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02 janvier 2009

me chercher, te trouver, demeurer perdu

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Fêter le nouvel an à Budapest. Malgré quatre années de vie dans cette ville, ça ne m'étais arrivé qu'une fois. J'y avais rencontré l'homme avec qui je vis depuis onze ans.

Chaque visite à Budapest est l'occasion d'un retour sur moi. Plus encore cette fois parce que j'avais quelques tessons de ma vie à rassembler.

Je suis donc retourné vers des lieux connus, aimés, adorés, ceux d'un éternel pèlerinage, ceux où je devins moi et où chaque fois je me retrouve. Depuis dix ans, je n'y étais revenu qu'en été : mes retrouvailles ont d'habitude l'allure décolletée, les shorts y sont courts, les peaux hâlées, les eaux sautillantes et splachantes de rires d'enfants. Été après été, mes souvenirs hongrois étaient devenus de simples souvenirs de vacances.

Les sensations d'hiver m'ont replongé cette fois dans ce qui fut mon quotidien, souvent seul et l'esprit prêt aux découvertes.

Écoutant les regards de mes amis s'émerveiller des choses, des lieux, je me suis rendu compte que l'enchantement fonctionnait encore.

Je suis revenu au pied de mon immeuble, face à la cage d'escalier. A l'interphone, les quatre lettres "D.I.V.SZ" y sont encore. Ils n'ont donc pas vendu. Qui est-il, celui qui occupe ma place ? Un Grec ? Un Soudanais ? Un Indien ? Un Portugais ? Vit-il seul, en famille ? Derrière la fenêtre du balcon du premier, il n'y avait pas de lumière. Nous n'aurions pas été en période de fêtes, je n'aurais pas sonné non plus. Pas envie d'engager un dialogue avec ce passé-là, à cause de ce qu'il est devenu. Mais ce lieu... y emmener mes amis... à deux pas à peine de notre hôtel... et entre les deux, le Poco Loco, où je pris de si nombreux diners dans une déco pop'art aux dominantes orangées !

L'hôtel aussi, un vieux fantasme à moi que d'y être descendu. Il est attenant à la piscine sportive Komyadi. Ils forment à l'origine un même et unique établissement, le bâtiment néo-classique ayant retrouvé depuis peu sa fonction hôtelière. Longtemps je voyais avec envie les chambresDSC08421.JPG depuis une ligne d'eau, et pour la première fois je voyais les lignes depuis la porte de notre chambre. Nager à la descente du lit, retrouver sous les douches des corps beaux et moins beaux, jeunes et moins jeunes, tous invariablement nus, les plus jeunes et les plus sveltes naïvement ignorants du pouvoir de leur beauté acquise.

Quand la neige se mit à tomber le jour de l'an, je me suis revu traversant l'île Marguerite emmitouflé, le pas feutré dans la poudreuse fraîche, ou me dégageant de mes pelures en entrant dans un endroit chaud.

Mais pourtant. Où que je sois allé, c'est toi que je trouvais.

J'ai croisé Liszt, Kodaly, et bien-sûr Bartok, toute la musique hongroise que tu aimes dans le nom des lieux et des rues. Et Akiko Suwanai, que tu me fis découvrir, m'attendait à la une du Budapest Sun.

 

 

 

 

Dans les eaux chaudes du Szechenyi, au premier jour, embrassé de leurs volutes bleutées éclairées par la nuit, je ressentais ton dos se relaxer, relâcher l'étreinte sur ta colonne et illuminer ton sourire. Ils étaient tous là avec moi, nous étions ensemble sous le charme du lieu, mais c'est ton absence qui avait le plus de présence.

Dans les eaux du Gellért au deuxième jour, nouant autour de ma taille le cache-sexe en toile, je me voyais dans ton appartement, il y a un peu plus d'un an, quand pour nos premières retrouvailles tu réparais de ce même geste l'affront du premier jour. L'homme qui m'offrit son érection ce jour-là, et celui qui me rejoignit sous la douche recueillir mon sperme dans le creux de son cou, n'avaient aucun de tes charmes, mais je m'en remis à eux en hommage à ta ténacité.

