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31 janvier 2009

cache-nez et col-roulé

Ski_naturiste.jpg

Il faudrait que tu puisses la voir, ma tenue de ski. Elle est hyper classe. Pas dans le genre frime, non. Mais dans le style pro. Bleu roi, aux couleurs de l'équipe de France, des anneaux olympiques brodés en médaillon surmontés de la mention salt-lake city 2002, les trois bandes de l'équipementier officiel de la délégation française. Et puis, il y a toute la panoplie : pantalon, salopette, pull, gilet en polaire, col roulé, bonnet, gants, par-dessus, baskets... et même le grand sac de voyage à mon nom pour transporter l'attirail.

Et c'est tout neuf. A l'exception du blouson et des gants, rien n'a servi. Jamais. Car je n'ai plus skié depuis quinze ans : Igor ne sait pas, il n'aime pas le froid, alors la montagne l'hiver, ça ne fait pas partie de nos destinations.

C'est donc dans mes placards, comme un avatar de l'époque où je travaillais au ministère des sports. Par un concours de circonstances, je m'étais retrouvé aggrégé à la délégation officielle des Jeux d'hiver 2002 - ce qui m'avais permis de rencontrer le président du CIO, Jacques Rogge, alors tout nouveau dans ses fonctions, nous avions parlé agence mondiale anti-dopage, et participation de femmes d'Afghanistan pour ll_b43659e7ea2315e72dd0672747e5fb59.jpges Jeux d'été suivants à Athènes, et de me retrouver un soir à table au village olympique en compagnie du magnifique Gwendal PEIZERAT (photographié ici par Jean Paul Lubliner) avant qu'il ne remporte sa médaille d'or sur glace avec Marina Anissina. Les magouilles dans le patinage nous avaient bien occupés, alors.

Et donc demain, tout cet équipement va enfin prendre l'air, le grand frais. A Val d'Isère, tout près de grands champions qui feront leurs championnats du monde. C'est mon copain, mon frère du Nord, qui en avait fait le serment, il y a près d'un an : m'inviter à aller avec lui au ski dans l'hiver 2009. Il a tenu parole. On y sera avec une bande de potes à lui, un grand cru de machos, à ce qu'il parait, mais peu importe.

Déjà, en écrivant ces lignes avant de sauter dans le train, et de t'abandonner à ces pages - pour de vrai cette fois, je crois - pendant près de cinq jours, les images de paysages enneigés dans la tête me font oublier les tourments du boulot, et allègent ceux de mon cœur. Je sais que la montagne fait tout oublier. Je l'ai souvent éprouvée cette sensation, et là, je m'en enivre déjà.

En attendant, fais attention à toi. Et promis, si malgré tout ce que j'aurais à faire sur mes planches, j'en dépucelle un de la bande au détour d'une partie de Scrabble, je te raconterais.

30 janvier 2009

le flambeau

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Le CPE battu. A plate couture. Les grèves et manifestations furent les plus importantes depuis plus de vingt ans. Bel exploit, Monsieur Sarkozy, avoir mis autant de monde en grève et dans la rue, après même pas deux ans d'exercice du pouvoir, le mieux est que vous remballiez dare-dare vos réformes désastreuses.

Je fus surpris de voir autant de gens qui manifestaient quasiment pour la première fois de leur vie. A quarante balais. Et puis il y avait ces familles, ces jeunes pères avec leur mouflet sur les épaules. Si craquants, les jeunes pères...

A un moment donné, des enfants, de sept à huit ans tout au plus, se regroupèrent au milieu des grands et se mirent à chanter : "Darcos, t'es foutu, la jeunesse est dans la rue". J'ai jeté un coup d'oeil à Yo : "c'est bon, la relève est prête". Et puis il y eut comme un malaise. Et une discussion sur les enfants, la politique et le libre arbitre. Y a-t-il de l'embrigadement ? A-t-on demandé à ces enfants d'apprendre des slogans pour les crier à tue-tête dans une manif ? Ou bien par jeu, se sont-ils mis d'eux même à imiter les grands, et à crier des phrases sans forcément bien en comprendre la signification ? Est-on dans la manipulation, ou dans l'éducation ?

