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20 janvier 2009

Gaza : l’enfer à l’hôpital Chifa

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Un tout nouveau lecteur de ce blog, qui connait bien Gaza, qui y a vécu puis s'en est éloigné avant d'y retourner bientôt, m'a adressé hier, par mail, ce témoignage. Il émane du médecin hollandais Harald Veen Fresed, qui vient de vivre l’enfer à l’hôpital Chifa à Gaza. Et il avait été publié sur lemonde.fr le 16 janvier dernier, sous la signature de Michel Bôle-Richard.

Je ne boude pas mon soulagement du cessé le feu qui règne sur le terrain, et ce n'est pas pour attiser la rancoeur, que je le publie ces scènes de guerre. J'aimerais croire que nous sommes rentrés dans une période de paix (ce mot hier à la une de grands journaux nationaux m'a fait désespérer de l'analyse journalistique). Il va y falloir du temps, du courage et des efforts pour arriver à la paix ! Et peut-être des générations. La paix suppose des droits, la liberté, la reconnaissance nationale. Mais aussi et surtout une culture de la paix. Le carnage israélien n'a semé, à côté d'invraisemblables destructions, que le poison de la violence, de la vengeance. Alors la communauté internationale a plus que jamais une responsabilité pour offrir, à travers sa fermeté à l'égard d'Israël, et une vraie implication sur le terrain, un tout petit germe d'espoir.

Il lui faut donc encore, et d'abord, regarder ce qui s'est passé. Les yeux ouverts sur le sang. Merci à G. de son envoi :

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Le médecin hollandais Harald Veen Fresed vient de passer une semaine à l’hôpital Chifa, dans la ville de Gaza. Ce chirurgien hollandais est épuisé. Envoyé par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), ce spécialiste des opérations abdominales a du mal à cacher son émotion après ce qu’il appelle «une véritable tragédie». Pourtant habitué aux guerres et aux situations de détresse - tout particulièrement dans les conflits africains -, il revient bouleversé par ce qu’il a vu. Pendant huit jours, sans discontinuer, le médecin a vécu toutes les horreurs.

Des membres mutilés, des cervelles qui sortaient, des tripes à l’air, des blessés qui mouraient après s’être vidés de leur sang. L’afflux était énorme. Il était difficile de faire face. On parait au plus pressé, choisissant ceux que l’on pouvait sauver, délaissant ceux pour qui c’était trop tard. Harald Veen Fresed explique que trois équipes de quinze médecins se relaient tour à tour, toutes les vingt-quatre heures, pour faire face à un afflux continuel de blessés.

A tel point que l’on peut à peine bouger et qu’il faut soigner au plus vite pour absorber ce trop-plein. Le médecin rend hommage à la compétence et au dévouement des docteurs Palestiniens. Il y a des médicaments, mais il n’y a pas suffisamment de matériels, ni de place dans les salles ou à la morgue. Les cas les plus graves sont expédiés en Egypte par Rafah

Je peux vous dire que le chiffre de plus de 1.000 morts est certainement inférieur à la réalité. On croit déjà avoir tout vu, être bien préparé pour affronter l’in affrontable. Eh bien je peux vous assurer que ce fut une véritable épreuve. Grand, blond, filiforme, pesant ses mots, Harald explique que le plus dur fut d’assister «aux drames personnels».

«Aux parents, aux familles effondrées face à la mort et à la souffrance. Vous assistez, impuissant, en silence, à ces tragédies. Certains voulaient suivre les blessés jusque dans la salle d’opération de peur de ne plus jamais les revoir vivants. Beaucoup avaient des blessures énormes provoquées par des éclats et je me demandais comment ils pouvaient encore survivre. On dit toujours que la guerre est horrible mais l’on ne peut pas s’imaginer ce que c’est, car l’on n’en voit qu’une partie».

Un grand trou dans le dos

Pour Harald, il y a tous ces morts mais il y a surtout tous ceux qui sont amputés, paraplégiques, aveugles. «La guerre ne s’arrête pas avec le cessez-le-feu. Pour beaucoup, elle dure pendant des années, toute la vie». Une chose est sûre pour lui, «J’étais content d’être là. Je me considère comme un privilégié d’avoir pu de façon infinitésimale apporter une aide». Après être intervenu pendant le génocide des Tutsi au Rwanda, en 1994, il avait décidé d’arrêter pendant deux ans pour en digérer l’horreur. Puis, il est reparti. Et chaque fois que le CICR l’appelle, il reprend sa valise juste pour faire ce qu’il appelle «une petite différence». «Ce qui est important, c’est d’être là» Il se défend d’être un idéaliste. Il en a beaucoup trop vu pour cela. Cela ne l’empêche pas de faire des cauchemars, de revivre des scènes.

