans la banlieue sud, plutôt détendu, j'avais tout lieu de l'être. J'avais basculé sur la rive droite à hauteur de Chatelet, pour récupérer la voie express.

Ralenti à un feu par un véhicule qui tournait à droite, à hauteur du Pont neuf, je dus marquer l'arrêt, à moitié engagé, puis redémarrais une fois l'obstacle levé. Entre-temps, le feu avait sans doute rosi, et je perçus derrière moi un éclair se former. Comme un halo dans la lumière du jour. Une bulle de ouate, diffuse, grandir, m'envelopper, embrasser tout l'environnement urbain, puis crever et disparaître... Un millionième de seconde.

Quelle chiotte !

Qu'est-ce qui m'attend à présent ? Combien de points ? Combien de centaines d'euros ? Moi qui conduit toujours avec une infinie prudence, qui enclenche le régulateur de vitesse en toutes circonstances pour ne jamais me laisser dépasser, il a fallu quoi ? Et merde !

23 février 2009

le cobaye (4) vie privée vie publique

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L'enquête se poursuit. Je réponds à des questions d'un sociologue. je fais ainsi avancer la science, il paraît. Enfin, j'y crois. Ces questions en tout cas m'ont permis de m'interroger sur cette pratique devenue quasi quotidienne, et le sens que je lui donne.

(introduction)

(1ère partie)

(2ème partie)

3ème partie :

Le Prof : Dans la mesure ou le témoignage prend une large part dans vos billets, éventuellement dans vos argumentations, cela rejaillit-il sur le contenu des débats qui s'ensuivent ? Plus largement êtes vous satisfait ou insatisfait de la qualité des débats qui se tiennent dans les commentaires de votre blog ? Pourquoi ?

Oh!91 : Ah ! Les commentaires, voilà un autre sujet, vaste et difficile. Peut-on parler de débat à leur propos... Le débat, au sens de la confrontation d'idées ou de points de vue est rare dans mon blog. Les commentaires appartiennent davantage à la sphère des encouragements, ou de la complaisance (et ce n'est pas péjoratif), disons plutôt de l'entretien d'une certaine connivence. J'ai d'ailleurs surtout tendance à trouver que je n'en reçois pas assez, des commentaires, qui m'apparaissent, à mon corps défendant, comme le seul vrai critère de la lecture...

Il arrive qu'il y ait de vrais débats. Mais quoi, une fois tous les mois, ou tous les deux mois. Il y en eut sur la guerre d'Algérie, sur le choix du premier secrétaire du Parti socialiste, sur l'opportunité d'exposer aussi crument que je ne le faisais mes sentiments amoureux, ou sur le fait de mettre en scène des ébats sexuels. Il y en eut sur les relations entre amitié et idées politiques, sur ma prise de parti pro-palestinienne... Ce sont des forums qui durent, quoi, quarante huit heures tout au plus. Je crois qu'il y eut à chaque fois de la consistance et du sérieux. Oui, j'en suis plutôt satisfait, j'aimerais peut-être qu'il y en ait plus souvent.

Je ne suis pas sûr que le recours au témoignage ait une incidence sur le contenu des débats. Peut-être crédibilise-t-il mon propos, et incite-t-il à s'impliquer, mais je n'en suis pas sûr. Ce que je sais c'est qu'il me permet à moi, au moment où j'expose un point de vue, de ne pas être dans une posture dogmatique, et c'est peut-être une question assez obsessionnelle, chez moi, d'ailleurs.

brutos10814_DmitryDmitriev.jpgLe Prof : En ce qui vous concerne, la frontière entre vie privée et opinion publique est plus tenue que sur d'autres blogs.
-
Vos proches sont-ils tous au courant de la tenue d'un blog ? qu'en pensent-il ?
- Qu’est-ce qui est modifié dans les relations avec son entourage ?

Oh!91 : Aucun de mes proches n'est au courant de la tenue de mon blog. Ni ma famille, ni mes collègues de travail, ni mes amis, même les plus proches. Je n'inclue pas dans cette réponse ceux des blogueurs devenus mes amis depuis, je parle évidemment de mon entourage "d'avant".