Je me souviens de mes premières manifestations. Je ne faisais pas trois pommes, j'étais sur les épaules de mon père, ou de ma mère. On vilipendait Poniatowsky, à l'époque. C'étaient les grandes grèves de la métallurgie. Je me souviens aussi des longues soirées à la maison où toute la famille s'y mettait, autour de la table, pour plier des tracts en quatre avant d'aller faire la tournée des boîtes-aux-lettres du quartier.

Ah ! évidemment, je ne peux pas nier qu'une bonne partie de mes convictions se sont construites dans ces pratiques, dans cet exercice de démocratie populaire, où la politique était faite par de simples gens, en famille. Ni que, devenant plus tard leader étudiant, je disposais ainsi de réflexes, d'une culture de la manifestation, et du discours politique qui va avec.

Mais y ai-je perdu mon libre arbitre ? Au delà de cet atavisme, n'ai-je pas par ailleurs, à travers d'autres rencontres, d'autres expériences, à travers des ruptures aussi, appris à prendre de la distance et, tout en conservant quelques valeurs fortes, à sortir du chemin d'église pour avancer à la débroussailleuse ?

Il y a en France une culture de la manifestation. Probablement certaines de nos façons de faire proviennent des communards, qui eux-même s'inspiraient sans le savoir des révolutionnaires de 1789, lesquels s'étaient nourris des jacqueries paysannes des siècles précédents. Je suis toujours amusé, vingt-cinq ans après mes premières manifestations étudiantes, d'entendre les lycéens s'exprimer sur les mêmes airs graves ReveGeneral.jpget burlesques, et souvent avec des slogans et des argumentaires voisins. Et puis malgré tout, ces temps de rencontre et de mobilisation sont des moments de création. Comme ce magnifique slogan, "Rêve général", qui fait aujourd'hui flores dans les manifestations, et que nous arborions tous fièrement hier.

C'est peut-être cette capacité à transmettre le flambeau en toute simplicité qui perpétue l'esprit de la résistance, le goût pour l'utopie, et finalement permet à l'espoir de ne pas se perdre dans le cynisme.

29 janvier 2009

dans la rue

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Aujourd'hui, c'est dans la rue que ça se passe. Tout mon service est en grève, activité zéro. Posture de combat, mais cool. Et des chaines dont nous libérer, celles de ce discours idéologique qui nous méprise, qui nous culpabilise, et qui nous laisse à poil.

On est des petits, on ne pèse pas bien lourd, quand il y a un crack boursier, nous sommes les derniers à qui l'on pense, il paraît que ça ne se voit même plus quand on est en grève... alors...

Alors quelque chose me dit qu'on va nous voir, aujourd'hui. Pour une fois qu'on y sera tous : secteur public et secteur privé toutes les branches professionnelles, et puis surtout, tous les syndicats ensemble, avec une plateforme revendicative commune, ça devrait bien avoir quelques résonnances, non ?

A 14h, je rejoins Fabrice, un de mes co-usagers de Roger Le Gall. Fabrice, il est un de ces potes avec qui nous nous croisons régulièrement. Ça va faire cinq ou six ans que ça dure. Une connivence qui s'est installée un jour où nous nous sommes vus bander l'un pour l'autre. Il a un sourire radieux et un beau regard clair derrière sa barbe rousse. Il ne s'est jamais rien passé entre nous, mais chaque fois que nous nous voyons, en bout de ligne ou sous les douches, nous prenons un peu de temps pour papoter, et nous dire nos chagrins d'amour. Nous avons des chagrins qui se ressemblent. Qui se comprennent. Hier, il m'a dit qu'il serait en grève pour la première fois de sa vie. Alors on va se retrouver à la Bastille. Je n'ai pas trop envie de défiler derrière les grosses machines syndicales, et lui pas trop dans le cortège d'Air-France, alors peut-être trouverons-nous la banderole des chagrins inconsolables, et réclamerons-nous, de Sarkozy, le droit à l'évasion des cœurs.

