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17 février 2009

quand Joséphine Baker te tend le miroir

plongeon5.jpg

Je croyais avoir tout expérimenté. Enfin, à peu près : le virage et le plongeon me demeurent revêches. Mais le reste, c'est à dire à peu près tout : les longueurs enchaînées, le demi fond, les pointes de vitesse en crawl, la brasse saccadée, ou coulée, les ballets érotiques, le dos en extension, le dos brassé, le papillon - avec désormais deux ondulations du bassin entre chaque battement d'aile - les petits plaisirs des vestiaires, la langueur des douches tièdes, les regards en coin ou les empoignades audacieuses... Je croyais connaître à peu près tous les enchantements de l'eau. Et pourtant.

Hier soir, Roger Le Gall étant en vidange hivernale, je m'étais rabattu sur Joséphine Baker. La fameuse piscine flottante, qui connut de nombreuses avaries ces derniers mois, mais qui a rouvert depuis peu.

J'étais disposé à la surprise, cette étrangeté posée là sur la Seine s'y prêtant. Depuis la grande Bibliothèque, descendant vers le quai dans le clair obscure de la fin d'après midi, j'entendis d'abord la transparence de la structure de verre, avec le quai de Bercy en arrière plan, la Seine paisible sans courant apparent, et poursuivant le travelling arrière, le bassin finalement assez petit, 25 mètres tout mouillé, puis ce jeune homme occupé à rassembler ses affaires face à la grande baie vitrée du hall d'entrée, en speedo noir, inconscient de sa beauté et des envies de coups-de-ciseaux qui s'agitaient secrètement tout autour de lui.

brutos8013.jpgLa deuxième impression que je décrochais était la blancheur du ciel, descendant se fondre dans la piscine au fond sans marque, sans céramique ni jointure. Nager dans cette ouate n'était pas des plus confortable, mais on s'y habituait, concentré qu'on était à marquer sa place et son tempo au milieu du trafic.

Et puis il y eut cette surprise. La nuit était tombée. Tu avais enchaîné cinquante trois longueurs, le nez tourné vers le fond du bassin. Puis te tournant sur le dos pour les sept dernières, tu vis au plafond un nageur élégant, élancé, ample et précis dans ses mouvements, véloce. Les lumières du bassin, une fois l'obscurité installée dans la ville au dehors, faisaient de ce plafond de verre un gigantesque miroir. Dans lequel tu te voyais évoluer au milieu des autres. Et tu réalisais que tu ne faisais pas que te mouvoir au milieu des gens, mais que tu faisais partie de ces gens. Occupant une place visible, sensible, pesante.

Ta place.

Commentaires

ça doit être une sensation intéressante, faudra que je teste !!!!

Écrit par : Francis | 17 février 2009

-> Francis -> Attention d'y aller à la tombée de la nuit, sinon, je crains que ça ne marche pas...

Écrit par : Oh!91 | 17 février 2009

Elle est bizarre quand même ta ville. Toi tu vas nager dehors quand il fait bien froid, en pleine nuit et dans une piscine qui flotte ? Et en plus t'es obligé de te rabattre sur une Joséphine ! Diantre !
T'as fumé aujourd'hui Loulou ?! Nan, chais pas, mais là, je m'inquiète ;-)

Écrit par : feekabossee | 17 février 2009

Ta place, cest bien ça. Joli billet.

Écrit par : Fauvette | 17 février 2009

Comme Fauvette, j'aime beaucoup de billet.

Écrit par : Valérie de Haute Savoie | 18 février 2009

-> feekabossee -> Pas besoin de stup, en ce qui me concerne, pour aller nager à toute heure, par tout temps et sous toute latitude... chez Joséphine ou chez Roger, peu m'importe. Y'a juste un truc en ce qui concerne les bassins : plus c'est long, plus c'est bon, mais là, t'as pas toujours le choix...
-> Fauvette et Valérie de Haute Savoie -> merci à toutes les deux. Vous nagez aussi ?

Écrit par : Oh!91 | 18 février 2009

tout testé... juste un souvenir d'une piscine en Hollande, où il n'y avait ni ligne d'eau ni longueur - juste des espaces aquatiques où s'ébattaient les gens, dans toutes les directions. Je me souvient d'avoir été surpris, désorienté. Fini l'exploit l'endurance, place au plaisir... je suis parti très vite. :-))

Écrit par : manu | 19 février 2009

-> manu -> il y a je crois quelque chose d'irréconciliable entre les différents usages que l'on peut avoir d'une piscine. Les nageurs et les baigneurs sont condamnés à ne pas s'entendre. Alors quand dans la conception, ou dans l'exploitation d'un équipement, cette diversité de pratiques n'est pas prise en compte, il ne reste que la guerre ou l'abandon... Nombre de piscines sont bannies de mes listes !

Écrit par : Oh!91 | 21 février 2009

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