Lorsqu’il a quitté Gaza, ce ne fut pas facile, car il a eu le désagréable sentiment «d’abandonner» ses collègues d’une semaine. Harald est allé retrouver sa petite fille de 3 ans. Le même âge que celle qu’il a vue arriver à l’hôpital Chifa, l’air intact, les yeux grands ouverts. Lorsqu’il l’a retournée, elle avait «un grand trou dans le dos». Plus jamais, elle ne remarchera.

Michel Bôle-Richard

Commentaires

....sans voix contre les sans-coeur, il faudrait cent voix et cent coeurs contre les dirigeants et tous ceux qui jouent du terrorisme, toutes nations confondues, toutes religions confondes.
Seule l'humanité compte, femmes, enfants et hommes.
...
Est-on si aveugle, si stupide, si mécréant, si inculte, si...

Écrit par : Christie | 20 janvier 2009

Si les médias parlent de paix, c'est aussi pour signifier que l'affaire est médiatiquement classée (là, c'est le chapitre Obama qui s'ouvre)
L'info, c'est un peu comme un film d'action : quand ça bouge et que ça fait plein de bruit de bombes, l'opinion reste devant sa télé et fait des phrases tristes.
Mais les catastrophes humanitaires, sociales, poltiques, ça n'a rien de spectaculaire quand c'est permanent. Alors ce n'est pas un "sujet", pas de l"actu".
Donc, on n'en parle plus, et c'est comme si ça cessait d'être.
(Oui je sais, j'enfonce des portes ouvertes...)

Tiens, je remets là le lien vers le site de AFPS :
http://www.france-palestine.org/

Bizoux

Écrit par : bénédicte | 20 janvier 2009

-> Christie ->OK pour voter pour l'humanité avec toi. En attendant, exigeons l'implication de l'Union européenne, et pas seulement pour financer des infrastructures à coup de centaines de millions d'euros, qu'elle observera ensuite les bras croisés se faire ravager sous les bombes avant de recommencer. Il y faut l'argent du développement, et il y faut l'interposition avec l'armée d'occupation !
-> bénédicte -> T'as raison de redonner ce lien : le mieux est qu'on reste quelques temps encore attentifs à ce qui se passe là-bas. Un poil solidaires, et un poil revendicatifs... Bisous à toi aussi.

Écrit par : Oh!91 | 20 janvier 2009

C'est important aussi les portes ouvertes, Bénédicte.

Écrit par : Olivier Autissier | 20 janvier 2009

-> Olivier Autissier -> Veux-tu dire qu'il est des clous que l'on n'enfonce jamais assez fort ?

Écrit par : Oh!91 | 21 janvier 2009

A l'origine non, mais c'est vrai aussi :)

Écrit par : Olivier Autissier | 22 janvier 2009

Gaza, plus jamais ça

J’ai peur, j’ai peur, je le sens,
Dans mes tripes, dans mon sang,
Dans mon esprit, un frisson,
De désarroi, des tourments.

J’ai peur pour touts les enfants,
Les innocents, petits et grands,
Arméniens, romains, afghans,
Africains noirs, Africains blancs.

J’ai peur de la folie du Juif,
Du taliban trop impulsif,
Des théocrates inquisiteurs,
Des technocrates fusilleurs.

J’ai peur des foules hystériques,
Des décideurs froids et cyniques,
Des arguments confectionnés,
Dans les églises et les mosquées.

J’ai peur des lavages de cerveaux,
Par les écoles et les journaux,
Quand seule la haine prévaut
Et l’homme devient un robot.

Y a-t-il une chance pour s’en sortir,
Désamorcer, déconstruire,
Cette terrible violence
En perpétuelle croissance.

Par convertir toute religion,
Et transformer les politiques,
En amour, paix et passion,
Pour Dieu, le juste et l’unique !!

Lihidheb mohsen Eco artiste
Zarzis Tunisie 08.02.09

Écrit par : Lihidheb mohsen | 09 février 2009

-> Lihidheb mohsen -> Merci d'avoir déposé ce poème ici, même si je n'ai personnellement ni Dieu ni maître.

Écrit par : Oh!91 | 09 février 2009

Les commentaires sont fermés.