28 janvier 2009

mon poinçonneur de la ligne 11

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Je l'ai rencontré samedi. Après la manif contre la guerre israélienne à Gaza - où j'avais été heureux de voir du monde, même dans un contexte de cessez-le-feu, comme pour dire "on ne peut pas tirer un trait si vite sur tout ça, ce serait trop simple", je m'étais offert un sauna : le tilt, rue Sainte-Anne, dans le quartier des restaurants japonais de Paris où nous devions nous retrouver plus tard avec Yo et mon Ami d'amour. Horaire naturiste, serviette en mouchoir de poche qui ne boucle pas le tour de taille, j'avais été attiré par son crâne rasé, nous nous étions tripotés - ce mot m'amuse - mais j'avais esquivé son invitation à le retrouver finir la soirée chez lui, préférant, de loin, une nuit platonique dans l'amour qu'une nuit de sexe sans amour.

Mais après trois jours et quelques SMS échangés, j'ai fini par aller le rejoindre hier soir.

IL s'appelle Rémy. Il est conducteur de métro sur la ligne 11 Chatelet-Lilas. Il habite dans le 9ème, un appartement de la RATP qu'il loue - à faire pâlir - 480 euros pour 70 mètres carré. Et il a le poinçon bien armé. Il se réveille sur Cherry FM, est diplômé dans la pâtisserie, a un moelleux au chocolat hors-pair, un écran plat mais pas d'ordinateur. Il m'a accueilli avec une fricassée de Saint-Jacques et m'a cuisiné à la spatule une bonne partie de la nuit.

Quand je pense que l'autre, là, il dit s'être trouvé un bâtard pour Noël. Moi j'ai joué une nuit au bâtard du poinçonneur des Lilas. Je n'ai pas l'impression qu'il va me conduire bien loin, ce poinçon-là, mais il a fait du bien par où il est passé, et j'en suis encore tout perforé.

27 janvier 2009

à la découverte de l'opéra

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L'opéra est un art majeur. A ce qu'on dit. Mais putain ! Comment ai-je pu rester si longtemps sans m'en offrir une tranche ? Bien sûr, en quatre ans de vie à Budapest, j'ai eu l'occasion, pour pas trop cher en plus, d'aller admirer les lustres et les lambris de l'opéra national à l'occasion d'une Gioconda de Pontchielli, ou d'un ballet quelconque. Mais Paris, pourquoi ai-je tant pensé, et si longtemps, que cela relevait d'un caprice inaccessible, réservé à une élite friquée et éduquée, et en aucun cas à quelqu'un comme moi, qui n'avait qu'à se contenter de la culture du bas de la cour.

Il s'est passé deux choses pourtant. L'autre jour, S. m'avait invité à aller écouter Georges Prêtre diriger l'orchestre de l'opéra qui jouait Brahms et Moussorgski. J'avais alors découvert les lieux, depuis la salle d'orchestre. Magnifique, grandiose, l'espace. Mais l'acoustique un peu étouffée, je me souviens que je l'avais regretté.

Et puis - aventure des blogs, via Paris Carnet - je me retrouve inscrit sur une liste de blogueurs lyriques, qui s'organisent pour acheter dès leur mise en vente, au prix d'une queue très matutinale, des places bon marché et bien placées. En gros, les meilleures des places pas chères. Avec vue sur le prompteur qui délivre les surtitres permettant de suivre le récit du livret.

Et de fait, pas de regret. Pour 20 euros, nous nous sommes offerts, avec S., avec qui nous poursuivons sur notre sentier à nous, non sans escarmouches, une soirée exceptionnelle avec Dimitri Chostakovitch, et un excellent angle de vue, une acoustique bien meilleure que depuis les fauteuils d'orchestre - enfin, j'ai trouvé.

