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05 janvier 2009

Gaza, appel à la vérité

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Je n'en ai pas parlé, parce que les vacances, les amis et le sexe ont pris toute la place. Et plus encore mon obsession amoureuse, qui n'en finit pas de se perdre dans le vide.

Et pourtant, ils sont là, dans ma tête, ces hommes et ces femmes, ces enfants, ces bruits d'avion dans leurs oreilles, ces explosions au bout des sifflements, ces immeubles qui s'effondrent, les sirènes des ambulances, la rage et la haine qui rôdent, tout cela est dans le creux de mes mains, sur le bord de ma peau, au coin de mes paupières, cette rage là me gagne. Et je n'en peux plus de la lecture aseptisée qu'on nous livre des choses. Peut-être parce que j'y ai déjà entendu battre des coeurs et des sourires. J'ai besoin de vérité. Il faut en appeler à la vérité. La simple et seule vérité.

Et la vérité de Gaza, c'est 42 ans d'occupation. C'est deux ans d'embargo. La vérité, c'est qu'en un demi-siècle, aucun espoir de paix, porteur de bien-être et de développement, n'a été possible. Que le Hamas est une fabrication artificielle voulue par l'État d'Israël, qui a parié sur la division et la déstabilisation de l'autorité palestinienne, plutôt que sur la négociation avec Arafat. Que les attaques de roquettes ont été recherchées, provoquées, par des opérations militaires soigneusement préparées, que c'est donc à dessein que l'État d'Israël conduit ses opérations, et pas par légitime défense.

La vérité est qu'ils ont fait de Gaza un ghetto, et que comme celui de Varsovie il y a soixante cinq ans, ce ghetto-là, affamé et exsangue, a aussi le droit de se révolter, il en a aussi le devoir, c'est une question d'humanité.

La vérité, c'est qu'il faut six cents morts palestiniens pour peser aussi lourd dans les médias que quatre morts israéliens - mais que valent, il est vrai, les noirs, les arabes, les gitans et autres nakwés, à côté de notre civilisation supérieure ? La vérité, c'est que l'État d'Israël a refusé toutes les résolutions de l'ONU, se refuse à aborder le problème des réfugiés, des frontières de l'État palestinien et de sa continuité territoriale, de son accès aux ressources essentielles, et que c'est la raison pour laquelle il ne parie que sur le pourrissement et les impasses guerrières.

La vérité, c'est qu'on n'a pas laissé d'autre choix à ce million et demi d'hommes et de femmes que celui de la rébellion violente, aussi stérile fut-elle.

La vérité, c'est qu'il y a tout de même en Israël des voix intelligentes et courageuses, qu'on étouffe, qui passent difficilement les murs de la propagande, mais qui sont porteuses d'un tout petit bout d'espoir.

Celle de Uri Avnery, par exemple, dont il faut absolument lire cet article, celle de Gidéon Lévy, que m'a signalée céleste, ou celle de Valse avec Bachir, qu'il faut aller voir si ce n'est déjà fait, pour comprendre le calvaire auquel sont promis aussi ces tout jeunes appelés israéliens qu'on envoie au chaudron.

Il n'y a pas de demi-mesure possible. Il n'y a pas de dos-à-dos prétextable. Il y a un peuple étouffé, et un État oppresseur. La condamnation ne peut être que dans ce sens là ! Monsieur Sarkozy, vous prenez l'initiative de vous mouiller dans ce bain-là, essayez de vous souvenir un tout petit peu de ce qui vous reste de vos racines gaullistes : vous n'avez pas le droit de vous tromper de justice !

Commentaires

Superbe texte que je ressens en écho à quelque chose j'ai écrit ce matin.

as-tu lu celui-ci?

http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=5685

Écrit par : céleste | 05 janvier 2009

Je suis content que ce soit toi qui en parle, ou plutôt de découvrir que tu es le premier de ceux de ma blogroll à en parler. C'est très difficile d'en parler sans passer pour un anti-Israel ou un antisémite primaire, et ton ton est très juste, bien que je ne sois pas tout à fait d'accord sur tout ce que tu dis (de plus mon commentaire n'a pas vocation à lancer un débat).

Si tu as le temps (et des chaines de télé anglophones, c'est bien aussi) je te conseille sur gougueule de taper le nom de Christopher Gunness, je m'honore de l'avoir pour ami personnel, il est le représentant direct de BanKi Moon à l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens (l'UNRWA), basé à Jerusalem. Il m'a emmené en Palestine (pas dans la bande de Gaza cependant, trop dangereux pour des civils en promenade), à Jenine, Jericho (nous y avons dîné dans un super hôtel tout proche de la prison que les soldats israeliens avait raidé il y a de cela quelques années), Nablus, ou encore Hebron. J'ai adoré Israel mais je suis rentré en Europe avec un goût assez amer dans la bouche, les images du mur et du comportement des soldats israelien est parfois insoutenable d'arbitraire et d'intolérance. Je le sais, je l'ai vu, je l'ai vécu -de l'exterieur certes mais il y a des images et des gens qu'on oublie pas.