Seuls deux ont été mis dans la connivence, tardivement, parce que je me sentais en confiance pour leur permettre d'accéder à cette impudeur. Et parce que je ressentais le besoin de ne pas maintenir une cloison aussi étanche entre mes "amis d'avant" et ceux d'après. J'ai aussi partagé cette démarche auprès d'hommes devenus mes amants, occasionnels ou persistants, leur expliquant que j'avais parlé d'eux dans un blog, et leur en donnant le lien. Je ne sais pas bien expliquer pourquoi, mais il m'a été plus simple de m'en ouvrir auprès des relations "contemporaines" de cette aventure, plutôt qu'auprès de mes relations d'avant.

Et il y a une sorte de collègue qui l'a découvert par hasard, et qui m'en a parlé, en saisissant une opportunité quelconque, après plusieurs mois de lecture anonyme... Sans doute parce que, comme vous le dites, les sphères privées et publiques sont très imbriquées dans mon blog, et que j'y laisse forcément des tas d'indices liés à ma vie professionnelle.

En fait, ils sont quelques uns à qui je brûle de l'envie de le dévoiler.

Par contre, mon entourage, peu à peu et de façon de plus en plus prégnante, a évolué et est désormais constitué d'une partie des lecteurs de mon blog. Et de fait, ma posture anonyme n'est plus franchement opérante. Mais je ne vis pas cette évolution comme perturbante pour ce que j'écris, car ces amitiés-là sont nées du blog, de son contenu, d'une certaine façon ils sont des gens avec qui je n'ai pas de honte.

Un personnage qui d'anecdotique est devenu récurrent dans ma vie connaît toutefois des métamorphoses dans mon blog, parce que se posent des questions de confidentialité et de respect de l'intimité de l'autre. Ce n'est pas toujours simple à gérer, que d'assumer ma mise à nu sans entrainer celle des autres si elle n'est pas consentie. C'est un peu une limite à l'exercice.

(la suite)

23:37 Publié dans le cobaye | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : blog, recherche, intimité

22 février 2009

avec cette pleine puissance

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"Que peut-il ? Tout. Qu'a-t-il fait ? Rien. Avec cette pleine puissance, en huit mois un homme de génie eût changé la face de la France, de l'Europe peut-être (...) Seulement voilà, il a pris la France et n'en sait rien faire (...)

Il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; ne pouvant créer, il décrète ; il cherche à donner le change sur sa nullité ; c'est le mouvement perpétuel ; mais, hélas ! Cette roue tourne à vide (...)

Il aime la gloriole, le pompon, l'aigrette, la broderie, les paillettes et les passe-quilles, les grands mots, ce qui sonne, ce qui brille, toutes les verroteries du pouvoir (...)

Il a pour lui l'argent, l'agio, la banque, la bourse, le coffre-fort, et tous ces hommes qui passent si facilement d'un bord à l'autre quand il n'y a à enjamber que de la honte (...)

Non, cet homme ne raisonne pas ; Il a des caprices, il faut qu'il les satisfasse. Ce sont des envies de dictateur (...)

Quand on mesure l'homme et qu'on le trouve si petit et qu'ensuite on mesure le succès et qu'on le trouve énorme, il est impossible que l'esprit n'éprouve pas quelque surprise (...)

Cette nation, il la foule aux pieds, lui rit au nez, la brave, la nie, l'insulte et la bafoue (...)

Ce que nous voyons (...), c'est le galop, à travers l'absurde, d'un homme médiocre échappé. Ces hommes, le malfaiteur et ses complices, ont un pouvoir immense, incomparable, absolu, illimité, suffisant, nous le répétons, pour changer la face de l'Europe. Ils s'en servent pour jouir. S'amuser et s'enrichir (...) Les coffres sont là ouverts, ils emplissent leurs sacoches, ils ont de l'argent en veux-tu en voilà (...)"

Victor HUGO, dans Napoléon, le petit

L'automne dernier, un mail a circulé de boîte en boîte, avec une version édulcorée - disons habilement remaniée - de ce texte de Victor Hugo consacré à Napoléon III. Renforçant encore l'étonnant parallèle qui se tire d'avec notre président actuel. Je l'ai moi-même reçu de F. (merci, by the way). Il fut publié sur tant de blog, qu'il en devint difficile de retrouver une version originale. Et puis finalement, Mazzhe a identifié une source fiable et s'est livré à une restauration précise, dont je te livre le résultat - enfin, des morceaux choisis. Eh bien moi je trouve que Victor Hugo se suffit à lui même, sans qu'on le flanque d'une princesse étrangère. Le gâchis est consommé de toute façon, sur à peu près tous les sujets...

