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21 février 2009

le cobaye (3) mes ressorts narcissiques

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Je suis objet d'étude. Enfin, pas que moi, les blogs, des blogs, avec leurs intéractions. Je poursuis ici la publication du dialogue que j'entretiens avec un sociologue à ce sujet :

(Introduction)

(1ère partie)

Le Prof : cette semaine, l’actualité sociale étant particulièrement chargée (les questions m'ont été adressées au lendemain de la journée de grèves et de manifestations du 29 janvier, NDA), dans quelles mesure vous pourriez NE PAS en parler dans votre blog. Je m'explique : la sociologie de la communication parle d'effet d'agenda public : maîtriser ou non son ordre du jour. En ce qui vous concerne, qu'est-ce qui commande le choix d'un sujet ? Et question parallèle : quels critères font que vous ne pouvez-pas ne pas parler d'un sujet (public, médiatique, social, politique, etc.) ?

Oh!91 : Bonne question. Aurais-je pu ne pas en parler ? Y aurait-il eu une raison pour ne pas en parler ? Sans doute. Si j'avais été loin, ailleurs, ou absorbé par autre chose. Il ne me semble pas que ce soit son poids dans l'actualité qui m'ait obligé à en parler, mais davantage le fait que j'y fus impliqué, car je ne définis pas mon blog comme un blog politique.

Par exemple, quelques semaines plus tôt, alors que j'étais à Budapest avec des amis, Israël a attaqué Gaza et ces événements faisaient l'actualité. Assurément, la gravité de ce fait et mon histoire personnelle constituaient deux éléments qui auraient du me conduire à donner une priorité à l'écriture sur ce sujet. Mais j'étais à Budapest, abstrait de cette actualité. Et en pèlerinage, un peu dans une quête, et c'est cette part d'intime qui a alors pris le dessus. L'actualité ne m'a pas "obligé". Tout au plus ai-je utilisé l'outil marginal de l'encadré Blog-it pour glisser une petite référence à ces événements, histoire de ne pas m'en dédouaner totalement et de rester libre d'aller au bout des idées d'écriture que me soufflait mon séjour hongrois.

De la même façon, je n'ai pas abordé le mouvement social de cette semaine sous la forme d'une reproduction des plateformes revendicatives, mais plutôt à partir de moi et de la façon dont je me vis, ou de ce dont je perçois de mon entourage, en rapport avec lui. Ainsi, j'ai écrit pour signifier que j'allais retrouver en manifestation un ami de la piscine, qui viendrait manifester pour la première fois de sa vie (). Ou j'ai parlé de jeunes enfants que j'entendis crier des slogans d'adultes pour évoquer l'histoire de ma propre construction idéologique à partir de l'enfance militante que m'offraient mes parents (ici).

Au fond, j'aime être en résonance avec l'actualité, l'actualité dicte mon blog en ce qu'elle me dicte moi, mais ce qui est au centre de ce que j'écris est rarement le sujet d'actualité lui-même, mais plutôt moi dans cette actualité.

Sauf quand, par flemme, ou par manque de temps, je vais à la facilité, et, au lieu d'écrire, fais un copier-coller qui me paraît intéressant, ce qui arrive quelques fois puisque je m'oblige à publier très régulièrement.

Pour conclure sur cette question, et pour être tout à fait honnête, il est vrai qu'il est des sujets pour lesquels je pourrais ressentir une certaine culpabilité à ne pas les évoquer. Peut-être pour ne pas apparaître totalement "hors du monde". J'ai évoqué plus haut l'usage que j'avais du widget Blog-it pour - même a minima – me montrer "dans le coup". Mais c'est vrai de la même façon de l'aspect intime de mon blog : dès que je suis resté quelques jours sans évoquer un sujet un peu frivole, je m'astreint à "produire" un billet dans ce registre, par fidélité pour une ligne que je me suis donnée, et pour ne pas désorienter totalement les lecteurs...