Chostakovitch ? Bien sûr que tu le connais : il est le compositeur de ça :

Il a aussi des compositions plus modernes, très expressionnistes en général. Et je n'allais pas sans appréhension m'enfermer pour trois heures trente-cinq dans ce temple de l'art lyrique suivre un opéra que j'imaginais difficile, et où je redoutais une mise en scène excessivement avant-gardiste.

On s'imagine des choses, des fois... Bien sûr, ce fut un voyage en terre inconnue. Pour S. aussi, d'ailleurs, qui est pourtant fin connaisseur. Il faut dire que le "Lady MacBeth de Mzensk" n'a pas connu que des heures joyeuses. Interdit sous Staline, pour pornographie et intellectualisme, puis remanié par Chostakovitch lui-même, afin de lui laisser vivre sa vie dans l'Union soviétique post-stalinienne, ce n'est que depuis assez récemment qu'on s'aventure à le monter à nouveau dans sa version d'origine.

Eh bien, ce fut gran-diose. Tout. La partition : magnifique, jamais inaccessible, avec des changements de rythmes et de couleurs, qui relancent sans cesse l'écoute. L'interprétation : claire, limpide. Les voix : sublimes, surtout celle de Eva-Maria Westbroek, qui tient le rôle titre. La mise en scène : sobre et efficace, une cage de verre, une palissade, deux chiens policiers, des tableaux tous réussis, qui tirent le meilleur parti de l'espace. Un seul regret, un Sergueï un peu trop bedonnant pour ête totalement crédible en jeune journalier séducteur. Mais nous sommes ressortis heu-reux. Comment dire : comblés, emplis, comme si l'on avait dégotté une perle dans une huître. S. et moi, on avait une banane simple, pas snob pour deux sous, et tout le public avec nous.

Mais Fauvette en parle beaucoup mieux que moi

Et toi, sinon, il t'arrive d'y aller, à l'opéra ?

25 janvier 2009

tant pourtant

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Tant et tant pourtant depuis longtemps sans faux semblant sans grande vigilance sans grande espérance j'attends c'est tant tentant - tant lancinant partant - j'attends l'entendre dire. Sans distance j'attends membres tendus j'attends me fracassant brinqueballant j'attends c'est tant tentant la lui entendre dire sans impatience - ou si ? cette sentence enchantée, enchantante, simple et reluisante sans pourtant me languir – ou si ? j'attends lui entendre prendre serment simplement sans engagement - ou si ? l'entendre d'un chant rassurant d'un ou de cent d'une sentence d'une ou de cent d'un mot d'une phrase de trois baisers d'un requiem d'une danse enjambant ses certitudes et mes inconsistances lui entendre dire c'est tant tentant que simplement Je Lui Manque. Tant. Pourtant.

 

24 janvier 2009

crimes de guerre

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Je rentrais chez moi hier soir en voiture. Longue soirée, longue semaine. Sur France-Info, Francis Wurtz, interviewé depuis Gaza. Et soudain des larmes.

Francis Wurtz est député européen, où il dirige le groupe de la Gauche européenne. Il est l'un des rares hommes politiques à avoir le verbe clair, construit, toujours instruit, mais jamais résigné. Je l'aurais bien vu comme le candidat fédérateur de la gauche anti-libérale, lors des dernières élections présidentielles, pour éviter qu'elle ne se fracasse. Mais bon, on ne refait pas l'histoire.

Mais l'histoire, on peut la vivre, et la dire. Et la construire, essayer du moins, autrement.

Francis Wurtz est donc à Gaza, avec quelques parlementaires européens. Et sur France-Info, il témoignait de l'ampleur des dégats qu'il était en train de découvrir. Il disait ressentir la même émotion devant ce spectacle de désolation que celle qu'il avait éprouvée en 2002, après la destruction de Jénine qu'il était également venu constater. Il disait qu'on ne pouvait s'empêcher de parler de crimes de guerre, que les témoignanges qu'il ne cessait de recueillir le bouleversaient. Et soudain, ses larmes, en parlant dans le micro, lui si solide et si clair, il évoquait des exécutions sommaires, l'histoire de familles anéanties, on entendait dans sa voix les visages des femmes désespérées qu'il venait de rencontrer.