Pour ce qui est de l'avenir, d'une alternative à construire, je te renvoie au manifeste des neuf, qui nous vient des Antilles. Je persiste à y voir le vrai espoir. Et la continuation visionnaire de Victor Hugo.

21 février 2009

le cobaye (3) mes ressorts narcissiques

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Je suis objet d'étude. Enfin, pas que moi, les blogs, des blogs, avec leurs intéractions. Je poursuis ici la publication du dialogue que j'entretiens avec un sociologue à ce sujet :

(Introduction)

(1ère partie)

Le Prof : cette semaine, l’actualité sociale étant particulièrement chargée (les questions m'ont été adressées au lendemain de la journée de grèves et de manifestations du 29 janvier, NDA), dans quelles mesure vous pourriez NE PAS en parler dans votre blog. Je m'explique : la sociologie de la communication parle d'effet d'agenda public : maîtriser ou non son ordre du jour. En ce qui vous concerne, qu'est-ce qui commande le choix d'un sujet ? Et question parallèle : quels critères font que vous ne pouvez-pas ne pas parler d'un sujet (public, médiatique, social, politique, etc.) ?

Oh!91 : Bonne question. Aurais-je pu ne pas en parler ? Y aurait-il eu une raison pour ne pas en parler ? Sans doute. Si j'avais été loin, ailleurs, ou absorbé par autre chose. Il ne me semble pas que ce soit son poids dans l'actualité qui m'ait obligé à en parler, mais davantage le fait que j'y fus impliqué, car je ne définis pas mon blog comme un blog politique.

Par exemple, quelques semaines plus tôt, alors que j'étais à Budapest avec des amis, Israël a attaqué Gaza et ces événements faisaient l'actualité. Assurément, la gravité de ce fait et mon histoire personnelle constituaient deux éléments qui auraient du me conduire à donner une priorité à l'écriture sur ce sujet. Mais j'étais à Budapest, abstrait de cette actualité. Et en pèlerinage, un peu dans une quête, et c'est cette part d'intime qui a alors pris le dessus. L'actualité ne m'a pas "obligé". Tout au plus ai-je utilisé l'outil marginal de l'encadré Blog-it pour glisser une petite référence à ces événements, histoire de ne pas m'en dédouaner totalement et de rester libre d'aller au bout des idées d'écriture que me soufflait mon séjour hongrois.

De la même façon, je n'ai pas abordé le mouvement social de cette semaine sous la forme d'une reproduction des plateformes revendicatives, mais plutôt à partir de moi et de la façon dont je me vis, ou de ce dont je perçois de mon entourage, en rapport avec lui. Ainsi, j'ai écrit pour signifier que j'allais retrouver en manifestation un ami de la piscine, qui viendrait manifester pour la première fois de sa vie (). Ou j'ai parlé de jeunes enfants que j'entendis crier des slogans d'adultes pour évoquer l'histoire de ma propre construction idéologique à partir de l'enfance militante que m'offraient mes parents (ici).

Au fond, j'aime être en résonance avec l'actualité, l'actualité dicte mon blog en ce qu'elle me dicte moi, mais ce qui est au centre de ce que j'écris est rarement le sujet d'actualité lui-même, mais plutôt moi dans cette actualité.

Sauf quand, par flemme, ou par manque de temps, je vais à la facilité, et, au lieu d'écrire, fais un copier-coller qui me paraît intéressant, ce qui arrive quelques fois puisque je m'oblige à publier très régulièrement.

Pour conclure sur cette question, et pour être tout à fait honnête, il est vrai qu'il est des sujets pour lesquels je pourrais ressentir une certaine culpabilité à ne pas les évoquer. Peut-être pour ne pas apparaître totalement "hors du monde". J'ai évoqué plus haut l'usage que j'avais du widget Blog-it pour - même a minima – me montrer "dans le coup". Mais c'est vrai de la même façon de l'aspect intime de mon blog : dès que je suis resté quelques jours sans évoquer un sujet un peu frivole, je m'astreint à "produire" un billet dans ce registre, par fidélité pour une ligne que je me suis donnée, et pour ne pas désorienter totalement les lecteurs...