C'est peut-être au fond l'idée d'avoir créé un style, et l'illusion d'être attendu sur chacune de ses facettes, qui me guide. L'actualité politique et sociale y a sa place, mais au même titre que les autres aspects de "ma ligne éditoriale".
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Le Prof : je vous cite : "Une des surprises, ce fut le retour, souvent flatteur, que permettait l’interaction : ça faisait de cette mise à nu, a priori honteuse, quelque chose de surtout pas honteux. Les gens, dans une grande diversité de lecteurs, question d’âge, de genre ou d’orientation sexuelle, d’ailleurs, avaient tendance à flatter mon audace plutôt qu'à s'en défier, à dire s’y reconnaître, et à m'encourager dans cette démarche."

Dès lors, Oh!91,

-     Qu’attendiez-vous de ces échanges ? Était-ce important au départ dans le choix de mettre en ligne ?
-     Quelles réactions des internautes vous ont-elles surprises ?
-     Quelles remarques ?


Oh!91 : Alors là, on rentre dans les sujets difficiles. Les ressorts narcissiques de l'exercice.

Prenons vos questions les unes après les autres. Qu'attendais-je de ces échanges, au départ ? Franchement, je ne sais pas. Mon rapport aux blogs était assez limité, mon expérience, avant de me lancer, c'était trois blogs de référence. Et donc trois amis. Dont une entrée dans ma vie réelle. Au début, il s'agissait de prolonger le rapport de séduction à l'œuvre avec eux. D'ailleurs, si je voyais leurs blogs rassembler nombre de commentaires ou de commentateurs, j'avais l'impression que ces derniers formaient des cercles d'amis assez fermés, où je n'avais pas forcément ma place, d'où j'étais intrus en quelque sorte. Tant et si bien que je ne m'étais pas forcément préparé à recevoir des réactions et des commentaires venus d'ailleurs que de ces trois là.

Ce n'est donc pas au départ la recherche d'un retour quelconque qui m'a mu. Mais la volonté diffuse de consolider des relations amicales nouvelles.

Puis des commentaires sont arrivés. En fait, dès le premier jour, sur le premier billet, de deux inconnues. Et je me suis laissé griser par cet afflux inattendu. Tant et si bien que j'ai fini par en avoir besoin. Je me mis à visiter des blogs comme on va draguer en boîte de nuit, j'y laissais des commentaires pour en attirer à moi. Je me suis aussi épuisé un temps dans cet exercice-là, avant de prendre un peu de champ.

Ce qui m'a surpris ? Que l'on puisse s'intéresser à mes récits. D'autant qu'au début, plus que je n'écrivais, je "recyclais" surtout des choses déjà écrites. Je reprenais des commentaires que j'avais publiés sur d'autres blogs, sur un en particulier, ou bien je publiais des lettres anciennes à des amis, des récits de voyage où j'exprimais des sentiments, notamment à une époque ou mon orientation sexuelle cherchait à sortir de son impasse. Parfois, m'aventurant sur des sujets provocateurs, comme mon goût pour la masturbation, ou mes techniques masturbatoires, j'étais surpris de ne pas rencontrer le dégoût, mais l'amusement, et finalement, plus je poussais le bouchon, plus je me mettais à nu, sans fard, et plus c'était lu comme des accents de sincérité qui me valaient de la sincérité dans les retours, et quelques beaux ferments d'amitié. Voire d'amour. Cette dimension m'a pris vraiment pas surprise.

Le Prof : "Le choix des sujets est très aléatoire. Ils s’ancrent très souvent dans l’actualité. Et s'il y a une spécificité à ce que j'écris, c'est une façon plus ou moins subtile d'évoquer une présence sexuelle au cœur d'un discours politique, d'une chronique culturelle ou d'une situation décalée, ou d'évoquer une actualité politique au cœur du récit d'un ébat."
-       est-ce que le blog vous a aidé à affirmer vos choix, vos idées, autre chose ?
-       Sur un blog d'opinion, n'y a-t-il pas plus largement des statuts plus facilement revendiqués que d’autres ?