"Il faut absolument exiger une commission d'enquête internationale. Il faut qu'Israël soit jugé pour ça. Cette impunité n'est plus supportable".

Son émotion venait autant de la désespérance que de la stupéfiante vitalité de ce peuple, disait-il, malgré tout ce qu'ils ont vécu, de souffrances, d'humiliations. "Je suis impressionné. On ne peut pas anéantir ce peuple, pas à coup de bombes au phosphore. Tout ce qu'Israël a réussi à faire avec ça, c'est à faire grandir l'intégrisme, alors ça, oui, quelle stupidité, exactement ce qu''ils prétendent combattre".

Dans ses larmes, il disait ressentir quelque chose de fondamentalement absurde, d'ignoble et d'absurde.

Les larmes d'un homme politique. De vraies larmes, retenues mais audibles, des larmes qui te réconcilient avec la politique, et qui te donnent l'espoir qu'on parle enfin de Gaza et de la Palestine pour ce qu'ils sont.

Aujourd'hui, je vais pour la deuxième fois dans les rues de Paris pour Gaza. A 14h à Denfert Rochereau pour aller vers l'Elysée. Le canon est silencieux mais se terre tout près. Alors c'est pour dénoncer les crimes de guerre, que cette fois j'y vais.

G. continue de m'envoyer des articles et des témoignages. Celui-ci raconte comment une famille a été désintégrée, et illustre le consensus de tous les acteurs humanitaires pour reconnaître et qualifier les crimes de guerre.

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gaza4-11.jpg«Ils criaient: «On va tous vous tuer, allez à la mort!»

Retour sur le massacre de la famille Samouni.


Ce sont les adolescents qui racontent le mieux ce qui s'est passé les 4 et 5 janvier à Zeitoun, une petite ville proche de Gaza-City et de la frontière avec Israël. Les filles comme Almaza Samouni, 13 ans, qui a perdu sa mère, Leïla, ses quatre frères, Ismaïl, Isaac, Nassar et Mohammed, et plusieurs cousins et cousines. Ou Kanaan Attia Samouni, 12 ans, qui a vu un soldat israélien tirer quasiment à bout portant sur son père devant la porte de sa maison, puis sur son petit frère Ahmed, tué d'une balle dans la tête.

«Ne tirez pas!»

Au total, les Samouni, une famille d'agriculteurs plutôt aisés, perdront 22 des leurs dans ce que les organisations humanitaires considèrent comme un «crime de guerre délibéré». Parmi eux, neuf enfants et sept femmes. Sept autres parents plus éloignés, dont trois enfants et deux vieillards, seront aussi tués. Si l'on fait le bilan des victimes, ce sont plus de 70 personnes qui ont trouvé la mort ou ont été blessées. Le bilan fourni jeudi par Amnesty International, qui enquête actuellement à Gaza, est encore plus lourd : 40 tués, dont 33 pour la famille Samouni.

La longue avenue Saladin, qui mène au hameau, apparaît déjà comme la prémonition du désastre. Un tsunami semble avoir remonté la rue, détruisant sur plusieurs kilomètres maisons, mosquées, ateliers, usines, vergers. Au hameau, deux maisons sont très abîmées mais debout, quelques autres par terre. La mosquée a rendu l'âme. L'endroit pue la charogne. Des centaines de volailles, mais aussi des vaches, des ânes et chèvres, gisent sur le sol. On piétine l'intimité des maisons: le linge, les vêtements, les tenues nuptiales, les photos de famille, les livres d'enfants, les meubles, tout a été jeté à la rue et mêlé à l'ordure. A l'intérieur d'une des demeures survivantes, où les soldats s'étaient installés, tout a été souillé.