Je me rappelle aussi d'un couple homo, lui Israelien, l'autre palestinien; une certaine image d'un futur possible, loin du passé historique de vieux fossiles de la knesset ou d'endoctrinement des plus basiques ("mais les palestiniens sont des animaux, ça ne compte pas" ai-je entendu en sortant de Yad Vashem... le mémorial aux victimes de la Shoah!). Je me demande quand même si cela aurait été différent si le Fatah avait été élu. À la fin de l'ère Clinton il y avait pourtant un tel espoir... mais je dois en revenir à ton billet et il est très bien. Voilà! Il y a des gens qui en parlent beaucoup mieux que moi! (merci, donc!)

Écrit par : Fab | 06 janvier 2009

Oh dis donc !
Sans concertation, on a déclenché une intifada en même temps !

Je t'embrasse.

Écrit par : bénédicte | 06 janvier 2009

-> céleste -> Ton billet est absolument magnifique. Et j'ai ajouté le lien vers ton article, qui est un témoignage intéressant. Bises ;
-> Fab -> Je suis content que t'apprécie mon intervention sur le sujet. Moi aussi, parmi les camarades avec qui j'étudiais l'arabe, j'en ai qui sont restés très attachés, dans leur vie de tous les jours et par le biais de leur activité professionnelle, au quotidien de ces gens. Pas à l'UNRWA, mais à la Croix rouge internationale, à l'UNDP ou ailleurs. Beaucoup de gens font un travail remarquable avec ces organismes. Mais ils ne font pas LA politique internationale. Moi aussi, j'y avais cru, lors des accords d'Oslo. Mon Dieu, quel gâchis ! Qui donne raison à tous ceux qui criaient à la mascarade. Et qui décrédibilise par avance toute nouvelle tentative de paix !...
-> bénédicte -> C'est vrai qu'on s'était pas concerté, mais quand le feu couve, les ondes passent. Je t'embrasse fort.

Écrit par : Oh!91 | 06 janvier 2009

Merci et bravo pour ce texte, sincère, et touchant, et direct! Je partage ton post et ta révolte. Ca m'écoeure tout cela. Dire que le hamas est responsable de ce qui se passe à gaza (dixit sarko) est tellement réducteur, parler de légitime défense quand on frappe des civils aussi... moi je peux pas entendre ça.

Écrit par : Dalyna | 06 janvier 2009

Ah j'vois que Poulette est déjà passée ...

Moi, c'est tout bête, j'sais que le billet s'y prête pas, vraiment pas, c'était juste pour t'adresser mes bons et meilleurs vœux.

Sincèrement.

Pour le reste, j'crois avoir donné mon sentiment sur un autre blog que c'lui indiqué en lien sur mon pseudo Eastwoodien.

J'suis vraiment triste. Triste de la façon dont ça se passe, et de la manière dont on traite (mal), à la télé, à la radio, ce conflit.

242 résolutions de l'ONU, pas une seule respectée par l'État Hébreu.

J'ai du mal à en parler, comme beaucoup, car j'ai grandi avec ce poids, que je me suis infligé seul, ce "no comment" sur Israël au regard de l'innommable, de l'inconcevable : la Shoah.

Seulement voilà, il faut avoir le courage, et n'en déplaise aux pisse-froids, de, non pas oublier l'Histoire, mais de regarder le Présent avec un regard impartial, juste.

Faire des recherches, étudier, comprendre, approfondir ce qui s'est passé depuis 1948 (au moins ..).
Avoir le courage de cela.

Ca demande du temps, du travail, de l'exigence.

Alors, peut-être, les plus peureux comprendront ce qui se passe très précisément, aujourd'hui, à Gaza.
Et pourquoi.
Pourquoi Israël, par exemple, à la fin des années 80, appuyait le naissant Hamas.
Et pas le Fatah de Yasser Arafat, pourtant, prêt à reconnaître l'État d'Israël.

Cet Hamas que présentement il veut anéantir.

Alors, peut-être, ces hérauts de la pensée unique mondiale, auront, mais c'est même pas sûr, comme une véritable envie de vomir.

Il n'y a pas de "terre promise".

Il n'y a que la mort.

Et c'est tout.

Et c'est triste.

Oui, que c'est triste, la politique.



Bonne année, Olivier.

Écrit par : Josey Wales | 06 janvier 2009

-> Dalyna -> Tu es bien placée pour sa voir que la guerre se mène ici aussi, la guerre des mots, des représentations, de la propagande... On a un expert aux manettes ;
-> Josey Wales -> L'enseignement de l'histoire aiderait sans doute à dépasser les lectures faciles et les bons sentiments, ou les amalgames insignifiants... Mais vois-tu qu'on fasse plus de place à l'histoire dans notre société ? Samedi, je serai dans la rue !

Écrit par : Oh!91 | 08 janvier 2009

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