Oh! 91 :
Sur le plan politique, je crois franchement que je n'ai pas eu besoin du blog pour m'affirmer, j'ai une histoire déjà très engagée. D'ailleurs, si j'affirme des préférence, des engagements, je ne prends pas spécialement de soin à en exposer les arguments, j'ai plutôt tendance à les poser pour ce qu'ils sont : mon point de départ. A partir duquel j'expose mes doutes, mes déceptions, mes coups de colère. Je cherche moins à y revendiquer qu'à m'y exposer. Du coup, n'étant pas perçu comme prosélyte, je crois avoir intéressé des gens qui s'intéressent peu aux blogs politiques en général. Mais je n'ai jamais su gagner l'intérêt des blogueurs poltiques.

Si j'ai affirmé des choses, avec le blog, c'est ma sexualité. Ses dimensions extraverties.

Et surtout, chaque fois que ça se présente, j'aime lorsque la politique est amenée par des situations concrètes, quand palpite le vivant au coeur d'un thème politique. Mon combat pour les papiers d'un ami, S., contre son expulsion, et le fait que dans ce combat il devenait mon amant, est l'illustration la plus paradigmatique de ce que mon blog cherche à être, je crois.

Je ne suis pas sûr de bien comprendre la question sur "les statuts plus facilement revendiqués que d'autres". Peut-être pourriez-vous la préciser ?

(la suite)

Commentaires

Franchement, c'est quand même très CON la sociologie, non ?
:-)

Écrit par : cultu | 21 février 2009

j'ai cliqué trop vite, pardon !

J'arrive à comprendre combien cette triste pitoyable sociologie peut (encore) faire bander. Elle est, of course, TELLEMENT inutile, mais bon...C'est d'époque !
J'ai toujours détesté la sociologie, les constats sans propositions, les ...Enfin, une certaine masturbation jusqu'à en devenir dingue (hihihihihihhi).
Si elle trouve un certain écho joussif...pourquoi pas !
mdr quand même.
:-)

Écrit par : cultu | 21 février 2009

-> cultu -> 1) pourquoi tu dis ça : t'es sociologue ? 2) en fait, heureusement qu'on en a, des sociologues, des anthropologues, des ethnologues, des archéologues, des politologues, des psychologues, des psycho-linguistes, des ethno-socio, des... j'en passe et des meilleurs, heureusement que les sciences humaines sont là pour aider à déceler le sens des dérèglements et les potentiels de nos sociétés, et pour ne pas laisser les ressorts technicistes dévastateurs seuls au pouvoir !

Écrit par : Oh!91 | 22 février 2009

Euh...Juste répondre que je ne suis pas sociologue et qu'il ne me semble pas évoquer dans mon comment les anthropologues, les ethnologues, les archéologues, les politologues, les psychologues, les psycho-linguistes, les ethno-socio, les...
J'ai un très grand respect pour les sciences, même humaines.
Tu sais Oh!91, justement, les tecnicistes dévastateurs auX pouvoirS s'appuient hélas bien souvent sur de fumistes études et la sociologie n'est pas, enfin, n'est plus !
Quand elle ne forme pas de futurs cadres dans les DRH , elle oublie que le monde est ailleurs, qu'il faut aller à sa rencontre et être un peu plus, comment dire...Vraiment sur le terrain.
Pardon de penser particulièrement à Bourdieu.
Mais c'est un débat très ennuyeux que j'engage qui ne trouve je peux le comprendre pas sa place sur un blog.
:-)

Écrit par : cultu | 22 février 2009

-> cultu -> Ennuyeux pourquoi ? Ce débat est passionnant au contraire, et tu dis là des choses très vraies sur l'usage qu'ont les technocrates des sciences humaines, et du coup sur les risques de déviance. J'ai aussi la nostalgie de Bourdieu, et j'ose croire que son travail, et son esprit continuent à inspirer les chercheurs d'aujourd'hui, qui ne sont pas tous vendus. La preuve, il en est qui effectuent des recherches dans un cadre public, universitaire, sans s'en remettre aux agents économiques... Et n'en déplaise, j'ai du respect pour ce travail.

Écrit par : Oh!91 | 23 février 2009

Tu sais quoi ? ... j'adore tes illustrations ;-) (j'aurais bien mis une rime en logue mais je ne trouve pas)

Écrit par : Bougrenette | 23 février 2009

-> Bougrenette -> ben c'est ça, traite-moi de breloque, tant que tu y es !...

Écrit par : Oh!91 | 25 février 2009

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