Dans les eaux du Rudas au troisième jour, dans ces mêmes bains où nous nous connûmes, rien n'était changé. Je ne pris pas cette fois le risque de me faire surprendre derrière la vitre dépolie d'une cabine de douche. Le jeune Laszlo qui me masturba du regard, depuis la cabine en face, étonemment bronzé de la tête aux pieds, et qui mîma en riant un tir de révolver en me voyant jouir haut et abondant, avait une jeunesse que tu n'avais pas, un petit sourire fier souligné par un ras-du-cou en cuir, et échangeant avec lui de longues caresses à distance, je me souvenais que ce n'est pas d'abord ton corps qui me séduisit, mais plutôt ton crâne rasé, ton regard timide, l'exotisme de ton sexe et tes lèvres souriantes et charnelles.

manup.jpgAu quatrième jour, au Kiraly, je revenais au lieu de mes premières vraies rencontres et je te trouvais là à nouveau, presque pour de vrai, sous les traits d'un Shinji. Il n'y avait pas, semble-t-il cette fois, de touriste égaré, arrivé par mégarde, mal conseillé par son guide de voyage. L'affluence était uniformément gay, les contacts y allaient bon train. Shinji avait le cheveu dense, très noir, en brosse, l'œil plus noir que le tien mais étincelant malgré tout, le sourire craquant. Il est le premier, depuis toi, à m'avoir fait jouir de sa main, agile comme la tienne, heureuse d'éprouver mon érection franche et de l'accompagner jusqu'à l'exultation.

Shinji nous retrouvera le lendemain soir au Capella pour fêter la nouvelle année, puis j'allais être pour quelques heures son guide en ville, avant nos départs respectifs. Nous avons parlé en anglais. Jeune fonctionnaire dans une organisation internationale qui agit pour la réduction de la pauvreté, à Osaka d'où il est originaire, il a de toi les mêmes temps de réaction après chaque phrase entendue. Avec lui, j'ai cru me retrouver dans ton regard, il acceptait mes caresses avec plaisir ou bienveillance - comme avec toi il m'était difficile de le savoir exactement. Il se prêta, dans la nuit de la Saint-Sylvestre, à un jeu érotique avec un troisième comparse, Zsolt, dans un recoin sombre non loin de la piste de danse. Au Széchény, le dernier jour, je le vis s'amuser comme un gosse dans le bain à courants chauds. Je crois qu'il gardera un bon souvenir de notre rencontre.

Écrivant ce billet, je suis dans l'avion qui nous ramène sur Paris. Quelque part entre l'Autriche et l'Allemagne, probablement. Un peu nulle-part, dans le temple de l'éphémère.

L'avion va amorcer sa descente, les batteries de l'ordinateur sont presque vides. Je serre entre mes doigts le pendentif, pour toi promis mais resté à mon cou. Mon dieu, pourquoi ai-je donc besoin de tant me perdre ?

Commentaires

On se perd pour mieux se retrouver ?
En fait je ne sais pas mais je crois que parfois les retours en arrière ont du bon, ça permet peut être de faire la part des choses, de voir les essentiels, de se convaincre qu'on ne se bat pas pour rien.
Vous êtes rentrés avec les pieds palmés ma parole ;-)
Je t'embrasse fort

Écrit par : Bougrenette | 03 janvier 2009

Bougrenette a raison, parfois nous faisons cela. Le retour aux souvenirs, au commencement. Un besoin qui réside dans l'avidité d'un espoir.
Bon retour.

Écrit par : chiron | 03 janvier 2009

Quel plaisir de te lire, et de réveiller mes propres souvenirs d'un précédent réveillon. Le monde est beau sous ta plume et ... entre tes mains . Très bonne année.

Écrit par : Gat | 04 janvier 2009

-> Bougrenette -> A force de se chercher sur les pas de son passé, ce sont surtout... des haricots que l'on finit par trouver. Et tu es bien placée pour savoir qu'on peut les classer parmi les essentiels !
-> chiron -> l'avidité de l'espoir. Elle ne s'étanche pas, cette avidité là. On a toujours besoin d'espoir. Et on lui court toujours après. Si tu as une idée de là où il se trouve, merci de me refiler le tuyau...
-> Gat -> Ça me touche que tu me fasses de si jolis compliments. Très bonne année à toi.

Écrit par : Oh!91 | 04 janvier 2009

Quleques jours à Budapest, le temps d'être étonné par cette ville ravissante... étonnante, que tu décris superbement.... Banalement j'ajouterai un dîner canard car n'en déplaise à notre cocarde on mange du très bon foie gras et on boit un tokay excellent !

Écrit par : Francis | 05 janvier 2009

-> Fancis -> Si le foi gras y est excellent (on en importe même massivement en France, eh! oui...), on y boit en effet unTokaji (prononcer Tokay) magistral : le Tokay Aszu, vinifié à partir de la pourriture noble... Sur le foi gras, justement, un pur régal ! Et la cocarde, on s'en fout !

Écrit par : Oh!91 | 05 janvier 2009

Nous sommes en phase ! Peut être avons nous fréquenté le même restaurant ! Mais j'ai oublié de te présenter mes voeux, ainsi qu'à tes lecteurs/amis et au fait... il n'est pas coincé à Bangkok ?

Écrit par : Francis | 06 janvier 2009

-> Francis -> Bangkok ? Il est passé pile-poil au travers de la prise de l'aéroport par les rebelles. 0 48 heures près, il restait coincé une semaine de plus...

Écrit par : Oh!91 | 06 janvier 2009

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