C'est peut-être au fond l'idée d'avoir créé un style, et l'illusion d'être attendu sur chacune de ses facettes, qui me guide. L'actualité politique et sociale y a sa place, mais au même titre que les autres aspects de "ma ligne éditoriale".
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Le Prof : je vous cite : "Une des surprises, ce fut le retour, souvent flatteur, que permettait l’interaction : ça faisait de cette mise à nu, a priori honteuse, quelque chose de surtout pas honteux. Les gens, dans une grande diversité de lecteurs, question d’âge, de genre ou d’orientation sexuelle, d’ailleurs, avaient tendance à flatter mon audace plutôt qu'à s'en défier, à dire s’y reconnaître, et à m'encourager dans cette démarche."

Dès lors, Oh!91,

-     Qu’attendiez-vous de ces échanges ? Était-ce important au départ dans le choix de mettre en ligne ?
-     Quelles réactions des internautes vous ont-elles surprises ?
-     Quelles remarques ?


Oh!91 : Alors là, on rentre dans les sujets difficiles. Les ressorts narcissiques de l'exercice.

Prenons vos questions les unes après les autres. Qu'attendais-je de ces échanges, au départ ? Franchement, je ne sais pas. Mon rapport aux blogs était assez limité, mon expérience, avant de me lancer, c'était trois blogs de référence. Et donc trois amis. Dont une entrée dans ma vie réelle. Au début, il s'agissait de prolonger le rapport de séduction à l'œuvre avec eux. D'ailleurs, si je voyais leurs blogs rassembler nombre de commentaires ou de commentateurs, j'avais l'impression que ces derniers formaient des cercles d'amis assez fermés, où je n'avais pas forcément ma place, d'où j'étais intrus en quelque sorte. Tant et si bien que je ne m'étais pas forcément préparé à recevoir des réactions et des commentaires venus d'ailleurs que de ces trois là.

Ce n'est donc pas au départ la recherche d'un retour quelconque qui m'a mu. Mais la volonté diffuse de consolider des relations amicales nouvelles.

Puis des commentaires sont arrivés. En fait, dès le premier jour, sur le premier billet, de deux inconnues. Et je me suis laissé griser par cet afflux inattendu. Tant et si bien que j'ai fini par en avoir besoin. Je me mis à visiter des blogs comme on va draguer en boîte de nuit, j'y laissais des commentaires pour en attirer à moi. Je me suis aussi épuisé un temps dans cet exercice-là, avant de prendre un peu de champ.

Ce qui m'a surpris ? Que l'on puisse s'intéresser à mes récits. D'autant qu'au début, plus que je n'écrivais, je "recyclais" surtout des choses déjà écrites. Je reprenais des commentaires que j'avais publiés sur d'autres blogs, sur un en particulier, ou bien je publiais des lettres anciennes à des amis, des récits de voyage où j'exprimais des sentiments, notamment à une époque ou mon orientation sexuelle cherchait à sortir de son impasse. Parfois, m'aventurant sur des sujets provocateurs, comme mon goût pour la masturbation, ou mes techniques masturbatoires, j'étais surpris de ne pas rencontrer le dégoût, mais l'amusement, et finalement, plus je poussais le bouchon, plus je me mettais à nu, sans fard, et plus c'était lu comme des accents de sincérité qui me valaient de la sincérité dans les retours, et quelques beaux ferments d'amitié. Voire d'amour. Cette dimension m'a pris vraiment pas surprise.

Le Prof : "Le choix des sujets est très aléatoire. Ils s’ancrent très souvent dans l’actualité. Et s'il y a une spécificité à ce que j'écris, c'est une façon plus ou moins subtile d'évoquer une présence sexuelle au cœur d'un discours politique, d'une chronique culturelle ou d'une situation décalée, ou d'évoquer une actualité politique au cœur du récit d'un ébat."
-       est-ce que le blog vous a aidé à affirmer vos choix, vos idées, autre chose ?
-       Sur un blog d'opinion, n'y a-t-il pas plus largement des statuts plus facilement revendiqués que d’autres ?


