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28 février 2009

la banquière, la poste et l'étranger

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Perturber ton banquier d'un souci c'est un crime
bien plus grave que celui d'en être une victime.
Pour autant en aucune façon
n'oublie de lui dire pardon.

Je m'en vais te compter une histoire burlesque
qui si non à pleurer eut bien prêté à rire
une expérience qu'à mon pire
adversaire ni à mon bourreau presque
je n'aurais pu agir pour la faire advenir.

Ainsi donc un matin ou plutôt une nuit
un homme bien sous toutes les coutures
si ce n'est qu'il ne fut étranger c'est ainsi
- et ce n'est là que le début de toute cette aventure -
découvrit qu'un larcin fut commis contre lui.
Oh pas grand chose mais ce n'est pas de chance
quelques centaines d'euros prélevés sur son compte
au comptoir d'une agence.

"C'est ennuyeux monsieur lui dit on en sa banque
lorsqu'un certain matin il s'en vint réclamer
que ce ne fut pas avec une carte
que cet argent vous fut subtilisé
car au guichet avant que la personne ne parte
- nous l'avons vérifié -
une pièce d'identité nous fut bien présentée
et de votre nom monsieur
ainsi que de votre naissance
elle portait l'inscription.
Ceci est bien la preuve de votre présence
sans doute.
"
A ces mots notre ami
appelons-le victime
protesta
qu'une vérification peut-être bien fut faite
mais qu'en aucune mesure ce ne put être lui
puisqu'à l'heure où le crime fut commis
sous d'autres cieux il était à la fête.

Contrits mais obligés
ceux qui en charge en avaient la gestion
lui rendirent son argent
après trois bons mois de tergiversations.
Finalement un peu - un peu - de compassion
put se lire à leurs lèvres.

Mais l'histoire n'en était qu'à son commencement.
Bien que le temps coulant
des rives de la Seine aux rivages de l'Ebre
on put penser un temps l'affaire close et bien close.
Durant, se jouait un paquet d'autres choses
ayant à voir avec l'humeur des hommes
avec la politique avec son cynisme
avec les jeux du pouvoir sur la plèbre
avec les vertiges aussi avec les hormones
Puis l'été défilait puis arriva l'automne
il y avait en lui d'autres guerres à mener
éclaircir l'avenir préserver des demains
chérir autrement ne pouvant l'assouvir
un amour qui l'encombrait autant qu'il y tenait
et ce n'était pas rien
j'en fus moi même bien plus que le témoin.

Un autre matin donc dans l'hiver incertain
notre victime dis-je
découvrit à chagrin
- patiente un peu, tu vas voir le litige -
que de tous ses outils de paiement
aucun ne fonctionnait plus.
Plus moyen de retirer le moindre petit écu sonnant ou trébuchant
ni même à la RATP de renouveler son abonnement
C'est que tout bonnement
sans même l'en avertir d'un appel d'une lettre
que sais-je d'un courriel
la banquière prit sur elle
de prendre le contrôle des flux le concernant.

Surpris et en colère il s'enquit de l'affaire
protestant qu'on l'empêcha ainsi de tout et de rien faire.
C'est alors qu'il apprit qu'on tenta
d'à nouveau le flouer.
C'est dans une autre agence que l'affaire se joua
un homme s'est présenté
lui dit-on en sous-main
un passeport en main
d'un autre continent
ça semblait évident
le guichetier habile
savant, lettré ou en géographie versé
déjoua le dessein
et informa l'agence où notre victime
malgré tout fut démeuré inscrit
qu'à peu de chose près un crime
s'en fut commis.

A nouveau il partit vers les commissariats
porter plainte comme il se doit
il s'en fut à sa banque pour clore son compte courant
arpenter les bureaux où il avait contrat :
assurances, caisses sociales, familiales et autres opérants
les informer de ses nouveaux identifiants

Seulement voilà
son nouveau compte ouvert depuis dix jours à peine
il y a de cela tout juste une semaine
dépourvu à ce stade de carte et de chéquier
encore une fois sévit le prédateur
par la même méthode allant à un guichet
avec mêmes papiers mais cette fois ailleurs
dans une autre banlieue.
Et surtout tiens-toi bien
avec en main le fabuleux sésame : les coordonnées
du nouveau compte bancaire.
Tremblant, apeuré, fragilisé, déconfit
il fallait à notre bien triste ami
reprendre à ses débuts chaque démarche accomplie
mais surtout il devait
se sentant menacé
- la vie offre bien peu d'occasions gratuites -
chercher à comprendre où se trouvait la fuite.
Un homme était là, tapi, jamais très loin
à deux mètres à dix mètres à une portée de mains
avec à son profit une carte usurpée
il rôdait, il fouinait, il tenait un filon.

