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27 février 2009

le cobaye (5) mon moteur c'est toi

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Je continue, au gré de mes vacances d'inspiration, la publication de l'entretien que j'accorde, depuis quelques semaines, à un sociologue qui explore la place des blogs dans l'évolution des constructions sociales. Cette partie t'est en partie consacrée.

(introduction)

(1ère partie)

(2ème partie)

(3ème partie)

4ème partie :

Le Prof : je vous cite : « C'est peut-être au fond l'idée d'avoir créé un style, et l'illusion d'être attendu sur chacune de ses facettes, qui me guident. L'actualité politique et sociale y a sa place, mais au même titre que les autres aspects de "ma ligne éditoriale" ».
- en ce qui vous concerne Oh!91, quelle part tient alors la volonté d'influencer les actions, les opinions, la perception qu’ont vos lecteurs sur tel ou tel sujet ?


Oh!91 : A mesure que vous affinez vos questions, et me poussez à mettre au jour une possible intention propagandiste dans ma démarche, je me rends compte, si je m'efforce de rester honnête avec moi même, que je n'ai pas de telles intentions, ou alors de façon très secondaire. Non pas que le partage de mes idées me soit indifférent, j'ai un passé militant, et je suis toujours très regardant de la chose politique. Mais je ne crois pas que le choix d'animer un blog participe de cette part de moi. En écrivant parfois sur des sujets politiques, je cherche davantage à m'identifier qu'à influencer. A être vu pour ce que je suis qu'à convaincre de ce que je dis.

Je mentirais si je disais que je ne suis pas sensible quand des lecteurs m'écrivent en commentaire : « merci de nous ouvrir les yeux », ou « je ne commente pas sur ce sujet parce que je ne le connais pas assez, mais je suis intéressé par ce que j'apprends ». Ce fut parfois le cas en janvier, avec la série de témoignages sur Gaza.

Mais au fond, je suis davantage flatté quand on m'écris « merci pour ce que tu es » que « merci pour ce que tu fais »

Il y a tout de même deux ou trois sujets sur lesquels je me suis impliqué avec l'envie de convaincre : par exemple la condition des sans-papier et la politique migratoire du gouvernement. Sur ce sujet, j'ai régulièrement relayé des pétitions du réseau École sans frontière ou des Amoureux au ban public, ou évoqué des faits révélateurs, la mort d'un jeune Africain dans la Marne, les files d'attente pour étrangers devant la préfecture du Val-de-Marne, les démarches administratives vexatoires à travers ce que traversait mon ami. Je l'ai fait une autre fois pour interpeller des amis blogueurs sur ce que je considérais comme des affinités douteuses avec un blogueur qui me paraissait promouvoir une idéologie réactionnaire, raciste et dangereuse.

Mais l'intention de convaincre ne constitue pas un moteur pour mon blog, je redoute de m'enfermer dans un entre soi avec ceux qui ont les mêmes opinions que moi.

Le Prof : je vous cite : « Les commentaires appartiennent davantage à la sphère des encouragements, ou de la complaisance (et ce n'est pas péjoratif), disons plutôt de l'entretien d'une certaine connivence. J'ai d'ailleurs surtout tendance à trouver que je n'en reçois pas assez, des commentaires, qui  m'apparaissent, à mon corps défendant, comme le seul vrai critère de la lecture... »
- En quoi l’aspect à distance, virtuel, pas de partage d’expérience change-t-il, d’après votre expérience, quelque chose aux opinions exprimées ?
- En ce qui vous concerne Oh!91, peut-on parler de l’audience comme source de motivation et cause de transformation du site ?
- L’interactivité a-t-elle changé vraiment le contenu de votre blog ?


Oh!91 : En ce qui me concerne, et pour ce qui est du champ de "l'opinion", je n'ai pas l'impression que la distance ou l'anonymat modifie ce blackboy.gifque j'exprime, par rapport à ce que j'exprimerais dans une discussion de bistro, de famille, ou dans un cadre politique. C'est plus dans le champ de l'intime, que le virtuel modifie les choses. Quand je décrivais le combat que nous menions avec S. pour ses papiers et que je racontais au détour d'une phrase comment nous avions fait l'amour. Quand j'évoquais les violences entre jeunes du 19è arrondissement à l'occasion d'une rencontre dans un sauna gay parisien. Etc. Dans un cadre public, le contexte intime serait absent, quand le blog lui permet d'y avoir une place essentielle.

L'audience est une source de motivation, c'est évident. Dans les périodes où je m'investis beaucoup en écriture, les statistiques de fréquentation m'importent, de même que les commentaires. Pas toujours. Il y eut une période, l'été dernier, ou traversant un douloureux chagrin d'amour, je n'étais en quête que d'un seul lecteur, et rien du reste n'avait d'importance. Mais autrement, bien sûr, l'audience compte énormément.

Elle est indispensable à l'effet miroir que je recherche. Je m'en nourris. Et donc elle influence le contenu de mon blog, c'est certain. Par exemple, dans les premiers mois ce ce blog, je publiais des lettres anciennes à un ami, qui étaient restées sans réponse. Notamment une où j'y déclarais ma flamme. Ces lettres avaient plus de dix ans, mais un lecteur m'interrogea sur le fait de savoir si je n'avais jamais eu l'envie de l'écrire, la réponse que j'avais alors attendue. Je rebondis pour inviter ceux des lecteurs qui s'étaient impliqués dans ces épisodes à imaginer une réponse. Et j'eus des contributions, qui alimentèrent le blog pendant quelques semaines.

Plus récemment, alors que j'écrivais sur la guerre en Palestine, un lecteur français installé à Gaza, qui me disait se reconnaître dans l'esprit de mon blog, se mit à m'envoyer des témoignages que je reproduisis.

Et il y a de très nombreux exemples de ce type : un débat sur le dialogue des religions, à l'occasion d'un billet où j'annonçais la disparition d'un abbé ami de la famille, etc.

(la suite)

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