Le 4 janvier, vers 6 heures, une unité israélienne prend possession du hameau. La famille Attia Samouni est alors réunie autour du thé. Quand le père, Attia, 45 ans, entend les soldats s'approcher, il sort sur le pas de la porte en criant «
S'il vous plaît, ne tirez pas, il y a des enfants.» Il tombe aussitôt foudroyé. «J'ai vu celui qui a tiré. C'était un soldat africain [ndlr: d'origine éthiopienne]. Mon père avait les bras levés», raconte Kanaan. Des «bombes de feu» (sans doute des grenades fumigènes) sont ensuite lancées dans la pièce où s'était installée la famille, en tout 18 personnes. Les explosions referment la porte, fracassée la seconde suivante par des rafales. Il y a aussi du sang, celui d'Ahmed, 4 ans, tué par au moins une balle. Sa mère, Zahwa, qui tient un bébé de 10 jours, est aussi touchée mais assez légèrement. Puis, les soldats leur ordonnent de sortir et d'aller jusqu'à la route. «Ils criaient: «On va tous vous tuer, allez à la mort?» Avant, ils nous ont obligés à enlever nos vêtements. Comme si des enfants pouvaient cacher des armes.» La maison des Attia sera ensuite détruite au bulldozer.

A l'intérieur, c'est l'horreur

Quand on demande à Almaza, l'orpheline de 13 ans, où est sa maison, elle répond «mais vous marchez dessus». Un engin a tellement aplati la demeure qu'on ne la distingue plus de l'amoncellement de caillasses et de fange qui s'étend alentour. Almaza a fait partie du groupe de 90 personnes que les soldats ont rassemblées et poussées vers un entrepôt. Ils y resteront vingt-quatre heures. «
Il n'y avait rien à manger, rien à boire, pas de lait pour les bébés.» Alors, le lundi 5 janvier, vers 6h30 du matin, quelques personnes bravent l'interdiction pour essayer de trouver quelques provisions. A peine ont-elles ouvert la porte qu'un missile est tiré sur la maison, suivi d'un deuxième une minute plus tard, puis d'un troisième. A l'intérieur, c'est l'horreur. Du sang et de la fumée partout. Derrière un drap blanc, les survivants parviennent à sortir. Parmi eux, Waed Samouni, un père de six enfants, blessé à la tête, dont les parents ont été tués. S'il parvient à s'enfuir avec quatre de ses fils, il est obligé d'abandonner sa fille Aza, 3 ans, et Omar, 4 ans, dans l'entrepôt détruit. «Omar est resté deux jours à côté de sa petite sœur morte. Quand on l'a retrouvé, il ne voulait pas partir sans elle.»

Car ce n'est que le 7 janvier que le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) parviendra à secourir les blessés, l'armée israélienne empêchant ses ambulances d'accéder à Zeitoun. L'interdiction provoquera la colère de Pierre Wettach, chef de la délégation du CICR, qui, fait exceptionnel, sort de sa réserve: «L
es militaires israéliens n'ont pas fait en sorte que le CICR ou le Croissant-Rouge puissent leur venir en aide, ni respecté leur obligation de prendre en charge les blessés, comme le prescrit le droit international humanitaire.» Les survivants enfin évacués, l'entrepôt sera rasé. Avec les cadavres à l'intérieur. Almaza, elle, vient chaque jour errer sur les ruines: «Quand je serai grande, je rejoindrai la résistance.»

Jean-Pierre Perrin, envoyé spécial à Zeitoun. Libération

23 janvier 2009

sous les bombes

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G. est un expatrié français à Gaza. Il n'était pas sur place pendant les bomnardements et les opérations terrestres, mais pas loin. Et il est resté en contact, d'une façon ou d'une autre, avec des amis à lui.

Il a reçu ce récit, écrit à la fin de la deuxième semaine d'opérations. La femme de Mohamed Mussalem, un artiste de Gaza, professeur au département des Beaux arts de l'université Al Q'sa. Il vient de me le transmettre et je te le livre tel quel.