Oh! 91 :
Sur le plan politique, je crois franchement que je n'ai pas eu besoin du blog pour m'affirmer, j'ai une histoire déjà très engagée. D'ailleurs, si j'affirme des préférence, des engagements, je ne prends pas spécialement de soin à en exposer les arguments, j'ai plutôt tendance à les poser pour ce qu'ils sont : mon point de départ. A partir duquel j'expose mes doutes, mes déceptions, mes coups de colère. Je cherche moins à y revendiquer qu'à m'y exposer. Du coup, n'étant pas perçu comme prosélyte, je crois avoir intéressé des gens qui s'intéressent peu aux blogs politiques en général. Mais je n'ai jamais su gagner l'intérêt des blogueurs poltiques.

Si j'ai affirmé des choses, avec le blog, c'est ma sexualité. Ses dimensions extraverties.

Et surtout, chaque fois que ça se présente, j'aime lorsque la politique est amenée par des situations concrètes, quand palpite le vivant au coeur d'un thème politique. Mon combat pour les papiers d'un ami, S., contre son expulsion, et le fait que dans ce combat il devenait mon amant, est l'illustration la plus paradigmatique de ce que mon blog cherche à être, je crois.

Je ne suis pas sûr de bien comprendre la question sur "les statuts plus facilement revendiqués que d'autres". Peut-être pourriez-vous la préciser ?

(la suite)

20 février 2009

l'horizontale plénitude du vivant...

joiedevivreg.jpg

"Alors voici notre vision :
Petits pays, soudain au cœur nouveau du monde, soudain immenses d'être les premiers exemples de sociétés post-capitalistes, capables de mettre en œuvre un épanouissement humain qui s'inscrit dans l'horizontale plénitude du vivant....
"

Dans un texte qu'ils ont titré Manifeste pour les "produits" de haute nécessité, neuf intellectuels antillais (*) viennent de produire une contribution majeure à la pensée de l'émancipation humaine, un regard intellectuel et politique parmi les plus novateurs de ces derniers temps, inspiré et nourri des luttes en cours, un retournement des valeurs qui nous projette intelligemment dans l'après-société-de-la-marchandisation.

Soucieux d'une issue durable à la crise actuelle dans les DOM, c'est toute la vision d'une autre construction du monde, intrinsèquement portée par le mouvement actuel, qu'ils expriment. Les propositions de Nicolas Sarkozy, ses petites concessions sous l'effet de la trouille, semblent si dérisoires, si rkiki à côté de ce que suscite cette prose.

Il faut le lire car c'est un souffle. Si l'utopie a un pouvoir, c'est dans ce texte qu'il se trouve, et les extraits que j'en cite ci-dessous n'en reflètent rien de la fécondité. Le poétique y dépasse le prosaïque, on y revendique "une nourriture de dignité, d'honneur, de musique, de chants, de sports, de danses, de lectures, de philosophie, de spiritualité, d'amour, de temps libre affecté à l'accomplissement du grand désir intime".

(...) "L'autre très haute nécessité est ensuite de s'inscrire dans une contestation radicale du capitalisme contemporain qui n'est pas une perversion mais bien la plénitude hystérique d'un dogme" (...)

(...) "Nous appelons donc à ces utopies où le Politique ne serait pas réduit à la gestion des misères inadmissibles ni à la régulation des sauvageries du "Marché", mais où il retrouverait son essence au service de tout ce qui confère une âme au prosaïque en le dépassant ou en l'instrumentalisant de la manière la plus étroite.

Nous appelons à une haute politique, à un art politique, qui installe l'individu, sa relation à l'Autre, au centre d'un projet commun où règne ce que la vie a de plus exigeant, de plus intense et de plus éclatant, et donc de plus sensible à la beauté.

Ainsi, chers compatriotes, en nous débarrassant des archaïsmes coloniaux, de la dépendance et de l'assistanat, en nous inscrivant résolument dans l'épanouissement écologique de nos pays et du monde à venir, en contestant la violence économique et le système marchand, nous naîtrons au monde avec une visibilité levée du post-capitalisme et d'un rapport écologique global aux équilibres de la planète....
"

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(*) Ernest Breleur, Patrick Chamoiseau, Serge Domi, Gérard Delver, Edouard Glissant, Guillaume Pigeard De Gurbert, Olivier Portecop, Olivier Pulvar et Jean-Claude William.