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18 février 2009

le cobaye (2) revendiquer sa vraie nature

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Je racontais là comment j'avais été approché par un sociologue pour une enquête sur les blogs et les blogueurs. Et les lecteurs... Voici une première salve de nos échanges :

Le Prof : Ma première question va porter sur vos motivations à l'origine de cette activité : au départ, ce blog c'était pour se faire plaisir, confronter ses idées avec les lecteurs ? autre chose ? cela a-t-il évolué ? pourquoi ?

Oh!91 : Mes premiers pas dans la blogosphère ont une histoire bien particulière. Comme tout un chacun, sans doute. Ça se passe entre mai et novembre 2007. Nous avions un ordinateur à la maison que je n’utilisais qu’à des fins pratiques, achat, réservation, information. C’est surtout mon ami qui s’en servait. Il m’arrivait le week-end, tôt le matin tandis qu’il dormait encore, de consulter des sites pornographiques gay, à la recherche d’images ou de vidéos. Et un matin, je suis tombé sur un blog où, accroché par des images, je suis surtout tombé sous le charme de récits – parfois crus, parfois engagés - et partant d’une personnalité. Un échange se construisit au fil des semaines via les commentaires sur ce blog, avec son taulier - et un certain nombre d’autres lecteurs, d’ailleurs. J’étais sensible à cette ouverture où s’abordaient sans tabou des sujets parfois intimes à l’extrême, mais d’où la politique n’était pas absente.

C’est pendant trois mois le seul blog que je fréquentais. Au mois d’août, alors que le blog était en veille, j’y laissais de longs commentaires sur le mode de récits de vacances, avec cette même présence de l’intime, et une interaction se mit en place avec six ou sept autres lecteurs, dont deux tenaient également un blog.

Je me mis à les fréquenter, et j’eus ainsi trois blogs de référence, très différents, mais au delà desquels je ne m'aventurais pas. Ils me donnaient déjà un aperçu plus large de ce qu'était un blog, de comment ça fonctionnait, de la diversité de leurs modes opératoires, de leurs ressorts...

Ces gens sont devenus des amis et nous avons commencé à dialoguer par MSN, puis à nous voir. Malgré leurs encouragements, j’hésitais un moment avant de me lancer à ouvrir mon propre espace, mais je commençais à trouver indécent l’utilisation à outrance des pages des autres pour m’exposer moi-même, donc le 16 novembre 2007 je me lançais.

brutos10813_DmitryDmitriev.jpgA dire vrai, je n’avais pas de projet précis. Je voulais que ça m’aide à consolider ces relations nouvelles, car j’aimais l’idée d’avoir des "amis de l’intime", avec qui il n'y avait pas de tabou, il ne pouvait pas y en avoir, puisque nous nous étions connus sur la base d'échanges très impudiques. J’aimais vaguement l’idée aussi de profiter de l’anonymat total de l’espace Internet pour disposer d’un lieu où me dire et m’assumer dans mon entièreté. Un peu exactement ce que l’on ne peut pas être ni faire dans la vie sociale réelle. Assumer des réactions politiques, des engagements, parler d'un spectacle, mais dire aussi mes jeux intimes, livrer un état d’âme ou des pulsions sexuelles, selon l’état d’esprit du moment, en pleine liberté. Être toujours, surtout et avant tout authentique. Et l’être non pas dans le secret d’un journal intime, mais dans un dialogue.

En raison d’un jeu entre mon prénom, mon projet professionnel, mon goût pour la natation, je décidais de nommer mon blog "entre deux eaux" et de faire de l’eau comme un fil rouge.

Une des surprises, ce fut le retour, souvent flatteur, que permettait l’interaction : ça faisait de cette mise à nu, a priori honteuse, quelque chose de surtout pas honteux. Les gens, dans une grande diversité de lecteurs, question d’âge, de genre ou d’orientation sexuelle, d’ailleurs, avaient tendance à flatter mon audace plutôt qu'à s'en défier, à dire s’y reconnaître, et à m'encourager dans cette démarche.

Le Prof : Y a-t-il bifurcation des objectifs initiaux depuis la création de votre blog ? Si oui, pourquoi ? est-ce lié à un type de billet, de réaction ?

Oh! 91 : Il est difficile de parler de bifurcation, le projet "éditorial" étant suffisamment fourre tout pour ne jamais se perdre. Je ne sais toujours pas très bien comment qualifier mon blog. Ce sont des "chroniques intimes de la vie", peut-être. Le fil rouge de l’eau est devenu assez inapparent  au fil du temps. Mais pour le reste, dans cette recherche constante de sincérité, d’authenticité, dans la mise à nu parfois impudique, il n’a pas varié. La part du "sexe" s’est transformée, mais surtout parce que j’ai traversé un chagrin d’amour qui m’a éloigné du goût pour les rencontres. Mon impudeur s’est déplacée sur le terrain du cœur, de l’âme, mais est restée présente. Quant à la politique, des sujets se sont mis à dominer les autres, mais par inadvertance : ceux liés à la politique migratoire de la France, puis plus récemment à la guerre à Gaza.