Un témoignage sensible sur la situation, le quotidien de la guerre, l'état d'esprit de ceux qui y vivent. Un retour utile, pour que Gaza ne soit pas reconstruit à l'identique : derrière des barbelés, comme un ghetto sans visage.

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"bonjour

On est toujours vivant ...jusqu'a maintenant  au moins.... après plus d'une semaine de stress et d'horreur qu'on a vécu pendant les bombardements continus sur Gaza. Autour de notre maison, plus de 15 missiles de F-16 sont tombés, vous imaginez la suite… des fenêtres qui ont éclaté, la maison et le sol qui tremblent au dessous de toi, les enfant terrorisés, on n’ose même pas aller aux toilettes de peur d'avoir le plafond sur la tête.

Dès que les opérations des forces terrestre on commencé le 10ème jour, il y a eu des incursions au quartier Atatra et Salatine à 500 mètres de chez nous. C'était l'enfer, toute la nuit on entendait des explosions, très fort, on aurait dit qu’elles étaient juste devant ta porte, on voit de la fumée partout le ciel gris toute la journée, des accrochages continus, des Apatchis, de la mer on nous attaque de partout.

Le pire c’est que dès le premier jour, on avait pas d’électricité, et bien sûr pas d'eau, même les citernes sur le toit on été trouées par  les éclats d'obus. Le seul moyen d'info qu'on avait était le téléphone et la radio, on entendait  les histoires de massacres et on recevait des nouvelles sur des amis des proches massacrés. Croyez-moi, des familles entières ont été massacrées à la fois. Un voisin, son frère était à la mosquée quand on l’a bombardée, ses 2 autres frères sont partis pour essayer de le trouver au dessous des murs quand ils ont reçus un 2ème missile sur leur tête, les trois frères  sont devenus des morceaux de viandes pour ne pas dire des cadavres  - on parle rarement de cadavres mais des morceaux de corps a peine on reconnaît les morts.

Apres 2 nuits  d'enfer, on a décidé de sortir, mes beaux parent refusaient de sortir mais on les a forcé, on était en danger,  les chars bombardaient sans avoir de cibles précises, et on n’était pas en sécurité. On a pris le risque de sortir avec un drapeau blanc moi, mon mari et mes 2 enfants et mes beaux parents, mon sac était déjà près, je savais que ce moment allait venir. Dieu merci, personne n'a été touché. Sur les media on parlait d'une trêve quotidienne de 13 h à16h  pour des raison humanitaires, mais c’était des mensonges, 2 femmes de mon quartier sont sorties chercher des provisions pour leurs enfants, il les ont tuées .

On était hébergés par  la sœur de mon mari  au centre de la ville de Gaza, d’autres n’avaient pas où aller, dans les rues des milliers de familles qui  se sont sauvées de leurs maisons. Une nouvelle génération  de réfugiés.

2 heures après  quelques voisins qui n’étaient pas encore sortis nous on informés qu'une bombe d'un char était tombée sur un côté de notre toit, trois jours plus tard. La Croix rouge  nous a informés qu'il y a une trêve entre 7h et 11h, pour les femmes : pour y revenir chercher le reste de leurs affaires. Et le reste des corps qui sont restés parce qu’on empêchait les ambulances de passer dans cette zone devenue militaire. Dans le quartier Al Atatra, la Croix rouge a découvert 4 enfants a côté de leur mère morte depuis 7 jours, et qui mourraient de faim, on les a sauvés à la dernière minute.

Ma belle mère et partie, toute les portes des maisons sont cassées et des fois explosées, l'armée Israélienne a fouillé toutes les maisons dont la nôtre, tous nos meubles sont abîmés et nos affaires par terre.