Le sort avait voulu de cette usurpation
qu'il en fut lui l'objet
c'eût pu en être un autre
et tout aussi terrible eut été cette affaire
mais ce fut lui qui dut par ses propres audaces
nouer un scénario en remonter les traces.
Il pensa à ces lettres qu'il avait attendues
dont il se souvint ne les avoir jamais reçues.
Il y en eut bien cinq si ce ne fut pas dix
il pouvait à présent les visualiser
et il comprit le biais par où on l'escroquait.

Il dut donc aussitôt s'en aller à la poste
s'arranger avec eux pour qu'on lui mit ses plis
en réserve de la distribution
il y avait urgence ils devaient s'en convaincre
rien ne fut simple dans cette négociation
mais ce ne fut rien à côté de la banque.

Car là arrive enfin le propos de ma fable
cette femme dont le métier est sans doute d'être affable
avec ses clients si non avec les gens
qui se doit à la protection de ton argent
et sans doute à l'effort au moment du pépin
cette femme donc s'est offert le luxe de l'affront
maniant de l'esquive et des sous-entendu
"pour moi dit-elle sans rire
ce ne peut être qu'un proche
un tout proche vous dis-je
suivez donc mon regard.
"
Alors d'un coup malgré un doux sourire
traduisant l'impuissance sentie en toi grandir
réalisant soudain que sur rien tu n'as prise
tu demeures hagard.

Victime une fois en en payant le prix
tu reçois malgré tout un petit regard triste
victime une deuxième fois le forfait échoué
te voilà magnifié
presqu'héro malgré toi
mais la troisième fois
si le bourreau persiste
c'est toi qui de victime passe à un autre grade
tu es louche, tu es sale te voilà misérable
et pourquoi pas monsieur le premier des suspects.
Victime ? à voir ! d'ici-là plus de respect.

Commentaires

Aïe!

Écrit par : Doréus | 28 février 2009

Je connais cette histoire, on me l'a raconté à la cantine pas plus tard que cette semaine. Jeudi ou vendredi.
Bises.

Écrit par : Olivier Autissier | 28 février 2009

Des entres-eaux à La Fontaine, quelle belle remontée à la source...
Et toutes mes condoléances à la victime - l'histoire est fascinante.

Écrit par : manu | 01 mars 2009

Une fable très réussie, quand à l'histoire je la trouve cruelle pour les victimes qui se trouvent soudain pris dans les filets de procédures et d'hommes pour qui la solution, au plus simple, au plus facile, consiste à faire d'un coupable un léger détail.

Écrit par : Bougrenette | 01 mars 2009

-> Doréus -> et encore, ainsi fabulée, elle fait un peu moins mal ;
-> Olivier Autissier -> Tu confirmes, donc, combien elle est tirée de faits réels, tu en as eu le récit à sa source ;
-> manu -> condoléances transmises. Va savoir si tu ne la rencontreras pas, la victime, lors de ton passage à Paris : c'est confirmé, n'est-ce pas ?
-> Bougrenette -> et encore, je t'ai épargné la glacialité des yeux et la circonspection des sourcils, au moment des rencontres.

Écrit par : Oh!91 | 01 mars 2009

La morale de cette histoire, résumée sur la dernière couv' de l'Express :
"Pourquoi les banquiers sont nuls : ils plombent l'économie, ils méprisent leurs clients".
http://www.aacab.net/

Écrit par : Fiso | 02 mars 2009

Après les subprimes, ils feraient bien d´apprendre par coeur dans leurs putains d´écoles de commerce ou de finances "Pierrette et le pot au lait". Ou plutôt "Madoff et le pot aux roses". Ça nous éviterait de payer à nouveau les pots cassés. Bande d´empotés.

Écrit par : Zarxas de La Fontaine (3) | 04 mars 2009

-> Fiso -> Si c'est l'Express qui le dit... Merci pour le lien ;
-> Zarxas -> Ce qui est drôle, c'est que quand on leur met sous le nes la campagne de publicité en cours, qui fait l'objet d'affiches dans leurs agences, sur "la reconnaissance" et la "considération" dus aux clients, ils en ricanent eux-même tellement ils n'y croient pas.

Écrit par : Oh!91 | 04 mars 2009

Les commentaires sont fermés.