Le Prof : Comment choisissez-vous vos sujets ? ce sont des thématiques que vous n’abordez pas autour de vous ?

Oh!91 : Je crois avoir déjà en partie répondu à cela. Les sujets politiques sont souvent très présents dans ma vie ordinaire. Avec des amis, mes collègues, ou ma famille, nous en parlons. Mais les sujets intimes ne sont jamais abordés avec "vérité" autour de moi. Mon homosexualité est connue, ainsi que ma vie privée dans ce qu’elle a de socialement acceptable (ma situation de couple avec un garçon, voire le fait de trouver sexy tel ou tel garçon), mais jamais, ou beaucoup plus rarement des sujets tels que des relations extra-conjugales, la pratique de la masturbation, les rencontres qui peuvent se nouer dans des saunas ou des sex-clubs…

Le choix des sujets est très aléatoires. Ils s’ancrent très souvent dans l’actualité. Et s'il y a une spécificité à ce que j'écris, c'est une façon plus ou moins subtile d'évoquer une présence sexuelle au cœur d'un discours politique, d'une chronique culturelle ou d'une situation décalée, ou d'évoquer une actualité politique au cœur du récit d'un ébat.

Ceci s'est fait un peu à mon corps défendant, je veux dire sans que j'en ai vraiment eu conscience au début, sans que ce soit un parti pris, et puis c'est devenu comme une marque de fabrique. D'autres blogueurs s'en sont joués, d'ailleurs.

Le Prof : Le blog était-il un moyen de revendiquer votre vraie nature, vos vraies idées ?

Oh!91 : C'est exactement ça. Tout est dans ce « vraie ».

Le Prof : Vous diffusez régulièrement des photos, des vidéos en ligne ? pourquoi (dit autrement: qu'est-ce que cela apporte en plus des billets selon vous) ? et comment se fait ce choix des vidéos ?

Oh!91 : Je ne peux pas dire que je diffuse des photos ou des vidéos. J'ai toujours une illustration à mes billets, parfois plusieurs lorsque les billets sont longs. Il s'agit de photos piratées ici ou là, j'ai rarement sollicité des autorisations pour les utiliser. Quant aux vidéos, il est rare que j'en diffuse, il s'agit le plus souvent de vidéos musicales, d'interprétations, pour évoquer un concert où je suis allé, ou un coup de cœur.

(la suite)

00:05 Publié dans le cobaye | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : blog, recherche

Commentaires

Bravo, bel entretien!

Tu expliques très bien

"Être toujours, surtout et avant tout authentique. Et l’être non pas dans le secret d’un journal intime, mais dans un dialogue."

c'est tout à fait ça pour moi aussi, à part que le journal intime secret n'est vraiment pas mon truc, j'écris si je suis lue, sinon je n'écris pas.

la communication est pour moi essentielle.

"Le choix des sujets est très aléatoires. Ils s’ancrent très souvent dans l’actualité."

idem pour moi, totale liberté et quel bonheur!


"Le Prof : Le blog était-il un moyen de revendiquer votre vraie nature, vos vraies idées ?

Oh!91 : C'est exactement ça. Tout est dans ce « vraie »."

ça aussi je le partage, le blog me permet de dévoiler un aspect de moi même authentique, profond et qui parfois ne s'exprime pas dans la vie courante.


j'attends la suite de l'entretien :-)

Écrit par : céleste | 18 février 2009

Loin d'être déçue, je suis ravie de constater qu'une fois encore, tu gardes ce style et tes motivations intactes. Très intéressant à lire, point de surprises c'est bien toi. Je n'ai pas essayé de répondre moi même à ces questions, plutôt vagues et larges donc difficile. J'applaudis l'exercice.

Écrit par : Bougrenette | 18 février 2009

-> céleste -> tu sais, moi non plus, je n'ai jamais pu écrire sans le projet d'être lu. Je ne sais pas ce que c'est, en fait, un journal intime. Je ne sais pas si c'est un goût pour la communication ou un ressort narcissique. Enfin, je parle pour moi... La suite, après-demain !
-> Bougrenette -> les motivations intactes ? Je ne sais pas, en tout cas, j'essaye de les élucider pour pouvoir m'y référer, et ne pas être... un voyageur sans bagage. Merci pour les applaudissements.

Écrit par : Oh!91 | 19 février 2009

"disposer d’un lieu où me dire et m’assumer dans mon entièreté. Un peu exactement ce que l’on ne peut pas être ni faire dans la vie sociale réelle."

Sure about that ? Ou est-ce simplement la phase suivante ?

bises

Écrit par : manu | 19 février 2009

-> manu -> C'est là que j'en étais quand je découvrais le blogging, en tout cas. Parce que du coup, ce à quoi ça m'a ouvert, les nouveaux réseaux sociaux que je me suis créés depuis, rendent d'avantage possible cette "entièreté". Donc évidemment... mais il demeure des choses qui ne se partagent pas partout.

Écrit par : Oh!91 | 21 février 2009

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