Je ne peux vous résumer ces 2 semaines en quelques lignes je suis partie de ma maison pour un appartement où il y a plus de 30 personnes réfugiées !! tous les gens qui habitent sur les limites est, nord, sud et ouest se sont déplacées au centre en disant qu ils sont plus en sécurité
En fait, personne n'est en sécurité, aucun Palestinien à Gaza.

On nous dit que l'objectif de cette guerre est d'exterminer les membres  du Hamas, un autre prétexte comme les précédents  pour exterminer et terroriser  le peuple palestiniens plus de 900 mort civils dont 275 enfants, 97 femmes, des mamans et 15 ambulanciers et 5 journalistes en 2 semaines.

Le message est Clair on fait payer au peuple sa liberté d'expression par ce que il a voté pour le Hamas.

Comme ça les gens vont détester le Hamas, on n'arrête pas de transmettre ses messages et franchir les ondes des chaînes locales pour nous dire tous ce que vous subissez, c'est à cause du Hamas qui vous a trahis et na pas pris la responsabilité de vous protéger.

Voila,

J'étais toujours contre le Hamas, je n'aime pas les islamistes extrémistes,  mais le ne suis pas imbécile pour croire a ces mensonges ! même avant le Hamas, on nous bombardait, on nous insulte sur les frontières, on nous emprisonne à l'intérieur de Gaza,  et devant le monde ils disent qu'ils se sont retirés de Gaza et ils ont leur liberté pourquoi ils se plaignent ?!

C'était Clair depuis que le Hamas était dans le gouvernement, cela fait 2 ans qu'on souffre du Blocus qui nous étrangle,  je rêve d'avoir le droit de voyager et de me déplacer comme toute autre personne dans le monde, d'avoir un pays national libre.

Les lanceurs de roquettes sont un autre prétexte  pour convaincre le monde que les Israéliens sont victimes  et qu’ils ont le droit de se protéger - contre les roquettes fabriquées localement - avec toutes sortes d'armes militaires, même celles qui sont interdites internationalement  (bombes phosphoriques ), sachant que pour la plupart des Israéliens transportés vers les hôpitaux, on a décrit leur état de "blessure" (état de panique et peur) on les comptait  comme victimes! alors que 1 millions et demis de palestiniens sont  terrifiés et les hôpitaux de Gaza  n’ont même pas les moyens de faire des interventions chirurgicales pour les vrais blessés.

Le conflit palestinien, la complicité des gouvernements arabes était aussi une couverture  pour ces attaque  et on s' en était bien servi.

Je doute qu'après tous cela, Gaza aura une vie normale. On est sous le choc et je doute qu'on va s’en remettre, et je doute que après cette guerre, si elle se termine, j'aurais une maison, je prie le Dieu que mes enfants restent vivants et si on va mourir, qu'on meure tous ensemble, je ne veux pas vivre pour voir mes enfants massacrés devant mes yeux .

Merci a tous nos amis de nous avoir envoyé des messages pour nous soutenir, j'apprécie les manifestations qu’on fait partout dans le monde, les aides qu'on reçoit, les actes de solidarité,  mais excusez-moi, je suis tellement désespérée, et en même temps convaincue  que Israël est bien protégé et qu'elle ne va pas cesser le feu, que après qu'elle aboutisse sur tous ses objectifs imaginaires - parce qu’en fait, ce sont les civils qui sont ciblés - et la décision de la fin de ces opérations va venir de ses Généraux, pas de la pression de la communauté internationale.
A part cela on a mangé, c’est le dernier de nous soucis.  Israël fait entrer les provisions nécessaires pour prouver qu 'elle est si humanitaire.
Il y a des grands problèmes pour la distributions d'aide à cause de l'absence des autorités spécialisées,  il n'y a que l'Unrwa et la croix rouge et qui  exercent leur rôle dans des conditions très difficiles.

Les gens n’ont pas perdu l'esprit de solidarité mais la catastrophe est sur tout le monde,  chacun a sa propre triste histoire, moi-même je suis en état de choc et à peine j'ai eu la force de vous écrire

Dania et Mohamed
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